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LE PLAN BUSH D’« AIDE A CUBA LIBRE » Chronique d’une guerre annoncée
Publié le samedi 7 octobre 2006

CUBA LE PLAN BUSH D’« AIDE A CUBA LIBRE » Chronique d’une guerre annoncée Par Ricardo Alarcon, Président de l’Assemblée Nationale Cubaine

« Parce qu’il n’est rien de secret qui ne sera un jour découvert ; ni rien de caché qui ne se sache » (Saint Luc, 12.2.) Le 20 mai 2004, George W. Bush annonçait à grands renforts de tambours et de trompettes son Plan pour l’annexion de Cuba. L’interminable pamphlet (plus de 450 pages) soulevait une vague de critiques de toutes origines. Et avant tout du peuple cubain, menacé d’extermination et de liquidation de la nation. Comme le signalent les auteurs du Plan sans mâcher leurs mots, Cuba disparaîtrait simplement de la carte, cesserait d’exister. Voyons rapidement ce qui se passerait en cas d’application du plan approuvé par Bush :

Libéral-fascisme Restitution à tous les anciens propriétaires de tous les biens, y compris les immeubles d’habitation dont des millions de familles seraient délogées, en moins d’un an, sous le contrôle du gouvernement nord-américain représenté par une Commission du gouvernement des États-Unis pour la restitution des propriétés. Privatisation complète de tous les secteurs économiques, y compris l’éducation et la santé publique ; toutes les coopératives seraient dissoutes et les latifundia restaurés ; la sécurité sociale serait éliminée et avec elle toutes les pensions et les retraites ; un programme spécial d’ouvrages publics serait ouvert à l’intention des vieux qui y travailleraient jusqu’à épuisement. Les règles du néolibéralisme le plus crû seraient appliquées dans toute leur rigueur et tout cela serait confié à un autre appareil gouvernemental yankee : le Comité permanent du gouvernement des États-unis pour la reconstruction économique. Comme la mise en oeuvre de ce qui précède se heurterait à la résistance tenace et invincible du peuple (« ce ne sera pas facile », a reconnu Bush dans le document en question), la répression massive et généralisée serait prioritaire : contre tous les militants du Parti, contre tous les membres des organisations sociales et de masse, et aussi contre « d’autres sympathisants du gouvernement », selon le texte qui avertit (était-ce bien nécessaire ?) que « la liste des victimes de la répression sera longue ». Le gouvernement des États-unis s’en chargerait lui-même, avec un appareil répressif « organisé et dirigé par le Département d’État ».

Retour du Gouverneur La direction de ce programme est aux mains d’un bureaucrate désigné par Bush sous le titre pompeux de « Coordinateur pour la transition et la reconstruction de Cuba », une sorte de Gouverneur général nouvelle version, un peu à la manière du général Leonard Wood au début du siècle dernier. Il aurait les mêmes fonctions, et d’ailleurs le même titre, que celles de Brenner dans l’Irak envahi et ravagé. Dans le cas de Cuba le coordinateur est déjà désigné : il s’agit d’un certain Caleb McCarry, qui est allé faire une tournée en Europe en quête de honteuses complicités. Sa désignation anticipée a été présentée par Bush comme la preuve que son plan contre Cuba et les Cubains n’est pas une plaisanterie et ne sera pas rangé aux oubliettes. Le Plan Bush inclut aussi des mesures spécifiques contre les Cubano-Américains, dont les liens avec leurs familles à Cuba ont été sévèrement malmenés : le permis régulier de visite a été éliminé, ils ne pourront se rendre à Cuba qu’une fois tous les trois ans à condition d’obtenir un permis spécial concédé en vertu de la redéfinition cruelle et arbitraire du concept de famille, dont ne font plus partie les oncles, tantes, cousins et autres parents. Pour atteindre son objectif, le gouvernement nord-américain intensifierait ses actions tendant à mettre fin à la Révolution cubaine selon trois lignes fondamentales : un blocus économique de plus en plus rigoureux, l’augmentation du financement et du soutien matériel aux groupuscules mercenaires internes et une campagne de propagande et de désinformation de plus en plus effrénée.

Délire Chacun sait que cet entêtement à renverser le gouvernement d’un autre pays, à en modifier le régime politique, économique et social et à le soumettre à sa domination constitue une violation scandaleuse de la légalité internationale et ne peut naître que d’une mentalité fasciste. Le caractère illégal et agressif du Plan Bush et sa démesure qui frise le délire sont si évidents qu’ils ont suscité les critiques ouvertes d’entités et d’individus qui sont des adversaires de la Révolution cubaine et des défenseurs des politiques et des intérêts impérialistes. Ainsi, certains membres dudit Dialogue interaméricain, dont des ennemis déclarés de Cuba, ont publié une lettre ouverte pour condamner ce plan dans lequel ils voient un appel à la guerre et à la violence. Le document a été qualifié de « terrifiant » ; c’est, a4-on dit, « ce qui s’est fait de plus explosif dans les relations entre les États-unis et l’Amérique latine au cours des cinquante dernières années ». Bush a atteint le rêve de tout politique nord-américain : constituer un front très large regroupant la gauche et la droite. Sauf que ce front est ligué contre lui et son plan démoniaque.

