Accueil du siteRéveil des Combattants
   


Le Réveil des Combattants N° 741-742 – avril-mai 2008
Publié le lundi 5 mai 2008, mis à jour le jeudi 8 mai 2008

Sommaire :  

  •  Campagne double, budget 2009, DSPRS
  •  Budget 2009 et maintien centralisé des missions de la DSPRS : Deux actions à mener de toute urgence
  •   A tous les combattants et aux femmes
  •   Lazare Ponticelli et mon père
  •   Message de l’UFAC pour le 8 mai 2008
  •   Rassemblement national de I’ARAC : Dieppe (Seine-Maritime) - Samedi 24 mai 2W8, de 10 h à 12 h 30
  •   Les sourires du 19 Mars de Claude Lecomte
  •   « Malgré nous » : M. Marleix informe… et puis s’en va
  •   Chilly-Mazarin (91) : Guerre d’Algérie : après-midi mémoire
  •   De l’Afghanistan à la réintégration de l’OTAN
  •   Village de l’Amitié de Van Canh
  •   Défense des droits de l’homme partout dans le monde
  •   Loto ARAC-Cuba Solidarité
  •   A propos du discours du président de la République à Cherbourg
  •   L’ARAC 1917-2007 : L’épopée quasi centenaire de ceux qui déclarent la guerre à la guerre
  •   Algérie : Vers une réconciliation sincère des mémoires ?

     

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 a  

    Campagne double, budget 2009, DSPRS
     
    Une manifestation d’ampleur qui appelle de vigoureux prolongements unitaires

    Le 23 avril 2008 dernier, plus de cent drapeaux et près d’un millier d’ACVG se sont réunis à Paris pour soutenir la revendication au droit à la campagne double en faveur des anciens combattants en Afrique du Nord, fonctionnaires, travailleurs de l’État et assimilés.

    Organisée à l’initiative du Co- mité d’entente des fédérations et associations d’ACVG de 1 ; fonction publique, dont nos camarades cheminots de l’AN- CAC, et à laquelle l’ARAC s’était jointe, ainsi que l’UFAC représentée par son secrétaire général, cette manifestation combative et d’une ampleur certaine devrait servir de tremplin au développement vigoureux et unitaire d’initiatives pour un budget 2009 conforme aux revendications des ACVG, pour la campagne double et pour le maintien centralisé des services de la DSPRS sous l’autorité du seul secrétariat d’État aux Anciens Combattants.

    Campagne double, encore des promesses

    Une délégation composée de représentants de l’ANCAC, des postiers AC, de la Fédération des AC de la Fonction publique et du Comité d’entente, à la- quelle avaient été invités André Filière pour l’ARAC et Maurice Sicart pour la FNACA, a été reçue par Michel Del Grande, directeur adjoint du Cabinet du secrétaire d’État aux Anciens Combattants.

    La rencontre a duré 45 minutes et marquée par le bref passage de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État, qui avait tenu à saluer la délégation.

    Si M. Del Grande est apparu comme connaissant le sujet, ses propos n’ont cependant rien amené de nouveau quant à l’attribution de la campagne double. En effet, il a dû reconnaître ne rien savoir de la concertation interministérielle, soi-disant lancée il y a plus d’un an par le précédent secrétaire d’État, M. Mekachera, sur la base de l’avis émis par le Conseil d’État suite au rapport Gal, et annoncé que lui-même allait la reprendre à son compte dès le lundi suivant, soit le 28 avril dernier.

    Une promesse de plus, donc, et dont les résultats ne sont pas pour demain si l’on en croit M. Del Grande, puisque, selon lui, il faut d’abord qu’il y ait concertation au sein du secrétariat d’État aux Anciens Combattants entre ses différents services… avant d’aller vers la concertation interministérielle ! D’où la remise à demain de ce qui aurait dû être fait depuis des années, le budget 2009, selon le Secrétaire d’Etat, étant déjà « bouclé » avant son arrivée et la conférence budgétaire interministérielle ayant lieu le 14 mai. Si M. Bockel souhaite au moins régler cette question de la campagne double, sa présence au secrétariat d’État aux AC, pour M. Del Grande, elle ne pourra venir à l’ordre du jour budgétaire qu’aux mieux en 2010, si ce n’est pas 2011. Certes, il garantit qu’il en fera publique- ment le point tous les trimestres et réclame que nous lui fassions confiance pour aller de l’avant.

    Pour notre part, la confiance ne peut s’acquérir que par la concrétisation des engagements pris et les belles paroles qui nous ont été prodiguées ne nous apportent qu’une musique déjà entendue sous bien des ministères.

    Réaffirmation de la disparition de la DSPRS

    Si l’allure de la rencontre était jusque-là cordiale, elle s’est brusquement durcie lorsqu’André Filière aborda la question de l’éclatement des services du secrétariat d’État aux Anciens Combattants. D’un ton plus sec et qui se voulait sans appel, le directeur adjoint de Cabinet déclara inacceptable le « procès d’intention » que leur ferait le Mouvement anciens combattants et réaffirma de façon catégorique que la dynamique était lancée, que la réforme générale des politiques publiques se ferait envers et contre tout, et qu’il fallait leur faire confiance (encore l.) car ils seraient attentifs au rôle de l’ONAC et « ne lâcheraient pas la proie pour l’ombre ». Une belle envolée de plus et, qui plus est, prétend que tous les éléments concrets en notre possession, quant à l’éclatement des services de la DSPRS, sont faux ! Drôle de façon de conduire un débat lorsqu’on réclame la confiance de l’autre… tout en le traitant d’affabulateur…

    Une manifestation qui réclame des prolongements, dans l’union

    Il faut en effet souligner l’ampleur de cette manifestation, rue de Bellechasse, ainsi que la volonté unanime d’en faire un tremplin vers d’autres initiatives d’envergure. Cette initiative a eu, en effet, le mérite de démontrer que l’expression publique des ACVG demeurait à l’ordre du jour et restait l’un des moyens à sa disposition pour faire pression sur les « décideurs » qu’ils soient au gouvernement ou au Parlement.

