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Dossier spécial « Guy Môquet » du journal « l’Humanité » du 22 octobre 2007
Publié le mardi 23 octobre 2007, mis à jour le dimanche 28 octobre 2007

Nous reproduisons ici des articles tels qu’ils sont parus dans le journal l’Humanité du 22 octobre 2007.


Sommaire

1- Editorial par Patrick Le Hyaric : Dignes de lui…
2- La mémoire et l’émotion
3- L’engagement de leur jeunesse
4- « Dans la France attentiste, Châteaubriant a fait choc »
5- « Qu’il serve l’État, comme Jean Moulin »
6- Des hommages signés de Gaulle
7- « Il suffit d’une étincelle »
8- « Môquet, Guy, de Paris, communiste »
9- Ces autres fusillés qu’on connaît mal
10- Les enseignants, l’histoire et la mémoire
11- Marie-George Buffet : « Résister lorsque surgit l’inacceptable
12- Paroles de résistants
13- Pour une Journée nationale de la Résistance
14- Une journée où la Résistance prend la parole
15- Prosper Môquet : au nom du père
16- Son dernier poème


Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

Editorial par Patrick Le Hyaric


Dignes de lui…

Une nouvelle fois, hier, le coeur serré, ampli d’émotion, des milliers de personnes ont rendu hommage aux 27 de Châteaubriant, comme pour signifier qu’il ne fallait pas oublier et qu’il ne fallait pas non plus détourner le sens de ce terrible sacrifice.

Les 27 sont indissociables de ceux de Nantes, de Souge, du Mont-Valérien.

Indissociables aussi de toutes celles et ceux aux opinions politiques, philosophiques, religieuses différentes, unis dans un indéfectible amour de la liberté et de la paix. Mais c’est un fait, les 27 ont été choisis par ce ministre pétainiste, intégré aux milieux d’affaires, parce qu’ils étaient communistes et responsables de fédérations syndicales CGT. En les désignant, il choisissait des acteurs du Front populaire. C’était conforme à ce que ces gens chuchotaient avec hargne dans leurs salons dorés : « Plutôt Hitler que le Front populaire ! »

Nous ne nous plaindrons pas que le président de la République ait voulu que la journée anniversaire de ce massacre soit consacrée à la mémoire de Guy Môquet. Mais nous ne sommes pas dupes. Au nom de l’antirepentance évoquée samedi dernier encore par l’un des bavards conseillers du prince, l’ultradroite au pouvoir veut empêcher tout débat sur la responsabilité de l’État français et des classes dominantes qui, à l’époque, traitaient ces résistants de « terroristes ». Ils tentent de détourner le poignant texte de Guy Môquet à sa famille au service d’une nouvelle idéologie d’État pour survaloriser la famille, la patrie et leur conception du travail.

Les idéologues sarkozyens veulent effacer la figure du militant communiste engagé contre l’occupant nazi et le régime vichyste. Et pour cause ! M. Sarkozy veut rayer définitivement l’idéal communiste, l’idée communiste de la conscience politique française.

Et en même temps, il s’adjoint les services de personnalités prétendument de gauche pour conduire ses sales besognes antisociales et antidémocratiques. Il tente de brouiller les cartes et de détruire le clivage droite-gauche pour faire croire qu’il n’y aurait définitivement plus qu’une seule politique possible. Non plus celle du progrès, mais celle de la destruction sociale. Il y a bien une cohérence entre l’instrumentalisation de la lettre de Guy Môquet et les choix régressifs actuels. Pourquoi ne pas lire d’autres lettres ? Pourquoi ne pas parler de ces résistants « étrangers et nos frères pourtant », à l’image de Missak Manouchian, au moment où l’on veut imposer ces abjects tests ADN ?

Que cette journée soit mise à profit partout pour relancer un véritable débat sur le sens du courage et du sacrifice de tous ces résistants, « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas », comme l’écrivit magnifiquement Louis Aragon. C’est leur unité large qui a permis de vaincre l’abomination nazie et c’est cette unité qui a permis l’écriture du programme du Conseil national de la Résistance, puis de reconstruire un pays déchiré, dévasté et de le mettre sur le chemin d’un progressisme à la française, en associant gaullistes, catholiques, communistes, socialistes.

Or c’est exactement ce qu’est en train de détruire l’ultradroite actuelle. C’est d’ailleurs l’un de ses représentants les plus éminents, M. Kessler, ancien dirigeant du MEDEF, qui a éclairé ces choix en écrivant clairement, crûment et goulûment : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. »

Nous ne pouvons laisser détourner le sens du sacrifice de Guy Môquet et de tous ses camarades. Cela flaire une vaste opération de consensus politique autour du monarque élyséen au moment même où il détruit un à un tous les piliers fondamentaux de la France progressiste. Nous nous honorons d’être fidèles à ces mots gravés par Guy Môquet sur les planches de la baraque où il était enfermé : « Vous qui restez, soyez dignes de nous, les 27, qui allons mourir. » Nous le serons !

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    La mémoire et l’émotion

    Cérémonie .
    5 000 personnes se sont rassemblées, hier, à Châteaubriant pour rendre hommage aux femmes résistantes et aux 27 fusillés du 22 octobre 1941, parmi lesquels Guy Môquet.

    Châteaubriant (Loire-Atlantique), envoyé spécial.

    Lorsqu’arrive à la carrière le défilé de plus de 3 000 personnes parties à pied du château de Châteaubriant où avaient été déposés, le 22 octobre 1941, les corps sanglants des 27 fusillés désignés comme otages, plus de 1 500 personnes y sont déjà massées. Le silence se fait dans une émotion palpable. Il est souligné par le battement des tambours.

    Pour ceux qui ont connu les précédentes cérémonies à la mémoire des martyrs, jamais autant de monde ne s’était rassemblé, ici, depuis la cinquantième commémoration de l’exécution, par une compagnie de SS, des otages choisis par le ministre de l’Intérieur de Pétain, Pierre Pucheu, et livrés aux balles nazies. Vingt-sept, dont les noms seront lus, là encore dans le silence de la carrière, presque tous communistes, élus, syndicalistes. Lus également les noms des fusillés de Nantes et ceux de La Blisière, fusillés en décembre dans un bois pour éviter que leur mémoire soit honorée. En vain…

    femmes courage

    Cette année, le thème dominant de la cérémonie était celui des femmes dans la Résistance, sous le titre « Femmes courage ». Une évocation de ce que fut le travail, resté souvent ignoré, de celles dont certains des portraits étaient portés par des enfants en avant du défilé. D’autres portant le mot paix dans toutes les langues. Au cours du spectacle qui suivait la cérémonie proprement dite et sur ce même thème, l’un des personnages évoquait ce que furent parfois leurs méthodes d’action : « Peut-être est-il plus angoissant de transporter des armes ou de participer à un sabotage que de taper un tract, mais cet acte conduisait, tout comme les autres, à la fusillade ou à l’internement. » Mais les actions des femmes furent aussi plus larges, liées directement à la difficulté de ce temps. « Paris a faim, Paris a froid », avait écrit Paul Eluard. Paris, la France… Elles ont protesté contre le coût de la vie, manifesté parfois devant les boulangeries… Elles ont aussi tiré sur l’occupant, organisé des évasions, animé des réseaux…

    La cérémonie elle-même avait été poignante, avec une Marseillaise d’abord entonnée par les enfants et dont tous les couplets furent chantés, donnant un sens nouveau aux paroles : « Nous entrerons dans la carrière / quand nos aînés n’y seront plus… » Suivaient le Chant des partisans et le bouleversant Chant des marais de Ravensbrück. Plusieurs gerbes étaient déposées par les associations d’anciens combattants, résistants, déportés, par la CGT, le sous-préfet du département, le préfet n’ayant pas fait le déplacement comme il l’avait fait lors de la venue en ce même lieu de Nicolas Sarkozy en septembre. Gerbes également pour le PCF et sa secrétaire nationale Marie-George Buffet.

    Odette Nilès, présidente de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, prenait ensuite la parole. Elle soulignait que l’amicale avait été sensible au choix du président de rendre hommage à Guy Môquet, mais au-delà de l’émotion, disait-elle, « il y a les faits historiques et les valeurs défendues par ce jeune communiste ». Elle donnait ensuite la parole à la secrétaire nationale du PCF.

