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Dossier Pourpre : Psychotraumatismes de guerre
Publié le dimanche 3 septembre 2006, mis à jour le dimanche 24 septembre 2006

 

Dossier Pourpre
 
Psychotraumatismes de guerre
 
 
« Le pourpre testament de la guerre sanglante »
W. Shakespeare - Richard II, Ill, 3,94
 
« La guerre est une pourpre où le meurtre se drape »
V. Hugo Les Châtiments VII, 2,1
 
 
 
Dossier préparé par :

André Fillère
Journaliste, Vice-président national de l’A.R.A.C.

Marie-Odile Godard
Docteur en psychologie

Christian de Larquier
Service juridique national de l’A.R.A.C.

Bernard W. Sigg
Psychanalyste, psychiatre des hôpitaux honoraire, membre des Commissions officielles ministérielles en 1983 et 1990 - Vice-président national de l’ARAC

Jacqueline Thabeault-Alcandre
Avocate à la Cour de Paris

SOMMAIRE


Méthodologie

• Explications préalables

Dix cas exemplaires

• D - Algérie de novembre 1958 à décembre 1959.
• G - Incorporé en septembre 1956, deux ans en Algérie.
• H - Algérie de 1959 à 1961.
• M Djibouti de 1965 à 1967.
• Ro - Algérie de janvier 1959 à avril 1960.
• Ru - Blessé en Algérie.
• S - Algérie de juin 1958 à mai 1960.
• Sa. Vingt et un mois à la frontière Algéro-marocaine.
• T - Algérie de 1961 à 1962
• V - Vingt six mois en Algérie.

Commentaires

II - Réparation des blessures et invalidités de guerre
III - Le droit français et les traumatismes psychiques
IV - Quarante ans après, que faire ?
Annexes
Des suggestions de lecture
Des suggestions pratiques
Remerciements
 
 
 
 
Lecteurs
 
Nous voulons ici vous faire découvrir l’insupportable détresse dans laquelle survivent des centaines de milliers d’anciens combattants issus principalement de la Guerre d’Algérie.

La réparation de leurs préjudices physiques a pourtant commencé à évoluer - péniblement - depuis la charte de 1919 légalisant les droits des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Mais la réparation des "blessures morales" et des séquelles psychiques pouvant surgir bien des années plus tard demeure en France "au point mort", bien que Sigmund Freud ait mis cette réalité en évidence dès la fin de la guerre 14/18.

Trois quarts de siècle plus tard, et bien que tant de guerres aient ensanglanté le monde, rien n’a évolué ou presque en matière de soins et de droit à réparation des blessures psychiques de guerre.

Le refus de reconnaître officiellement la GUERRE menée en Algérie justifiait tous les autres rejets dont la prise en compte des psychotraumatismes, amenant même un Ministre des ACVG - M. Philippe Mestre - a écrire, le 20 juin 1994 : "on peut considérer le poids des névroses de guerre comme mineur, presque marginal."

Pour sa part, l’A.R.A.C. - née dans la tourmente de la guerre 14/18 et comptant dans Ses rangs des hommes et des femmes victimes de tous les conflits depuis cette époque - s’emploie depuis des décennies à faire aboutir ce lourd dossier. Et aujourd’hui, alors qu’est enfin reconnue officiellement la guerre d’Algérie, l’A.R.A.C. en appelle, avec cette publication, à l’opinion publique et aux élus pour que soient enfin reconnues, soignées voir pensionnées le cas échéant, par l’Etat, les victimes de psychotraumatismes de guerre.

Dix hommes anéantis par la guerre, laissés sans aide depuis des décennies, pris au hasard parmi des milliers, montrent000 ici à quoi les a réduits l’injustice de la nation qui les avait appelés.

André FILLÈRE

I - Réalité des Névroses de guerre
 
Méthodologie

Dans le cadre de la préparation de ma thèse de Doctorat et pour une enquête parallèle de l’ARAC j’ai rencontré d’anciens soldats, qui tous se plaignaient de troubles psychiques liés à leur expérience d’opérations de guerre au Maroc, en Algérie, à Djibouti. Appelés ou engagés, ils furent de jeunes recrues étrangères à l’armée, envoyés dans une contrée méconnue. Ils avaient tous été reconnus aptes à le supporter lors des visites d’incorporation. Ces anciens soldats ont souffert, mais ne savaient pas qu’ils souffraient de là-bas.

Leur ayant garanti l’anonymat, ils ont accepté sans trop de difficulté de parler de leur expérience ; les rencontres ont duré de deux à trois heures, certains les trouvant trop longues, d’autres trop courtes. Les entretiens étaient libres, sans questions fixes, mais chacun d’entre eux prenait un même rythme. Ils parlaient de leur histoire : ce qu’ils étaient avant de partir à l’armée ; ce qu’ils avaient pensé alors, ce qu’étaient leurs jours et leurs nuits là-bas ; de leur retour et enfin, à présent, quarante ans plus tard, de ce qu’ils ressentent.

Chaque entretien a été résumé en mettant en évidence l’expérience personnelle et les démarches ultérieures entreprises.

Ces cas se sont imposés sans tri, en tant que dossiers de "névrose traumatique" traités par le Service Juridique de l’ARAC en 2000. Ils représentent la pointe "exprimée" de l’énorme iceberg des plaintes inexprimées en raison de l’issue systématiquement négative réservée par l’administration. Faute de statistiques françaises, rappelons les chiffres fournis par les enquêtes conduites aux Etats-Unis : près du tiers des vétérans du VietNam présentent une névrose traumatique et 53 % en en eu des symptômes, mais moins de 10 % énoncent une demande de soins.

Marie-Odile GODARD

Des ravages dans la pensée
 
1- Le trauma psychique :
 
Nous considérons le trauma comme une réaction psychique normale à une situation extérieure anormale. Le sujet a été inopinément envahi par une actualité innommable, incompatible avec sa propre histoire. Son psychisme la repousse donc, ou l’enferme tel un corps étranger susceptible de provoquer des ravages. S’en suivent, après un délai variable, des cauchemars et réminiscences répétitifs, des troubles de l’humeur, une instabilité, que le sujet cerne mal et ne peut exprimer. Ces désordres et les réminiscences accompagnantes ne s’altèrent pas, car il n’y a pas de passage du temps pour l’inconscient.
 
2 - Quelques rappels :
 
Un tel tableau, avec son lien à la guerre ou à une catastrophe est connu depuis des siècles. William Shakespeare le décrivit en 1598, à propos du chevalier Hotspur, dans sa tragédie "Henry IV". Mais il fallut attendre 1918, avec Sigmud Freud et K. Abraham, pour comprendre le mécanisme psychologique de la névrose et en déduire les solutions psychothérapeutiques. C’est sur ces avancées que s’est appuyée la démarche pionnière imposée par les Vétérans américains de la guerre du VietNam ; ce qui permit des enquêtes épidémiologiques puis la législation des Etats-Unis de 1979 avec la création des "Vet Celliers". Des mesures réglementaires et institutionnelles virent aussi le jour aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Finlande et en Norvège. Mais, à ce jour, rien de concret n’a encore été fait en France depuis le Rapport présenté en 1985. Les associations d’anciens combattants et des experts y montraient pourtant la fréquence du désarroi traumatique chez beaucoup des ex-soldats de la guerre d’Algérie : désinsertion socio-familiale, alcoolisme, suicides, tout en proposant des solutions.
 