    Cette rencontre a permis de cerner les orientations sur lesquelles le Mouvement AC doit se mobiliser immédiatement de façon unitaire. A savoir :

  •  Intervenir avec force pour que le projet de budget 2009 corresponde à l’attente et aux exigences qu’expriment les ACVG… ce que ne sera certainement pas le ton de la conférence budgétaire qui, le 14 niai, doit déterminer les orientations gouvernementales. Il importe donc que, sans attendre, les exigences du Mouvement AC se fassent entendre et obligent le gouvernement à rectifier la position.
  •  Continuer d’agir avec force et détermination contre la volonté gouvernementale de faire éclater les services de la DSPRS et exiger qu’ils demeurent centralisés sous l’autorité du secrétariat d’État aux AC.
  •  Développer des initiatives uni- [aires nouvelles et soutenues pour que se concrétisent les engagements du Président de la République durant sa campagne électorale, ainsi que les promesses de son gouvernement pour l’attribution de la campagne double. Sans nul doute, l’UFAC devrait jouer un rôle majeur dans l’épanouissement de ce Mouvement unitaire et l’ARAC entend bien y tenir sa place comme elle l’a déjà fait en permanence auprès des ACVG et des associations de fonctionnaires anciens combattants.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 b  

    Budget 2009 et maintien centralisé des missions de la DSPRS : Deux actions à mener de toute urgence
     
    Il y a un an, l’enchanteur Sarko, en pleine campagne présidentielle, prenait des engagements à la volée : « Demain, ce sera le paradis à Sarkoland dès que je serai élu ! »

    Et à chaque catégorie de citoyens, il annonçait des « paquets cadeaux ». Bien entendu, les anciens combattants et les victimes de guerre n’étaient pas exclus de la manne présidentielle ; et chaque revendication non satisfaite faisait l’objet d’une promesse.

    Mais n’est pas Merlin qui veut et, six mois plus tard, le projet de budget des ACVG ne contenait aucune concrétisation des engagements électoraux. Il faudra alors toute la réaction vigoureuse et unie du Mouvement anciens combattants pour contraindre le gouvernement Fillon à lâcher 2 points supplémentaires pour la retraite du combattant (que nous ne percevrons qu’en juillet prochain 9 et relever le plafond de l’allocation différentielle de solidarité attribuée aux ressortissantes d’anciens combattants les plus démunies.

    Coup de calcaire à Sarkoland

    Aujourd’hui. un an après les promesses du printemps 2007, le paradis annoncé vire à l’enfer pour des dizaines de millions de Français, alors que, tout au contraire, les patrons et les grandes fortunes se frottent les mains des cadeaux que leur fait le gouvernement et en réclament même toujours plus !

    Ça flambe de partout, grèves et manifestations se succèdent et brûlent le pavé des villes. Face aux atteintes gouvernementales, la colère ressuscite « la grogne et la rogne ». Retraités, ménagères, automobilistes, dockers, enseignants et lycéens, locataires, handicapés, malades, chômeurs et formateurs professionnels, personnels de santé, cheminots et personnels des compagnies aériennes, ouvriers et fonctionnaires, militaires (quant à la notion de défense et d’indépendance de la France), etc., tous se trouvent soudain confrontés à l’accélération d’une politique de casse touchant tous les secteurs (le la vie de la société et gagnant en ampleur en même temps qu’en brutalité. Le temps de la concertation, pour autant qu’il ait existé, c’est fini. Désormais, c’est la politique du fait accompli qui devient journalière.

    Quatre millions d’ACVG ignorés et rejetés

    Les 4 millions ACVG que compte toujours la France n’échappent pas à cette pratique. D’un côté, le gouvernement déclare que les caisses de l’État sont vides, que la dette s’accumule, que l’Union européenne va nous pénaliser et que les perspectives économiques sont moins bonnes que prévues. Autant de raison pour lui de s’opposer à toute avancée significative, et ce ne sont pas les 0,5 % octroyés aux traitements de la Fonction publique le ter mars dernier et dont nous n’avons pas encore bénéficié pour nos pensions PMI et nos retraites du combattant, qui vont compenser les hausses du coût de la vie sur les produits de toutes sortes.

    Tristes perspectives quant au contenu du projet de budget 2009, non ? Par ailleurs, comme si tous les ACVG étaient déjà disparus, le gouvernement entend imposer l’éclatement de la Direction des statuts, des pensions et de la réinsertion sociale (DSPRS) pièce maîtresse et quasi unique du secrétariat d’État aux Anciens Combattants pour l’application du droit à réparation. Si la DSPRS éclatait, et il serait illusoire et dangereux de croire que l’Office national des ACVG (l’ONAC) la remplacerait dans toutes ses missions, le secrétariat d’État aux Anciens Combattants serait comme une coquille vidée de sa substance et, à brève échéance, il disparaîtrait pour devenir un simple service subalterne du ministère de la Défense.

    Pour un budget 2009 conforme à l’attente des ACVG

    Pour le maintien centralisé des structures sous l’autorité du secrétariat d’État aux ACVG

    La situation, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est caractérisée par une attaque brutale et frontale des acquis issus de la Résistance et du programme de son Conseil national (CNR). C’est en effet à la Fonction publique toute entière que s’attaque le gouvernement Sarkozy-Fillon, à son existence, à son fonctionnement et à son rôle que le MEDEF (organisation patronale) a donné pour consigne de réduire à néant au profit du privé. C’est la notion même de Service public qui est remise en cause, et c’est fondamental.

    Cheminots, gaziers-électriciens, enseignants, personnels de santé, etc., tous les secteurs de la Fonction publique sont visés et, naturellement, celui des anciens combattants et victimes de guerre y est englobé. C’est pourquoi l’action des ACVG ne peut qu’être solidaire des luttes que mènent tous les salariés concernés, non seulement pour leurs emplois, mais aussi pour l’existence d’une Fonction publique au service des citoyens et non « à la botte du MEDEF lequel entend tout privatiser à son profit… et pour ses plus grands profits.

    Mener l’action sur tous les fronts et dans l’union

    Dans les circonstances actuelles, il est capital de mener en même temps l’action pour le contenu du budget 2009 (retraite du combattant. rente mutualiste AC, allocations différentielles, campagne double, orphelins de la barbarie nazie, veuves de guerre, rattrapage du retard de la valeur du point de pension PMI, psychotrauinatismes, etc.), et contre l’éclate- ment de la DSPRS. Les deux vont de paire et sont inséparables.

    Le budget 2009 est dès maintenant en préparation ; il importe donc d’agir pour son contenu et, une fois voté, nous aurons besoin des institutions du secrétariat d’État pour le mettre en œuvre. C’est pourquoi le Conseil national de l’ARAC a appelé toute l’association et ses membres, à tous les niveaux, à poursuivre avec toujours plus de vigueur et d’ampleur la campagne de signatures de la carte postale NON à la disparition de lu DSPRS destinées au Président Sarkozy et aux préfets, tout en multi- pliant les démarches, rencontres et autres initiatives auprès des députés, en exigeant d’eux qu’ils ne votent qu’un budget 2009 conforme aux revendications (les ACVG et qu’ils s’engagent au maintien centralisé des services de la DSPRS pour la mise en œuvre du droit à réparation dans l’union la plus large, tout en renforçant l’ARAC.

    Responsabilité exige, la première d’entre elles veut que l’ARAC toute entière soit engagée sur le terrain. Mais responsabilité veut dire également souci de l’union dans l’action pour l’ampleur et l’efficacité de celle-ci. Nos efforts avec les UDAC, les ULAC, et pour entraîner avec nous à la base, dans les sections locales, les ACVG inorganisés ou organisés mais désinformés sont tout aussi primordiaux pour mener l’action conjointe « budget 2009-DSPRS ».

