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Indigènes, revenez ! La France se colonise !
Publié le jeudi 5 octobre 2006, mis à jour le lundi 4 novembre 2013
 
Le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb, sorti en salles le 27 septembre 2006, rappelle la France à ses responsabilités et obligations.
En plus d’un début de correction de plus de quarante ans d’injustice sur les pensions des anciens combattants des ex-colonies, il aide à réparer une occultation de l’histoire et un trou de la mémoire collective française.

Mais il ne faut pas que le film et la mesure gouvernementale donnent bonne conscience aux Français et occultent les autres injustices qui concernent tant le Monde Combattant que celui de l’immigration des pays anciennement colonisés.

Nous, Anciens Combattants de France, avec nos frères des ex-colonies, avons la meilleure qualité pour témoigner des guerres que nous avons subies et du dédain qui nous est infligé après nos sacrifices.

 

Les colonisés ont largement versé leur sang
 
Utilisés dès le début de la colonisation
 
La première entité qui a été engagée au sein de l’armée française est la tribu des Zouaouas, une tribu algérienne de guerriers, qui a donné les Zouaves en Français. C’est ainsi qu’est créée la première formation de spahis algériens en 1831.
Vue générale et inscriptions du monument inauguré à Reims, en 1963, à la mémoire des Africains morts dans la défense de la ville en 1918.
Il remplace celui de 1924, emporté par les nazis en 1940.
Un deuxième régiment a été créé à Oran. Progressivement, le corps des Zouaves n’allait plus compter que des Français métropolitains ; les autochtones algériens se retrouveront dans un nouveau corps, les Tirailleurs.

Le décret impérial du 10 octobre 1855 crée les trois premiers régiments de tirailleurs algériens formés à Alger, Oran et Constantine. D’autres unités sont formées par la suite : tirailleurs sénégalais, tunisiens, indochinois, malgaches, marocains et méharistes sahariens.
Dès leur formation, les Tirailleurs algériens ont, en permanence, accompagné l’histoire de l’armée française.
Les tirailleurs algériens sont envoyés en Crimée en 1854, au Mexique en 1857, ils affrontent les Prussiens en 1870.
Des levées d’hommes dans les colonies sont effectuées pendant la Grande Guerre, sur les fronts de France et de Belgique. C’est ainsi que de 1914 à 1918, 173.019 Algériens, 80.339 Tunisiens, 40.398 Marocains servirent la France.

En août 1944, « les indigènes » constituaient le gros des troupes « Françaises » débarquées sur les plages de la Méditerranée.
Sur les 214 000 hommes de Delattre, ils étaient 112 000.
Sur les 18 000 de la 2ième D. B. ils étaient 7 000.
L’armée d’Afrique qui combattit aux côtés des alliés était composée à plus de 90 % de tirailleurs algériens, tunisiens, marocains, sénégalais, gabonais, malgaches, ivoiriens ou soudanais.

Parmi eux, 233 000 « arabo-berbères » furent engagés en France, dont 134 000 algériens, 73 000 marocains et 26 000 tunisiens ; la plupart étaient berbères et volontaires.
Le Maghreb, notamment l’Algérie, a fourni en 1939 plus d’une dizaine de divisions d’infanterie et des brigades de cavalerie qui subirent de lourdes pertes durant la campagne de France en 1940.

Utilisés comme chair à canon ?
 
Leurs pertes pendant la première guerre mondiale, s’évaluaient à 28.200 morts et 7700 disparus au 11 novembre 1918.

Entre 39 et 45, leurs pertes ont atteint le chiffre effarant de 40 % de leurs effectifs.
Ils sont tombés par dizaines de milliers ayant parfois servi de « chair à canon » comme à Carigliano et à Monte-Cassino. Le 4ième R.T.T. fut entièrement anéanti aux cours des combats qui eurent lieu devant Sienne, Florence et dans les Vosges.
Des photos prises en Italie de nécropoles réservées aux « soldats français », (Photos se trouvant au Musée de la Résistance Nationale de Champigny), démontrent s’il en est besoin, les immenses sacrifices consentis par les « coloniaux ».

Cependant, sur les 253 000 militaires français tués au combat, en 1939-1945, on compterait 16 233 Nord-africains et 21 500 Africains noirs.
Ces chiffres montrent une équivalence des pertes entre les différents contingents. Ce sont les pieds-noirs qui subirent la plus forte ponction du fait de leur intense mobilisation (28 classes, un record) ; logique, puisqu’ils formaient la plus importante réserve instruite à la disposition d’une France Libre qui manquait si cruellement de ressources.

Il ne faut pas oublier les FTP-MOI (Francs-Tireurs Partisans - Main d’Œuvre Immigrée), qui ont eu une part très active dans la résistance, ont payé un lourd tribut et pourtant ont souffert du racisme et de la xénophobie.

Les survivants jetés à la poubelle
 
Après les guerres, les libérateurs africains étaient en droit d’attendre une reconnaissance de la France pour le sang versé. Ce ne fut pas le cas car les Français étaient trop occupés à s’autoglorifier et à se doter de lois sociales que certains vantent encore maintenant en les qualifiant d’« ouvrières et démocratiques ».
Avec l’approbation ou dans l’indifférence du peuple libéré, les indigènes furent donc priés de ne pas perturber le progrès social des héroïques Français et de redevenir des "bougnouls" et des "nègres".

Pire, après la libération, certains espéraient ouvrir un débat en organisant des manifestations. Ils furent massacrés par l’armée française, que ce soit à Madagascar où des dizaines de milliers de personnes furent assassinées, ou bien encore dans la région de Sétif, en Algérie, où de très nombreuses exécutions eurent lieu le 8 mai 1945, le jour même de la capitulation sans condition de l’armée nazie.
Il y eut aussi des Sénégalais qui une fois rapatriés dans leur pays, refusant d’être démobilisés avant d’avoir perçu leurs soldes, furent abattus à la mitrailleuse.

