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Le Pen, prends-garde au Moulin de Valmy !
Publié le mardi 18 juillet 2006, mis à jour le jeudi 9 novembre 2006
 
Le président du FN a décidé d’inaugurer le 20 septembre 2006, à Valmy, par son premier grand discours, sa campagne des élections présidentielles de 2007.
Cela peut surprendre venant d’un ennemi des valeurs de la révolution de 1789 ; ce serait mal connaître sa fourberie qu’il faut dénoncer pour qu’elle se retourne contre lui et provoque son discrédit.
 
 
Marine Le Pen veut remodeler l’image de son père
 
A côté du souk politicien des candidatures des partis de droite et de gauche, l’extrême droite a déjà pris une longueur d’avance aux élections présidentielles de 2007. Leur candidat bénéficie d’un score de 13% dans les sondages qui ne lui attribuaient que 7% à 9% des suffrages un an avant la présidentielle de 2002. Cela lui permet de préparer sereinement sa campagne.

Dans sa récente autobiographie "A contre flots " Marine Le Pen regrette que " Pendant de longues années, nous avons été victimes d’une dialectique aussi politicienne qu’artificielle : la République d’un côté, la nation de l’autre".

Également vice-Présidente du Front National, elle a estimé qu’il serait profitable de remodeler l’image de son père et de "montrer l’attachement de Jean-Marie Le Pen à la République et à la nation" car le FN serait “ le seul parti à défendre aujourd’hui les principes républicains”. “Nous sommes pour l’unité et la souveraineté nationale, alors que celle-ci est menacée par l’Europe. Nous tenons à l’égalité entre les citoyens, qui est mise à mal par la discrimination positive, et nous tenons à la laïcité compromise dans les écoles et par le financement des mosquées”.

Poursuivant son raisonnement saugrenu, elle découvre que Valmy est l’endroit idéal pour ce toilettage puisque "C’est au cri de "Vive la nation !" que l’armée a vaincu les Prussiens".

Les royalistes et les catholiques sont contre cette « bonne idée »
 
Les chefs catholiques participaient activement à la collaboration avec hitler.
Cette proposition ne recueille évidemment pas l’unanimité à l’intérieur d’un parti plus habitué à célébrer Jeanne d’Arc que les hauts faits de la Révolution française. Les royalistes rappellent que Valmy fut aussi un lieu de "divisions" entre Français, puisque face aux Français en armes venus défendre la Révolution, des émigrés contre-révolutionnaires combattaient au côté de l’armée prussienne.

Les catholiques traditionalistes s’élèvent, eux, contre ce virage "républicain et jacobin" alors que "cette République laïque là a été à trois reprises persécutrice des chrétiens et spoliatrice de l’Eglise catholique".

Il faut rappeler que, pendant la guerre contre le nazisme, l’extrême-droite française s’engagea massivement dans la collaboration avec l’ennemi.  
 
 

Notre « Front National » n’est pas leur « front national »
 
Ils s’appelaient Jean-Pierre Thimbaud, Guy Môquet, Gabriel Péri, Danièle Casanova, Michel Manouchian….
Le Front national, ou Front national de l’indépendance de la France est une organisation de la Résistance française de la Seconde Guerre mondiale. Il n’a rien à voir avec le Front national, parti politique d’extrême-droite qui a ensuite utilisé le même nom.

Il prend son nom du Front Populaire, alliance politique des partis de gauche de la fin des années trente.

Créé le 15 mai 1941 par le Parti communiste français (Jacques Duclos, Pierre Villon), il était destiné à être la représentation « politique » des groupes de lutte armée : les Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Il se consacra principalement à la propagande, à la fabrication de faux-papiers, au soutien logistique des clandestins mais aussi au sabotage. Ce Front national a participé au Conseil national de la résistance (CNR).

A l’opposé, la pollution sociale réunissant la grande bourgeoisie, une grande partie de la noblesse, les catholiques extrémistes a été, une nouvelle fois, injustement rescapée après son abominable collaboration avec le nazisme. En 1972, cette racaille ose reprendre le nom du mouvement de la Résistance Française et crée Le Front national, ou FN , situé à l’extrême droite de l’échiquier politique et présidé, depuis lors par Jean-Marie Le Pen. Son nom complet, à l’origine, était Front national pour l’unité française.  
 
 

Notre « Vive la Nation » n’est pas leur « vive le nationalisme »
 
"La Bataille de Valmy" - Théodore Yung Musée de Versailles.
Au cours de la bataille de Valmy, Kellermann ne se rend même pas compte que son cheval a été tué sous lui. Sitôt qu’il s’en aperçoit, il reprend une autre monture et dans un élan vital brandit son chapeau au bout de son épée en s’écriant :

" Vive la nation ! ! ".

Chaque bataillon reprend ce cri.