    Marie-George Buffet évoquait d’emblée le thème de la cérémonie avec la figure de Léoncie Kérivel, femme de marin-pêcheur (l’un des 27 fusillés), elle-même internée sans que l’on en sache seulement la raison. C’est elle, rappelait-elle, qui avait demandé à prendre la place de Guy Môquet. « Prenez-moi à la place de ce gosse… » Les nazis, poursuivait Marie-George Buffet, avaient trop de mépris pour les femmes, « ils ne les jugeaient pas assez dignes pour être fusillées. Ils les décapitaient. Ils ne les considéraient pas assez pour les imaginer résistantes. Alors Léoncie est restée là, dans ce camp, à laisser les 27 partir sans elle. Oui, il y a ceux dont on parle et les autres dont on ne parle pas… ».

    Marie-George Buffet attachait ensuite son propos à l’actualité : « Aujourd’hui il y a besoin de résistance encore. Bien sûr, ce n’est pas la même chose : résistance face à une politique qui casse les droits sociaux, résistance face à une politique qui chasse les enfants parce que leurs papas et leurs mamans sont venus d’autres pays, résistance par rapport à une politique qui veut encore renforcer les pouvoirs d’un seul homme à la tête de l’État… »

    hommage à la résistance

    Elle saluait ensuite la mémoire de Guy Môquet, résistant communiste, « un enfant du Front populaire qui se battait pour le progrès social », fusillé à dix-sept ans et dont la lettre, rappelons-le, sera lue lundi dans tous les lycées français sur décision du président de la République Nicolas Sarkozy.

    « Je comprends que des enseignants se posent la question de lire ou non cette lettre », relevait Marie-George Buffet, qui la lira elle-même aujourd’hui dans un lycée. Elle précisa qu’il fallait « la mettre dans son contexte ». Et si de nombreux partis de gauche ont critiqué la « récupération » de ce symbole par Nicolas Sarkozy, « les problèmes de récupération, quelque part, je m’en moque… », a-t-elle affirmé.

    « Que la République rende hommage à la Résistance, quoi de plus normal, quoi de plus évident », a-t-elle noté. Pour elle, cette lecture sera « un hommage à la Résistance » mais aussi une forme de « contestation de la politique qui est actuellement menée dans notre pays (…). Le combat de Guy Môquet, ce n’est pas simplement un combat contre la barbarie nazie, c’est aussi un combat pour l’émancipation humaine (…). C’est un message actuel qu’il faut porter, pas simplement la commémoration du passé ». Grégory Marin

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    L’engagement de leur jeunesse

    Un article de Roland Leroy

    À l’aube de ce matin d’octobre 1940, aussitôt après la levée du couvre-feu, un de mes jeunes cousins arriva chez nous pour nous annoncer que son père et un autre cousin venaient d’être arrêtés par la gendarmerie française. L’un mourut plus tard au camp hitlérien de Sachsenhausen, l’autre fut fusillé à Compiègne. Ils étaient victimes de la « rafle Pucheu » (du nom du sinistre ministre de l’Intérieur de Pétain).

    Je fis aussitôt à pied, comme lui mais en sens inverse, les quelques kilomètres qui nous séparaient du centre de la ville d’Elbeuf pour prévenir un de mes frères. Chez lui, je trouve la porte ouverte, le lit défait. Je crus un instant qu’il avait été arrêté lui aussi. Mais il venait d’accompagner son épouse à la maternité ! Ainsi, mon neveu, plus tard militant syndicaliste de l’usine Renault de Sandouville, est donc né le jour de la mort de Guy Môquet.

    C’est dans la journée que la radio annonça l’exécution des « otages » de Châteaubriant. Très vite, il apparut que le but de cette féroce répression était loin d’être atteint. Au lieu de tarir toute action, les arrestations et les exécutions galvanisèrent l’élan de résistance, éclairèrent aux yeux d’un grand nombre le sens de l’affrontement, balayèrent généralement les effets du trouble réel qu’avait provoqué le traité germano-soviétique.

    Les coups étaient portés aux forces les plus déterminées, à celles qui avaient fait quelques années plus tôt la victoire du Front populaire.

    Mon père était ouvrier cheminot, d’esprit révolutionnaire teinté d’anarcho-syndicalisme comme l’étaient beaucoup d’ouvriers de Haute-Normandie. Les années de mon enfance et de mon adolescence étaient celles de la crise et du chômage qui frappait l’industrie textile, de la guerre d’Espagne qui nous avait fait accueillir en notre famille deux enfants de républicains, Conchita et Gregorito, des années de Munich et du prolongement deux fois répété du service militaire de mon frère aîné, plus tard prisonnier en Allemagne. Mon enfance et mon adolescence, c’est aussi les grandes grèves et manifestations ouvrières de 1936, l’élan du Front populaire, les congés payés et les auberges de jeunesse, la grève du 30 novembre 1938 où je vis les larmes de mon père déchiré par la répression policière. C’est aussi les voyages à Paris, grâce aux facilités de transport de mon père, l’exposition de 1937 avec ses deux pavillons, soviétique et hitlérien en face-à-face, les grandes manifestations avec les drapeaux rouges et tricolores pour la première fois mêlés et les âpres discussions qui s’ensuivaient dans la famille.

    En lisant le livre de Michel Etievent, je viens d’apprendre que Guy Môquet, comme moi, lisait et diffusait à l’école Mon camarade, le journal pour enfants, en quelque sorte précurseur de Vaillant. C’est donc d’un mouvement naturel que, en même temps que j’entrais à la SNCF après un concours, je rejoignais les rangs de la Jeunesse communiste dans cette région urbaine dont la situation géographique faisait qu’elle était une zone de dense occupation hitlérienne et d’activité policière intense ; par conséquent où la répression creusait les rangs, ce qui me fit accéder rapidement - peut-être trop rapidement - à des responsabilités importantes.

    Ceux qui, aujourd’hui, sur un ton de mépris, contestent le sens profond et conscient de l’engagement de Guy Môquet, négligent ces données essentielles pour comprendre le comportement d’une génération. Les mêmes valeurs ont toujours surgi dans la jeunesse, dans les grandes périodes de notre histoire. Le Gavroche de Victor Hugo n’est pas seulement le personnage type du « titi » parisien. Sa lucidité, son courage, même s’il voisine parfois avec l’imprudence inconsciente, sont celles de Jeanne d’Arc, de Bara, de Viala, de Guy Môquet, de tous ceux qui, adolescents en période de bouleversements sociaux et nationaux, s’engagent totalement dans un combat pour eux vital, essentiel. Comment ne pas comprendre que, dans de telles périodes, la jeunesse ne peut prendre son sens que dans son action transformatrice.

    J’ai entendu récemment un de ces grincheux qui, au nom de la lutte politique nécessaire contre le pouvoir de Sarkozy, refusent d’évoquer Guy Môquet, dire : « Mais dans sa lettre, il n’y a rien de politique. » Quelle curieuse idée appauvrissante de la politique que de refuser de considérer dans toute sa signification cette phrase courte mais riche de tout son poids : « Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. »

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    « Dans la France attentiste, Châteaubriant a fait choc »

    Pierre Sudreau, ancien ministre du général de Gaulle, estime qu’en 1941 les exécutions du 22 octobre s’inscrivent dans les événements qui feront « s’envoler la Résistance ».

    Le 22 octobre 1941, quand les quarante-huit otages, dont Guy Môquet, sont fusillés à Châteaubriant, Nantes, et Paris, où en étiez-vous avec la Résistance ?

    Pierre Sudreau.
    Sous-lieutenant depuis la mobilisation fin 1939, j’étais devenu un résistant clandestin dans l’armée de l’armistice. À l’automne 1940, puis au cours de l’année 1941, nous étions, André Boyer, Gaston Defferre et moi-même, en train de constituer le réseau Brutus.

    Quel écho ont eu alors ces exécutions ?

    Pierre Sudreau.
    L’effet a été double ; un sentiment d’écoeurement et une incitation à faire quelque chose. L’esprit de révolte qui était le nôtre face à l’occupant y a trouvé une confirmation. L’événement, qui a été vite connu, a produit un choc, une accélération de la prise de conscience, de l’esprit de résistance qui se développait encore lentement.

    Qu’est-ce qui dominait alors ?

    Pierre Sudreau.
    L’attentisme surtout. L’ambiance qui régnait était détestable. Les Allemands étaient victorieux sur tous les fronts. Des Français se disaient que Pétain, un maréchal de France, héros de la guerre contre l’Allemagne, à Verdun, ne pouvait pas trahir son pays. Et, nous, les résistants, étions peu nombreux.