Cela suscita d’abord beaucoup d’incompréhensions puis provoqua des révoltes annonciatrices d’autres guerres et, à terme, la perte par la France de son « empire colonial », les ruptures, les vengeances et l’engrenage racisme-communautarisme.

La mesure gouvernementale du 27 septembre ne répare pas complètement l’injustice dans les pensions des Anciens Combattants des ex-colonies
 
La situation avant la mesure gouvernementale
 
En 1959, la plupart des colonies ont bénéficié du sacro-saint « droit des peuples à disposer d’eux mêmes » et ont opté pour ce qui leur était présenté comme « l’Indépendance ». En fait, les peuples n’ont disposé de rien et les maîtres coloniaux ont continué à les exploiter avec la complicité de dictateurs locaux tout autant tyranniques et exploiteurs. Ceux-ci ont souvent été tenté, bien sûr au nom de la même indépendance nationale, de s’approprier les pensions des Anciens Combattants et d’effectuer eux-mêmes la répartition, surtout si elles étaient revalorisées.

L’article 71 de la loi de finances pour l’année 1960, sous gouvernement Charles de Gaulle, avait posé le principe de la cristallisation (c’est-à-dire du gel) des pensions, rentes ou allocations viagères servies aux anciens combattants de l’armée française originaires de pays, indépendants depuis, et ayant leur résidence dans ces pays. Ces pensions ont été remplacées par des indemnités annuelles dérisoires.

Bien que des correctifs aient été apportés ces dernières années - en 1981 pour les Algériens - aux indices d’évaluation de ces pensions, la disparité entre bénéficiaires français et étrangers non résidents en France est importante. A titre d’exemple, si l’on compare la valeur du point d’indice PMI applicable à la retraite du combattant au 1er mars 2002, celle-ci est de 12,73 euros pour un Français et de 1,71 euros pour un Algérien résidant en Algérie. Le même indice applicable aux pensions militaires de retraite est de 52,13 euros pour un Français et 8,09 pour un Algérien résidant en Algérie.

C’est cette « discrimination » que le Conseil d’État a sanctionnée en 2001, car contraire à la Convention Européenne des Droits de l’Homme, en demandant à l’État l’égalité de traitement.
Obligé d’appliquer cette décision, le gouvernement Jospin avait chargé l’ancien ministre Anicet Le Pors d’une mission de réflexion. Or un alignement complet des prestations des étrangers sur celles des Français coûterait 1,83 milliard d’euros.
La mission Le Pors avait imaginé une revalorisation en fonction du coût de la vie dans le pays de résidence. Bercy déclarait alors vouloir éviter à tout prix de multiplier par cinq ou six le niveau des pensions existant en expliquant que cette hausse créerait une « perturbation des économies locales »

En 2002 le l’Etat français procède donc à la décristallisation des pensions des anciens combattants et invalides de guerre et de retraités militaires d’une vingtaine de pays. Mais, choisissant l’équité à l’égalité, - ce qui revenait à réparer une injustice et une discrimination par une autre discrimination -, il opte pour une décristallisation des pensions sur le pouvoir d’achat des pays d’origine plutôt que d’appliquer la parité. Cette décision, a concerné un peu plus de 132.000 pensions payées au 31 décembre 2000 dont quelques 35.000 à des Algériens.

Le Conseil d’État a même admis, le 18 juillet 2006, que le montant des pensions versées aux anciens combattants peut être diminuée en fonction du coût de la vie du pays où ils résident au moment où ils demandent la pension. Cette règle du lieu de résidence est d’autant plus discriminatoire qu’elle ne s’applique qu’aux étrangers, les Français ne voyant jamais leur pension diminuer s’ils installent leur résidence hors de France.

La situation après la mesure gouvernementale
 
Le gouvernement a annoncé, mercredi 27 septembre 2006 matin, à l’issue du Conseil des ministres, une décision, qui sera introduite dans le projet de loi de Finances pour 2007 via un amendement gouvernemental et qui s’appliquera dès le 1er janvier 2007. Elle coûtera 110 millions d’euros par an.

Environ 56 700 anciens combattants âgés de plus de 65 ans, sont concernés dans 23 pays. Environ 40 000 vivent en Algérie et au Maroc, et 15 000 en Afrique noire, en particulier au Sénégal et au Tchad.

Il y aura :

  •  Égalisation des pensions entre anciens combattants français et étrangers. Il s’agit des détenteurs de la « carte du combattant », qui s’obtient à la condition d’avoir passé au moins 90 jours dans une unité opérationnelle au cours d’une guerre.
    Les étrangers percevront, comme les Français, 450 euros par an alors qu’ils ne percevaient globalement qu’un quart de cette somme, soit à peine 110 euros par an !
  •  Les pensions militaires d’invalidité — qui peuvent s’ajouter à la carte du combattant — seront également revalorisées par le gouvernement. 27 000 anciens soldats, blessés à la guerre, sont concernés.

     

     

    Les « oublis » de la mesure gouvernementale

     

    La revalorisation n’est que partielle parce que la mesure ne concerne qu’une infime partie des prestations versées aux anciens fonctionnaires civils et militaires : la retraite du combattant et les pensions militaires d’invalidité ; d’autres sont laissées de côté.

    La revalorisation n’est que très faible parce que les deux prestations revalorisées portent sur des montants dérisoires : 450 euros par an pour la retraite du combattant à taux plein et moins de 700 euros pour une pension d’invalidité à taux plein.

    Quatre organisations, le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), la Ligue des droits de l’Homme (LDH), l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) et le Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits (CATRED), et ont émis un communiqué de protestation.
    L’ARAC de la Marne a décidé de se porter signataire de ce communiqué.

