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Jean-Marie Le Pen à Valmy : une visite privée très publique (journal l’Union)
Publié le mercredi 20 septembre 2006

Nous reproduisons l’article tel qu’il est paru dans le journal « l’Union » du 20 septembre 2006 :

Jean-Marie Le Pen à Valmy : une visite privée très publique

Le président du FN lance aujourd’hui à Valmy et Reims sa campagne présidentielle. Jean-Marie Le Pen a renoncé à un meeting au pied de l’illustre moulin au profit d’une visite privée. Un « rassemblement républicain » organise la contre-attaque.

Jean-Marie Le Pen a choisi d’annoncer sa candidature à la présidentielle à Valmy. Une initiative suggérée par sa fille Marine. Photo d’archives ; Détruit par la tempête de décembre 1999, le moulin de Valmy a été reconstruit à l’identique et inauguré le 20 septembre 2005. Un livre sur cette journée inaugurale sera présenté ce soir à la mairie du village. Loin des caméras

MARINE LE PEN en rêvait, son père le fera. Le président du Front national foulera aujourd’hui à 11 heures le site du moulin de Valmy, haut lieu de la geste révolutionnaire face à la contre-offensive des monarchies coalisées. Le 20 septembre 1792, les 47.000 soldats des généraux Kellerman et Dumouriez y avaient stoppé net l’armée prussienne du duc de Brunswick et scellé la naissance de la République. Une petite bataille pour la stratégie militaire (moins de 300 morts), mais une mine inépuisable pour les adeptes de symboles forts.

Au grand dam des royalistes du FN, la vice-présidente a flairé le bon coup. Sous le double sceau de la Nation et de la République, c’est à Valmy que son père devait annoncer sa candidature à la présidentielle de 2007. Jean-Marie Le Pen s’est laissé convaincre. Un rassemblement militant de plusieurs centaines de personnes était même prévu. Et évidemment, les caméras et journalistes fortement espérés.

Un moment, les élus de la communauté de communes de Sainte-Ménehould, gestionnaire du site, avaient songé à interdire la réunion. « Une proposition difficilement applicable. On risquait de nous accuser de choisir les bons et les mauvais visiteurs », commente le président de la collectivité et maire de Sainte-Ménehould, Bertrand Courot, peu enclin « à voir un parti politique s’approprier les valeurs universelles de Valmy ».

Visite guidée

Le leader frontiste a finalement opté pour une visite à caractère privé qu’il effectuera en compagnie d’une trentaine de membres du bureau exécutif du parti. Pascal Erre, responsable du FN-Marne, a réservé un guide. « M. Le Pen sera accueilli comme n’importe quel citoyen. Du moment qu’il paye sa place ! », ironise John Jussy, le président de l’office de tourisme de Sainte-Ménehould. L’accès du site étant gratuit, l’équipée frontiste déboursera 30 x 3,50 € pour une visite guidée d’une heure assurée par Christine Francart, la directrice de l’office. « Je ferai mon travail, c’est tout », commente t-elle.

La visite du leader d’extrême-droite provoque une tout autre émotion chez les « Fils de Valmy », une association de gauche préoccupée de perpétuer l’héroïsme glorieux des soldats de l’an II. « Opportunisme électoraliste », « manipulation », s’insurgent les Fils de Valmy, signataires avec une vingtaine d’associations et de partis d’un appel à manifester aujourd’hui sous le moulin. Mais à 14 h 30, deux heures après le départ de Jean-Marie Le Pen. « On ne tient pas à le croiser », assène Gérard Berthiot, le vice-président socialiste du conseil régional de Champagne-Ardenne.

« Du vent ! »

Parmi les signataires, les anciens combattants de l’Arac, la CGT, le PS, le PC, la FSU, la Licra et le Mouvement des jeunes socialistes qui, lui, sera sur le terrain dès 10 heures. Soucieux de « ne pas surmédiatiser » l’événement, les jeunes de l’UMP ajoutent au concert de récriminations : « Le Pen nous ment, son moulin, c’est du vent ». Familière du site, l’association de prévention pour une meilleure citoyenneté des jeunes (APMCJ) a préféré reporter au 3 octobre la visite que 300 jeunes de quartiers y effectuent chaque année, le 20 septembre. Mais son président, Gérard d’Andréa y déposera tout de même une gerbe, tout comme les francs-maçons. Entre temps, Jean-Marie Le Pen aura gagné Reims où il annoncera sa candidature à 16 heures (salons Degermann). Cette fois officiellement.

Gilles Grandpierre

Un historien : « Une confusion sémantique »

Trois questions à l’historien universitaire rémois, Jean-François Boulanger, spécialisé dans l’étude de « l’utilisation politique de l’histoire ».

Comment interprétez-vous la venue de Jean-Marie Le Pen à Valmy ? JEAN-FRANCOIS BOULANGER : Ce n’est pas la première fois qu’il se réclame de l’histoire de France, particulièrement dans notre région. Lorsqu’il vient à Reims en 1992 dans le cadre de la campagne qu’il mène contre le traité de Maastricht, il utilise plutôt des thématiques catholiques, traditionalistes, voire royalistes. On se souvient de son meeting interdit sur le parvis de la cathédrale. Reims et Jeanne d’Arc sont alors présentées comme des symboles de la France qui résiste contre le cosmopolitisme européen. Et en 1996, année anniversaire du baptême de Clovis, le FN orne ses cartes de visite de l’effigie du roi des Francs.

Mais l’évocation d’un symbole révolutionnaire comme Valmy est-elle une nouveauté ?

J-F.B. : Pas tout à fait. Dans ses discours, Jean-Marie Le Pen brosse souvent un panorama de l’histoire de France, évoquant tour à tour Vercingétorix, les guerriers francs de Clovis, les cavaliers de Charles Martel, les grenadiers de l’Empire, les Poilus de 14, les combattants « trahis » d’Indochine et d’Algérie, mais aussi les soldats de l’An II qui - je cite - « tiennent tête à l’Europe et marchaient, pieds nus, avec comme devise farouche, « la nation ou le mort ». Qu’importe s’il y avait, parmi eux, des hommes de toutes les nationalités européennes. Et qu’importe si pendant la guerre et jusqu’au traité de Maastricht, Valmy est un symbole revendiqué par le PC et aujourd’hui par les francs-maçons. Le Pen ne voit qu’une chose : Valmy, c’est la nation en armes qui arrête une armée étrangère, du reste elle aussi composée de multiples nationalités.

Le mot nationalisme a t-il le même sens en 1792 et en 2006 ?

J-F.B. : Non. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le nationalisme est de gauche. Il incarne la nation conquérante, porteuse de valeurs altruistes, émancipatrices. Le sens du mot bascule en gros au moment de l’affaire Dreyfus. Le nationalisme revêt alors une connotation belliqueuse, agressive. M. Le Pen joue de cette confusion sémantique. Les nationalistes de 1792 étaient des humanistes. On peut douter que ceux d’aujourd’hui le soient.

Recueilli par G.G.



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