3 - Immobilisme
 
L’existence du trauma psychique et de la névrose traumatique n’est toujours pas vraiment acceptée par l’administration, les tribunaux et la majorité du corps médical. On avance encore des objections sans valeur scientifique telles simulations, prédispositions, constitutions, etc. De même continue-t-on à requérir la preuve de faits ou d’évènements et, comme pour les blessures de membre, on s’obstine à exiger des médecins experts une évaluation quantitative de "l’invalidité" provoquée. L’insatisfaction des traumatisés demeure donc totale et la promesse - non tenue -du Secrétaire d’Etat (Déc.1998) comme quoi "1999 serait l’année des psychotraumatismes" n’a fait qu’aviver leur désarroi.

Bernard W. SIGG

Dix cas exemplaires :
 
 
D…
 
Né en 1938, originaire du Centre, marié, deux enfants, employé commercial. En Algérie de Novembre 1958 à décembre 1959.

CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

fut très perturbé par la trahison d’un camarade harki. Par la suite, n’avait plus confiance en quiconque.

  •  Bruit constant des tortures dans une salle spéciale à proximité de la chambrée.
  •  Ramassage de corps brûlés après arrosage au napalm ou de têtes coupées après une embuscade.
  •  Peur permanente.

    TROUBLES PASSÉS

    Resté 8 jours au centre de repos de Mo. fut déclaré asthénique. En permission en France : nerveux, angoissé, « à moitié tremblotant », au moment de repartir pour l’Algérie est tombé sur le quai. Hospitalisé à M. durant 4 mois et demi. Ne retournera jamais en Algérie. Les nuits, à son retour en France, étaient pires que les journées. S’est arrangé pour ne travailler que de nuit. S’endormait plus facilement au matin. La fatigue était forte ; il tombait et n’avait pas le temps de penser. Cauchemars, violences, insomnies, peurs. L’accumulation de situations déséquilibrantes a provoqué chez lui « l’asthénie » constatée à son retour en France.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Ces troubles ne se sont pas estompés, au contraire, avec la retraite ; ils se sont renforcés. Son agressivité et son sommeil très perturbé le persécutent depuis 40 ans : « J’ai des accès de violence, ça vient à la suite d’une lecture… Je vais prendre le métro et si un mec me bouscule ça va mal. » Il redoute le calme, le silence, l’obscurité nocturne car tout revient : « La nuit, c’est deux ou trois heures de sommeil puis après j’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose devant ou derrière. » Il est sans cesse sur le qui-vive.

    TRAITEMENTS

    D. a besoin de parler avec des anciens d’Algérie, mais n’a jamais trouvé d’espace pour le faire. Il veut que l’on calme son agressivité mais refuse de prendre des médicaments qui l’assomment. Il doit se contenter de séances de phytothérapie et d’acupuncture.

    ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré "apte au service" sans restriction. A servi en Algérie. Formule en octobre 1992 une demande de pension pour « névrose de guerre ». Rejet de l’Administration qui parle de « syndrome anxio-dépressif labile ». Recours de l’intéressé devant le Tribunal des Pensions. Rejet par le Tribunal des Pensions après expertise judiciaire au motif « d’absence de répercussions psychiques du temps militaire passé en Algérie pendant dix mois et huit jours ».

  •  Appel de l’intéressé. Rejet de la Cour qui relève « l’absence d’éléments traumatisants pendant le séjour en Algérie ».
  •  Recours devant la Commission Spéciale de Cassation des Pensions. Rejet du recours : pas de preuve de « faits de service précis » !
    G..
     

    Né en 1936, originaire de la région parisienne, ouvrier

    Incorporé le 6 septembre 1956, pour deux ans en Algérie, dans les montagnes à 1900 m d’altitude.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    Le noyau de son traumatisme apparaît dans une scène qui est vécue répétitivement : « C’est une opération. D’un seul coup on est encerclé et c’est là que toutes les horreurs viennent : c’est plus des balles, c’est des égorgements, j’ai assisté à ça. C’est dur pour moi d’oublier tout ça. »

    Après deux ou trois embuscades, il était dans un tel état qu’il a passé 165 jours à l’infirmerie. Personne n’a déterminé quelle était sa maladie. Il avait une obsession, rentrer dans ses foyers, mais dut repartir au combat.

    TROUBLES PASSÉS

    Au retour, les insomnies se sont installées, car dès l’endormissement il revivait des rêves traumatiques ce qui l’avait anéanti. Un an après son retour d’Algérie est entré à l’hôpital psychiatrique pour deux mois. Il était déprimé, angoissé.

    Se sentait mal partout ; hypernerveux, il s’enfuyait. A quitté sa famille pour l’étranger où il ne restait que fort peu de temps à chaque fois. Souvent malade, il dormait mal et abandonnait ses emplois. Insomnies et/ou cauchemars, : « je revoyais des scènes de ce qui s’est passé : on était dans l’opération et on faisait les ouvertures de routes. » Il n’en dira pas plus, l’évoquer c’est faire revenir la scène.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Depuis plus de 20 ans est suivi en médecine générale et en psychiatrie. Très nerveux, il sursaute au moindre bruit.

    Il garde une tendance à la dépression et subit des angoisses incoercibles.

    Pour se défendre contre celles-ci, il reste très peu à la maison, n’arrête pas de marcher. Il pense parfois que tout le monde lui en veut.

    Pour ne pas rêver, il préfère ne pas dormir.

    TRAITEMENTS

    « On ne peut pas soigner les traumatismes, dit-il, les médicaments ça aide à dormir mais le lendemain on repense aux même choses. On a toujours ça en nous ».

    Il prend : Sinox, Orap, Urbanil et Akineton retard.

    Avant, il prenait des médicaments beaucoup plus forts mais il a voulu réduire. Il rencontre un psychiatre, une fois par mois. Il parle et lui confie ses angoisses. Ils dialoguent, « c’est plus efficace que les médicaments », affirme-t-il.

    L’ASPECT JURIDIQUE

    A la visite d’incorporation, constat de troubles psychiques qualifiés "d’oligophrénie". Malgré ce surprenant diagnostic, équivalent à une débilité profonde, est déclaré "apte au service" et envoyé en Algérie.

    Obtient une pension pour névrose traumatique de guerre, au taux de 25%, à compter du 18 juin 1997.

