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La bataille de Valmy par les professeurs d’histoire de l’Académie de Reims
Publié le dimanche 17 septembre 2006, mis à jour le samedi 4 juin 2011

Dans son numéro 22 d’octobre 2000, le Bulletin de Liaison des Professeurs d’Histoire-Géographie de l’académie de Reims a fait paraître un article, sous la direction de Gracia Dorel-Ferré, qui décrit la bataille de Valmy.

Nous le reproduisons tel qu’il est paru :

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Valmy
 
Par Association pour la reconstruction du Moulin de Valmy.

Le Moulin de Valmy a été démoli lors de la grande tempête du 26 décembre 1999. Une association a été créée pour le reconstruire et, le 20 septembre dernier, jour anniversaire de la fameuse bataille, l’historien Alain Decaux est venu raconter Valmy devant quelques centaines d’enfants.

Ce 20 septembre 1792, le crachin fouette le visage des soldats. L’enthousiasme, succédant à la peur, ne faiblit pourtant pas et les soldats s’époumonent à force de chanter le “ ça ira ” et de crier “ vive la Nation ”.

Les volontaires et les soldats se battent à coups de canon depuis plus de huit heures lorsque le Duc de BRUNSWICK, généralissime des Armées prussiennes, ordonne à ses troupes de rebrousser chemin. L’invasion des coalisés est stoppée, la marche sur Paris et sur la révolution s’arrête. L’histoire et la légende peuvent prendre le relais des faits d’armes et faire de cette bataille un symbole international, une lutte du peuple et de la Nation pour sauvegarder la révolution en péril.

Pourtant tout n’a pas aussi bien commencé. En juillet 1792, les Français découvrent sur les murs de leur village que “ la patrie est en danger ”, non point seulement parce que l’étranger perce nos frontières mais parce que la Révolution est menacée. Le manifeste de Brunswick menaçait les Parisiens des pires représailles et la peur d’une contre révolution était réelle. L’Assemblée nationale a déclaré le 11 juillet 1792 “ la patrie en danger ” et demandé au peuple de voler à son secours “ Hâtez-vous, citoyens, sauvez la liberté et vengez votre gloire ”. Car tel est bien le cas sur le plan militaire.

Le 20 avril 1792, lorsque l’Assemblée nationale déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie, la France est engagée dans des conflits armés sur la presque totalité de ses frontières. Aux portes Est de la France ce sont 42 000 prussiens, 10 000 émigrés et 4 000 hessois sous les ordres du général BRUNSWICK et deux corps d’armée autrichien soit 30 000 hommes, qui se pressent pour envahir le pays et abattre Paris. Du côté français, la vieille armée de la monarchie, dirigée par DUMOURIEZ, est exsangue, abandonnée par ses chefs qui ont cherché refuge dans l’émigration, minée par l’indiscipline. Elle ne peut faire illusion face à la puissante armée forgée par Frédéric le Grand. Entre les désertions, les vieux soldats et les volontaires, la cohésion est difficile. Les volontaires, les futurs grognards, non aguerris au métier des armes, affluent de toute part mais sont difficilement contrôlables et utilisables. Ils seront d’ailleurs positionnés à Châlons et ne participeront pas aux combats.

Depuis la déclaration de la Guerre les troupes françaises n’ont connu que des revers. Longwy tombe le 23 août et une place forte, réputée imprenable, Verdun, capitule le 2 septembre. DUMOURIEZ, général en chef des armées du Nord, doit alors mettre en sommeil ses projets de conquête de la Belgique pour tenter de barrer la route de Paris aux Prussiens.

C’est d’ailleurs en apprenant la défaite de Verdun que, répondant à l’appel de Marat, les Parisiens vont commettrent les massacres de septembre. 1300 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, sont assassinées dans les prisons parisiennes. Le 12 septembre les troupes coalisées arrivent à percer et à s’ouvrir un corridor dans l’Argonne à la Croix-au-Bois. Les troupes françaises battent alors en retraite vers le Sud. Non seulement la route de Paris est ouverte mais les troupes françaises risquent de se trouver prises en tenaille entre les deux branches de l’armée ennemie dont une partie cherche à forcer l’Argonne plus au sud. “ Jamais la France ne fut en plus grand péril ” dira Goethe.

DUMOURIEZ prend le risque de laisser les Prussiens aller de l’avant et de se placer entre son armée et Paris. Cette audace s’avérera payante. Il obtient de KELLERMANN que celui-ci prenne position à l’Ouest de Sainte-Ménehould, à Valmy. La Bataille peut alors s’engager. Une bataille d’artilleurs. Le célèbre Moulin n’y survivra point. C’est après huit heures d’une furieuse canonnade que BRUNSWICK fait avancer l’infanterie. Mais très vite il s’aperçoit qu’il n’aura pas l’avantage et rompt la bataille qui n’aura donc pas lieu. Ce refus du combat scelle sa défaite. DUMOURIEZ n’a plus qu’à négocier le départ des troupes prussiennes et à les raccompagner avant de se lancer sur la Belgique. C’est à Jemmapes qu’il battra les Autrichiens après un engagement, qui fut lui, sanglant.

L’imaginaire populaire décrit la bataille de Valmy comme l’affrontement des volontaires de la nation contre les Prussiens, soutenus par les émigrés. Cela ne doit pas nous faire oublier que l’armée française qui combat à Valmy est composée au trois quarts de vétérans des anciennes armées royales et que le quart restant, s’il est effectivement composé de volontaires, l’est en très grande majorité de ceux de 1791. Cette victoire ne doit pas non plus nous faire oublier l’aspect plus ténébreux de la réalité : la surprenante faiblesse du nombre de victimes, les intrigues menées par DANTON, ROLAND et PETION et les soupçons de corruption qui pèsent sur le Duc de BRUNSWICK.