    En effet,

  •  Les pensions de retraite militaire, ne devraient pas être modifiées. Il s’agit du sort de 50 000 anciens engagés volontaires dans l’armée française qui y ont fait une carrière d’au moins quinze ans, sans forcément participer à des guerres. Comme pour leurs camarades français, cela leur ouvre droit à une retraite… mais celle-ci reste gelée à son niveau d’il y a quarante ans.
    « C’est un vrai scandale », assure, avec une impudente amnésie, l’ex-secrétaire d’Etat socialiste aux Anciens combattants, Jean-Pierre Masseret, « Le gars qui a travaillé chez Renault a la même retraite que l’ouvrier français, mais pas celui qui a servi dans l’armée de la République ! »
  •  Les pensions civiles ne devraient pas être modifiées
  •  Les pensions de reversion ne devraient pas être modifiées
  •  Il n’y aura pas non plus de rattrapage. La revalorisation s’appliquera seulement à partir du 1er janvier 2007 pour ceux qui n’auront pas « passé l’arme à gauche ».

    Le Conseil d’État avait censuré la loi de cristallisation en 2001.
    Le gouvernement Jospin avec son secrétaire d’Etat aux Anciens combattants avait évalué le coût de la revalorisation totale des pensions à 1,8 milliards d’euros par an, 10 milliards d’euros avec le paiement des arriérés sur les 4 dernières années.
    On est bien loin du compte aujourd’hui avec les 110 millions annoncés.

    Le contentieux des pensions des anciens combattants étrangers est donc loin d’être soldé.
    L’attitude du gouvernement traduit une fois de plus la désinvolture de la France à l’égard des vieux immigrés qui ont combattu ou travaillé pour elle, et n’en récoltent qu’indifférence ou mépris.

    « Indigènes » est arrivé
     
    Le scénario
     
    un cimetière au Monte Cassino
    1943.
    Ils n’avaient encore jamais foulé le sol français, mais parce que c’est la guerre, Saïd, Abdelkader, Messaoud et Yassir vont s’engager comme 130 000 autres "Indigènes" dans l’armée française pour libérer "la mère patrie" de l’ennemi nazi.

    Ces cinq personnages vont participer à la Libération, de l’Algérie à l’Alsace. C’est d’abord l’Italie et les pentes du Monte Cassino puis la Provence, la vallée du Rhône, les Vosges.
    C’est à la fin du film que se trouve une scène de guerre de grande intensité avec le combat dramatique livré par les Indigènes pour défendre un petit village alsacien, en janvier 1945.
    Toutes les scènes montrent les brimades et les vexations vécues par les indigènes, l’inégal traitement qu’ils subissent par rapport à leurs frères d’armes français : pas de permission, pas de tomates, pas de chaussures, aucune considération. A Marseille, Messaoud s’éprend d’une jeune femme. Les lettres qu’il lui envoie plus tard sont censurées.  
     

    Les personnages
     
    Saïd (Jamel Debbouze), gardien de chèvre, est déterminé à "laver le drapeau français" avec son sang : voltigeur effaré par la violence, il devient complice d’un sergent pied-noir et, après avoir été charrié par ses camarades ou fait le fanfaron, finit en héros.
    Yassir (Samy Naceri) est un goumier, un mercenaire qui s’est enrôlé pour gagner de l’argent et qui fait du petit commerce en détroussant les cadavres ; il apprend à oublier son égoïsme.
    Messaoud (Roschdy Zem) est habité par un idéal : s’installer en France ; tireur d’élite, il tombe amoureux d’une Marseillaise avec laquelle il ne parvient pas à garder le contact, la censure militaire détournant son courrier.
    Abdelkader (Sami Bouajila) est le seul qui sache lire et écrire ; obsédé par la promotion et la reconnaissance sociales autant que par l’injustice, il incarne le contestataire, reflet d’un Ben Bella qui, déçu par le peu de reconnaissance de la métropole à l’égard de ses chairs à canon durant la seconde guerre mondiale, devint nationaliste.
    Martinez (Bernard Blancan), le sergent pied-noir, est doté d’un caractère ambigu, reniant des origines qu’il cherche à cacher et dévoilant des limites à la fraternité qui le lie à ses hommes de troupe dont il plaide la cause car il est tiraillé par les ordres injustes venus d’en haut qu’il doit appliquer.
     
    Amour et attachement pour la France

    Avant et pendant le film, Rachid Bouchareb, l’initiateur et réalisateur, a fait de nombreuses recherches et recueilli de nombreux témoignages. Dans le dossier de presse, il souligne la concordance du film avec la réalité :

    « Tous ces témoignages m’ont appris une chose qui m’a encore plus impressionné. Je l’ai également retrouvée dans le discours de tous les survivants. Cet amour et cet attachement pour la France restent incroyablement plus forts que tout autre sentiment.
    L’histoire de ces hommes et leur relation à la France ne commence pas à partir des années soixante. Bien avant, ils sont venus, ils ont libéré la France, ils ont été des héros.
    Ce n’étaient pas seulement des « mecs qui balayent les rues » ! Ils étaient des héros aimés, accueillis à bras ouverts ! Cela reste souvent les plus beaux moments de leur vie. C’est aussi pourquoi l’attitude qui a suivi jusqu’à aujourd’hui leur paraît d’autant plus bizarre. Ils le vivent plus comme une histoire d’amour malheureuse, une trahison sentimentale.
    Que leurs enfants et petits-enfants aient de telles difficultés les choque. Le basculement est intervenu dans les années soixante. Et pourtant, malgré la dégradation de leur image, malgré les rejets, leurs pensions de combattants non versées, ils n’ont aucune haine, aucun esprit de revanche. S’il fallait le refaire, ils le referaient. »

    Le site d’« Indigènes » lance d’ailleurs un appel au président Jacques Chirac "pour l’égalité des droits entre les anciens combattants français et coloniaux", soulignant qu’"un Français invalide de guerre vaut 3 Sénégalais et 11 Marocains". "Un Français ancien combattant pensionné vaut 2,5 Sénégalais et 7,5 Marocains".
    C’est "un des plus grands scandales de notre République", souligne ce texte qui demande notamment la création d’un fonds d’urgence, non seulement pour aider les survivants ou leurs familles mais aussi destiné à "valoriser l’histoire et la mémoire des anciens combattants issus des colonies".