    L’administration ne lui accorde que ce taux de 25% "imputable"(*), reconnaissant par contre un taux de 100% à titre « documentaire », donc non « imputable », pour « oligophrénie - troubles caractériels - troubles obsessionnels ». (**)

    L’Administration considère qu’il est atteint de 2 infirmités différentes : une névrose traumatique imputable au taux de 25% et lui ouvrant droit à pension. La seconde pour « oligophrénie » au taux de 100% mais à titre documentaire n’ouvrant pas droit à pension.

    Une telle position est incohérente aussi bien juridiquement que psychologiquement.

    (*)NB : Imputabilité au service : relation certaine directe et déterminante de cause à effet avec le service.

    (**)Commentaire : dans la vie civile un tel diagnostic (mélange contradictoire) aurait entraîné une réforme immédiate et peut-être même une hospitalisation !  

    H..
     

    Né en 1933, originaire du Poitou, marié, chimiste.

    Résilie son sursis en 1959, tout en affirmant être "pour l’Algérie algérienne".

    Envoyé en Algérie de 1959 à 1961.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    Opposé à la guerre, il se sent envahi par l’ennui et la contrariété.

    Il n’évoque aucun souvenir de combat et de guerre.

    Ses troubles sont apparus lors de son affectation dans un lieu où l’on torturait. Il aurait voulu tirer sur ses camarades et partir avec les Algériens. « Ils ont dit que je simulais la folie alors que j’étais en pleine crise de démence. On m’a intercepté dans le djebel ». Il ne s’en souvient pas, on le lui a raconté.

    TROUBLES PASSÉS

    Evacué à Marseille, le diagnostic porté est : schizophrénie, ou tumeur, ou simulation !

    Au retour, H. essaye de reprendre son travail mais a perdu confiance en lui et « ne supporte pas les indiscrétions des collègues. » Soit il partait, soit on lui demandait de partir.

    Dépressions nerveuses et repli sur soi, cauchemars, insomnies.

    Impression d’être dédaigné ou insulté.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    H… ne sort plus seul de chez lui, mais uniquement avec sa femme, ou un camarade. Souvent très anxieux, il s’en défend en pensant qu’il n’est pas n’importe qui. A ce titre il entretient une correspondance avec les « grands » de ce monde. Quand il perd le contact avec la réalité il se sent « l’impie devant l’élu »

    TRAITEMENTS

    Pour calmer son anxiété, prend du Lexomil, du Nozinan le soir et du Tofranil le matin. Tous les deux mois en relation avec un psychiatre, pour réajuster les prescriptions.

    ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré apte pour le service à la visite d’incorporation avec R.A.S. : (rien à signaler) pour le psychisme et envoyé en Algérie.

    Dans les délais de présomption (soit plus de quatre-vingt-dix jours après l’incorporation) est hospitalisé pour des troubles psychiques en raison desquels il est pensionné au titre de la présomption et non en vertu du décret du 10 janvier 1992.

    Sur demande de reconnaissance d’imputabilité par preuve d’origine pour névrose traumatique, refus de l’Administration qui allègue une absence de "preuve de faits de service précis"(*), maladie et non-blessure et refuse le diagnostic de névrose traumatique.

    (*) voir chapitre juridique

    M..
     

    Né en 1946, originaire de l’Est, divorcé, deux enfants, postier ambulant.

    Engagé volontaire pour Djibouti en 1964 ; y est resté de 1%5 à 1967.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    Très vite, M. n’a pu supporter la vie militaire : il est entré en conflit avec ses supérieurs hiérarchiques et a subi, en contrecoup, des brimades.

    Un accident survient où il voit mourir à côté de lui un jeune appelé. II reste durant 10 heures à côté de lui. Il voyait un os sortir de la cuisse du mort tandis que lui-même avait une jambe écrasée ; il pensait que lui aussi allait mourir.

    TROUBLES PASSÉS

    Rentré en France en 1968, il est opéré du genou gauche en 1969 puis du genou droit en 1974.

    Embauché aux PTT, toujours malade, il est très vite considéré comme "fou ". Il divorce, puis est mis en longue maladie.

    A partir de l’accident il a toujours eu des cauchemars. Il se réveillait, avait froid. Il revoyait son accident.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    A 53 ans, M. est un homme marqué :

  •  revit son accident, de jour, comme de nuit. Il y est fixé, car il a cru qu’il allait en mourir.
  •  les séquelles de cet accident sont non seulement physiques mais aussi psychiques ;
  •  lorsqu’il voit un film ou entend un bruit qui peut lui rappeler la guerre, cela provoque émotions, cauchemars ou rêves traumatiques ;
  •  il a des troubles de concentration, perd très facilement le cours de la conversation et saute d’une idée à l’autre ;
  •  il est toujours inquiet, sur le qui-vive ;
  •  il a de plus en plus de problèmes avec ses proches ; il a du mal à garder longtemps une amie ;
  •  tout son entourage le reconnaît « malade », chacun s’éloigne de lui. Les psychiatres et psychologues qui le suivent, le présentent comme un "malade type", mais les experts de l’armée n’ont pas pris ses troubles psychiques en considération.

    TRAITEMENTS

    Il est sous Largactil , Rohypnol et Tranxène. Le Lithium avait été essayé à deux reprises sans amélioration.

    Il est régulièrement hospitalisé après chacun de ses « jugements ». L’armée ne lui reconnaît pas son invalidité psychique pourtant patente.

    Suivi hospitalier.

    ASPECT JURIDIQUE Déclaré apte au service sans problèmes psychiques.

    Seules les séquelles traumatiques physiques de son accident sont pensionnées.

    Refus de l’administration pour la névrose traumatique : motifs, pas de névrose traumatique mais "psychose paranoïaque" (*).

    (*) Commentaire : un tel diagnostic (psychose grave) pris au sérieux aurait dû normalement entraîner la reforme.

    Ro..
     

    Né en 1937, originaire de Champagne, marié, deux enfants, agent hospitalier.

    Mobilisé en janvier 1958. Envoyé dans l’Est algérien de janvier 1959 à avril 1960.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    Bien qu’appartenant au service de santé, fin contraint de participer à des fouilles brutales ; voit un médecin faire feu, entend - la nuit - les cris des torturés et - "de garde"- doit panser des blessures ainsi causées.

    Ses supérieurs, anciens d’Indochine, lui interdisent de réagir et de parler. Ils le menacent : "Ferme ta gueule… si tu veux revoir ton fils !".

    La terreur s’installe en lui, accentuée par l’angoisse des attentats, et se perpétue jusqu’à présent. Se dit aussi "travaillé pour les regroupements (*)" de civils.

    TROUBLES PASSÉS

    L’état de peur et d’asthénie se manifeste dès son retour en France, à l’été 1960, alors qu’il n’avait jamais rien éprouvé de tel (reconnu en parfaite santé aux 3 jours et à l’incorporation).