    Et, dans cet élan, le moment exige à ne pas négliger, à saisir dans l’instantané et à soutenir en permanence : celui de proposer l’adhésion l’ARAC à toutes celles et tous ceux qui se retrouvent dans notre action pour les droits, la mémoire, la paix et la pérennité des valeurs républicaines.

    Cet engagement est la garantie que sera maintenu l’honneur d’un Mouvement AC n’ayant pas courbé la tête, ni plié devant les injonctions de Sarkoland, d’un Mouvement AC qui continue de s’engager pour « la paix, le pain et les roses », pour l’avenir de l’Homme.

    André FILLÈRE
    Vice-président honoraire

    Non à la disparition du ministère des ACVG !

    Respect de ses 4 millions de ressortissants !

    L’existence des institutions chargées de l’exercice du droit à réparation auprès des anciens combattants et victimes de guerre est menacée.

    L’éclatement annoncé des missions actuelles de la Direction des statuts, pensions et de la réinsertion sociale (DSPRS) vers des ministères autres que celui des ACVG, auquel ils sont actuellement attachés, vers les collectivités territoriales et vers l’Office national des anciens combattants (dans une confusion entretenue par le gouvernement. fera éclater l’unité d’application du droit à réparation. Il rendra donc caduque la loi du 31 mars 1919 telle qu’elle a été améliorée en permanence par le travail inlassable des anciens combattants de 14/18, de 39/45, d’Indochine, d’Afrique du Nord et des OPEX. Je refuse ce démantèlement qui va toucher tous les anciens combattants et victimes de guerre, il remet en cause le principe même de la Fonction publique par la diminution accélérée de ses effectifs au service de tous.

    J’exige du gouvernement l’abandon de cette attaque et le respect des instances du Ministère qui compte toujours 4 millions de ressortissants.

    NOM…………………………………………………………………

    Prénom…………………………………………………………….

    Département …………………………………………………….

    Signature

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 c  

    A tous les combattants et aux femmes
     
    C’est le sens de l’hommage voulu par Lazare Ponticelli, le dernier survivant de la guerre de 14-18, mort à 110 ans. Après avoir longtemps célébré une Grande Guerre, on y voit maintenant, comme lui, une boucherie de masse avec un million trois cent mille morts.

    Il avait longtemps refusé toute cérémonie officielle. S’il s’y est résolu, c’est seulement après la mort, voici seulement quelques semaines, de Louis de Caze¬nave, survivant comme lui de ce que l’on a longtemps appelé la Grande Guerre. Lazare Ponticelli était alors devenu son dernier témoin. Sans doute est-ce la raison qui l’a conduit finalement à accepter qu’un hommage soit rendu, non à sa personne, mais à tous les combattants, et plus largement à toutes les victimes de cette guerre, dont les femmes. Pensait-il seulement à celles qui furent au front, infirmières, cantinières ? Aux victimes civiles ?

    A toutes celles qui durent remplacer les hommes dans les usines avec un salaire inférieur, dans des conditions particulièrement dures au nom du grand élan patriotique. Marcelle Capy, une journaliste, avait travaillé incognito dans une usine de guerre et avait fait ses calculs.

    2 500 obus passaient en onze heures dans les mains d’une ouvrière. En un an « 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a soulevé un fardeau de 7 millions de kilogrammes ». Lazare Ponticelli pensait-il encore aux mères, aux jeunes épousées presque aussitôt veuves.

    A celles qui vivront avec un époux à jamais infirme ou défiguré. La Grande Guerre a fait un million trois cent mille morts.

    Soit à peu près autant de mères qui ont perdu leur fils. Elle a fait trois millions de blessés, « les gueules cassées », 600 000 invalides, 700 000 orphelins et 630 000 veuves.

    Un hommage à tous les combattants.

    Ils étaient paysans, ouvriers, instituteurs, écrivains, poètes. Nombre d’entre eux étaient partis en chantant « A Berlin ! ». Presque tous pensaient que la guerre serait courte. Parmi eux, il y avait aussi les combattants des colonies, que bien souvent les généraux envoyaient en première ligne. Ceux qui, selon les mots, en 1925, du jeune révolutionnaire Hô Chi Minh, « sur le bord de la Marne ou dans la boue de la Champagne se faisaient massacrer héroïquement pour arroser de leur sang les lauriers des chefs et sculpter avec leur os les bâtons des maréchaux ». 700 000 « indigènes » furent mobilisés. 80 000 ne revinrent jamais.

    Tous ceux encore qui furent fusillés pour l’exemple, réhabilités il y a quelques années seulement. Au Chemin des Dames, où les offensives insensées ordonnées par le général Nivelle font 40 000 morts en trois jours, des groupes de soldats de trente divisions de régiments d’infanterie se mutinent. Près de 3 500 soldats vont être jugés par des tribunaux militaires. 550 auraient été condamnés à mort. On ne sait exactement combien ont été exécutés. Longtemps, la mémoire officielle a voulu les vouer à la honte. Les sentiers de la gloire, le film de Stanley Kubrick, évoquant la condamnation à mort et l’exécution de trois soldats pour « manque de courage face à l’ennemi », a été réalisé en 1957. Il ne sera jamais censuré officiellement, mais les pressions seront telles que ses distributeurs renoncèrent à le diffuser en France pendant des années. C’est en 1975, seulement, qu’il sortit sur les écrans, en été. Longtemps d’autres épisodes ont été tus. Telles les fraternisations, évoquées récemment par le film de Christian Carion, Joyeux Noël, nommé aux oscars dans la catégorie des meilleurs films étrangers, nommé six fois aux césars. Ces moments où les soldats de part et d’autre sortirent de leurs tranchées pour fêter Noël, s’échanger des cigarettes, voire pour un match de foot, furent-ils nombreux ? Difficile sans doute de le savoir. Ils le furent suffisamment en tout cas pour que l’écrivain allemand Ernst Jünger, dans Orages d’acier décrive l’un d’entre eux : « Le terrain, jusqu’ à présent marqué par une désolation funèbre, avait pris l’allure d’un champ de foire. Les occupants des tranchées des deux parties avaient été chassés par la boue sur leurs parapets, et il s’était déjà amorcé, entre les réseaux de barbelés, des échanges animés, tout un tronc d’eau-de-vie, de cigarettes, de boutons d’uniformes et d’autres objets »…

    Cela ne changera en rien le cours de la guerre. Cela, peut-être, en change pour partie le sens, comme a changé le regard porté sur ces quatre ans, dont on sait qu’ils furent à maints égards la matrice du XXe siècle. Que ce soit, dans l’Allemagne humiliée qui suivit, avec l’esprit de revanche et les foyers de haine allumés par la machine nazie. Que ce soit en faisant naître, avec la révolution d’Octobre 1917, l’espoir d’un monde nouveau qui serait à jamais débarrassé des guerres, puisque, pensait-on, comme Jaurès, que c’était le capitalisme uniquement qui portait la guerre « comme la nuée porte l’orage ». Jaurès, la grande voix du pacifiste de 1914, le seul grand homme politique opposé à la guerre et assassiné en juillet 1914, quelques jours seulement avant le déclenchement du conflit. L’image de la guerre, pendant des décennies, renverra au patriotisme le plus pesant, au sacrifice glorieux.