    Un film pour l’Histoire ou l’Histoire pour un film ?
     
    De l’avis de la plupart des cinéphiles, la reconstitution est soignée tant dans les décors que dans les tenues et le matériel mais le scénario est pauvre.

    De l’avis des historiens, le scénario n’est pas au service d’un récit et ne sert qu’à continuellement rappeler la France à ses culpabilités coloniale et xénophobe ; et donc à une repentance de plus.

    En fait, il y surtout affichage des inégalités de traitement entre les français et les indigènes.
    C’est donc bien un film accusateur de l’injustice de la France envers ceux qui se sacrifient pour elle.

    Mais il y a aussi rappel de l’ingratitude de la France, passée certes mais aussi actuelle.
    Ainsi, comme les médias nous y ont préparés avant la sortie du film, nous sommes interpellés sur les différences de traitement entre les Anciens Combattants Français et les Anciens Combattants des ex-colonies.

    Nous faisons aussi le parallèle entre les indigènes non récompensés et leurs fils discriminés. Finalement, l’amalgame finit par nous faire évoquer la situation des immigrés des quartiers défavorisés.

    La beauté et la valeur du film sont contenues dans ces 2 phrases du film :
    « Je libère un pays, il devient le mien »
    « Nous aimons la France, pourquoi la France ne nous aime pas ? »

    « Indigènes » n’est donc ni un film hitorique, ni un film de guerre ; c’est un film polémique, juste et utile en l’état actuel de la société française.

     

    Les effets « Indigènes »
     
    L’effet médiatique
     

    Au Festival de Cannes, le Prix d’interprétation masculine est allé, de manière collective, à Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan pour leur prestation dans Indigènes de Rachid Bouchareb.
    Le Prix François Chalais a été décerné à Rachid Bouchareb. Créé par Mei Chen Chalais, l’épouse de François Chalais, ce prix récompense chaque année un film qui traduit au mieux la réalité de notre monde, en restant fidèle à la pensée de ce grand journaliste et critique de cinéma.

    De son côté, le distributeur Stéphane Célérier (Mars Distribution) a prévu une sortie importante avec 500 copies du film. « Il y a trois ans, j’évaluais le succès d’Indigènes à 1 million d’entrées. Depuis Cannes, cette estimation est multipliée par deux. », savoure-t-il.
    Entre une promotion tentaculaire et une étroite collaboration avec le ministère de l’Education nationale, le chiffre devrait se confirmer. Depuis la sortie en salles, le succès populaire est tel qu’il a fallu rajouter des copies.

    Rachid Bouchareb envisage déja de rempiler. « Je raconterais l’histoire des indigènes de 1945 à 1962, soit du massacre de Sétif à la guerre d’Algérie, en passant par celle d’Indochine. » Ses comédiens ont d’ores et déjà accepté. Nous l’attendons avec impatience car, là, de nombreux Anciens Combattants y étaient.  

    L’effet politique
     
    « Jacques, il faut faire quelque chose ! » s’est écriée Bernadette Chirac après la projection privée du film, le 5 septembre, en présence de Jamel Debbouze et Rachid Bouchareb, les producteurs du film.

    L’émotion de son épouse a convaincu, comme d’habitude, le président de la République qu’il fallait « aller plus loin » pour améliorer la situation des anciens combattants coloniaux qu’ils venaient de découvrir. A Rachid Bouchareb qui le prenait par le bras et lui demandait s’il comprenait pourquoi il devait intervenir, il a répondu : « Je vais le faire ».
    Ah ! Si Madame Chirac avait été plus émotive… !

    Ces réactions spontanées du couple présidentiel comme l’annonce des mesures gouvernementales étaient prévisibles et programmées.
    En réalité, le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, y travaillait depuis longtemps et le dossier était prêt depuis plusieurs semaines. Il restait à faire la meilleure exploitation politique par une habile opération de communication basée sur le succès du film et l’émotion qu’il suscite.

    Depuis, tous les partis, toutes les personnalités politiques, surtout les précandidats à quelque chose, y sont allés de déclarations en communiqués. C’est à celui qui aurait pris des mesures depuis longtemps, qui les avait dans son programme des prochaines élections, qui fera mieux s’il est élu. Nous sommes arrosés par des torrents de larmes de compassion pour ces pauvres Africains qui ont été ignoblement ségrégués.
    Parmi ces pleurnichards de comédie, il y a ceux de la droite ; mais nous n’espérons rien d’eux.
    Il y aussi ceux de l’ancienne équipe Jospin qui sont particulièrement spectaculaires et sans complexes malgré le triste souvenir qu’ils laissent aux Anciens Combattants de France. Notre ancien ministre Masseret reparaît alors qu’il a toujours été hermétique à toutes nos revendications même quand il y a eu une importante cagnote fiscale à partager et malgré les grands espoirs que nous avions. Nous espérons qu’ils ne reviendront pas, non plus !  

    L’effet populaire
     
    Il devrait être le plus important et, le plus utile pour les Français.

    Le film a été initié, produit, joué, par des cinéastes qui se montrent, dans et hors du film, aussi fiers d’appartenir à la Nation Française que d’avoir des origines maghrébines. On ne peut donc pas les suspecter ni de trahison ni de communautarisme ; la formule la plus justement employée pour qualifier le film est : « revendicatif mais pas revanchard ». Cette crédibilité des faits rapportés n’est jamais remise en cause. Le débat ne se portant pas sur l’authenticité, il se concentre sur le fond du message : « à service égal, droit égal ».
    Beaucoup découvriront l’ignominie de nos chefs d’état, de De Gaulle à Mitterrand.