    Dans votre allocution qui concluait, le 7 mai 1986 au Sénat, un colloque sur l’année 1941, vous dites : « Nous étions des apprentis »… Pierre Sudreau.
    Il y avait de notre côté des initiatives à travers le territoire, mais pas d’organisation, comme cela viendra en 1942-1943. J’insiste, pour qu’on comprenne bien, sur l’attentisme de l’opinion. Certes, les gens étaient plutôt anti-Allemands.

    Qu’est-ce qui vous permet de le dire ? On dit parfois que les gens ont été pétainistes avec Pétain et gaullistes avec de Gaulle ?

    Pierre Sudreau.
    C’est vite dit, et je ne le crois pas. À entendre les conversations quotidiennes, l’Occupation était mal supportée. Ce n’était pas théorisé, c’était un réflexe élémentaire lié à ce que l’on appelle la mentalité populaire française. Mais, la plupart ne savaient pas comment réagir, ils étaient dépassés.

    Concernant l’année 1941, vous insistez sur quatre événements dont l’enchaînement, selon vous, a sensiblement changé la situation…

    Pierre Sudreau.
    Leur succession est significative : 22 juin, invasion de l’Union soviétique ; 22 octobre, exécutions de Châteaubriant ; début décembre, Pearl Harbor, attaque japonaise de la flotte américaine ; fin décembre, parachutage en France de Jean Moulin, qui allait devenir l’unificateur de la Résistance. Le tableau de la guerre se mettait en place.

    Vous avez, alors, commencé à croire à un retournement ?

    Pierre Sudreau.
    On en était loin encore.
    La puissance militaire du Reich était terrible. Je reste persuadé que la guerre aurait pu tourner en sa faveur. Ne l’oublions pas ! Mais le climat a changé, le décor a changé. Surtout à partir de la bataille de Stalingrad. Hitler s’imaginait que ses troupes allaient prendre Moscou comme elles avaient pris l’Ouest.

    La stagnation de l’armée allemande a eu beaucoup d’effet sur l’opinion pour laquelle la machine de guerre nazie semblait irrésistible. Les esprits ont évolué et …. de la bataille a produit, à son tour, un effet d’accélération.

    Il se trouve que les nouvelles du front n’étaient pas occultées puisque la presse autorisée par Vichy suivait ce qui se présentait comme une offensive. Puis la succession des revers de Berlin, une fois connue, a changé la donne. Personne ne s’y attendait.

    Jusque-là, on était sous le coup de la défaite française, inimaginable pour ceux qui avaient été élevés dans le culte de la Grande Guerre des tranchées et de la victoire de 1918. De ce recul allemand, l’opinion, assommée depuis 1939, a tiré les conséquences.

    En France, où en était la Résistance ?

    Pierre Sudreau.
    L’arrivée de Jean Moulin était un nouveau signe de la volonté d’unir les forces. Jusque-là, il faut bien le dire, on souffrait de dispersion. Grâce à cette accélération des événements, la Résistance qui se construisait lentement, douloureusement, a connu un élan collectif.

    Il a effacé les cocoricos d’un certain nombre de gens qui se prenaient pour des chefs. Ils ont dû commencer à coopérer. Nous y étions, au réseau Brutus, d’autant plus sensibles que cela correspondait à notre première idée. Dès la fin 1941, nous avions en tête le rassemblement du monde politique, des résistants et des syndicats.

    La France résistante, pour nous, c’était cela. La suite l’a confirmé, particulièrement quand le rôle de la France avec le général de Gaulle a été mis sur la sellette par les alliés, américains et britanniques.

    Dans votre allocution de clôture du colloque de 1986, vous dites des Résistants aujourd’hui : « Nous sommes des survivants, des fantômes. » Or, paradoxalement, si l’on en croit l’actualité, la résonance officielle du nom de Guy Môquet, on a rarement autant parlé de la Résistance. Comment l’expliquez-vous ?

    Pierre Sudreau.
    Incontestablement, il existe une prise de conscience dont je suis, comme d’autres, témoin. Au fil des conférences que nous faisons depuis une dizaine d’années dans les lycées, l’intérêt des jeunes gens s’est amplifié. Les événements de la Seconde Guerre mondiale ont pris de l’importance dans le monde de l’éducation, alors que les années de l’après-1945 ont été marquées par un certain silence à cet égard. J’ai du mal à me l’expliquer.

    On dit parfois que la France ayant un grand passé et un avenir incertain, le besoin de repères se fait sentir

    Pierre Sudreau.
    La formule est sans doute exacte. Il y a, je pense, une recherche intuitive de valeurs purement françaises. Tout se mondialise, la Terre devient de plus en plus petite, et se fait jour une volonté de ne pas oublier notre histoire, de confirmer notre personnalité. Le phénomène n’est pas patriotique, il est logique. Les jeunes sont plus sensibles à cette période qu’à un passé plus lointain. La Seconde Guerre mondiale ne fait pas partie de leur quotidien, mais de leur imaginaire.

    Dans la publication économique Challenges, un homme du patronat, Denis Kessler, dit « adieu à 1945 », signifiant par là qu’il faut en finir avec le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et avec les réformes de la Libération, attribuées à un « compromis gaullistes-communistes » ? Comment réagissez-vous, au double titre de résistant et d’ancien ministre du général de Gaulle ?

    Pierre Sudreau.
    C’est absurde. S’attaquer aux problèmes du monde n’exige en rien de piétiner notre passé, nos acquis historiques. Les réformes de la Libération ne doivent en aucun cas être balayées. Elles ont permis à notre pays de connaître une situation exceptionnelle. L’esprit d’ouverture dont a témoigné le gouvernement présidé par le général de Gaulle a succédé à la IIIe République dominée par l’esprit de routine. La période 1944-1945 a été la période d’un grand élan.

    Votre discours devant l’assemblée de résistants se conclut par un appel quelque peu solennel à refuser la « servitude », à « ne pas se coucher », à « se battre ». À quoi et à qui pensiez-vous ?

    Pierre Sudreau.
    Je pensais au futur. Les hommes se sont donné des moyens de destruction effrayants, en conservant une mentalité belliqueuse d’il y a vingt mille ans. Là encore, une prise de conscience est indispensable et vitale. Rien n’est jamais fatal. Si notre vie témoigne de quelque chose, c’est bien de cela.

    (*) Pierre Sudreau est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont une autobiographie, Au-delà de toutes les frontières, aux Éditions Odile-Jacob. Les droits d’auteur sont entièrement versés à sa demande à la Fondation de la Résistance et à la Fondation pour la mémoire de la déportation.

    Entretien réalisé par Charles Silvestre

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    « Qu’il serve l’État, comme Jean Moulin »

    Pierre Sudreau n’a jamais oublié ces mots du général de Gaulle, lancés lors de leur première rencontre. Il sera nommé ministre, le restera jusqu’en 1962. Portrait.

    À le voir marcher d’un pas mesuré mais décidé, pour ses quatre-vingt-huit ans, vêtu avec une sobre élégance, coiffé d’une casquette à carreaux de gentleman, puis peser ses mots avec douceur, on a du mal à imaginer que l’homme a côtoyé la pendaison à plusieurs reprises.

    Résistant, arrêté par la Gestapo le 10 novembre 1943, à Paris, torturé, il est pendu par les poignets vingt heures durant. Sur le point de céder, son compagnon Jean-Maurice Hermann, lui dit : « Mieux vaut la mort. Il faut savoir quitter la vie avec dignité. » Il lui voue depuis une reconnaissance éperdue. Déporté à Buchenwald, en mai 1944, il apprend avec Stéphane Hessel qu’ils vont être pendus. Un détenu tchèque les prévient à temps. Un mort de la chambre à gaz prendra le nom de Hessel. Ils deviennent, jusqu’à sa libération en 1945, des clandestins du camp.

    La vie de Pierre Sudreau, c’est la Résistance. Et son grand homme, c’est le général de Gaulle. Sans en devenir un inconditionnel. À la Libération, il lui est présenté. « Mais, c’est un gosse », dit de lui l’homme du 18 juin, à la vue d’un garçon tondu et amaigri. On lui rappelle les états de service du « gosse ». Il a ces mots : « Alors, qu’il serve l’État, comme Jean Moulin. » L’intéressé ne les oubliera pas de sitôt.