L’historien Michelet dit : " Il y eut un moment de silence. La fumée se dissipait. Les Prussiens descendaient, franchissaient l’espace intermédiaire avec la gravité d’une vieille armée de Frédéric, ils allaient monter jusqu’aux Français. Brunswick dirigea sa lorgnette, et vit un spectacle surprenant, extraordinaire. A l’exemple de Kellermann, tous les Français ayant leur chapeau à la pointe des sabres, des épées, des baïonnettes criaient : " Vive la nation ! " Ce cri de trente mille hommes était comme un cri de joie, mais étonnamment prolongé, il ne dura guère moins qu’un quart d’heure. Fini, ils recommençaient toujours avec plus de force. La terre en tremblait. "

Valmy, le 20 septembre 1792 - lithographie de Bellangé.

Quand les fantassins prussiens s’approchent, ils essuient un feu terrible. Brunswick arrête aussitôt le massacre. Par deux fois l’armée coalisée prend peur devant cette ruée de soldats en guenilles et recule.

A Paris, le lendemain 21 septembre, une nouvelle Assemblée, la Convention, succède à la Législative. La première République de l’Histoire de France est alors proclamée.

La France de la Révolution triomphe du monde monarchique. La royauté étant abolie, les députés ne prêtent plus le serment de fidélité au roi mais à la Nation : "Au nom de la Nation, je jure de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir à mon poste."

" Kellermann à Valmy" Gravure de Couché Musée Carnavalet.
Valmy, c’est le lieu où l’idée de Nation prend pleinement son sens. Elle n’est plus seulement l’instance qui décide et commande, comme l’avait définie le Serment du jeu de paume, mais devient principalement l’union d’un peuple entier autour de l’esprit de la Révolution et des valeurs républicaines. Ce rassemblement correspondant à l’ambition démocratique de fonder un lien social sur la liberté et l’égalité des citoyens.

Le cadre national n’est pas l’encadrement nationaliste.

A bien des égards, le cadre national demeure l’une des premières conditions de possibilité de la démocratie pluraliste : c’est en lui que la société civile peut se constituer en société civique.

L’encadrement nationaliste est le contraire de la démocratie car il se fait au profit d’une communauté ethnique, exclusiviste et séparatiste, xénophobe et expansionniste.

Notre Nation n’est pas un territoire fermé et agressif mais un humanisme ouvert et généreux.

Une preuve de plus que les Le Pen sont des menteurs

Ainsi, l’État-Nation républicain issu de Valmy n’est pas l’État nationaliste des Le Pen.

Or Marine Le Pen justifie son choix de Valmy pour le lancement de la campagne présidentielle de son père par le prétexte que "C’est au cri de "Vive la nation !" que l’armée a vaincu les Prussiens".

Il s’agit, évidemment, d’une erreur historique ; mais ça elle le sait. Il s’agit aussi d’une mystification des électeurs ; mais ça elle le sait aussi. Il s’agit, en plus, d’une profanation d’un lieu hautement symbolique d’une bataille pour la sauvegarde de la Révolution et donc d’un outrage à ceux qui continuent à défendre les valeurs qui en sont issues.

Certes, elle s’en moque aussi mais elle a peut-être mal apprécié un possible effet contraire à celui qu’elle recherche.

Les Anciens Combattants resteront mobilisés contre les anti-révolutionnaires
 
"Sans-culotte" dessin anonyme Musée Carnavalet
1789 et la grande révolution française, 1871 et la Commune de Paris, 1936 et le Front populaire, le 8 Mai 1945 et la victoire sur le nazisme, le 19 Mars 1962 et la fin de la guerre d’Algérie, mai 68 et la Révolution sabotée : si ces dates sont toujours vivantes, c’est qu’elles font partie de notre mémoire collective présente, c’est qu’elles sont des bornes et des repères qui marquent notre chemin.

Nous sommes les passeurs d’une mémoire qui se veut connaissance, prise de conscience au quotidien, pour préparer l’avenir, une mémoire rebelle mais constructive, refusant la soumission, la résignation.

"Le serment Républicain" gouache de Lesueur Musée Carnavalet .

Nous ne sommes pas des nostalgiques du coup de fusil guerrier. Nous ne sommes pas des revanchards d’une quelconque défaite coloniale. Nous n’avons pas envie de bouffer du boche, ni de l’arabe, ni du juif, ni même du yankee car, si nous ne sommes pas les amis de tous les états, nous sommes les amis de tous les peuples.

Comme pour chacun, nos convictions de fraternité et d’égalité de tous les peuples sont nées et ont grandi dans l’enfance et l’adolescence puis se sont vérifiées à l’âge d’adulte où, pour beaucoup, elles ne s’expriment plus car elles s’opposent aux intérêts matériels. Par contre, nous, les Anciens Combattants et les Victimes de guerre avons souffert, dans nos chairs et dans nos cœurs les effets de la haine et de la xénophobie. Notre expérience de la guerre a donné une force exceptionnelle à notre certitude que la paix ne peut venir que par l’expression de la diversité dans l’égalité des droits.