    D’autres s’étonneront, comme quelques commentateurs de la presse, qu’un ancien combattant perçoit une retraite de seulement 450 Euros par an. Ils constateront, en effet, que rien n’a été fait pour nous, surtout ceux d’Algérie, à la hauteur de nos sacrifices. On ne nous reconnaît même pas le droit d’avoir souffert psychiquement de la guerre coloniale qui nous a été imposée. Notre site abonde en preuves et témoignages.
    Comme les indigènes des ex-colonies, nous avons été jetés à la poubelle de l’histoire.
    Ah oui ! Nous sommes vraiment les « indigènes » de la Nation !

    Le grand intérêt du film est d’avoir projeté sur la place publique ce que nous avons toujours affirmé mais que beaucoup découvriront : les peuples n’étaient pas anti-Français mais anti-France colonisatrice.
    Ils demandaient moins l’indépendance que l’égalité des droits ; n’en déplaise aux exploiteurs politiques de l’anti-colonialisme qui les ont abandonnés à une plus grande dépendance de fait et à des fanatismes encore plus meurtriers.

    En Algérie même, le film suscite beaucoup d’intérêt et de nombreux Algérois ont exprimé, samedi soir 7 octobre 2006, leur "émotion" et leur "admiration" après sa projection à Alger en avant-première.

     

    L’effet masque
     
    Malheureusement, il faut s’attendre à ce que les débats se limitent à la décristallisation » des pensions des « indigènes ».

    Alors que :

  •  Les revendications des Anciens Combattants des ex-colonies ne se limitent pas à la retraite ; il y a eu de nombreux manques que nous avons rappelés.
  •  Les immigrés ne sont toujours que des « mecs qui balayent les rues » sans intégration sociale. Ils attendent toujours qu’on leur donne les justes droits.
  •  Les Français rapatriés d’Algérie ne doivent pas, non plus, être oubliés. Ils n’étaient pas tous des colonisateurs sans scrupules comme ils en ont trop souvent été accusés. Beaucoup entretenaient, avec les Algériens, des relations d’amitié et de fraternité malgré la loi coloniale, seule responsable, qui dressait un barrage devant toute bienveillance.
    Ils ne cessaient de rappeler l’enthousiasme de leur engagement commun pour la défense de leur Mère Patrie en 1944. Ils alléguaient continuellement « Monte Cassino » et s’essoufflaient avec le Chant des Africains : « C’est nous les Africains qui arrivons de loin. Nous venons des colonies pour défendre le Pays… ».
    Ils ont applaudi sans retenue, le 4 juin 1958, à Alger, quand De Gaulle promettait aux Arabo-Berbères :
    « …des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
    Cela signifie qu’il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas.
    Cela signifie qu’il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait. »
    Ils s’y sont passionnément investis quand une partie de la promesse s’est concrétisée par le plan de Constantine.
    Mais le mégalomaniaque dictateur pensait que la scène internationale lui était plus adaptée. Hélas, son âge ne lui permettait pas d’attendre la fin qu’il avait prévue de l’affaire algérienne ; il s’en est débarrassé en trahissant sans scrupules, en particulier ses partisans qui l’avaient installé au pouvoir.
    Il aurait été préférable qu’il débarrasse l’Algérie de la minorité des vrais colonisateurs, qui, soutenue par les mêmes riches et catholiques métropolitains, avait alors facile à entraîner la majorité des « pieds noirs » dans des attentats horribles, aveugles, racistes qui n’ont fait que rendre plus évidente la seule issue possible, l’indépendance.
  •  Parmi les Français rapatriés, une réparation particulière, matérielle et morale, doit être faite à nos Frères Harkis et à leurs descendants qui ont aussi, après avoir servi, été abandonnés par ceux-là mêmes qui, maintenant, se disent horrifiés jusqu’à la loi des génocides du monde entier.
    Les responsables de ce crime ignoble doivent être dénoncés et punis ; en premier lieu l’infâme De Gaulle qui, le 3 avril 1962, déclarait : « Il faut se débarrasser sans délai de ce magma de supplétifs qui n’a jamais servi à rien.. »
  •  Tous les Anciens Combattants Français de la guerre d’Algérie attendent aussi que leurs sacrifices et leurs droits à réparation soient reconnus à leurs justes niveaux. Ils n’ont que 450 Euros par an depuis leurs 65 ans avec l’étiquette de colonisateurs et de tortionnaires alors qu’ils sont des victimes à plusieurs titres :
    - non seulement ils ont fait la guerre
    - mais ils ont fait une guerre coloniale qu’ils désapprouvaient, pour la plupart, alors qu’ils ont été considérés comme des responsables.
    - ils ont liés, avec les Algériens, des liens de sincère amitié et communauté de vue qui ne correspondaient pas à ce que les hommes politiques prétendaient.
    - au contraire, ils sont accusés de torture alors qu’ils l’ont toujours dénoncée et en ont été gravement traumatisés à vie, non seulement d’y avoir assisté et même participé, mais aussi de subir, au retour, les baîllons de l’incrédule indifférence et de la menace d’inadaptation sociale.
    - leurs souffrances sont exacerbées par l’impunité des responsables politiques de la guerre qui, non seulement fanfaronnent aux élections en occultant cette période dont ils n’ont même pas honte, mais n’ont que du mépris pour nous, Anciens Combattants d’Algérie.
    - ils appellent les auteurs du film « Indigènes » à concrétiser leur projet de faire une suite dans le même esprit afin de rétablir la vérité sur les causes, les faits et les conséquences de la guerre d’Algérie ainsi que sur les liens d’amitié indéfectibles qui unissent nos deux peuples.