    Autant de Français auraient-ils fait confiance en 1940 à Philippe Pétain, jusqu’à l’aveuglement, et pour certains jusqu’à la collaboration la plus zélée, s’il n’avait pas été considéré comme le héros de la Grande Guerre et, à ce titre, le père de la nation ?

    Les années soixante verront peu à peu basculer cette vision. Qu’en sera-t-il demain de cet hommage que l’on craint ambigu ? Va-t-on célébrer à cette occasion l’Europe du libre marché, avec autopromotion du président à la clé ? Qui dira que cette guerre, où l’on croyait mourir pour la patrie quand on mourait pour les industriels, n’était pas autre chose, au total, qu’une confrontation des impérialismes, qui donna, selon les mots de Prévert, « des canons aux enfants et des enfants aux canons » ?

    Reste ce ricanement de l’histoire, I avec cet hommage rendu au dernier survivant aujourd’hui disparu. Lazare Ponticelli, devenu un pacifiste convaincu et déterminé, a raconté lui-même comment, ayant fait un soldat allemand prisonnier et pensant à sa famille et à ses enfants, il l’avait reconduit à la tranchée allemande.

    Maurice ULRICH

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 d  

    Lazare Ponticelli et mon père
     
    Le 17 mars dernier, j’ai été invité à me rendre, place Vauban, aux Invalides, à Paris, pour assister à l’hommage rendu au dernier des poilus de la guerre 1914-1918 et à tous ses camarades combattants. Mon père en était.

    Il était venu de son pays l’île de Chypre, en 1914, défendre la liberté. Né en 1890, il avait 24 ans. Il m’a eu à l’âge de 42 ans.

    Il fut un des camarades de Lazarre Ponticelli dans la Légion étrangère.

    Alors que je venais d’avoir 28 ans et qu’il n’avait que très peu parlé de sa guerre jusqu’alors, je lui ai donné à lire Le Feu d’Henri Barbusse.

    Il l’a gardé durant trois mois et me rendit un jour ce livre discrètement en disant : « Ce qui est écrit dans ce livre est vrai, on était des bêtes, n’en parlons pas devant ta mère, ta femme, ta sœur, ton beau-frère, vos enfants, ça leur ferait trop mal. J’en parlerai avec toi plus tard ». Plus tard, effectivement, il me raconta sa guerre par bribes.

    La fraternisation de sa section dans les tranchées avec les soldats allemands qui venaient chercher de l’eau au même point que lui et ses camarades. Leur refus de tirer sur les Allemands avec qui ils avaient fraternisé. La conduite de sa campagne à l’arrière et sa décimation.

    Le retour au front.

    L’attaque à la baïonnette et les gaz qui lui endommagèrent très sérieusement les yeux.

    La mort du jeune soldat qu’il a dû tuer pour rester lui-même en vie alors qu’il était en grande partie aveuglé.

    Le visage du jeune Allemand mourant à cause de lui dont il n’a jamais pu vider l’image de sa tête, et là, il se mit à pleurer tout en parlant.

    La décision de se blesser pour ne plus avoir à tuer des jeunes de son âge. « Oui », dit-il alors, « Le Feu, c’est la vérité ».

    Mon émotion fut immense place Vauban, aux Invalides, à l’évocation de ce que vécurent Lazare Ponticelli, mon père et tous leurs camarades, eux qui réclamèrent de toutes leurs forces la paix au sortir de cette guerre, qu’ils voulaient « la der des ders ».

    Derrière eux, derrière mon père, je suis devenu un combattant de la paix. Je le resterai jusqu’au bout de ma vie.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 e  

    Message de l’UFAC pour le 8 mai 2008
     
    L’UFAC souhaite que ce message soit lu par une jeune fille ou un jeune garçon. Il convient que la lectrice ou le lecteur ait non seulement lu le texte auparavant mais aussi qu’il lui ait été explicité. Il appartient donc, à toute instance éducative ou associative contactant la future lectrice ou le futur lecteur, d’assurer cette information. .
    ----------------

    Sans ces hommes, sans ces femmes, civils ou militaires, qui se sont levés, seuls ou en nombre, pour combattre une idéologie perverse à l’encontre de toute l’humanité, que serions-nous aujourd’hui ? Pourrions-nous fêter aussi librement ce 8 Mai, ce jour de la « Victoire » marquant la capitulation sans condition des armées nazies de l’Allemagne hitlérienne ?

    Le 8 mai 1945, fin en Europe de la Seconde Guerre mondiale.

    110 millions de combattants de par le monde.
    55 millions de morts.
    35 millions de blessés.
    3 millions de disparus.

    Tels sont les chiffres du lourd bilan ; leur sécheresse ne donne pas l’ampleur du désastre humain et matériel que six années de guerre ont entraîné.

    Ce conflit, le plus coûteux en vies humaines de toute l’histoire de l’humanité, fit davantage de victimes civiles que militaires. Il a laissé un monde déchiré et dévasté.

    Aussi, en ce jour anniversaire, ce 8 mai 2008, rappelons l’ampleur des crimes abominables commis. Inclinons-nous devant ces innombrables victimes des bombardements aériens, des combats meurtriers, de la captivité, des internements, des évacuations massives des populations, de la déportation, des fusillades, des massacres et des génocides.

    Rendons hommage à tous les soldats de tous grades des armées de la France et des Forces alliées ainsi qu’aux volontaires de toutes les Résistances nationales en Europe, en Afrique et en Asie.

    Pour l’Union française des associations de combattants et victimes de guerre (UFAC), il importe que ces pages d’histoire, faites d’événements douloureux et de moments héroïques, soit connues, comprises et partagées par tous.

    Il importe que dans un monde globalisé, incertain, inquiétant, tous nous prenions conscience de la fragilité de la paix, que la jeunesse fasse preuve de vigilance pour ne pas connaître de tels drames et qu’elle perpétue le souvenir de toutes celles et tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous vivions libres et en paix.

    L’Union française des associations de combattants et de victimes de guerre (UFAC) engage donc les générations nouvelles à tout mettre en œuvre afin d’empêcher tout recours aux armes pour régler les différends et qu’enfin, s’ouvre une ère de paix et de fraternité.