    Il ne sera pas oublié. Fin mai 1958, le général le convoque et lui lance à l’issue de l’entrevue : « Au revoir, Monsieur le ministre. » Il se voit confier le portefeuille de la construction. Un ministère technique, dit-il, dans le gouvernement Michel Debré. Avec Georges Pompidou, en 1962, il passe à l’Éducation nationale. À peine quelques mois, démissionnant, en désaccord avec la réforme constitutionnelle et l’élection du président au suffrage universel. « De Gaulle est un rassembleur, il ne doit pas être un diviseur. » Il le lui a dit.

    La résistance, toujours la résistance. Parfois, avec des coïncidences qui l’amusent. Il est, de fait, celui qui aura l’idée du TGV. Comme spécialiste du rail, sans doute puisque déjà en 1943 il faisait des maquettes de… déraillements. Et, le voici, aujourd’hui, président des Industries ferroviaires…

    Concernant la Résistance, il déteste la discrimination, la querelle. Il n’est pas, et de loin, communiste, mais lorsque Marcel Paul est mis en cause pour son rôle prétendûment partisan à Buchenwald, il rend hommage à son courage, à son dévouement au service de tous. En 1974, en petit comité, on décide de créer la fondation de la Résistance. On lui suggère de la présider, responsabilité qu’il exercera jusqu’à aujourd’hui. Il avance le nom de Marie-Claude Vaillant-Couturier comme vice-présidente. La proposition soulève chez plusieurs participants un tollé : « Comment, dans la direction de la fondation, quelqu’un du Parti communiste ? » Il donne la parole à l’intéressée. Marie-Claude Vaillant-Couturier parle dix minutes. Elle fait l’unanimité. Pierre Sudreau en est très fier.

    Ch. S.

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Des hommages signés de Gaulle

    À la mort de Juliette Môquet, le général de Gaulle adresse, le 12 juin 1956, cette lettre manuscrite à Prosper Môquet : « Mon cher Môquet. De tout coeur, je m’associe à votre chagrin. Je ne vous ai pas oublié, depuis Alger, et je n’ai, certes, pas perdu le souvenir de votre jeune fils Guy, mort si bravement et cruellement pour la France. Mme Môquet, elle aussi, prit part à notre combat. » Le général consacra après le 22 octobre trois discours aux fusillés de Châteaubriant et, le 30 novembre 1941, il invita à un « garde-à-vous national » d’hommage. Les discours de de Gaulle furent repris à Radio Moscou et le dirigeant communiste André Marty appela également à l’hommage du 30 octobre.

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    « Il suffit d’une étincelle »

    Odette Nilès, résistante et présidente de l’Amicale de Châteaubriant, explique son rôle de « passeuse de mémoire ».

    « Les derniers témoins que nous sommes, nous devons être des passeurs de mémoire. » Odette Nilès, rencontrée à Longlaville (Meurthe-et-Moselle) la semaine dernière, à l’occasion de l’inauguration d’une rue Guy-Môquet, entend profiter à plein de la « publicité » faite autour de Guy Môquet pour s’adresser aux jeunes. « Le président a « mis la gomme » sur cette histoire, c’est clair que c’est de la récupération, mais ça nous permet, à nous qui avons connu cette période, d’attirer l’attention », explique « la grande dame qui ne lâche pas le morceau », selon l’expression de Roger Corbelotti, maire communiste de Longlaville. En invitant la présidente de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé dans sa ville, le premier magistrat lui a confié une « mission » ? faire la tournée des lycées et collèges. Un séjour qui s’est achevé à peine deux jours avant son déplacement à Châteaubriant, qui l’a laissée « fatiguée mais heureuse ». « Si je réponds aux sollicitations des uns et des autres, ce n’est pas pour ressasser mes souvenirs », explique l’infatigable vieille dame. À quatre-vingt-trois ans, le rôle que son destin exceptionnel lui a confié l’amène à côtoyer « des gamins de quinze ou seize ans », « le même âge que celui que nous avions quand nous avons commencé à militer ». Pour que les jeunes « prennent conscience de ce qui s’est passé : des milliers de jeunes sont morts pour leurs idées », Odette parle. À des classes, à des groupes, lors de fêtes… « J’étais invitée au Mans pour la fête du livre. Devant plus de 200 lycéens, on m’a demandé de parler de Guy et de ses camarades, de l’action du Parti communiste dans la Résistance… » L’engagement communiste, une expression qui a son importance : Odette Nilès, amie de Guy Môquet au camp de Châteaubriant, mariée à l’ancien maire communiste de Drancy, militante depuis plus de soixante ans. Cet engagement, « de Guy et des autres », elle n’oublie jamais de porter le aux oreilles de son jeune public. « Guy, c’est l’exemple du courage de cette jeunesse qui ne baisse jamais les bras, pas même devant la mort. »

    Ses rencontres incessantes avec les jeunes, multipliées ces derniers mois par l’engouement médiatique autour de la figure de Guy Môquet, Odette Nilès les met à profit pour corriger des idées reçues, réparer des injustices. « La première fois que Sarkozy s’est intéressé à la lettre de Guy, à la cascade du bois de Boulogne (lors de son investiture, le 16 mars - NDLR), il avait la larme à l’oeil. C’est vrai que le texte est émouvant, mais, quand même, je me suis dit : « Il est gonflé ! » Il n’a pas eu de larmes pour les gamins qu’il a reconduits par charter dans leurs pays, depuis cet été. » La « grande dame » a la dent dure ? Parmi les dernières à avoir vu « son » Guy, elle sait mieux que quiconque le détournement de valeurs qu’opère le président de la République en utilisant la figure de Môquet. « Nicolas Sarkozy, c’est tout le contraire de lui. Guy n’aurait pas accepté que Sarkozy se serve de son nom pour camoufler sa politique néfaste ! » lance-t-elle, confiante en sa mémoire. La même confiance qu’elle place dans la jeunesse française : « Regardez le CPE. Il suffit d’une étincelle pour qu’elle se réveille. Gardons espoir. » G. M

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    « Môquet, Guy, de Paris, communiste »

    Il était le vingtième sur la liste publiée par les Allemands après l’exécution de 50 otages dont 27 à Châteaubriant. Ils avaient été choisis par Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur de Pétain.

    Le 21 octobre 1941, Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Pétain, inscrit, sur la liste des otages qui vont être remis aux nazis pour exécution, le nom de Guy Môquet, un jeune homme, presque encore un gamin, de dix-sept ans. Le lendemain, au camp de Châteaubriant, les otages sont appelés un par un. Ils sont fusillés en trois fournées par 90 SS. Il faut revoir les photos du jeune homme mince et élancé, au regard lumineux, les photos de l’enfant en culotte courte et chemise blanche, pour mesurer l’ignominie du crime. « Je n’ai que mon homme, fusillez-moi à la place de ce gosse », criera une internée, Léonce Kérivel, en s’adressant au sous-lieutenant français Touya. Touya, bottes cirées et cravache, qui se flattait d’avoir fait face aux camps de Gurs et d’Argelès, aux républicains espagnols internés. Touya, à qui Jean-Pierre Timbaud, l’un des dirigeants du syndicat CGT de la métallurgie, communiste, va cracher au visage avant de monter dans le camion. Mais l’émotion qui étreint face au crime ne répond pas à une question. Quelle sorte de haine ou quelle sorte de combat guident Pucheu dans son choix ?

    Il faut peut-être revenir à cette année 1936 qui voit, avec le mois de mai, la victoire du Front populaire. 7 646 voix sur 13 200 suffrages exprimés : dans le 17e arrondissement de Paris, le syndicaliste CGT des cheminots Prosper Môquet, candidat du Parti communiste, est élu. 72 députés communistes font leur entrée à l’Assemblée nationale où la gauche est majoritaire avec 378 députés. En quelques semaines, ceux que la droite appelle « les salopards en casquette » - ils sont des millions - vont entrer en grève, occuper les usines. Le 7 juin, les accords Matignon instaurent les congés payés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives et les salaires horaires sont parfois doublés. Le patronat, ceux que l’on désigne alors comme les deux cents familles qui dirigent la France, connaît une défaite comme jamais.