  •  Notre pensée est souvent occupée par ce pays où nous avons passé une partie douloureuse de notre jeunesse et qui nous a pourtant laissé le sentiment d’une grande affinité.
    Pendant que nous continuons à mourir, nous sommes énergiquement tournés vers l’avenir et notre objectif principal est de concrétiser nos liens d’amitié avec ce peuple que nous n’avons pas voulu combattre et dont nous sommes plus proche que de beaucoup de Français. Il n’est pas facile à atteindre surtout parce que le pouvoir algérien, dépendant des ultra-islamistes, s’y oppose.
    En Algérie « libérée », la sortie du film a provoqué une répression rapide et féroce.
    Déjà, un des principaux acteurs du film, le comédien français Jamel Debbouze, qui souhaitait venir le présenter a eu son visa refusé par les autorités algériennes. Selon le producteur, les raisons de ce refus n’ont pas été indiquées par les autorités algériennes.
    En même temps, 4 dessinateurs Français ont eu leurs visas refusés. Ils étaient invités par leurs confrères Algériens à une exposition de dessins sur le thème « dessine-moi l’humour ». L’exposition est « reportée » à mai 2007.

    Alors :

  •  Comme les mouvements et associations démocratiques ne sont pas suffisamment puissants et unis pour faire une pression suffisante, le débat de fond sera vite étouffé par les partis politiques et toute la presse. Une fois passée la récupération initiale, ceux-ci éviteront une analyse plus poussée qui risquerait de dévoiler des compromissions alors qu’il faut laisser place aux « sérieux » enjeux électoraux.

  •  Les protagonistes du film cesseront leurs participations aux débats ou les limiteront au film pour aider son succès à se développer et pour attiser l’impatience d’en voir une suite.

    Le film « Indigènes » a donc éclairé et aidé à réparer un crime de la France mais il ne doit pas permettre de masquer les autres forfaitures. Il peut aussi révéler le lamentable état de la société française qui exhale des relents de colonialisme.

    La France se colonise

    Point n’existe de dirigeant politique français qui ne vante la décolonisation. Ils proclament tous que non seulement ils détestent l’exploitation forcée d’un pays par un autre mais encore qu’ils abhorrent la suppression des libertés individuelles. Pourtant toute la classe politique française reste imprégnée par cet incorrigible besoin d’exploiter, de dominer, d’interdire, de mentir, de séduire. La société en ressort déséquilibrée et le peuple muselé, colonisé.

    Les « Ville Nouvelle »
     

    Celui qui a connu Oran avant l’indépendance a connu le quartier « Ville Nouvelle », encore appelé « village nègre » du nom de sa création en 1845. C’était le plus grand quartier arabe de la ville. Il était réputé pour être dangereux car le principal abri des derniers fellaghas de la willaya 5 qui, maîtrisés dans la campagne, s’étaient repliés pour poursuivre la guérilla dans la grande ville qui leur offrait un milieu de plus en plus favorable en raison des exactions commises sur les arabes par les européens exaspérés par le revirement gaullien.

    La mosquée d’Oran
    Appelé du contingent, j’ai fait ma première patrouille en octobre 1961 dans le quartier voisin de Saint-Antoine. Ce n’était pas le centre-ville : la ghettoïsation était manifeste, la terreur planante et l’attentat sous-entendu. A première vue, pourtant, les gens semblaient y vivre avec les mêmes préoccupations du quotidien que dans mon village de France où j’étais, moi aussi, un « sale polak » qui, étant « étranger », ne méritait que d’aller faire la guerre en Algérie mais pas un sursis d’incorporation malgré une mention bien au baccalauréat.
    Ma première surprise a été d’y assister à une ronde de fillettes qui chantaient en français sans sembler craindre d’être admonestées par les passants.
    Plus loin, je pouvais voir et entendre, par une porte ouverte, des Enfants psalmodier en arabe sans craindre les militaires qui passaient. Il fallait bien les occuper puisque les écoles étaient devenues des casernes.

    Ma section avait ordre de ne faire aucun zèle si bien que nous ne ressentions pas d’animosité.
    Mais, les fellaghas, dont c’était le rôle d’organiser des provocations, commettaient des attentats sur les militaires, sur les européens ou sur les « traîtres ». Alors, les châtiments étaient aveugles et féroces. Les militaires se vengeaient souvent par des plastiquages de rues faisant quelquefois des centaines de mort ou par des contrôles violents. Des bandes venaient des quartiers européens voisins et ratonnaient sans pitié pour venger un des leurs, en nous reprochant notre mollesse.

    Le 5 juillet 1962, à Oran : c’est au tour des Français de se faire assassiner.
    La spirale était enclenchée qui a rapidement mené les arabes au FLN et les européens à l’OAS.
    Après l’indépendance ce sont des bandes de « marsiens » qui déferlaient sur les quartiers européens sans que l’armée intervienne (les arabes n’ont pas eu le choix et devaient montrer leur sympathie pour le FLN après la signature de l’indépendance, le 19 mars 1962). Le 5 juillet 1962 a été particulièrement horrible ; c’est la preuve qu’il n’y a pas que des bons d’un côté et des mauvais de l’autre.

    Je connais bien le quartier Croix-Rouge de Reims. Il y a 30 ans toutes les races et tous les milieux sociaux étaient mêlés sans problèmes majeurs. Malheureusement, les organismes logeurs et les municipalités ont réglé les conflits par des déplacements de locataires en regroupant « les plus mauvais, immigrés » majoritairement d’un côté et « les meilleurs, Français » majoritairement de l’autre. Le communautarisme était créé. Le chômage a poussé des jeunes à la délinquance quelquefois violente.

    Rien n’a été fait pour supprimer les causes de ces dérives. Les bâtiments restent mal entretenus ; les équipements culturels, sportifs et de loisirs n’ont pas été créés ; les salles de réunion sont toujours occupées et, de toute façon, très chères ; les établissements scolaires sont mal équipés.

    Pour bien souligner que le quartier est désavantagé que cela ne changera pas, on exonère d’impôts les entreprises et professions libérales qui s’y installent et on attribue une prime aux enseignants. Je n’en connais pas qui s’y soient opposés.

    La police est insuffisante et inadaptée car sa hiérarchie devrait être imprégnée de l’idée que si le citoyen lui doit obéissance, en retour elle doit respect au citoyen, à tous les citoyens, quelque soit le faciès. Pour éviter les erreurs de cibles, le gouvernement signifie même que vous serez moins puni en attaquant un pauvre citoyen qu’un policier dont c’est le métier et qui a les moyens de se défendre.