    Ne consultera que 5 ans plus tard, appréhendant de "fouiller" dans ce passé horrifiant. Syndrome dépressif avec premier traitement de 11 mois en 1971, puis à nouveau en 1986 pour 21 mois.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Angoisse, peurs et reviviscences extrêmement vives, cauchemars de guerre avec réactions agressives. Réduit activités et sorties. Semi-mutisme en famille.

    TRAITEMENTS

    Exclusivement médicamenteux avec congés de longue durée et hospitalisations.

    ASPECT JURIDIQUE

    Demande de pension pour névrose traumatique en avril 1991 et rejet par l’Administration pour : « absence de névrose traumatique ».

    Sur recours, obtient satisfaction par jugement du Tribunal des Pensions 1998.

    Sur appel de l’Administration, rejet par la Cour Régionale des Pensions : "absence de preuve de faits de service précis à l’origine de cette névrose traumatique. Les conditions générales du service en Algérie ne sont pas des faits précis".

    Recours de l’intéressé devant la Commission Spéciale de Cassation des Pensions. En attente d’un arrêt de la Cour Suprême.

    André FILLERE

    (*) Après destruction de son habitat, près de 20% de la population algérienne fut déplacée et enfermée dans des « camps de regroupement », lors de l’établissement des « zones interdites ».

    Ru..
     

    Né en 1936, originaire de Camargue, marié, dessinateur industriel.

    Incorporé en Algérie dans une unité de retour d’Indochine, (bataillon disciplinaire), toujours au contact des combattants algériens.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    A subi une accumulation de chocs :

  •  la torture : « on mettait les prisonniers dans des tonneaux plein d’eau, des semaines durant » ; - les razzias dans les villages ;
  •  la honte d’avoir été incité à violer ;
  •  la participation à de nombreuses opérations militaires, et le retour de corps « noircis » par le napalm ;
  •  son départ en opération : un jour, il insiste pour porter la radio, plus lourde que la batterie afin de soulager son copain dysentérique. Ils étaient trois, le premier meurt d’une balle dans le ventre, l’autre de deux balles dans la tête et lui reçoit des balles dans les jambes. "Depuis ce jour tout a chaviré".

    TROUBLES PASSÉS

    Au retour, deux ans d’hôpital car il ne pouvait plus marcher. Opéré 13 fois, a subi des greffes.

    Ses troubles sont physiques et psychiques : boiterie cicatrices multiples et flash-back (réminiscences) envahissants.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Des flash-back persistent. Il sursaute dès qu’il y a un bruit, une explosion de pot d’échappement par exemple. Il ne supporte même pas les cris de ses petits enfants.

    Il marche difficilement, a des cicatrices partout, ce qui l’empêche d’aller à la plage car tout le monde le regarderait.

    TRAITEMENTS

    Semble faire un effort immense pour se sortir de ses propres tourments. Il n’arrête pas d’agir pour ses amis en détresse. En les soulageant, il se soulage lui-même. Lorsqu’il entend des échos d’un autre traumatisme de guerre, comme cela fut le cas durant notre rencontre, il est bouleversé et renvoyé à sa propre douleur.

    ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré apte au service sans aucun problème psychique ou psychologique. Sert en Algérie où il est grièvement blessé par balles en juillet 1957. Obtient une pension militaire d’invalidité pour les séquelles de ces blessures par balles.

    Il formule en 1988 une demande de pension pour « névrose de guerre ». Rejet de l’Administration du fait d’un médecin de celle-ci qui porte le diagnostic « état anxieux constitutionnel avec inquiétudes sur son avenir professionnel ».

    Sur recours de l’intéressé, le tribunal des pensions lui donne satisfaction après expertise favorable d’un Expert judiciaire.

    Appel de l’Administration : la Cour réforme le jugement de première instance et rejette la demande pour « névrose traumatique ».

    S..
     

    Né en 1936, originaire du Roussillon, marié, trois enfants, viticulteur. Basé à Affreville, à 100 km d’Alger, de juin 1958 à mai 1960.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES L’accumulation de ce qu’il a vu l’a progressivement perturbé :

  •  tortures à l’électricité,
  •  viols,
  •  femme enceinte égorgée,
  •  embuscade à l’issue de laquelle il a ramassé des corps carbonisés "grands comme des poupées", dont la tête se détachait toute seule ; pendant 15 jours : il n’a pu ni dormir ni même manger : l’odeur l’obsédait.

    TROUBLES PASSÉS

    A son retour, non seulement les nuits étaient difficiles, avec des cauchemars où il était à nouveau en action, mais il ressentait un décalage avec ceux qui l’entouraient. Il se sentait jugé.

    Son principal problème : les cauchemars continuels.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    La nuit à partir de 2 ou 3h du matin a des rêves où il revit les scènes, l’odeur, les tortures… Le jour, est en proie à des absences durant lesquelles il revit certaines scènes d’Algérie.

    Ce qui demeure et le persécute ce sont la vigilance perpétuelle, la peur des autres, les sursauts, les colères excessives et la disparition de ce qu’il appelle « son côté sentimental ».

    TRAITEMENTS

    Lorsqu’il allait mal, il pensait que les travaux agricoles étaient la "cause de tout", et ne se soignait donc pas. Plus tard il a pris des cachets pour la fatigue, pour le sommeil.

    ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré apte au service : rien n’a été décelé à la visite médicale d’incorporation. Rejet de la névrose traumatique car ne rapporte pas la preuve de "faits de service précis" à l’origine de cette "infirmité". Les conditions générales du service en Algérie ne constituent pas ces « faits précis » pour l’Administration et les juges.

    Rejet du tribunal des Pensions.

    Rejet de la Cour régionale des pensions.

    Sur recours de l’intéressé auprès de la Commission Spéciale de Cassation des pensions : rejet définitif par cette Commission avec toujours la même motivation : personnalité impulsive donc d’origine constitutionnelle et troubles psychiques non imputables pour absence de "tout fait particulier de service subi en Algérie qui ne peut être constitué par la circonstance qu’il a été soumis à 185 jours d’actions de feu ou de combat".

    Commentaire : La motivation de la Cour Suprême est toujours la même. Elle interprète très restrictivement le décret du 10 janvier 1992 en exigeant toujours de rapporter la preuve de faits précis de service et non de conditions générales de service

    Sa..
     

    Né en 1934 originaire de Camargue, célibataire, ex-artisan menuisier. En tant que soutien de famille a contesté sa mobilisation. Affecté durant 21 mois à la frontière Algéro-Marocaine.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

  •  Refus d’aller à la guerre et douleur de la séparation d’avec sa famille ont provoqué son isolement dans l’armée.
  •  Sentiment de solitude devant le danger, impression d’être à la merci de l’adversaire.
  •  Peur d’entendre « l’ennemi » parler sans le voir.
  •  Terreur d’avoir à se servir de son arme, pour tuer ou pour blesser.