Mais quelles que soient les réalités, l’histoire retiendra avant tout une victoire qui boute l’ennemi hors des frontières et qui sauve la révolution menacée. Elle retiendra que la République fut proclamée le 21 septembre 1792, le lendemain de la bataille. Elle retiendra l’arrivée en masse des volontaires venus défendre la révolution et la République. Elle retiendra un symbole, immortalisé par de nombreux artistes, celui des sans-culottes battant les ennemis de la révolution devant un moulin.

QUELQUES PROTAGONISTES DE LA BATAILLE

Le Général DUMOURIEZ

Le Général Charles François DU PERIER, né à Cambrai en 1739 et décédé à Oxfordshire en 1823, est en 1792 commandant en chef des Armées du Nord. C’est à ce titre qu’il commande toutes les troupes françaises engagées dans la bataille de Valmy. Acquis aux idées révolutionnaires, il est lié à MIRABEAU et à La FAYETTE et membre, dès 1790, du club des Jacobins. Il sera chef de la Garde Nationale puis ministre des Affaires Extérieures (10 mars 1792 - 15 juin 1792). C’est à ce titre qu’il contribue à convaincre Louis XVI de déclarer la guerre au Rois de Bohême et de Hongrie le 20 avril 1792. Il quitte le gouvernement après le renvoi des Ministres girondins pour se retrouver commandant en chef des Armées du Nord. Le ministre de la Défense, dans un courrier du 1 septembre 1792, définit ainsi sa mission : gagner du temps pour permettre le rassemblement de l’armée. Mais il veut faire plus. Le Général DUMOURIEZ veut arrêter les Prussiens en utilisant le rempart naturel que constitue l’Argonne. Il veut surtout prendre la Belgique. La bataille lui donnera raison. Le vrai succès pour DUMOURIEZ, sera d’avoir négocié, dans les jours qui suivent, la retraite prussienne jusqu’à la frontière, avec l’aval de DANTON. Si sa notoriété n’atteint pas celle KELLERMANN, s’il est l’oublié de Valmy, c’est pourtant bien le Commandant en chef qui élabore la stratégie militaire et permet la victoire. Victoire avec laquelle il renouera à Jemmapes avant de s’incliner à Neerwinden et à Louvain face au Duc de SAXE-COBOURG. Accusé de trahison, il livrera aux Autrichiens les commissaires envoyés par la Convention pour enquêter sur sa conduite avant finalement de passer à l’ennemi.

Le Général KELLERMANN

Né à Strasbourg en 1735, c’est KELLERMANN qui commande les troupes les plus directement engagée dans la bataille de Valmy ce qui lui vaudra d’être nommé Duc de Valmy par Napoléon. Officier de l’Armée de la Monarchie, il est maréchal de camp en 1788. La révolution, dont il adopte les idées en fera un général en 1792 avant qu’il ne remporte la bataille de Valmy sous les ordres de DUMOURIEZ. C’est son armée qui fera face aux Prussiens sur les hauteurs de Valmy et fera donner la canonnade. C’est pour raffermir le courage de ses soldats, angoissés par l’artillerie adverse, qu’il lancera le crie de ralliement " vive la Nation " repris en cœur par toute son armée. Après Valmy il réprime l’insurrection de Lyon (août 1793) mais suspect, il est arrêté en novembre 1793 pour être libéré quelques mois plus tard. Il commande l’armée des Alpes de 1795 à 1797. Maréchal en 1804, il sera Sénateur et Duc de Valmy en 1808 avant de se rallier aux Bourbons en 1814 et de siéger à la Chambre des Pairs.

Francisco MIRANDA

Vénézuélien né à Caracas en 1750, Francisco MIRANDA a été un officier de l’armée espagnole. La guerre d’indépendance américaine donnant l’occasion à l’Espagne de reprendre pieds en Floride, Francisco MIRANDA part pour le Nouveau Monde en 1779. Mais peu à peu ses liens avec l’Espagne se distendent et il profite d’une escale pour déserter. Resté aux Etats Unis il devient le prophète de l’indépendance de l’Amérique latine et tente de convaincre les leaders du nouveau monde de soutenir ses projets. Son échec le conduit à se tourner vers l’Europe et il débarque en sur le vieux continent en 1784. Pendant 5 années, il prêche sa cause de Moscou à Constantinople en passant par la Norvège et la France en 1789. Retourné en Angleterre, il réapparaît à Paris qu’en 1792 et se lie avec les Girondins et DANTON qui le fait nommé Maréchal de camp le 25 août 1792 et l’envoie dans l’armée du Nord. Héros des combats de Valmy, il continuera à se battre sous les ordres de DUMOURIEZ jusqu’aux premiers revers de ce dernier. Il survivra à la chute des Girondins mais sera incarcéré puis libéré et expulsé par Napoléon. Son destin de libérateur prend alors toute sa dimension. Des Etats-Unis il organise une expédition au Venezuela mais échoue dans sa tentative de proclamer la République. Il retourne en Angleterre mais Simon BOLIVAR le ramène et le place à la tête de la Junte vénézuélienne. Il fait voter la déclaration d’indépendance en 1811. Mais lors nouvelle bataille (1812) qui oppose les Républicains aux Royalistes, il est battu par les Espagnols, leur est livré et meurt à Cadix en 1816.

Source : le Bulletin de Liaison des Professeurs d’Histoire-Géographie de l’académie de Reims. N°22, 2000.



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