Toutes ces valeurs sont nées de la Révolution de 1789 et ont été défendues, dans le sang, à la bataille de Valmy.

Comme les Robespierre de 1789, 1871, de 1936, de 1968, nous, les Anciens Combattants de l’ARAC, les ferons connaître et dénoncerons les traîtres récupérateurs. Comme les « soldats en guenille » de Valmy, nous les défendrons, par les armes s’il le faut, en respectant le serment républicain.

Alors, Le Pen, prends garde à Valmy !

Le Pen n’est pas un traître à la révolution car il n’a jamais adhéré aux idéaux de justice, d’égalité et de fraternité ; il les a toujours combattus et il en est fier. Il n’est pas, non plus, traître au « Vive la Nation » de Valmy car il n’a jamais défendu l’État-Nation de la diversité dans l’égalité mais l’État nationaliste des différences de droits.

"La liberté ou la Mort" gouache de Lesueur Musée Carnavalet

Alors, que Le Pen vienne à Valmy inaugurer sa campagne aux élections présidentielles de 2007, c’est son droit de Français « libre et égal », d’autant qu’il recueille déjà 13% des intentions de vote et qu’il a participé au deuxième tour des élections présidentielles de 2002. Seul un règlement ou une loi pourrait lui interdire.

Ceux qui voudraient interdire sa venue, ont été nombreux à trahir les valeurs révolutionnaires en soutenant le vote pour Jacques Chirac au deuxième tour de 2002 sous le prétexte de préférer une « droite républicaine » à un risque d’extrême droite. Comme nous l’avons montré dans un communiqué, ce risque n’existait pas.

Car nous, Anciens Combattants de l’ARAC, refusons toute compromission avec ceux, particulièrement les gaullistes et les socialistes, qui nous ont envoyés faire la guerre coloniale d’Algérie.

Ce sont les citoyens électeurs qui doivent sanctionner Le Pen d’être venu à Valmy.

Les Anciens Combattants seront toujours en première ligne de ceux qui luttent contre l’extrême droite mais, fidèles au « Vive le Nation » et au serment républicain de Valmy, nous repoussons toutes les droites, qu’elles soient franchement avouées ou hypocritement camouflées derrière des façades de démocratie et même de socialisme.

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Consultez les autres articles de cette rubrique :  

  •  La bataille de Valmy par les professeurs d’histoire de l’Académie de Reims  

  •  Commémoration de la bataille de Valmy le 20 septembre 2005
  •  La reconstruction du moulin de Valmy après la tempête de 1999  

  •  La bataille de Valmy 1/4 : 1792, une année riche en événements
  •  La bataille de Valmy 2/4 : Les acteurs de la bataille
  •  La bataille de Valmy 3/4 : Le déroulement de la bataille
  •  La bataille de Valmy 4/4 : La République est proclamée

    Sources :



  • Articles de cette rubrique
    1. La bataille de Valmy 2/4 : Les acteurs de la bataille
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    2. La bataille de Valmy 1/4 : 1792, une année riche en événements
      3 mars 2006

    3. La bataille de Valmy 3/4 : Le déroulement de la bataille
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    4. Commémoration de la bataille de Valmy le 20 septembre 2005
      4 mars 2006

    5. Valmy : sa Bataille, son Moulin, sa Mémoire
      4 mars 2006

    6. La bataille de Valmy 4/4 : La République est proclamée
      4 mars 2006

    7. La reconstruction du moulin de Valmy après la tempête de 1999
      4 mars 2006

    8. Le Pen, prends-garde au Moulin de Valmy !
      18 juillet 2006

    9. L’ARAC de la Marne est signataire de l’appel à un rassemblement républicain à Valmy, le 20 septembre 2006, contre les idées de Le Pen
      15 septembre 2006

    10. Déclaration de Marie George Buffet par rapport à la visite de Le Pen à Valmy
      16 septembre 2006

    11. La bataille de Valmy par les professeurs d’histoire de l’Académie de Reims
      17 septembre 2006

    12. Jean-Marie Le Pen à Valmy : une visite privée très publique (journal l’Union)
      20 septembre 2006

    13. Le film vidéo de la manifestation du 20 septembre 2006 au Moulin de Valmy
      22 septembre 2006

    14. Discours de Damien MICHAUDET, à Valmy, le 20 septembre 2006
      25 septembre 2006

    15. Nos articles, photos, vidéo, sur la manifestation anti Le Pen au Moulin de Valmy le 20 septembre 2006
      2 octobre 2006

    16. Article du PRCF sur la venue de Le Pen à Valmy
      27 octobre 2006

    17. Communiqué commun du PRCF et du Comité Valmy (22 septembre 2006)
      4 novembre 2006

    18. Célébration, le 19 septembre 2010, du 218ème anniversaire de la victoire de Valmy par les armées révolutionnaires.
      13 septembre 2010