    La journée se passait bien mais la nuit, en montant la garde, il avait peur. Pour se calmer il décomptait les minutes et les secondes qui lui restaient à faire.

    Une nuit il est resté paralysé, à la merci de l’assaillant. Ces paralysies l’ont entraîné dans ce qu’il appelle "la dépression".

    TROUBLES PASSÉS

    De retour du service militaire, à la reprise de son activité professionnelle tout lui apparaissait déformé. Il est alors brusquement tombé sans connaissance puis a souffert de :

  •  hallucinations visuelles qui le terrorisaient,
  •  sentiment de culpabilité alors qu’il n’avait tué personne et le criait haut et fort,
  •  cauchemars,
  •  peurs incoercibles qui l’on amené à tenter de se suicider en se jetant deux fois dans la cage d’escalier de l’hôpital, puis en avalant des médicaments.

    TROUBLES RÉSIDUELS

  •  cauchemars d’anéantissement de tous les membres de sa famille. - peurs soudaines.
  •  sentiment de persécution par son entourage,
  •  dépressions régulières.
  •  pertes de mémoire
  •  angoisse constante.

    TRAITEMENTS

    Cure de sommeil en hôpital psychiatrique, puis cure de Sakel (comas insuliniques provoqués) et des électrochocs.

    Sa… prend actuellement du Laroxil 50, du Xanax.

    Toutes les semaines, il rencontre une psychologue et tous les 15 ou 20 jours un psychiatre. Chaque jour il est reçu dans un centre où il peut déjeuner et se distraire.

    L’ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré apte au service. Rien n’a été décelé à l’incorporation.

    Rejet par l’Administration de sa demande de pension pour névrose traumatique.

    Sur recours de l’intéressé, le Tribunal des pensions de M. fait droit à sa demande avec un taux de 90%.

    Le Secrétaire d’Etat aux anciens combattants interjeta appel de ce jugement.

    La Cour régionale des Pensions d’A. ne s’est pas encore prononcée.

    T…
     

    Né en 1941, originaire des Ardennes. Divorcé, remarié, deux enfants, retraité SNCF. Après avoir refusé à deux reprises de se présenter au conseil de révision du fait de ses opinions politiques, il part en Algérie de 1961 à 1962. Il fait ses classes dans une annexe de Maison blanche puis est envoyé dans la Mitidja, et enfin dans le Constantinois.

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    Militant pacifiste, résiste à l’armée : il « ne veut pas tuer ».

    Affecté dans l’aviation, subit des brimades et des vexations continuelles.

    Missions, embuscades se succèdent, avec la peur au ventre. Certaines sorties se sont faites sans munitions à titre de sanction pour son attitude opposante.

    Vision de l’exécution de paysans ; hurlements sous la torture de gamins de 14 ans. T. placarde de petits papillons « Paix en Algérie » ; dénoncé, il est "puni de la soute à munitions" : travail extrêmement dangereux. L’armée l’a sciemment plusieurs fois mis en danger de mort, dit-il.

    TROUBLES PASSÉS

    Il a eu des crises de dépression et quelques "saoulographies".

    En permission en France, T. a souffert de « crises névropathiques » et d’accès de « nervosisme » (sic). Lors d’une grande colère, après sa démobilisation, les gendarmes sont venus ; T. s’est retrouvé avec la camisole de force, à l’asile.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Persistent des colères, peurs, cauchemars, ainsi que des crises de dysenterie amibienne. Son état semble s’aggraver. Il ne peut plus se déplacer sans sa femme.

    Depuis que les gendarmes sont venus le chercher, lors de l’incorporation, il a toujours peur des gens, sans cause apparente ; il se met à suer et trembler et s’il est en voiture il fait demi-tour.

    TRAITEMENTS

    « J’ai un traitement important :18 cachets par jour. »

    Il rencontre toutes les deux ou trois semaines un psychiatre. Il a l’impression que les troubles s’amplifient d’année en année, ce que sa femme confirme.

    L’ASPECT JURIDIQUE

    Déclaré apte pour le service.

    Demande de pension pour « névrose traumatique ».

    Rejet par l’Administration en divisant arbitrairement les troubles en deux infirmités : « troubles anxiodépressifs », non imputables, et « absence de névrose traumatique ».

    Recours devant le Tribunal qui ne reconnaît qu’une seule et même infirmité : « névrose traumatique » imputable au taux de 40%.

    Appel de l’Administration : affaire pendante devant la Cour Régionale des Pensions.

    V…
     

    Né en 1940, originaire de la région parisienne, marié, deux enfants, commerçant. Part en Algérie en 1960, pendant 26 mois. Affecté au « train » durant 4 mois près d’Alger, est muté à Oran puis Mostaganem, dans un régiment d’infanterie ; en réalité est affecté à un centre de renseignements (DOP).

    CIRCONSTANCES TRAUMATISANTES

    V… s’est aperçu progressivement de ce que le mot « renseignement » cachait. Quand il a compris, il a été conduit à l’hôpital après avoir fait un énorme oedème d’origine à la fois psychosomatique et allergique ; « Il y a eu un interrogatoire de prisonnier ; on nous a interdit de sortir de notre chambre, mais j’ai entendu. J’ai subi un choc, un traumatisme très violent ».

    Evanouissements répétés.

    Plus tard, fait 8 jours de prison à la Légion pour une peccadille ; là aussi il entend un légionnaire déserteur récidiviste se faire passer à tabac avec tentative de meurtre. Il est terrorisé. « J’ai cru que j’allais y passer ».

    On l’a forcé à torturer et à aider pour les interrogatoires ; les autres fois, la menace était sous-entendue.

    TROUBLES PASSÉS

    « Quand je suis rentré, ça s’est mal passé jusqu’à ce jour ».

    A perdu ses poils et ses cheveux. Sa vue a diminué. De 70 kilos, il n’en pesait plus que 50 au retour et ne reprit jamais son poids.

    Cauchemars toutes les nuits pendant des années et épisodiquement jusqu’à maintenant : « Ils tournaient pratiquement tous autour de prisonniers et de tortures… il y en avait d’autres, soit j’étais poursuivi, soit je poursuivais ; et, le jour, c’était des demi-rêves, tout cela se mélangeait ».

    En section, malade de l’estomac, son caractère a changé ; il se bat avec ses camarades.

    De retour dans le civil, extrêmement nerveux, ne supporte pas d’être suivi à moins de trois mètres dans la rue. Toujours sur le qui vive, il a des difficultés à prendre le métro, se plaque toujours le dos contre une porte.

    TROUBLES RÉSIDUELS

    Considéré comme incapable de travailler, abandonne tous ses emplois. 11 est à présent en préretraite ; son médecin considère qu’il est en état de « misère physiologique ».

    A eu des vertiges et des maux de tête terribles ; pensait devenir fou ; fut tenté de se jeter par la fenêtre. Disparition persistante de la pilosité sur tout le corps.