    Et comme disait le poète :

    « Et s’il était à refaire,
    Je referais ce chemin.
    La voix qui monte des fers
    Parle pour les lendemains. »

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 f  

    Rassemblement national de I’ARAC : Dieppe (Seine-Maritime) - Samedi 24 mai 2W8, de 10 h à 12 h 30
     
    Contrairement à ce que nous avions annoncé dans notre précédente édition, notre Rassemblement national aura lieu à Dieppe et non à Friville-Escarbotin dans la Somme. Ce changement s’est avéré nécessaire car notre association avait passé précédemment un accord avec la municipalité sortante avant les élections municipales et celle-ci n’a pas été réélue. Il n’était pas possible de demander à la nouvelle municipalité de prendre en compte une charge aussi importante que notre rassemblement alors qu’elle ne partage pas les mêmes valeurs que la précédente. D’où le choix de Dieppe, en Seine-Maritime, dont les nouveaux élus partagent les valeurs de notre association.

    Faites connaissance

    Dieppe est située à 180 kilomètres de Paris, sur les bords de la côte d’Albâtre, nommée ainsi à cause de la blancheur des falaises. C’est l’une des sous-préfectures de Seine-Maritime qui compte 44 000 habitants.

    Elle a été détruite en grande partie à la fin de la guerre de 39-45 mais elle a retrouvé un charme indiscutable depuis sa reconstruction. On remarque particulièrement son château musée qui dispose d’une des plus belles collections d’ivoires d’Europe, son bord de mer (pas sa plage) gazonné sur plusieurs kilomètres. Il paraît que c’est l’impératrice Eugénie qui eu l’idée de ce gazonnage en 1853

    A 8 kilomètres à l’ouest de Dieppe, précisément à Varengeville-sur-Mer, se trouve l’ancien palais d’été de Jehan Ango, armateur richissime et mécène, qui fut gouverneur de Dieppe et conseiller maritime du roi François Pr, ce manoir d’Ango est un monument sans équivalent en Normandie. Construit par des artistes venus d’Italie au début du XVIe siècle, c’est un chef-d’œuvre de la Renaissance italienne, avec son architecture unique, son parc, son pigeonnier, qui passe pour le plus beau de France.

    Dieppe et la guerre 39-45

    Comme partout en France, les Dieppois ont été surpris par la rapidité de l’invasion allemande. Ils ont d’abord vu arriver des files de réfugiés belges, puis derrière elles, les troupes nazies. La ville va se trouver dans la zone allemande du Mur de l’Atlantique. Et dans la ville et les alentours, la Résistance va s’organiser dès 1940.

    Au printemps 1942, les Dieppois vont subir un raid très éprouvant qui le sera encore plus pour les troupes alliées qui l’ont effectué, notamment les Canadiens. A ce moment de la guerre, les Alliés lancent des raids sur les côtes françaises pour détruire des stations radars (Bru¬meval) ou des ports fortifiés d’où partent bateaux et sous-marins allemands (Saint-Nazaire), mais leur succès est très relatif et s’accompagne toujours de lourdes pertes humaines. C’est ce qui arriva à Dieppe et dans ses alentours le 19 août 1942 : plus de 6 000 soldats alliés dont 4 635 canadiens débarquent sur les plages du littoral dieppois.

    Ils sont accueillis par un déluge de feu et les survivants sont contraints de retourner aux embarcations qui les avaient amenés après des heures de très durs combats. L’opération se solde par une importante perte matérielle et surtout 1 197 morts ou disparus, près de 1 500 blessés et quelque 2 000 prisonniers du côté allié, tandis que les Allemands comptent 350 tués ou disparus, quelques centaines de blessés et 34 prisonniers. Les traces de ce terrible événement se retrouvent entre les monuments le long de la plage, le square du Canada, le mémorial et le cimetière canadien. A Dieppe son souvenir est dans toutes les têtes.

    Le 1er septembre 1944, les troupes canadiennes du débarquement allié s’apprêtaient à engager le combat libérateur de la ville lorsque la garnison allemande quitta la ville discrètement. La Résistance dieppoise et les combats libérateurs seront évoqués durant notre Rassemblement.

    Paul MARKIDÈS

    Pour tous renseignements sur les visites de sites, promenades en mer, les restaurants, les hôtels et les parkings pour autocars et voitures, s’adresser à l’office du tourisme de Dieppe qui répond du jour au lendemain.

    Pont Ango - BP 152 -76904 Dieppe cedex
    Tél. 02 32 14 40 60
    Fax. 02 32 14 40 61

  •  officetour @ orange .fr
  •  www.dieppetourisme.com

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 g  

    Les sourires du 19 Mars de Claude Lecomte
     
    Comme nous l’avons annoncé dans notre précédente édition en présentant le contenu, notre plaquette Les sourires du 19 mars est sortie à l’occasion de la dernière réunion du Conseil national de l’ARAC.

    Le 19 mars 1962 : on lit les sourires sur les visages des appelés du contingent en Algérie. La guerre est finie. Bientôt’ : le retour en France avec « dans sa musette un peu de linge sale » comme le dit la chanson… On lit aussi le soulagement sur le visage des Françaises et des Français métropolitains, allant au travail et découvrant les gros titres des journaux : « Cessez-le-feu en Algérie ! » Et l’espoir que cette guerre coloniale qui s’achève soit la dernière…

    Outil de première importance pour mener l’action pour la reconnaissances officielle du 19 mars de chaque année comme date historique de la fin des combats d’Algérien, Tunisie et Maroc, elle est à la disposition des comités départementaux et des sections au prix de 3 euros l’unité pour sa diffusion.

    Passez vos commandes auprès de la trésorerie nationale de l’ARAC, un tarif sera appliqué pour les commandes en nombre nous consulter.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 h  

    « Malgré nous » : M. Marleix informe… et puis s’en va
     
    Le 4 mars dernier, le préfet Riffaud, directeur de cabinet de ’M. Marleix, publiait un communiqué de presse titré : « Alain Marleix veut clore définitivement les questions historiquement encore en suspens concernant le dossier des « Malgré nous ».

    Quelques jours plus tard, c’est sa mission de secrétaire d’État aux Anciens Combattants qui était close. Huit mois d’exercice, c’est ridiculement peu. Et cette valse des secrétaires d’État n’est pas faite pour nous rassurer quant au sérieux attaché par les « grands du moment » à la satisfaction des attentes des anciens combattants et des victimes de guerre.

    Qu’en est-il de ce communiqué de presse ? Il nous informe que le préfet de région honoraire Mandi Hacene a été chargé de conduire une mission de réflexion portant sur l’indemnisation éventuelle des anciens incorporés de force dans les formations paramilitaires allemandes (RAD-KHD) durant la seconde guerre mondiale (1939-1945).