Liberté de la presse… Mais il avait un atout dans sa manche. La presse, les fameux médias qui l’accompagnèrent en mai 2004 et se firent l’écho de son show publicitaire, surent observer un silence hermétique et discipliné pendant le reste de l’année et au-delà. Ce qu’il y avait de « plus explosif » en cinquante ans échappa tout bonnement à l’attention des « professionnels de l’information ». Le sujet cessa d’exister. Et ce, pendant un an et demi. Jusqu’en décembre 2005. Tout à coup, sans raison apparente, quand tout le monde avait rangé l’affaire aux oubliettes, on annonçait à Washington qu’un nouveau Rapport sur Cuba allait sortir en mai 2006. Les spéculations se multiplièrent. Il y en eut même, parmi les politiques et académiciens de droite qui avaient critiqué les horreurs simplistes de Bush, pour s’imaginer qu’il allait rectifier le tir. Arrive le 20 mai 2006. Dans les médias, on s’agite, on se pose des questions, mais rien n’arrive, ni ce jour-là ni dans les semaines suivantes. Les porte-parole répondent de manière évasive aux questions des journalistes. Et encore une fois, l’affaire sombre dans l’oubli. Troisième semaine de juin. Curieusement, presque incognito, le Rapport fait irruption sur le site Internet du Département d’État avec la date du 20/06/2006. Pourtant, à cette date personne ne l’avait vu. Une semaine s’écoule encore pendant laquelle porte-parole et journalistes observent un silence total. Jusqu’à ce que des quotidiens de Miami et certaines agences de presse « découvrent » ce qu’ils décident d’appeler le « brouillon ». Curieusement, tout le monde l’a trouvé au même moment. Mais pas n’importe quand : au début du « pont » férié le plus long des États-unis, qui s’étend jusqu’au 4 Juillet. Sans doute avec l’espoir que l’information disparaîtrait sous les feux d’artifices, la rhétorique des grands discours patriotards et les ventes spéciales des grandes surfaces qui accompagnent aux États-unis la célébration du Jour de l’Indépendance.

Se préparer au pire Le texte aujourd’hui publié ne s’écarte pas d’un millimètre du Plan Bush. Tout au contraire. Il commence par préciser qu’il confirme, ratifie, se félicite des prétendus succès de son application et, sur cette « base solide », annonce des « mesures complémentaires » pour « accélérer » la chute de la Révolution cubaine. Ces mesures méritent d’ailleurs d’être analysées et je me propose de le faire ultérieurement. Mais il y a quelque chose d’absolument insolite qui doit être dénoncé avec force et de toute urgence. Avant d’exposer les « mesures complémentaires », ainsi rendues publiques, le Rapport signale qu’il en existe d’autres, figurant dans une Annexe qui demeure secrète pour « des raisons de sécurité nationale » et pour assurer « leur mise en oeuvre effective ». Après avoir révélé tout ce qui a été révélé -des dizaines de millions de dollars de plus pour les mercenaires, de nouvelles restrictions économiques et des actions illégales contre le commerce international et la souveraineté de Cuba et d’autres nations, des mesures supplémentaires de répression à l’encontre de Cubains et de citoyens d’autres pays—, après avoir rendu public il y a deux ans un Plan qui décrit minutieusement la recolonisation de Cuba, après tout cela, que reste-t-il à cacher ? Que peut-il y avoir de « top secret » ? Que faut-il encore dissimuler au nom de « la sécurité nationale et la mise en ouvre effective » ? Davantage d’attaques terroristes ? De nouvelles tentatives d’assassinat contre la personne de Fidel ? Une agression militaire ? De la part de Bush et de ses acolytes, tout est possible.

LA MAISON BLANCHE S’ACHARNE CONTRE LES CINQ Le 9 août 2005, les juges de la Xlème Cour d’Appel d’Atlanta chargés d’étudier le procès des 5 avaient rendu un avis selon lequel le climat de haine régnant à Miami y empêchait la tenue d’un procès équitable, et que les militants incarcérés devaient être rejugés dans une autre ville. Un an plus tard exactement, cette même Cour d’Appel réunie en plénière a rejeté les conclusions des trois juges. C’est un fait très rare dans l’histoire judiciaire étasunienne, où l’avis des juges chargés du dossier est toujours suivi par leurs collègues. Manifestement, les pressions politiques exercées sur les magistrats ont été terribles…. La cour d’appel a décidé le maintien des Cinq en prison. Rappelons qu’ils sont isolés les uns des autres car enfermés dans cinq pénitenciers différents, et que leurs droits de visite sont scandaleusement restreints - ils ne peuvent pas voir leurs proches. Mais l’action pour leur libération continue. Le 23 septembre, le Comité national pour la liberté des Cinq des États-Unis organisait une marche face à la Maison Blanche suivie d’un important forum public à Washington. Nous en rendrons compte dans SDC 56.



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