    TRAITEMENTS

    Médicaments divers pour l’estomac, pour les vertiges. Valium pour dormir et Tranxène pour se calmer.

    L’ASPECT JURIDIQUE

    « Je dois ça à l’armée française qui m’a incorporé dans un centre de renseignement où j’ai vu et fait des choses qui étaient contre ma morale et ma volonté. Je ne me suis pas porté volontaire dans ce centre ; on m’a incorporé d’office et de force J’ai été traumatisé à vie : on me doit réparation. »

    Déclaré apte au service à l’incorporation, effectue près de deux ans de service en Algérie. Formule une demande de pension pour névrose traumatique rejetée par l’Administration après avoir « décompté » sa demande en six infirmités :
    névrose,
    gastrite,
    vertiges,
    acouphènes (bruits parasites),
    hypoacousie (semi surdité »),
    affaissement voûtes plantaires

    Recours de l’intéressé devant le Tribunal qui reconnaît l’existence de « faits précis de service » et, « avant dire droit », ordonne une expertise médicale.

    Commentaires

    Frappante est la constance de la peur chez tous les interviewés. Cette peur, qui persiste aujourd’hui, a ceci de remarquable qu’elle est plus rapportée aux menaces de la hiérarchie qu’à la crainte d’attentats ou d’attaques.

    Autre trait constant : la durée des troubles entre trente et quarante ans, ainsi que celle des actions juridiques menées pour faire reconnaître la névrose traumatique, délais qui entraînèrent souvent une aggravation.

    Précisons encore que :

    1) A l’incorporation une visite médicale, parfois des tests psychologiques, avaient lieu. Le " bon pour le service " impliquait que nulle anomalie n’avait été constatée ou que, à tout le moins, elle était jugée sans conséquences. En foi de quoi, les troubles apparus durant la vie militaire relèvent logiquement de la responsabilité de l’armée.

    2) Chaque sujet exprime le besoin de parler. Le soulagement lié au fait qu’on l’écoute est d’autant plus grand que la détresse consécutive au trauma n’a jamais été vraiment reconnue.

    3) Les troubles ressentis touchent tous au rapport avec la mort : angoisse d’être tué ou d’avoir à tuer, tortures, cauchemars, ramassage de cadavres, etc.

    4) La majorité des sujets aurait aimé trouver un endroit "thérapeutique" où pouvoir se raconter et se souvenir à plusieurs. "On n’est pas fous… on n’a pas pu supporter les choses folles qu’on a vues". Le fait pour certains d’avoir échoué en hôpital psychiatrique est très mal supporté.

    Il est à constater que, dans presque tous les cas, il n’y a pas eu de traitement adéquat ou suffisant ; pas de psychothérapie, surtout. L’existence de centres psychothérapeutiques, proches et gratuits, à l’image de ceux existant aux Etats-Unis pour les Vétérans du Vietnam, les Vet-Centers, apparaît comme la perspective idéale.

    En conclusion, il s’agit de cas typiques de névrose traumatique de guerre (PTSD dans la terminologie psychiatrique des USA), ignorés ou mal traités par le service de santé des armées.

    Marie-Odile GODARD et Bernard W. SIGG

    II - Réparation des blessures et invalidités de guerre

    Jusqu’au 31 mars 1919, la loi du 14 avril 1831 réglait les rapports de l’Armée avec les militaires inaptes à la poursuite du service.

    Deux solutions : la retraite pour les officiers, le congé pour les sous-officiers et les soldats. La retraite permettait de vivre sans travailler. Le congé obligeant à travailler pour survivre.

    En cas de blessure grave, incurable qui obligeait à quitter l’armée, une pension de retraite anticipée était versée. Son montant dépendait du nombre d’année de service et des montants minimum / maximum de la pension d’ancienneté du grade.

    L’afflux de mutilés durant la guerre de 14/18 allait obliger à tout transformer et, le 1« juillet 1915, un "Sous Secrétaire d’État au service de la santé" était nommé.

    Parallèlement, il fallait rééduquer les mutilés et les réinsérer professionnellement. D’où une succession d’offices nationaux, tels l’"Office national des Mutilés et Réformés de guerre", (loi du 2 mars 1916), l’Office national des combattants et victimes de guerre et l’Office national des Pupilles de la nation qui fusionneront les 11 mai 1933 et 19 avril 1934 pour devenir le 17 juin 1946 l’Office national des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONAC).

    Le 9 décembre 1916, une loi instituait l’allocation temporaire mensuelle et les députés adoptaient une disposition capitale devenue caractéristique majeure de la législation française : la présomption d’origine.

    En clair, cela signifie que l’Armée ne peut prétendre qu’un réformé était malade avant son service, lorsqu’elle l’a déclaré « bon pour le service » après visite médicale d’incorporation. S’il était malade, l’Armée devait le renvoyer dans ses foyers. Par conséquent, s’il est malade en sortant, le service y est pour quelque chose.

    Une notion non négligeable on le voit au fil des pages, et à laquelle tourne le dos l’administration en invoquant des antécédents médicaux pour nier la responsabilité de l’Armée dans les psychotraumatismes de guerre.

    La loi du 31 mars 1919, adoptée sous la pression immense de la cohorte des blessés et mutilés, allait codifier un véritable "droit à réparation" sous la responsabilité d’un Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre, outil unique au monde par son articulation entre les services centraux, les services déconcentrés (Direction Interdépartementale du Ministère ACVG) et les services départementaux dépendant de l’Office national des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

    Aujourd’hui, ce Ministère - après être devenu Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre - s’intitule Secrétariat d’Etat à la défense ayant en charge les Anciens Combattants (SEDAC).

    Soi disant "adossé" au Ministère de la défense (en réalité quasi absorbé par lui) le SEDAC doit faire face à deux tutelles en dépit de son autonomie apparente (un Secrétariat d’État et un budget autonome) : celle de la Défense, à laquelle s’ajoute - encore plus drastique - celle du Ministère du Budget ("Les Finances"). Ses contrôleurs financiers sont omniprésents dans tous les services clefs, tandis que les Commissaires du Gouvernement ont mission de n’accorder qu’un minimum de pensions et de faire appel contre celles qui sont concédées.

    C’est dans un tel contexte que la reconnaissance officielle des psychonévroses de guerre, leur soin et leur pensionnement éventuel doivent se frayer un chemin.

    III - Le droit français et les traumas psychiques

    Le Code des Pensions Militaires d’Invalidité, qui existe depuis la charte de 1919, et son corollaire le Guide barème des Pensions Militaires d’Invalidité prévoyaient expressément le problème des névroses en considérant que celle-ci étaient des maladies.

    Elles y étaient donc décrites comme des états neuro-psychasthéniques (neurasthénie - psychasthénie - névrose d’angoisse - phobies et obsessions…) qui auraient comme nature fondamentale d’être des « états conscients relativement peu graves », caractérisés soit par « l’épuisement nerveux » soit par « l’hyperémotivité anxieuse ».