    Ce problème, en suspens depuis… 1981 ( !), concerne 3 000 à 4 000 personnes qui, à l’époque, avaient été requises en tant qu’auxiliaires dans les formations paramilitaires allemandes du Reichsarbeitsdierst (RAD) et la Kriegshilfadienst (KHD). M. Mandi Hacene, outre ces RAD et KHD, devrait examiner s’il y a lieu de faire évoluer le dossier des Patriotes réfractaires à l’annexion de fait (PRAF) qui, lui aussi, n’a pas reçu satisfaction complète. Que de réflexions à mener…

    Et puis, réfléchir ça n’emmène pas loin… En tout cas, pas forcément à concrétiser. Ce rapport devrait être remis d’ici l’été prochain… A condition que le nouveau locataire de Bellechasse confirme la mission… et la volonté de clore définitivement le dossier… de façon concrète et positive.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 i  

    Chilly-Mazarin (91) : Guerre d’Algérie : après-midi mémoire
     
    Un après-midi mémoire sur la guerre d’Algérie s’est tenu à Chilly-Mazarin, le 20 mars dernier, au lendemain de la date historique de l’anniversaire du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu sur le terrain. 150 jeunes étudiants du Lycée Margueritte-Yourcenar de Chilly-Mazarin/Morangis ont participé à cette initiative organisée et présidée par l’ARAC.

    Le film La Trahison de Philippe Faucon, d’après le livre de Claude Salles, a précédé le riche débat, passionnant avec la participation de Benjamin Stora, historien connu, spécialiste du Maghreb. De nombreuses questions des jeunes très intéressés par ce moment tragique de l’histoire dans laquelle leurs parents ou grands parents ont été témoins ou acteurs.

    Une guerre qui a commencé… en 1830 par l’intervention française en Afrique du Nord pour se terminer… en 1962 après une tragédie qui aura duré 8 années, de 1954 à 1962, fait des centaines de milliers de morts ou de disparus, militaires et civils, en France et en Algérie.

    Un débat qui s’est terminé sur une note d’espoir : que les relations entre la France et l’Algérie, et entre les deux peuples, dans les domaines culturels, économiques et sociaux, se développent à partir d’une réelle volonté partagée des gouvernants de regarder en face les différentes facettes et responsabilités, qui ne sont évidemment pas égales, du peuple algérien luttant pour son indépendance et sa dignité et de la France qui menait une guerre coloniale.

    Un grand moment de réflexion à la fois sur l’histoire et la citoyenneté.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 j  

    De l’Afghanistan à la réintégration de l’OTAN
     
    Le Président Sarkozy met France au service des intérêts américains. Le 8 avril, à la tribune de l’Assemblée nationale, lors du débat sur la question de confiance au sujet de l’intervention’ française en Afghanistan, le chef du groupe de l’UMP, Jean-François Copé, a osé prétendre que cette action « montre le rayonnement universel de la France ». François Sauvadet, du Nouveau Centre, a cru pouvoir saluer « l’effort de pacification » accompli par les troupes françaises, leurs Rafale, leurs Mirage 2000 D, avec leurs bombes US. Tout ceci provoque le désagréable sentiment d’une perverse régression de plus d’un demi-siècle lorsqu’on légitimait les guerres coloniales au nom de la « défense de l’Occident, de la démocratie et de la civilisation ».

    En décidant d’accroître la participation française à la guerre d’Afghanistan, Nicolas Sarkozy a un unique objectif : le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, transformée en une force d’agression planétaire au service de l’hégémonisme états-unien et du système capitaliste néolibéral. Il y aurait actuellement au moins 2 200 militaires français engagés dans cette guerre, auxquels s’ajouteront entre 700 et 800 hommes qui seront chargés de « pacifier » la région Est entre Kaboul et les zones tribales pakistanaises. Ce qui est particulièrement risqué, puisque le Pentagone envisage de bombarder ces zones, conduisant ainsi à une déstabilisation du Pakistan. En fait d’intérêts, il y a ceux auxquels Washington n’a pas renoncé depuis les années 1980 : contrôler la position stratégique qu’est l’Afghanistan.

    Faut-il rappeler qu’à l’époque où Ben Laden était l’un des « combattants de la liberté » choyés par Washington, un « deal » avait été conclu entre le chef de guerre saoudien et la compagnie pétrolière US Exxon (sous l’égide, notamment, de la famille Bush) en vue de la construction d’un oléoduc allant de la mer Caspienne à Karachi au Pakistan ? Un projet remis récemment à l’ordre du jour. Dans le même temps, l’instauration d’une « guerre durable contre le terrorisme » permet aujourd’hui l’installation pour une durée indéterminée de forces US afin de contrôler les républiques d’Asie centrale, limitrophes de la Russie et, pour certaines, des eldorados de pétrole, tout en faisant pression sur les quatre puissances nucléaires régionales, la Russie, l’Inde, le Pakistan et la Chine, sans oublier l’Iran.

    C’est tout cela que M. Sarkozy a en perspective. La plongée dans le bourbier afghan serait selon M. Copé, « un moyen de consolider les liens entre l’Alliance atlantique et l’Europe ». En effet, a ajouté François Fillon, la sécurité globale, la prise en considération des nouveaux risques exigent que les forces armées françaises soient placées, comme elles l’étaient avant 1966, sous commandement US. En rompant avec le consensus gaullien autour de l’idée de libre choix de la politique internationale et de sécurité de la France, M. Sarkozy tente de placer le destin de notre pays entre les mains de la puissance hégémonique planétaire.

    Et pourtant, des alternatives existent. Citons en premier lieu le retrait des forces françaises d’Afghanistan afin de pouvoir proposer une alternative crédible, par une réelle aide au peuple afghan, lui permettant de se développer en se débarrassant des narco-seigneurs de la guerre. Ceci permettrait d’isoler le noyau d’Al Qaïda de Ben Laden et de ses amis talibans, devenus aujourd’hui, par la grâce des puissances occidentales, les « défenseurs » du pays ! La reprise de l’initiative pour la fin de l’occupation israélienne en Palestine, et, dans le même temps, la dénonciation de l’occupation US en. Irak et le refus de participer de la montée des menaces contre l’Iran, pourraient être des actions à moyen terme, redonnant un véritable rayonnement à notre pays par l’action pour la paix.

    Plus globalement, la France pourrait être à l’avant-garde d’une véritable politique de sécurité planétaire, qui aurait le soutien des peuples du Sud, fondée sur des mesures de confiance entre États par le désarmement et sur une stratégie de développement mettant fin à la domination sans contrôle des multinationales de l’économie, du commerce et des finances. Les révoltes du pain qui se multiplient actuellement devraient être, pour nos dirigeants, le signal de l’extrême urgence de cette véritable révolution stratégique.