    Guy Môquet n’a que douze ans. Mais qui a décrété qu’à douze ans on ne comprendrait rien, quand l’histoire s’accélère ? Le gamin dont tous les témoins d’alors évoquent l’allant, la joie de vivre et la vivacité intellectuelle, accompagne son père un peu partout, dans les usines, les meetings, il est membre des Pionniers, l’organisation de jeunesse créée par le Parti communiste, comme son copain Georges Abbachi. Il faut essayer de comprendre l’esprit d’alors. Les pionniers ne partagent pas que des activités de centre aéré. Ils font la fête, participent à celles des usines, retiennent les chants de lutte, les couplets révolutionnaires, apprennent et organisent la solidarité ouvrière.

    Un an plus tard, l’été du Front populaire est déjà loin et le vent se lève. En Espagne, Franco a lancé ses légions contre la république. Leurs devises sont « Vive la mort » et « À bas l’intelligence ! ». Les aviateurs italiens et allemands vont raser Guernica. À peine âgé de plus de trois ans que Guy, un jeune communiste mentira sur son âge pour rejoindre les Brigades internationales dans lesquelles se sont engagées Malraux, Hemingway… Il entrera dans l’histoire sous le nom de Colonel Fabien. Le premier qui tirera sur un officier allemand, au métro Barbès-Rochechouart, et l’un des acteurs de la libération de Paris à l’été 1944.

    Georges Abbachi se souvient de l’Espagne : « On a collecté du lait, des vivres, de l’argent. Un jour Guy m’a dit qu’il fallait trouver plus d’argent. "Si on allait chez les riches", a t-il suggéré. On a fait la quête devant une église huppée du quartier des Ternes dans le 16e et on s’est fait virer à coups de pied dans le cul. Les quartiers pauvres étaient bien plus généreux. En 1937, Guy a décidé de faire un bal populaire mais il voulait que quelque chose rappelle l’Espagne. » L’affaire se montera d’autant mieux que les parents de Georges viennent d’adopter l’un des 2 000 enfants d’Espagne réfugiés dans le nord de la France, qui participera à la fête en lui donnant la couleur locale, habillé en danseur de flamenco : « Notre collecte au profit de l’Espagne a été un grand succès. » No pasaran. Mais la défaite de l’Espagne républicaine sonne comme un glas pour l’Europe. En 1938, Georges et Guy ont adhéré aux jeunesses communistes. En France, la droite et la grande bourgeoisie n’ont pas désarmé. « Mieux vaut Hitler que le Front populaire », soupire-t-on dans les salons. Mais Prosper Môquet est toujours député. Guy en est fier. Sportif, bon élève, il fréquente le lycée Carnot où se côtoient les gosses de riches et ceux des quartiers populaires. Les affrontements sont souvent vifs. Guy fait le coup de poing pour défendre un camarade victime de propos antisémites. On sait, il sait que les juifs en Allemagne sont persécutés, que l’on y brûle des livres, que l’on y emprisonne.

    La signature en août 1939 du pacte germano-soviétique secoue les communistes français. Guy pense-t-il, comme nombre d’entre eux qui ne peuvent alors douter de l’URSS et de Staline, qu’il s’agit seulement de gagner du temps ? Voire que c’est la faute de la France et de l’Angleterre qui n’ont pas voulu se rapprocher de l’URSS, ce qui est du reste exact ? On sait que cette situation provoquera des errements à la direction du PCF. Ce qui est certain en tout cas c’est que là, ceux qui n’ont jamais accepté la victoire des salopards tiennent leur revanche. En septembre le président du Conseil Daladier prend un décret qui dissout le Parti communiste. À l’Assemblée c’est un déchaînement de haine : « La propagande communiste doit être brisée, même s’il faut recourir aux lois des suspects, aux camps de concentration et de bannissement », clame le député Henri de Kérilis. Prosper Môquet va faire partie des 27 députés internés au bagne de Maison-Carrée, en Algérie. L’Humanité est interdite. En avril 1940, le décret Sérol va instaurer la peine de mort pour propagande communiste. Les élus déchus de leur mandat, les militants arrêtés se comptent par milliers. L’action clandestine devient le lot des militants et Guy Môquet, dans le 17e arrondissement, en est l’âme et le dirigeant. En juin 1940 la France est occupée. Les tracts appellent au rassemblement contre le fascisme. Ils proclament que le peuple de France ne sera jamais un « peuple d’esclaves », ils disent « À bas Hitler », « Vive la France indépendante et renaissante », « Français, résistez ». Guy rend compte de l’activité de son secteur : « Tous les soirs trois à quatre cents papillons sont collés. Les inscriptions à la craie sont en nombre innombrable. » Ils prennent des risques, manquent plusieurs fois d’être arrêtés. C’est dans ces combats à Paris que naissent les bataillons de la jeunesse, embryon des FTP. « Combattre l’occupant hitlérien était à nos yeux impérieux », témoigne Roger Trugnan, membre à cette époque de la jeunesse communiste dans le 11e arrondissement.

    Guy Môquet est arrêté, le 13 octobre 1940, gare de l’Est. Le gouvernement est maintenant celui de Pétain qui va prendre aussitôt le chemin de la collaboration avec les nazis. Le jeune homme est frappé pendant plusieurs jours puis incarcéré à Fresnes. Il est maintenu en détention arbitrairement malgré une décision du tribunal de la Seine du 23 janvier 1941. On connaît la suite. Les mois de détention à Châteaubriant où presque tous les emprisonnés sont des dirigeants syndicaux, pour la plupart de la CGT, presque tous communistes. Pétain a avalisé une loi allemande qui précise que tout Français arrêté sera considéré comme otage et qu’ils devront être choisis en priorité « en raison de leurs précédentes activités communistes, de leur fonction dans l’organisation ou pour quelconque acte de leur attitude passée ».

    Le 21 octobre 1941, après un attentat à Nantes qui tue le lieutenant-colonel Holtz, commandant de la place, Pierre Pucheu a devant lui une liste de deux cents noms et doit en choisir cinquante. Ministre de l’Intérieur donc, il a été administrateur des fonderies de Pont-à-Mousson, des Aciéries de Micheville, fondateur du cartel international de l’acier : c’est une des figures majeures de ce que l’on appelle le Comité des forges. En octobre 1941, le gouvernement de Pétain est déjà engagé à fond dans la collaboration. Il n’a rien à refuser aux Allemands. Pucheu ne choisit pas au hasard. Sur l’affiche allemande annonçant l’exécution des cinquante otages dont 27, donc, à Châteaubriant, à l’exception d’un seul, il est précisé, pour les trente-trois premiers noms, « communiste », et le vingtième est bien « Môquet, Guy, de Paris, communiste ».

    Maurice Ulrich

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Ces autres fusillés qu’on connaît mal

    La 63e cérémonie d’hommage aux fusillés du camp de Souge, à Martignas-sur-Jalles (Gironde), s’est déroulée hier.

    Des centaines de résistants et patriotes y ont été assassinés, communistes et syndicalistes pour beaucoup, jusqu’au 21 août 1944, quelques jours avant la libération de Bordeaux.

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Les enseignants, l’histoire et la mémoire

    Olivier Le Trocqueur, professeur d’histoire, membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire.

    « En premier lieu, ce qui me pose problème n’est pas la lecture de la lettre en soi mais plutôt l’injonction du chef de l’État. Dans l’absolu, la lecture d’une telle lettre, pourquoi pas. Mais, il est spécifié aux professeurs d’histoire qu’elle devra être lue quel que soit le contexte. Il existe des commémorations. On peut proposer aux profs d’y assister et d’y emmener des élèves. Ce ne sont pas les mêmes modalités que la lecture obligatoire d’une telle lettre. Encore il y a quelques jours, le porte-parole de l’Élysée précisait que sa lecture était obligatoire au même titre que l’application des programmes. On ne consulte pas, on ne discute pas, on force. On constate "une caporalisation" du pouvoir pour reprendre les mots de Jean-Pierre Azéma. Cela pose un réel problème en dehors de la lecture ou non de la lettre.