    Comme à « Ville Nouvelle » d’Oran, la spirale est enclenchée qui mène les immigrés à la solidarité communautaire ethnico-religieuse puis à la violence et les autres au Front National.

    Discriminez !

    De gaulle avait fait des belles promesses, le 4 juin 1958 à Alger, dont : « il faut reconnaître la dignité à ceux à qui on la contestait »

    Le 29 avril1959, il confirme au cours d’un entretien accordé à Pierre Laffont, directeur de l’Echo d’Oran ; il y prononce la fameuse formule : " L’Algérie de papa est morte. Si on ne le comprend pas, on mourra avec elle. "
    Seuls les politiciens et les sectaires, de tous bords, n’ont pas été d’accord ; Nous étions tous séduits car c’était du marxisme pur et propre.
    Les plus lucides n’y ont pas cru ; ils avaient hélas raison.

    En effet, au lieu d’appliquer strictement la constitution dite républicaine, De Gaulle a institué le « plan de constantine ». Il s’est rapidement avéré inapplicable en conservant le contexte colonial. En effet, au lieu d’être une simple étape, il n’a été qu’une suite de discriminations positives à l’égard des F.S.N.A. (Français de Souche Nord Africaine) qui n’en ont que peu bénéficié.

    La marche arrière est donc restée enclenchée et l’indépendance plus que jamais incontestable.

    Actuellement :

    L’article 1er de la constitution est sans ambiguïté : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous et sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances".

    Les discriminations sont donc impossibles. Alors, pourquoi existent-elles ? La réponse est la même dans toute la majorité présidentielle, de l’extrême gauche à la droite : c’est de la faute des autres. La solution est également la même : annulons la discrimination négative par une discrimination positive.

    Hélas, nos raccommodeurs des inégalités n’ont pas tiré les leçons du passé qui a vu échouer tous les plans anticolonialistes qui n’ont pas supprimé les colonies.
    Ils ont inventé des lois absurdes tant dans leurs fonds que dans leurs formes. En effet, elles sont du même esprit que la faute puisqu’elles recréent des discriminations dont elles légalisent les conflits d’influence.
    Cela montre que leur objectif principal n’est pas de dédiscriminer mais de s’attirer la sympathie électorale des victimes dont les plus atteints seront dupés car ce qu’ils demandent, évidemment et au contraire, c’est de ne plus être mis à l’index.

    Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent !
    La flagornerie atteint le ridicule dans certains partis qui, sous prétexte de défendre les femmes, produisent des textes du type : « Il est inadmissible que les citoyens (ennes) soient représentés (ées) aux responsabilités comme ils (elles) sont inscrit(e)s aux partis et non comme ils(elles) sont réparti(e)s dans la population. »

    La liste officielle des discriminations négatives ne cesse évidemment de s’allonger. Chaque fois apparaît la loi de contre-discrimination positive qui est, évidemment, inapplicable et donc entraîne une succession de correctifs tout autant inefficaces.
    Alors apparaissent une quantité d’Autorités tape-à-l’oeil plus ou moins Hautes qui, après avoir prôné « l’intégration » ont préféré « l’assimilation » et, pour le moment, la « diversification ». Malgré les nombreuses notoriétés qui les composent, elles resteront inefficientes.

    Ces « plan de Constantine » des discriminations sont donc voués à l’échec. Ils creusent les différences et les victimes, trahies par les partis traditionnels, glissent vers le communautarisme marginal.

    Taisez-vous !

    Les colonisations n’ont pu durer que par la force des armes qui réprimait sans pitié toute velléité de contestation et donc supprimait la liberté d’expression qui aurait pu l’organiser.

    La guerre d’Algérie a commencé en mai 1945 à Sétif, Guelma, kherrata quand les Français ont massacré des manifestants qui fêtaient la victoire sur les nazis et, dans le même esprit, brandissaient quelques drapeaux indépendantistes.
    De 1954 à 1962, de nombreux Algériens ont perdu la vie de vouloir transgresser le bâillonnement. En France, la dictature gaullienne contrôlait toute la presse et n’hésitait pas à réprimer dans le sang les manifestations pacifiques des opposants comme à Paris le 17 octobre 1961 et le 8 février 1962.

    En réalité, ce sont ces interdits qui ont provoqué puis entretenu la guerre et entraîné sa fin dramatique dans la rupture.

    En Algérie, comme c’était prévisible, la liberté d’expression n’a jamais été rétablie et les contradicteurs sont impitoyablement réduits au silence, en particulier ceux qui oeuvrent pour la signature d’un traité d’amitié qui officialiserait la réconciliation si chère à nos cœurs d’Anciens Combattants.

    Actuellement, en France, la quête de sympathies électorales pousse les politiciens à surenchérir jusqu’à l’outrance dans les propositions de loi qui étalent leurs hautes valeurs morales et flattent les réactions des masses.

    C’est à celui qui grossira la liste ou réclamera plus de sévérité que celles qui existent. Comme pour les discriminations, il faut laisser son nom dans la « lutte contre les inégalités ». Alors, comme il faut avoir de la place pour tous les candidats, il a été décidé de condamner non seulement les discriminations mais aussi les propos discriminatoires à caractères raciste, sexiste, homophobe, etc.
    Comme il est plus facile d’empêcher de dire que d’empêcher de faire, vous pouvez dire que vous n’aimez pas les blondes mais pas que vous n’aimez pas les noires ; par contre vous pourrez les exploiter clandestinement.

    Le napalm américain au Vietnam.
    Le comble est atteint par les lois dites « mémorielles » qui sanctionnent les propos négationnistes concernant la shoah, l’esclavage, le colonialisme, le génocide arménien, etc.