    Michel MULLER

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 k  

    Village de l’Amitié de Van Canh : 10 ans de vie solidaire
     
    Je reviens du Village de l’Amitié où a été célébré le 10e anniversaire de son existence. En effet, c’est en 1998 que sont arrivées au Village les premières victimes de l’agent orange, enfants et anciens combattants. C’était déjà le premier résultat de l’engagement pris en 1990 par les anciens combattants pacifistes des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne et du Japon d’élever un monument vivant qui soit un véritable message permanent de paix et de solidarité à tous les habitants de notre planète. Aujourd’hui, si nous faisons le bilan de ce qu’est devenu le Village de l’Amitié, nous pouvons affirmer hautement que le message a la force de la réalité. A Van Canh, 140 enfants et 40 vétérans, victimes de l’agent orange, sont accueillis dans les meilleures conditions matérielles, sanitaires et psychologiques. Ça pourrait paraître exagéré et, pourtant, nous pouvons affirmer que tous ces enfants marqués dans leur chair, souvent de façon dramatique, sont heureux au Village. Il suffit de les entendre rire, jouer et chanter avec un beau sourire de confiance et de bonheur qui ne trompe pas. Les 42 membres de la délégation de l’ARAC présents à la cérémonie du 10e anniversaire, peuvent en témoigner.

    Quels sont, aujourd’hui, les objectifs qui restent à atteindre ? Les investissements arrivent à la fin de leur concrétisation. La dernière construction est un bâtiment sanitaire géré par deux médecins et une équipe assurant tous les soins, les séances de kiné, le suivi diététique. Le dernier bâtiment à construire sera le centre de formation professionnelle. Pour quelles professions ? L’originalité de ce centre sera d’organiser une formation à la carte. « Former chaque jeune, en fonction de son choix et de sa capacité physique », c’est une option qui suscite l’admiration mais qui n’étonne pas qui connaît le souci permanent de la direction du Village d’être au plus près des besoins de chaque enfant, au plan sanitaire et affectif. Et le résultat est là ! Lorsqu’on visite le Village, même fréquemment, on ne se lasse pas de ressentir qu’il s’agit, là, d’une communauté où vivent au quotidien la solidarité, la fraternité, l’amour paternel des adultes qui ont en charge la vie de tous les pensionnaires.

    Et nous, que pouvons-nous faire ? La participation du Comité fran¬çais pendant l’année 2007 correspond à 5 % de la participation internationale (64 % pour le Comité allemand). C’est un chiffre que je trouve personnellement bien modeste… Il est vrai que trop peu de comités départementaux de l’ARAC se sont .investis dans ce secteur de la solidarité. C’est pourtant en France qu’est née l’idée de ce Village qui est notre fierté aujourd’hui ! Une journée pour un enfant au Village, victime de l’agent orange, coûte 2 euros ; une semaine, 14 euros ; un mois, 60 euros ; une année, 730 euros.

    Alors, amis lecteurs, engagez-vous, vous aussi ! Soyez, vous aussi à Van Canh, des bâtisseurs du monde solidaire dont nous rêvons.

    Georges DOUSSIN

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 l  

    Défense des droits de l’homme partout dans le monde
     
    La situation au Tibet suscite des réactions très diverses. La rédaction a choisi de privilégier l’information. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Jean-Claude Maire.

    En tant qu’élu communiste, citoyen du monde et adhérent à des associations de défense des peuples autochtones, je ne peux que condamner la répression du gouvernement chinois contre les Tibétains et demander le respect de leur culture, partie intégrante du patrimoine mondial. Bien sûr, je fais la différence avec tous ceux qui, avec sincérité, se mobilisent en faveur du Tibet. Leur combat est tout à fait respectable. Mais je me refuse de rejoindre la cohorte de celles et de ceux qui, pour des motifs (inavoués), au nom de la défense du peuple tibétain, développent des sentiments antichinois.

    Où étaient-ils hier, quand on spoliait, emprisonnait, massacrait, violait de multiples peuples de par le monde : les communautés amérindiennes d’Amazonie, les communautés indiennes d’Amérique Centrale et du Chiapas, les Mapuches du Chili, les Bush-mens du Botswana, etc. ?

    Alors que la mobilisation grandit à juste titre pour préserver la biodiversité végétale et animale, de nombreuses communautés de peuples autochtones, leur culture et leur langue disparaissent dans l’indifférence générale. C’est dramatique. Où sont-ils ceux qui dénoncent la colonisation du Tibet par les Hans et qui ferment les yeux sur les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens et sur l’asphyxie de ceux-ci ?

    Comme par hasard (mais s’agit-il d’un hasard ?) ceux qui, aujourd’hui, appellent au boycott des JO de Pékin, sont les mêmes qui, hier, appelaient au boycott des jeux de Moscou pour cause d’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. Or, aujourd’hui la France s’apprête à envoyer un nouveau contingent des soldats français dans ce pays. Il est vrai « pour combattre ces affreux talibans intégristes qui mettent en danger la civilisation ». Pourtant c’étaient les mêmes que les États-Unis armaient hier pour combattre le communisme et l’Union soviétique. Ben Laden est leur enfant. Que dire de l’Irak, mise à feu et à sang, par la seule volonté de la politique américaine. On compte les morts par dizaine de milliers. Où sont nos valeureux défenseurs des droits de l’homme partisans du boycott des JO ? Que n’appellent-ils pas à boycotter toutes les compétitions sportives américaines. Nous pourrions égrener, des Tchétchènes aux Kurdes, la longue liste des pays où les droits des peuples et des minorités sont bafoués. Si on suivait les partisans du boycott, il ne faudrait plus participer à un très grand nombre de compétitions.

    Le peuple tibétain mérite mieux que cela. Aurait-il autant de défenseurs si la Chine n’était pas en train de refermer la parenthèse de l’humiliant traité de Nankin imposé par les Occidentaux au IIXe siècle et de redevenir la puissance qu’elle était jusqu’au XVIIIe siècle, menaçant de ce fait la suprématie et les intérêts de l’Occident et en particulier des USA ? Le droit des peuples au respect de leur identité, de leur culture, ne se divise pas, il doit être défendu partout où il est menacé, en Chine certes, mais aussi dans le monde entier. Pour un monde pacifique et solidaire. Quant à la Chine, ne nous laissons pas entraîner dans l’idéologie dominante d’une vision euro centriste du monde. Regardons la Chine avec lucidité et modestie telle qu’elle est, avec ses ombres et ses lumières. Immense pays de 1,3 milliard d’habitants, pays en développement où la modernité côtoie le Moyen-âge, la Chine doit être appréhendée à partir de son histoire, de son évolution, de ses difficultés et des immenses enjeux et défis auxquels elle est confrontée pour son propre avenir, mais aussi pour l’avenir de l’humanité. Mais cela est un autre débat.