    Le Guide barème ajoute que leur étiologie consisterait le plus souvent dans le surmenage physique et émotionnel ou les antécédents infectieux, et leur invalidité ne devrait jamais dépasser 50%, sinon on se trouverait en face d’un cas de « psychose ».

    Ces soi-disant névroses pourraient être également décrites comme des états pithiatiques ou hystériques (les intéressés étant indemnes de toute espèce de lésion organique associée), mais aussi comme des troubles moteurs fonctionnels (tics - spasmes de torsion -torticolis - tremblements de formes diverses…).

    Munie de ces données médicales anciennes qui ne tenaient pas compte de l’évolution de la psychiatrie, l’Administration affirmait le plus souvent qu’il s’agissait de troubles « d’origine constitutionnelle » et « sans rapport avec le service » en les qualifiant de schizophrénie, psychasthénie, troubles neurovégétatifs, troubles psychiques, etc.

    Il suffisait qu’à l’examen médical d’incorporation aient été notés des tremblements, une certaine angoisse ou une certaine agressivité, pour que la notion « d’état antérieur au service » soit retenue et que soit, à posteriori, contestée l’imputabilité de ces troubles.

    Ceux-ci n’étaient pensionnés que lorsque l’intéressé pouvait bénéficier de la présomption d’origine et, même dans ce cas, l’Administration soutenait avec plus ou moins de succès que la preuve contraire était rapportée en invoquant un « état constitutionnel », donc antérieur au service.

    • C’est dans ces conditions, et suite aux progrès des théories psychologiques, que des Commissions se réunirent, composées de représentants du Ministère des Anciens Combattants, de psychiatres, psychologues, psychanalystes… et de représentants d’Associations d’Anciens Combattants.

    Suite au travail de ces Commissions, fut pris le décret du 10 janvier 1992 reconnaissant les névroses traumatiques, et acceptée la réalité des traumatismes psychiques en tant que traumatismes et non plus maladies.

    Ce décret pouvait donc apparaître comme une avancée importante, tant sur le plan théorique que juridique. Malheureusement, cet « élan » juridique fut rapidement freiné par la circulaire 616 B prise par l’Administration pour l’application du décret ; et, bien qu’elle n’eût aucun caractère réglementaire et donc aucune légitimité légale, l’Administration se référait perpétuellement et principalement à ce texte.

    Or, la circulaire allait jusqu’à contredire de façon évidente et la lettre et l’esprit du décret, ajoutant des conditions supplémentaires audit décret, par exemple : l’exigence que l’intéressé ait été confronté à sa propre mort.

    Les décisions des Tribunaux et des Cours Régionales sont aujourd’hui loin d’être unanimes, voire même souvent contradictoires. Et, lorsque l’affaire arrive au niveau de la Commission Spéciale de Cassation des Pensions (Cour Suprême en l’espèce), celle-ci interprète de façon très restrictive le décret du 10 janvier 1992.

    Elle continue en effet à se placer sur le terrain de la preuve telle que prévue par l’article L. 2 du Code des Pensions (loi du 9 septembre 1941) et par la législation antérieure (1919). Les intéressés doivent donc obligatoirement faire « la preuve d’un ou de plusieurs faits de service précis » à l’origine de leur névrose traumatique, ce qui va à l’encontre du mécanisme connu de cette névrose.

    De plus, les Magistrats ont tendance à considérer que les circonstances rapportées par les intéressés ne constituent pas des « faits précis de service » mais seulement des conditions générales de service auxquelles sont soumis tous les militaires. Et ces conditions générales de service, selon une Jurisprudence constante de la Commission Spéciale de Cassation des Pensions, n’ouvrent pas droit à pension.

    Enfin, il apparaît de toute évidence que certains Magistrats répugnent à ouvrir le dossier de l’Algérie et à admettre tout ce qui a pu être vécu par les soldats du contingent là-bas.

    • Un petit pas en avant vient cependant d’être accompli du fait de la remise en cause par l’Administration de la fameuse circulaire 616 B et la production d’une circulaire plus souple.

    En matière de pension militaire d’invalidité, selon la législation actuelle toujours en vigueur depuis la charte de 1919, l’accès aux soins gratuits n’est ouvert que si l’intéressé est titulaire d’une pension militaire d’invalidité. Les névrosés traumatiques de guerre n’obtiennent donc le bénéfice des soins gratuits qu’après avoir vu reconnaître leur droit à pension.

    Mais qu’advient-il des familles ? Les spécialistes soulignent en effet l’impact de la névrose traumatique sur la cellule familiale (épouse -enfants). Or, rien n’est prévu pour eux. Il serait pourtant indispensable que la famille puisse bénéficier d’une aide psychothérapeutique au titre des soins gratuits dès lors que l’ancien combattant ou traumatisé est pensionné.

    En ce qui concerne l’imputabilité de la névrose traumatique, la nouvelle circulaire présente certes une avancée nouvelle, mais encore bien insuffisante.

    • Compte tenu de l’archaïsme des textes en cette matière, en pleine inadéquation avec les connaissances nouvelles concernant les traumatismes psychiques et leurs suites, seule une nouvelle loi votée par k Parlement pourra mettre fin à une violation constante du droit à réparation et aux soins.

    Texte de loi qui devrait être le suivant :

    « Est imputable par preuve d’origine, toute névrose traumatique sans condition de délais ni de continuité de soins, avec possibilité laissée à l’Administration de rapporter la preuve contraire ».

    Simultanément, en dérogation au Code des Pensions Militaires d’Invalidité, devrait être reconnue aux névrosés traumatiques la possibilité de se faire soigner en bénéficiant des soins gratuits sans être encore pensionnés.

    Jacqueline THABEAULT-ALCANDRE

    IV - Quarante ans après, que faire ?
     
    Les parlementaires doivent légiférer.
     
    Au terme de cette étude, un constat s’impose : le droit à réparation en matière de psychotraumatismes de guerre demeure à concrétiser.

    A l’évidence, un décret - si bien intentionné soit-il - peut toujours être détourné, vidé de son contenu, par la première circulaire d’application venue… Et son interprétation par les juridictions des pensions peut être encore plus restrictive, avec - au bout - le rejet ou l’appel du Commissaire du gouvernement.

    Quant au droit le plus élémentaire - mais non le moins fondamental, - le droit aux soins, il est sans réalité encore. Aucune structure de proximité départementale, pas d’experts, de personnels soignant, pas de soins gratuits, rien de prévu pour associer les familles ni le soutien d’Anciens Combattants des mêmes conflits.

    Face à ce mur administratif s’appuyant sur l’absence d’une volonté politique gouvernementale d’aller au fond de la solution du problème, un constat s’impose :

    Il appartient au Parlement et aux élus à tous niveaux de contraindre le gouvernement.