    Deuxièmement, la question de la lecture de la lettre de Guy Môquet pose celle du rapport au contexte. Pourquoi Guy Môquet et pourquoi cette lettre ? Il s’agit d’une opération de reconstruction et de contrefaçon mémorielle. On nous demande de lire une lettre comme si elle se suffisait à elle-même. C’est un adieu à sa famille et à ses amis. Il y a donc un lien au sacrifice. On sait qu’il est français et jeune. La lettre seule provoque une émotion forte autour d’un moment d’histoire abstrait. Dans un discours du 18 mars, Sarkozy dit qu’il s’agit non pas de célébrer le jeune communiste mais le jeune Français. Dans un autre discours, il insiste sur ces jeunes gens morts pour leur patrie au-delà de leurs croyances… On peut ou non être d’accord sur la conception de la patrie à partir du moment où on replace les situations dans leur contexte. Guy Môquet a été fusillé en octobre 1941 et pas en 1944. On fait comme si l’histoire de la Résistance et celle de son rapport au Parti communiste n’existaient pas. On fait comme si l’histoire se résumait à une émotion du moment avec un caractère sacré. On vide l’histoire de son sens. Il y aurait pourtant à dire sur ce qu’est un acte de résistance. Sur le sens à donner à la distribution de tracts en 1941 alors que le PC avait signé le pacte germano-soviétique. Avec la seule lecture de cette lettre, on fait croire au sacrifice de Guy Môquet. Il n’avait pas prévu de se sacrifier. Il a agi comme il lui semblait juste. Et puis, tout le monde sait que Guy Môquet ne représente en rien les valeurs de Sarkozy et qu’il y a quelque chose de calculé dans la soudaineté de la découverte de Guy Môquet. Dans son livre, Sarkozy se sert de la figure de Georges Mandel pour défendre sa position d’homme de droite décomplexé. Pourquoi n’a-t-il pas fait un hommage à Mandel, pourquoi l’a-t-il substitué par Guy Môquet ?

    Parce qu’il préfère effacer la complexité de l’histoire de la collaboration, la participation de la milice et de l’État français. C’est habile car il efface toute interrogation sur les choix des uns et des autres. Il se situe dans la nation et évite ainsi de rappeler la responsabilité de l’État français dans les déportations.

    Enfin, concernant le rapport civique à l’histoire, Sarkozy affiche une volonté de restaurer l’école à l’ancienne, avec une mémoire cérémonieuse et institutionnelle de la patrie. Il veut des citoyens qui se recueillent et qui obéissent au souvenir. C’est à l’opposé du travail engagé par les enseignants. Nous essayons au contraire d’engager un rapport réflexif et distancié à l’histoire. »

    Frédéric Genevée, historien, professeur d’histoire, responsable des archives du Parti communiste.

    « Depuis l’ouverture des archives du PCF, il y a eu un renouvellement de la conception de l’histoire au sein du parti. Le PCF a beaucoup donné dans l’histoire officielle et souhaite, avec l’ouverture de ces archives, se positionner sur un registre pluraliste et critique. En ce qui concerne la lecture de la lettre, il me semble qu’il y a des bonnes et des mauvaises raisons de ne pas la lire. La mauvaise raison tient à la pression de l’anticommunisme Des enseignants pensent aussi qu’il ne faut pas faire de Guy Môquet un héros de la Résistance parce qu’ils considèrent à tort que le Parti communiste n’aurait commencé à résister qu’après juin 1941. Mais il y a aussi des bonnes raisons de ne pas la lire : refuser le coup médiatique de Sarkozy et de l’intrusion du pouvoir politique dans l’éducation nationale. Je pense que le débat entre l’histoire, la mémoire et le politique est nécessaire. Il est légitime que le Parti communiste s’exprime sur l’histoire. Le PCF n’est pas une entreprise historienne. Toute communauté humaine a besoin d’un rapport au passé. Mais il ne s’agit pas de conserver ce rapport sur le mode de la séparation totale entre l’activité historique et l’activité mémorielle. Car cela conduit à l’impasse. Les symboles réclament d’être construits sur le mode critique et non sur le mode religieux. L’histoire a besoin de mémoire et la mémoire a besoin d’histoire. »

    Michèle Riot-Sarcey, historienne, professeure à l’université de Paris-VIII.

    « La lecture de la lettre d’adieu de Guy Môquet n’est pas une initiative qui a été prise par le Parti communiste, pourtant directement concerné par cette histoire. Accepter le principe de sa lecture me semble un piège et je ne crois pas que le PCF l’ait évité. Utiliser la lettre comme un prétexte pour restituer l’historicité et replacer le parcours des communistes est une erreur. Ce n’est pas une initiative des résistants, c’est Sarkozy ! Et Sarkozy visait à faire tomber les partis politiques dans ce piège. Il souhaitait, par cette opération, enfermer le monde résistant dans son système et annuler l’histoire de la résistance communiste. Or l’objectif même de l’historien consiste à restituer les enjeux du passé et à procéder à une lecture critique de la lettre. Il faut rappeler que la politique du Parti communiste était marquée par le pacte germano-soviétique et que le parti n’appelait pas officiellement à la résistance armée jusqu’en juin 1941 . Ce contexte rend l’acte de Guy Môquet d’autant plus intéressant. Il convient donc de distinguer la position du Parti communiste à l’époque de l’élan et des idées communistes.

    En ce qui concerne les professeurs d’histoire, Sarkozy n’a pas à faire la moindre injonction. Si Sarkozy voudrait rétablir les valeurs patriotiques pour effacer les ambiguïtés, les professeurs, eux, s’efforcent de restituer l’historicité de cette période douloureuse et complexe. »

    Propos recueillis par Ixchel Delaporte

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Marie-George Buffet : « Résister lorsque surgit l’inacceptable »

    À Châteaubriant, la secrétaire nationale du PCF a souligné l’actualité de la Résistance et le rôle qu’y ont joué les femmes. Extraits.

    « Comment parler ici de Guy, sans parler d’Odette, de Léoncie et avec elles de toutes ces résistantes oubliées, de ces femmes dont le courage ne devait rien à quiconque, de ces femmes à qui nous sommes tout autant qu’aux hommes redevables de la Libération ? « Sans les femmes, disait Lucie Aubrac, la Résistance ne pouvait rien faire. », a noté Marie-George Buffet hier à Châteaubriant.

    « Rarement pourtant leurs noms reviennent. Et quand ils sonnent à l’oreille, c’est sous les vocables de l’épouse ou de l’amoureuse, de la femme résistante parce qu’aimante, de celle qui prend des risques insensés parce que l’amour rend un peu fou… La Résistance, c’est pourtant aussi leur histoire. Le courage face à l’occupant, ce fut aussi le leur. Les femmes ont tenu leur rang. Simplement. Les connaît-on suffisamment, ces combattantes de l’ombre ? Leurs noms, leurs actes, leur courage sont-ils inscrits dans les livres d’histoire ?

    Lucie Aubrac, la reine de l’évasion, et Madeleine Colin, la petite main des PTT qui informait les résistants mis sur écoutes. Olga Bancic, la réfugiée roumaine qui fournissait la MOI en armes. Geneviève Anthonioz-de Gaulle, journaliste clandestine à la tête d’un réseau uniquement féminin. Colette de Dampierre, que ses tortionnaires n’ont jamais pu faire parler. Danielle Casanova, ma camarade, déportée après avoir bravé tous les dangers. Marie-Claude Vaillant-Couturier, sa soeur de combat, et Isabelle Clayes, cette ouvrière du Nord, organisatrice infatigable, toujours attirée par l’action armée… Après avoir évoqué encore Madeleine Riffaud et Madeleine Vincent, Marie-George Buffet a ajouté : « La résistance n’était pas une histoire d’hommes, comme elle n’était pas une histoire de femmes. Elle est juste un épisode parmi d’autres de la grandeur de l’humanité. L’humanité qui ne renonce pas. L’humanité qui avance. L’humanité qui se réalise pleinement.

    Il est vrai que c’est de Guy Môquet que l’on parle. Devant cette actualité nouvelle, je dirai au peuple de France : oui, Guy Môquet et les siens ont droit à votre mémoire. Non pas pour des vies données, mais pour des vies volées. Non pas tant pour leur héroïsme, que pour leur éclatante humanité. Ils et elles méritent votre mémoire parce que leur vie, leur mort, leur histoire, viennent nous interroger sur le monde qui se construit et la manière dont chacun y prend sa place […].