    Ce n’est plus « ose le dire que je te réponde ! » ou « le colonialisme, parlons-en » mais comme dans les religions : « la vérité ? Tais-toi ! C’est écrit ».

    Au nom de quoi nos lois peuvent-elles dire que le massacre des arméniens est pire que le massacre des cambodgiens en 1975, que celui des outous et des toutsis en 1994, des Indiens à Bhopal en 1984 (30.000 morts), des vietnamiens pendant la guerre d’indépendance, des vietnamiens par l’agent orange, des algériens par les Français, etc. ?
    Au nom de quoi nos lois méprisent-elles les autres peuples en leur présentant une vérité sur leur histoire ?
    Au nom de quoi nos lois dénient-elles la liberté de chercher, de travailler intellectuellement, donc de penser ?

    Faire un travail historique c’est analyser les événements avec les critères de leurs époques ; les analyser avec les critères de maintenant, c’est faire un travail de mémoire.

    Pourvu qu’ils ne demandent pas une loi sur la guerre d’Algérie ! Moi, je réclame que, enfin, on en parle, en bien comme en mal, en propre comme en sale ; je veux que l’on conteste tout : les méfaits du colonialisme, les massacres des militaires, du FLN, de l’OAS, la torture. J’ai tellement à répondre et à faire connaître car, moi, j’y étais et mon mal ne guérit pas qu’on l’oublie ; il empirerait par une loi du silence.

    Or, toute la presse, écrite comme audio-visuelle, est assujettie à l’argent donc contrôlée par la classe des riches qui obtient ainsi l’autorisation de ne plus évoquer les sujets qui les fâchent. Retirer le droit de dire à une minorité c’est permettre de ne pas le donner à celles qui ne l’avaient pas. Alors qu’elle prétend vouloir rompre le carcan du monopole la gauche l’a resserré en assumant ces lois liberticides.

    Ne refaisons pas l’erreur des guerres coloniales où les interdits ont masqué les contestations des peuples, creusé les gouffres intercommunautaires, prolongé les combats, augmenté le nombre des victimes, retardé la réconciliation.

    Ce n’est pas à la loi de dire ce que l’on peut dire !
    N’imposons pas la vérité par la loi !
    Etablissons la liberté d’expression !

    Indigènes, revenez !

    Nous, Anciens Combattants de l’ARAC, étions sur les lieux des combats avec nos frères « indigènes ». Nous continuerons donc à témoigner, pour l’histoire, de nos sacrifices communs et des comportements répugnants des gouvernants français qui ont refusé, et refusent encore maintenant, nos droits à reconnaissance et à réparation.
    Héritiers des Révolutionnaires de Valmy et conscients que notre expérience nous autorise, et nous oblige, à intervenir, nous dénonçons le renouvellement, chez nous, des mêmes injustices que celles qui nous ont fait subir les guerres coloniales.

    Or, ces « indigènes » que nous avons combattus chez eux, ont largement participé à la sauvegarde de la devise républicaine de la France et, avec les autres immigrés, à sa construction.

    Par le film « Indigènes » ils nous poussent à tirer les leçons de notre passé et à renouer avec nos valeurs révolutionnaires.

    Encore une fois, ils ont aidé les autres Français !
    Puissent-ils continuer !
    Il y a encore tant à faire !

  • ………………………………………………………………………….

    Sources principales :

  •  http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/soldats_indigenes/05cristallisation.htm
  •  http://www.crdp-reims.fr/memoire/lieux/1GM_CA/monuments/01armeenoire.htm
  •  http://tadrart.com/tessalit/indigenes/
  •  http://education.france5.fr/coteprofs/index.cfm ?&espId=1&discId=77&objId=14025&CFID=2046294&CFTOKEN=94485874
  •  http://www.studiocanal.com/pid374-cid10060.htm

  •  http://www.ac-nancy-metz.fr/cinemav/escla/ei21.htm

  •  http://www.agence-cinema-education.fr/indigenes-dossierpeda.pdf

  •  http://www.zerodeconduite.net/indigenes/
  •  http://www.elwatan.com/spip.php ?page=article&id_article=50825
  •  http://www.courrierinternational.com/article.asp ?obj_id=66610#
  •  http://www.lalibre.be/article.phtml ?id=10&subid=90&art_id=308103
  •  http://www.liberte-algerie.com/
  •  http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/interventions_premier_ministre_9/discours_498/discours_devant_association_anciens_56950.html
  •  http://www.7sur7.be/hlns/cache/fr/det/art_267026.html ?wt.bron=homeArt6
  •  http://www.charles-de-gaulle.org/article.php3 ?id_article=1076
  •  http://www.anciencombattant.com/article.cfm ?id=102380
  •  http://www.liberation.fr/
  •  http://www.gisti.org/doc/actions/2006/retraites/index3.htm
  •  http://www.afrik.com/
  •  http://tadrart.com/tessalit/indigenes/Resources/Petition%20Nationale.doc
  •  http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/ ?p=469
  •  http://www.atmf.ras.eu.org/index.php3
  •  http://tadrart.com/tessalit/indigenes/Resources/INDIGENES_DP_FR.pdf
  •  http://www.cyberpresse.ca
  •  http://www.seniorplanet.fr/
  •  http://www.yabiladi.com/forum/read-65-1362199.html
  •  http://www.festival-cannes.fr/films/fiche_film.php ?langue=6001&id_film=4352781
  •  http://permanent.nouvelobs.com/societe/20061008.OBS4944.html
  •  LCI:chronique d’Olivier Jay
  •  http://www.algerie-monde.com/actualite/article1318.html
  •  http://programmes.france2.fr/a-vous-de-juger/24835544-fr.php
  •  http://www.halde.fr/
  •  http://lorraine.novopress.info/ ?p=434


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      21 avril 2011

    55. « Quand la France a refusé de sauver le soldat Mohamed » : livre témoignage d’un chef de section en Algérie.
      23 novembre 2011

    56. 17 octobre 1961 : nuit tragique à Paris
      21 mars 2006

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