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Civisme et mémoire

Il y a 90 ans ; vues des terribles années 1915 et 1916 en mettant les points sur les i !
Publié le samedi 25 mars 2006, mis à jour le lundi 3 avril 2006



1916 sera-t-elle, enfin, l’année de la percée et de la victoire,
marquant ainsi la fin des sanglants mois de 1915 ?

La France et ses alliés avaient vécu, en effet, une éprouvante année.
Le mythe de la percée du front avait coûté à notre seule armée près de 400 000 tués et un million de poilus hors du combat, tous sacrifiés pour rien, soit 5 000 jeunes gens en moyenne par jour.

C’était terrifiant !

Face à cette hécatombe, dont la responsabilité principale revenait au commandant en chef des armées du Nord-Est, le général Joffre, des oppositions se manifestèrent contre ses conceptions et ses méthodes, gangrenant ainsi l’unité de commandement.
Dans l’opinion publique, on lui prêta cette illusoire formule : « Je les grignote ! ».
En fait de grignotage, ce fut l’armée française qui perdit, dans ces attaques locales sans envergure, meurtrières mais toujours stériles, une partie de sa force vive.
Alarmés devant la crise des effectifs, appel de la classe 17 en 1915, le gouvernement de « l’Union sacrée » et le Président de la République demandèrent au commandant en chef « … si les sacrifices consentis n’allaient pas réduire à néant les chances de victoire pour 1916 ? »

Imperturbable, le général Joffre s’obstina.

Alors s’accrut l’opposition à ses méthodes, considérées par certains politiciens comme étant une dictature du grand quartier général, que partageaient d’ailleurs des membres du gouvernement, comme par exemple le ministre de la Guerre, le général Galliéni, et du Parlement.
L’expression de cette confuse situation remonte publiquement au 29 octobre 1915, lorsque Aristide Briand, succédant au socialiste René Viviani en tant que chef du gouvernement de « l’Union sacrée », croyait avoir mis fin à ces intrigues nuisibles à l’unité du commandement.
Il faut savoir que le commandant en chef des armées du Nord-Est était devenu, après le conseil de guerre (1) du 23 juin 1915 au grand quartier général de Chantilly, le commandant en chef des armées françaises et coordinateur du Commandement des armées alliées le 2 décembre 1915, et ce malgré l’hostilité du ministre de la Guerre.
Fort de ces investitures, le général Joffre envisageait l’avenir avec confiance. De plus, il avait obtenu des alliés de la France l’engagement du déclenchement d’offensives simultanées sur l’ensemble des fronts dans le courant du premier semestre 1916.

L’offensive allemande à Verdun
Pendant qu’il élaborait ses plans, son adversaire allemand, le commandant en chef, le général Falkenhayn, qui n’avait pu obtenir de succès décisifs en Russie ni dans les Balkans, avait déjà en tête son formidable plan d’attaque à l’Ouest.
Celui-ci était élaboré, à partir de cette idée réaliste : « La France était atteinte dans ses profondeurs par d’importantes pertes humaines qu’elle avait subies depuis deux ans ». Aussi, il décida de livrer la bataille à Verdun, ville pour laquelle il savait les Français prêts à se battre jusqu’au bout. Même s’il ne pouvait s’emparer de cette importante place forte, Falken hayn escomptait que l’armée française y sacrifia tant de vies humaines, qu’en désespoir de cause le gouvernement français en appellerait à la paix.
Automatiquement l’Angleterre suivrait son exemple.

C’est le 21 février 1916 que commença la terrible bataille de Verdun, qui se terminera au début du mois de décembre, et parallèlement la bataille de la Somme de juillet à novembre 1916.
Après plusieurs heures d’un bombardement effroyable, la première ligne française fut enlevée. L’avance allemande continua les 22, 23 et 24 février. La situation était catastrophique pour les Français. Le 25 février, la chute du fort de Douaumont, un des ouvrages les plus puissants de Verdun, véritablement non défendu, aggrava encore plus la situation.
Joffre réagit en envoyant sur place le général de Castelnau. Sur les arrières du front régnait une désorganisation importante, génératrice de désagrégation de l’unité des troupes. Déjà, la prise du fort de Douaumont, claironnée par les Allemands, avait provoqué de profondes inquiétudes et doutes au sein de l’opinion et de véhémentes protestations dans les milieux parlementaires.
Le général de Castelnau proposa à Joffre de nommer le général Pétain à l’armée de Verdun.
Celui-ci s’installa à Souilly à la tête de la II’ armée qui couvrait la rive droite de la Meuse. Il donna des ordres impératifs : « Enrayez à tout prix l’effort de l’ennemi, toute parcelle de terrain qui sera arrachée donnera lieu à une contre-offensive immédiate ».
Alimentée par d’importants renforts en hommes et en matériels par le commandement en chef, la résistance française commença à se raidir dès le 26 février.
Quelques jours plus tard, Falkenhayn devait reconnaître que sa tentative de prendre Verdun avait échoué et cela malgré une avance de 5 à 8 kilomètres sur un front de 12 kilomètres. Alors, il porta ses efforts sur la rive gauche du fleuve, à « la côte 304 » et à « Mort-Homme ».
Le 6 mars, après trois jours de combats impitoyables, avec des pertes terribles de chaque côté, les Allemands furent arrêtés.
A la fin du mois de mars, 81 000 Allemands et 89 000 Français avaient été tués, blessés ou fait prisonnier au cours de ces batailles.