    Résister… Je ne veux pas galvauder le mot, car rien n’est comparable à ces temps de ténèbres. Je veux simplement dire que c’est bien de ce côté-là qu’il faut puiser lorsque surgit l’inacceptable, la haine de l’autre, la misère, la mise au pas de la liberté, la traque… Lorsque surgit l’inacceptable, nous devons savoir le débusquer et mettre sur sa route tous les obstacles du monde. « Les barricades, écrivait Elsa Triolet, n’ont que deux côtés. » Résister, oui, c’est de là que doivent surgir l’espoir, l’envie, l’attente… « L’avenir n’est pas une amélioration du présent », écrivait encore Elsa. C’est autre chose […]. Cela relève d’un combat quotidien : faire advenir « autre chose ». C’est ce combat qu’il nous faut faire vivre aujourd’hui. »

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Paroles de résistants

    Ce n’est pas au pouvoir politique…

    Robert Créange, secrétaire national de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes.

    Je fais partie de ceux qui ont accueilli Sarkozy à la cascade du bois de Boulogne. Il n’a même pas prononcé le mot communiste, ce que j’ai dénoncé dès le lendemain (l’Humanité du 17 juin). Quant à ce qui va se passer demain (aujourd’hui) dans les lycées, je comprends la position des enseignants : ce n’est pas au pouvoir politique de leur dicter ce qu’ils doivent apprendre aux gamins. Personne ne souhaite que Guy Môquet devienne une icône. Mais nous allons saisir l’occasion d’aller dans les lycées, replacer les choses dans le contexte de l’histoire et de ses valeurs. J’étais son camarade…

    Georges Abbachi, résistant, membre de l’Amicale de Châteaubriant.

    J’étais le camarade de Guy Môquet, depuis 1936. Je l’ai connu parce que ses parents et les miens militaient ensemble. Tous les deux, on est entrés dans un des premiers Bataillons de la jeunesse, le groupe du 17e arrondissement de Paris. Le pacte germano-soviétique ne nous a jamais empêchés de nous battre : nous, les jeunes, ressentions plus fort que les autres l’humiliation de l’Occupation. Dès juillet 1940, il fallait expliquer les événements à la population. On éditait des tracts, des papillons à coller : « Liberté », « À la porte l’occupant »… C’est ce premier travail de propagande qui a déclenché la répression : le 5 octobre 1940, 350 camarades ont été arrêtés. Les fiches des militants des organisations de jeunesse ont été fournies par les renseignements français aux Allemands.

    Ces militants ont été transférés dans les premiers camps de prisonniers, comme Aincourt.

    De Châteaubriant à l’évasion…

    Jacqueline Fourré (née Vannier), membre de l’Amicale de Châteaubriant, internée au camp fin 1941.

    J’ai été arrêtée en avril 1941, à dix-sept ans, à Orléans. J’étais la seule fille au milieu des gars. Eux ont été déportés en Allemagne. Sur 7 ou 8, deux seulement sont revenus. Moi, j’ai été condamnée à un an d’emprisonnement, je devais être libérée au bout de neuf mois, mais jété transférée à Châteaubriant : j’étais communiste et je n’ai pas voulu que ma mère signe la fidélité à Pétain. Je me suis retrouvée avec les droits communs. Je suis arrivée trop tard pour avoir vécu les événements, mais c’est tout comme… Après être passée par Châteaubriant, Gaillon, Aincourt, Lalande, j’ai pu m’évader, grâce à un camarade cheminot, en juin 1943. Là, j’ai repris le combat, comme agent de liaison du Front national de la Résistance, puis comme agent de liaison de Gillot (ancien maire de Saint-Denis) pour envoyer du matériel vers Londres. Quand la guerre s’est terminée, je me suis mariée avec Rino, celui de la lettre de Guy…

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Pour une Journée nationale de la Résistance

    Les sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen proposent d’instituer une journée nationale de la Résistance, qui pourrait être le 27 mai, date de la première réunion du Conseil national de la Résistance.

    « La Résistance, déclarent-t-ils, ce fut le courage, le sens du sacrifice de ces femmes et hommes souvent jeunes, tels que Guy Môquet, pour combattre le régime nazi. La Résistance, ce fut aussi une formidable espérance en un monde plus juste et solidaire. Le Conseil national de la Résistance était empreint de cette vision fondamentalement progressiste de l’avenir. Son programme, trop souvent oublié dans les discours actuels, a marqué l’après-guerre : la Sécurité sociale, le vote des femmes, l’essor du secteur public… Il imprègne le préambule de la Constitution de 1946 trop souvent inappliqué, alors qu’il conserve une pleine valeur constitutionnelle.

    Les sénateurs du groupe communiste, républicain et citoyen rappellent qu’ils sont « toujours présents pour rappeler la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour combattre le fascisme. Mais ils estiment que cette juste et nécessaire célébration doit s’appuyer sur ce qu’était l’idéal de la Résistance. C’est l’objet de la proposition de loi qu’ils déposent aujourd’hui ».

    La lettre et les ministres .Plusieurs ministres se rendent dans des établissements scolaires pour y lire la lettre de Guy Môquet. Xavier Darcos sera au lycée Bertran-de-Born à Périgueux (Dordogne), Rachida Dati au collège Guy-Môquet à Villejuif (Val-de-Marne), Michèle Alliot-Marie à Caluire (Rhône), Valérie Pécresse au lycée Marie-Curie de Versailles (Yvelines), Christine Boutin au collège Jean-Jaurès de Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Le premier ministre, François Fillon, recevra des lycéens à Matignon.

    Il est à craindre que ces membres du gouvernement n’exposeront pas les raisons de l’engagement du jeune communiste et le contexte de son combat.

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Une journée où la Résistance prend la parole

    Des rencontres ponctuent toute cette journée qui fait de l’hommage à Guy Môquet un moment de découverte de la Résistance. Exemples.

    Des débats

    Montpellier. Aujourd’hui, de 18 h 30 à 20 h 30, les Amis de l’Humanité invitent à une rencontre salle Guillaume-de-Nogaret (espace Pitot, à Montpellier) avec les témoignages de Pierre Suzor déporté, Roselyne Gispert, fille de déporté, Marie Rudel, étudiante, Gueric Valantin, lycéen, Christian Ventura, secrétaire départemental de la CGT, Jacques Paillés et Patrick Hannais, artistes, Jean-Louis Bousquet, secrétaire fédéral du PCF, et Pierre Schill, historien. Cette soirée sera animée par Acte Chanson qui proposera des chansons et des lectures de textes.

    Périgueux. « Face à la droite, l’actualité du programme du Conseil national de la Résistance ». C’est la rencontre-débat organisée ce soir à 18 heures 30, espace Aragon, avec Roger Ranoux, qui fut le légendaire chef des FFI de Dordogne, sous le pseudonyme d’Hercule. Test ADN, privatisation de la Sécurité sociale, mise à bas des services publics, du système des retraites…, la droite au prix d’une véritable révolution idéologique s’attaque aux fondements de notre République solidaire, fraternelle, démocratique, sociale, économique qui naquit du programme du CNR, le Conseil national de la Résistance. Dernier en date, le principal idéologue du MEDEF et inspirateur des idées du président Sarkozy, Denis Kessler, qui s’est livré la semaine passée à un véritable réquisitoire de ces avancées progressistes, clarifiant la feuille de route de l’actuel gouvernement : briser et réduire un à un tous les acquis du CNR et même du Front populaire.

    Tonnerre. Au lycée Jacques-Amyot, hommage à deux résistants communistes de la ville, fusillés comme otages par les nazis : Abel Minnard et Claude Aillot. Paris. Les communistes du 5e arrondissement vous invitent à leur Café politique, ce soir, à partir de 18 h 30, dans l’accueillant PMU Val-de-Grâce, au 137, boulevard Saint-Michel, sur le thème « Ça existe encore ? Que faire du passé des communistes ? »

    L’histoire en images

    À l’occasion de l’anniversaire de la mort du jeune communiste Guy Môquet, le journal le Patriote propose ce soir une soirée ciné débat, à 19 h 30, salle Jean-Vigo à l’espace Magnan-Nice, avec la projection de les Otages de Vichy, film du réalisateur Jean-Christophe Victor, qui dévoile des témoignages émouvants des rescapés du camp de Châteaubriant. À travers le récit de plusieurs survivants, l’histoire de l’assassinat des 27 otages apparaît nue. Ils nous racontent avec dignité leurs peines, leurs fois dans l’avenir et, tout simplement, la vie d’une jeunesse brisée par une situation politique inédite.