    Nous attendons d’eux l’élaboration et le vote d’une loi permettant que soit respecté l’exercice du droit à réparation, inséparable - au plan des psychonévroses - à mettre en accord les intentions déclarées publiquement et la pratique de terrain.

    • du développement d’un secteur important et encore souvent délaissé de la santé publique nationale.

    • Nous attendons d’eux un texte législatif incontournable définissant et mettant en place les moyens indispensables à la mise en oeuvre complète de toutes les conclusions de la commission officielle en matière de soins gratuits, de structures de proximité, de personnels qualifiés et - si nécessaire -d’attributions de pensions correspondant à la nature et à la valeur du droit à réparation des victimes concernées.

    Si l’exécutif s’y refuse, c’est au législatif de l’y obliger.

    Dans cette démarche, les Anciens Combattants et Victimes de Guerre, leur Mouvement Associatif et tous ceux qui - professionnels de la santé ou non - voudront s’y associer, seront côte à côte dans l’action pour aboutir. A chacun d’assumer ses responsabilités et d’agir d’urgence, car quatre décennies ont déjà été perdues.

    André FILLERE

    ANNEXES
     
    Quelques propositions de lectures :

    en français : • FREUD Sigmund « Introduction à la psychanalyse des névroses de guerre » (1919) - Les Œuvres Complètes

    • EISSLER K. R. « Freud sur le front des névroses de guerre » - PUF 1979

    • BARROIS C. « Les névroses traumatiques » - Dunod 1988

    • Colloque de la M.I.R.E « Les traumas dans le psychique et la culture » compte-rendu du colloque de la MIRE "Les traumatismes dans le psychisme et la culture", ss dir. Doray & Louzoun. Ed. érès 1997

    • SIGG B.W. « Le silence et la honte - névroses de la guerre d’Algérie » - Messidor 1989 (à l’A.R.A.C.)

    en anglo-américain :

    • « The Viet vet survival guide » - C. Kubey & al. Ballantine books, New York 1985

    • « Vietnam, a case book » - J. Lindy & al. - Brunner/Mazel, New York 1988

    • « Recovering from the war - a woman’s guide to helping your Vietnam vet, your family and yourself » - Patience Mason - Penguin books 1990

    • « Post-traumatic stress disorders - a handbook for clinicians » - Tom Williams ed. publié par Disable American Veterans

    Des suggestions pratiques

    Il n’est pas toujours aisé de demander réparation des séquelles engendrées par la guerre…

    Et il est souvent plus difficile encore d’obtenir une pension, voire la pension correspondant au préjudice subi… A plus forte raison s’il s’agit de psychotraumatismes de guerre.

    II faut titre conseille, aide, soutenu et défendu pour accomplir ce « parcours de l’ex-combattant ».

    Si vous êtes dans cette situation, si vous connaissez des hommes ou des femmes pouvant prétendre à ce droit a réparation, a cette dette de la Nation …

    … prenez contact avec notre Service Juridique national.
    2, place du Méridien
    94807 VILLEJUIF Cedex
    Tel. : 01-42-11-11-13

  •  Fax : 01-42-11-11-10

    II vous conseillera, vous aidera à formuler votre demande de pension ou d’aggravation de pension déjà obtenue ; il vous mettra en relation avec des spécialistes médicaux et judiciaires qui défendront votre dossier.

    REMERCIEMENTS

    La réalisation du « Dossier pourpre » a été décidée par le 49ème Congrès national de l’A.R.A.C. face à l’immobilisme de !’Administration et à l’absence de volonté politique d’accorder soins et droit à réparation aux victimes de traumatismes de guerre.

    Elle a été menée à bien - du ler octobre 1999 au 23 janvier 2001 - par un collectif de travail issu de la Commission nationale de défense et d’amélioration des droits, avec le concours de personnalités extérieures àl’A.R.A.C.

    La plus profonde reconnaissance de tous les artisans du dossier va aux camarades traumatisés qui ont accepté et collaboré à la transcription de leur douloureuse histoire.

    Qu’ils soient ici remerciés pour leur courage et leur participation.



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      5 octobre 2006

    34. Discours de Charles de Gaulle (Alger, 4 juin 1958)
      20 octobre 2006

    35. Ethnocide de Sétif du 8 mai 1945
      27 octobre 2006

    36. Charte des droits des Harkis, des femmes de Harkis et des enfants de Harkis du 23 novembre 2006
      26 novembre 2006

    37. Faux anciens combattants en Algérie
      20 décembre 2006

    38. Message de l’ARAC pour le 19 mars 2007
      26 décembre 2006

    39. Le film vidéo de l’inauguration du Mémorial "AFN" de la Marne le 16 février 2007
      20 février 2007

    40. Photos de l’inauguration du Mémorial Algérie de la Marne le 16 février 2007
      20 février 2007

    41. Un historien sur la guerre d’Algérie : En finir avec la tyrannie des mémoires et de l’occultation
      23 mars 2007

    42. Lettre ouverte de Ségolène Royal aux associations de rapatriés et de harkis
      29 mars 2007

    43. Anniversaire de la mort, en Algérie, de Jean-François Podgorski d’Avançon
      21 juillet 2007

    44. Communiqué - Appel du 30 novembre 2007 : « France-Algérie : dépasser le contentieux historique »
      1er décembre 2007

    45. Discours de Nicolas Sarkozy à l’université de Mentouri (Constantine) le 5 décembre 2007.
      5 décembre 2007

    46. Allocution de Nicolas Sarkozy devant les Harkis, le 5 décembre 2007
      9 décembre 2007

    47. Spectacle : A ceux qui n’ont rien dit – Temps 3
      7 février 2008

    48. Nouveau livre : « Se battre en Algérie 1954 – 1962 »
      16 mars 2008

    49. Commentaires de Henri Alleg sur le livre de notre Camarade Jacques Tourtaux : « Guerre d’Algérie, souvenirs d’un appelé anticolonialiste ».
      21 mars 2008

    50. Les non-musulmans sont légalement pourchassés et poursuivis en Algérie.
      27 mai 2008

    51. Soutenance d’un MAster II, à Reims, le 20 juin 2008, sur le mouvement étudiant franco - algérien pendant la guerre d’Algérie
      18 juin 2008

    52. Coordonnées des Administrations Françaises en Algérie.
      8 juillet 2008

    53. Message du Secrétaire d’Etat chargé des anciens combattants pour la journée nationale d’hommage aux harkis du 25 septembre 2010.
      29 septembre 2010

    54. « Troufions » : documentaire de France 2 sur les Anciens Combattants d’Algérie.
      21 avril 2011

    55. « Quand la France a refusé de sauver le soldat Mohamed » : livre témoignage d’un chef de section en Algérie.
      23 novembre 2011

    56. 17 octobre 1961 : nuit tragique à Paris
      21 mars 2006

    57. 350 000 anciens d’Algérie souffrent de troubles psychiques liés à la guerre
      8 mars 2006