Une bataille mangeuse d’hommes

Grande dévoreuse d’hommes, la terrible bataille de Verdun absorbait inexorablement les réserves que Joffre destinait à l’offensive générale qu’il préparait depuis 1915.
Le général en chef s’inquiétait de plus en plus des demandes à répétition de renforts présentées par Pétain, à qui il reprochait ses conceptions défensives sans envergure.
Leurs relations ne cessèrent progressivement de se dégrader, si bien que le 19 avril, Joffre plaça Pétain à la tête du groupe d’armée du Centre, l’éloignant ainsi de la responsabilité directe du théâtre des opérations de Verdun et le remplaça au commandement de la IIe armée, par le général Nivelle. C’est sous le commandement de Nivelle que s’opéra les reconquêtes des forts de Vaux et de Douaumont, au prix de terribles pertes humaines.

Qui, de ce colossal affrontement, est le vainqueur ?

Les politicards de l’époque, nationalistes chauvins, ont misé sur le général Pétain qui leur était proche, pour l’auréoler du mythe de « vainqueur de Verdun » qui perdure encore de nos jours, alors qu’il n’a été, à Verdun, à la tête d’une armée que de février à avril 1916.
Comme quoi l’idéologie dominante n’a cure de la vérité historique et encore moins de son enseignement.

A la vérité, s’il y a des vainqueurs à Verdun, ce sont ces centaines de milliers de combattants français, allemands et troupes coloniales, morts, infirmes et prisonniers qui, 90 ans après, nous recommandent toujours la condamnation de la guerre.

En ce 90’ anniversaire, ce sont eux que nous honorons.

Afin de faire court et pour mettre ce dernier point sur ce les i, je rappelle qu’aussi important que furent les fronts de la Somme, où Anglais, Canadiens, Australiens, Sud-Africains y expérimentèrent tanks et aviation de combat, halo-Autrichiens, Russes, Roumains, Macédoniens, je conclurai par la chute de Joffre, qui est à mes yeux la perfection de l’art politicien.
En effet, l’échec de la bataille de la Somme avait accentué la profonde lassitude de l’armée et de la population des villes et des champs, ainsi que le mécontentement des parlementaires.
De plus, le gouvernement « d’Union sacrée » devait affronter une nouvelle opposition pacifiste et internationaliste née à Kienthal et à Zimmerwald où participa l’un des fondateurs de notre ARAC, Raymond Lefebvre.

La chute de Joffre
Le 4 décembre, Aristide Briand, à la Chambre des députés, évoqua le problème du haut commandement. Il assura que Joffre siégerait demain au sein du comité de guerre dont il envisageait la création, ce qui lui permettrait de nommer un autre général comme commandant en chef, quand à Sarrail, il sera nommé le commandant en chef du front d’Orient.

Quelques jours plus tard, le président du Conseil remania son cabinet et le 13 décembre, un décret prévoyait la création d’un comité de guerre dans lequel figuraient le chef du gouvernement Aristide Briand, le ministre des Finances A. Ribot, celui de la Marine, Lacaze, celui de l’Armement, A. Thomas et enfin le général Joffre à titre consultatif.
Le même jour, un autre décret nommait Joffre conseiller technique du gouvernement, ce qui lui retirait tout pouvoir réel. Ce fut le général Nivelle qui devint le commandant en chef des armées.
Quant à Joffre, qui ressentait mal les sanctions du vieux routier de la politique française Aristide Briand, il démissionna le 26 décembre. Pour adoucir cette retraite forcée, le gouvernement de la République l’éleva à la dignité de maréchal de France.

Tous ces points sur les i, je les ai extraits de la lecture de « La grande guerre » de l’historien Pierre Miguel (Éditions Fayard) et des Éditions Larousse, avec en plus mon expérience de plusieurs décennies de combats contre la guerre et le fascisme, pour plus de justice.

Guy LAMOTHE.

1- Le Président Poincaré, Viviani. Millerand, Joffre, Foch, Castelnau, Dubail.

Source : Le Réveil des Combattants N° 715-716 février-mars 2006