    Hommages croisés

    Pierre-Bénite. La ville de Pierre-Bénite rendra hommage à Lucie Aubrac en donnant son nom à l’actuelle rue de la Poste, située en plein centre-ville, le samedi 10 novembre à 11 heures. Mais aujourd’hui, la municipalité inaugure l’esplanade Guy-Môquet, près du collège Marcel-Pagnol.

    Vendôme. « Sept organisations (AFMD, ANACR, Cercle culturel du Vendômois, CNL, FNDIRP, LCR et PCF) appellent à commémorer ce soir le 66e anniversaire de l’exécution de Guy Môquet et de ses 26 camarades à Châteaubriant. Cette soirée présidée par Michelle Bouhours, cousine de Guy Môquet et conseillère municipale de Vendôme, se déroule salle de Courtiras à Vendôme à partir de 18 heures. Cette rencontre dédiée à la Résistance et à son rôle dans la Libération s’accompagnera de témoignages, évocations, de chants et poèmes, ainsi que d’un débat.

    34 lycéens pour mémoire

    Gard. Aujourd’hui, au lycée du Vigan, la troupe locale Théâtre Jeunes en pays viganais composée de 34 lycéens présente une lecture contextualisée et théâtralisée du parcours du jeune Guy Môquet, à deux reprises (à l’auditorium, 13 h 20 puis 14 h 15). L’ensemble de leurs 400 camarades seront présents, et les séances sont publiques.

    Rendez-vous au Mont-Valérien

    Les lycéens de deux classes des lycées Buffon (Paris) et Jean-Zay (Aulnay-sous-Bois) se retrouvent au Mont-Valérien où le slameur DGIZ dira des textes d’Aragon, d’Éluard et de la résistante Berthie Albrecht. D’autres rendez-vous sont prévus dans les deux établissements.

    Lecture

    Paris. Olivier Py, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, lit à partir de 19 heures, place de l’Odéon, Feuillets d’Hypnos, recueil de poèmes de René Char écrits durant la Résistance.

    Un pamphlet

    Paris. Les éditions des Équateurs sortent aujourd’hui un petit livre de Pierre-Louis Basse, où il secoue rudement Nicolas Sarkozy, qui fut maire d’une ville, Neuilly-sur-Seine, où n’existe aucune rue Guy-Môquet. Son titre : Guy Môquet au Fouquet’s.

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Prosper Môquet : au nom du père

    Il y a l’image du père, forcément. Ses mots, ses cris. Ses espoirs de bout de table, rue Baron, à Paris dans le 17e, là où il a loué un minuscule appartement dans ce quartier populaire des Épinettes. Guy écoute. Et Prosper raconte. Il dit à l’enfant son chemin qui s’ouvre comme une adolescence volée dans les boues des tranchées de 1914. Parce qu’il est allé à la guerre, le père. Il en a même rapporté cette cicatrice affreuse que lui a tracée l’obus du Chemin des Dames. C’était en 1917, du côté de Fère-en-Tardenois, quand la pluie du phosphore brûlait les corps des hommes. De ces tranchées, le père a ramené aussi des idées. Ce dégoût de la guerre, de ce capitalisme qui l’enfante, comme la nuée, disait Jaurès, porte l’orage. Viendra l’engagement dans la jeunesse de la SFIO, l’entrée en CGT comme on entre en vie et en lutte, un jour de 1919, quand il s’embauche aux rails, gare des Batignolles.

    Il racontera à Guy, Prosper, ces nuits passées à rouler le tract pour que fécondent les grèves parisiennes, ces coups reçus au hasard des sorties d’usines de Pantin quand l’armée vient au secours des patrons. Il dira aussi son engagement au PCF dès le congrès de Tours, son sentier de jeune militant barrant la route aux convois armés qui prennent le chemin de la guerre du Rif au Maroc. Forcément, le 34, rue Baron, s’emplira de ces espérances chuchotées au fond de la cellule du 17e que le père anime dans ce quartier où se croisent l’espoir des galochiers de la rue Berzélius ou les cris de misère des chiffonniers de la rue Legendre. C’est un petit peuple des faubourgs que Guy croise tous les jours au retour de sa petite école des Épinettes. Et ce peuple grogne qu’il faudrait bien changer les choses, s’unir parce que déjà s’entendent les cris de la bête immonde. Le père lui, grimpe en responsabilité syndicale. En 1927, il est secrétaire de la fédération des cheminots CGTU et, avec d’autres, part pour ces chemins de France où il s’agira de rassembler face au fascisme montant.

    « Militant ambulant », voilà ce que fut Prosper aux côtés des Ambroise Croizat ou des Marcel Paul qui, eux aussi, valises de VO (1) en main, courent les chemins d’usines entre geôles de passage et grève sur le tas. Vient 1936, le militant cheminot arrache le poste de député du 17e, circonscription des Épinettes. Il l’enlève à la droite locale comme 71 autres députés communistes à Paris ou en province. Et le père emmène l’enfant au coeur des usines, là où il faut aider, organiser les cahiers de revendications, imposer les conventions collectives que vient d’obtenir le Front populaire. On fait la fête forcément au 34 de la rue Baron. On parle enfin de pain, de paix, de liberté. On chuchote congés payés, salaires multipliés par quatre, dignité des conditions de travail. Et l’enfant grandit dans ces mots nouveaux qu’il va à son tour décliner. Il apprendra vite, le petit Guy. Dans les Pionniers tout d’abord, au sein de la Jeunesse communiste ensuite. Son chemin fécondera entre les solidarités tardives qu’il anime dans le quartier, les Avant-Garde glissés sous les portes du boulevard Bessières ou de la rue Cardinet.

    On le voit partout, Guy. Il a maintenant quitté le sillage de Prosper pour accueillir les réfugiés espagnols sur les quais de la gare de Lyon, pour lever le drapeau des ouvriers de Lavalette à Saint- Ouen, pour défendre, au hasard des cours de récré du lycée Carnot, les petits juifs qui courbent déjà sous les insultes des beaux enfants de la plaine Monceau. Parfois, il court au palais Bourbon écouter le père. Ce père qui, à la tribune, tonne contre ceux qui oublient l’Espagne républicaine ou pensent déjà aux revanches sur le bel été de mai. Parce que l’orage viendra. L’année 1939 sera sombre. Le père entôlé à la Santé avec d’autres députés communistes, l’Allemand qui piétine aux frontières et ce cri qui monte : « Plutôt Hitler que le front populaire ! » Le père commencera son calvaire, 17 prisons avant le bagne d’Alger, l’antichambre de Cayenne. Alors l’enfant prendra naturellement le relais de la dignité. « Mon père est embastillé, dira-t-il, c’est mon devoir de continuer son chemin. » Cette route passera par les nuits folles de la résistance communiste, ces tracts jetés au coeur des cinés de la rue Balagny, ces mots d’espoir balancés au fil des marchés de Saint-Ouen. En vélo, musette plaquée au ventre et les tracts qui volent : « Pétain ment ! » « Résiste ! » « Ne plie pas ! » La leçon du père…

    Un jour, à la gare l’Est, on lui passera les menottes, on le battra, on tentera de lui extorquer des noms : « Dis-nous qui sont les amis de ton père et tu es libre ! » C’est une voix de milice qui crie. L’enfant répondra tranquille : « Les amis de mon père ce sont tous les braves gens qui l’ont élu en 1936 et que vous bafouez ! » Il sera de nouveau roué, déporté vers Châteaubriant, ce vivier d’otages qu’il suffira de cueillir. C’est là qu’il va mourir. C’est là qu’il va laisser les plus belles lettres au père : « À toi, petit papa, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre le chemin que tu m’as tracé. » Il y aura l’éblouissement. Les dix balles au coeur du jeune communiste. Au feu et aux nuits des maquis, son nom, bientôt sera un drapeau.

    (*) Auteur de : Guy Môquet : « J’aurais voulu vivre ». Éditions Gap.(1) La Vie ouvrière, journal de la CGT.

    Par Michel Etiévent, écrivain (*).

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    Journal « l’Humanité », spécial Guy Môquet ; article paru le 22 octobre 2007.

    Son dernier poème

    S’agissait-il d’un projet de tract ? D’un poème ? Ce texte a été retrouvé sur Guy Môquet lors de son arrestation, le 13 octobre 1940, gare de l’Est à Paris, ainsi que le précise cette note au crayon, qui date de l’époque. Ce texte a provoqué il y a quelques jours une réaction du Figaro, qui a critiqué l’hommage au jeune martyr en raison de son engagement communiste.

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