    Jean-Claude MAIRAL

    vice-président de la région Auvergne

    Le 10 avril 2008

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 m  

    Loto ARAC-Cuba Solidarité
     
    Dimanche 8 juin 2008

    A partir de 14 heures 30

    Maison pour tous Gérard-Philipe

    rue Youri Gagarine, 94 Villejuif

    Venez avec vos amis 01 Nombreux lots

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 n  

    A propos du discours du président de la République à Cherbourg
     
    Dans son discours sur la politique de défense, le Président de la République affirme que la France « ne baissera pas la garde ». Reprenant à son compte la doctrine de dissuasion, il en annonce la modernisation par la mise en fonction de nouveaux missiles, tel le M51, missile nucléaire qui porte à 8 000 km, que pourra lancer le nouveau sous-marin Le Terrible.

    Tout en présentant quelques propositions limitées qui apparaissent comme des mesures allant dans le sens du désarmement, il renforce en fait le nucléaire en l’adaptant au nouveau contexte international. Il ouvre ainsi la porte à une défense basée sur les anti-missiles dont le rôle déstabilisateur est prouvé. Et plus, il propose un dialogue européen sur le nucléaire.

    Une telle démarche qui veut aboutir à l’européanisation de la dissuasion ne peut qu’être défavorable au désarmement. Il faut au contraire développer une politique de sécurité collective, qu’elle soit française ou européenne. Une politique de résolution des conflits par la négociation qui aboutisse au désarmement concernant toutes les armes de destruction massive, qu’elles soient nucléaires, biologiques ou chimiques, sans oublier les armements conventionnels. Il faut en venir à l’application réelle du Traité de non-prolifération, autant pour la France et ses partenaires européens que pour les autres pays concernés.

    Jean SALAUD

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 o  

    L’ARAC 1917-2007
    L’épopée quasi centenaire de ceux qui déclarent la guerre à la guerre
     
    Combattants pour la vie, des voix pour l’espoir.

    Textes choisis et présentés par r. Georges Doussin.

    Editions le Temps des Cerises, 2008, 800 pages - 35 euros.

    La création de l’ARAC a été un événement marquant, regroupant les rescapés de la tuerie, brandissant ferme son mot d’ordre de « guerre à la guerre », s’opposant à toute récupération du mouvement ancien combattant par les ligues fascistes. Cette histoire reste à écrire, du moins Georges Doussin, qui fut tin grand président de l’ARAC, facilite-t-il le travail de l’historien à travers la publication de textes et d’articles de journaux, resitués dans leur contexte par de brèves notes.

    En 1917, alors que les massacres se poursuivent avec l’offensive de Nivelle, un jeune ouvrier et deux intellectuels se concertent, cherchent une solution. C’est Georges Bruyère qui trouve la formule : « Fondons une société de mutilés et d’anciens combattants pour combattre la guerre capitaliste ». Paul Vaillant-Couturier et Raymond Lefebvre rencontrent l’auteur du Feu, Henri Barbusse, le livre qui dit la vérité sur la vie dans les tranchées et vient d’obtenir le prix Goncourt. De cette rencontre, l’ARAC est née.

    Le 3 juillet 1918, Barbusse précisait : « Nous groupons des hommes dont les besoins et les revendications sont nombreux et urgents, notre premier souci doit être d’aider les revenants de la tuerie à recommencer leur vie, et de défendre les droits de ceux qui ont accompli un tel devoir. Cette tâche primordiale et pressante de conseiller et d’avocat, l’ARAC n’y faillira pas. » Pas plus que la bataille contre la guerre qui se présente en l’année 1925 en guerre coloniale contre le Maroc. Dans le même esprit, I’ARAC fustige l’exposition coloniale de 1931, non sans rappeler au passage le traitement scandaleux des pensions des anciens combattants indigènes des colonies. Un nouveau danger menace l’Europe avec la venue au pouvoir de Mussolini en Italie puis d’Hitler en Allemagne. Jacques Duclos, vice-président de I’ARAC, en décembre 1925 lance un cri d’alarme : « Anciens combattants, garde à vous ! Le fascisme s’arme ! »

    Après le 6 février 1934,1e journal le Réveil des Combattants remarque que les fascistes « avaient placé en avant les drapeaux tricolores de l’UNC (Union nationale des combattants, de droite — NDLR) et une masse d’anciens combattants avec leurs médailles tandis qu’ils opéraient derrières avec les revolvers. Ainsi, nos camarades de l’UNC, dupés, ont joué le rôle de pantins dont les ficelles étaient tirées par les chefs fascistes ». La période qui précède la Seconde Guerre mondiale est dominée par les appels incessants à l’union du mouvement ancien combattant pour la paix, pour ses revendications et aussi contre le danger fasciste. Elle est marquée également par le soutien à la République espagnole.

    Contre la guerre et contre le fascisme qui la prépare, l’ARAC va participer pleinement à l’organisation des rencontres mondiales d’Amsterdam et de Pleyel. Interdite par Daladier, l’association va donner naissance à un réseau de résistance. La liste des martyrs en témoigne.

    Et l’ARAC reprend son combat dès la Libération. En intégrant la deuxième génération du feu, pour leurs revendications et contre la guerre. Car elle menace à nouveau. Dès janvier 1947, l’ARAC dénonce la politique de reconquête menée en Indochine. Puis, au cours des huit années de la guerre d’Algérie, elle sera fidèle à ses créateurs en s’opposant résolument à cette guerre et en défendant les revendications des soldats de la troisième génération du feu. Georges Doussin écrit que le premier mot (l’ordre de guerre à la guerre « est toujours d’actualité, hélas ! De plus en plus d’actualité ». Et la mobilisation contre les guerres qui ravagent l’Afrique et l’Asie nécessaire, comme le démontrent les textes historiques.

    Claude LECOMTE.

    -----------------------------------------

    BON DE COMMANDE

    A retourner à I’ARAC, 2 place du Méridien, 94807 Villejuif cedex

    Combattants pour la vie - Des voix pour l’espoir

    Textes édités par I’ARAC, choisis et présentés par Georges Doussin.

    Nombre d’exemplaires :

    Une réduction est accordée pour les commandes de plusieurs exemplaires

  •  35 € à l’unité + 5 € par livre de frais d’envoi
  •  34 € par livre pour les commandes de 5 livres + € de frais d’envoi
  •  33 € par livre pour les commandes de 5 livres + € de frais (l’envoi

    Joindre impérativement le règlement de votre commande :

    € x livres = € + de frais d’envoi € =

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 741-742 - avril-mai 2008 p  

    Algérie : Vers une réconciliation sincère des mémoires ?
     
    Interview de Jean-François Gavoury, responsable de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)

    Q - Jean-François Gavoury, vous êtes le responsable de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS. Pourquoi vous en prenez vous au souvenir du 26 mars 1962 et souhaitez-vous empêcher les familles des victimes de la manifestation algéroise de la rue d’Isly d’honorer leurs morts ?

    J-F. G. - Personne ne conteste aux familles de victimes le droit de célébrer le souvenir de leurs morts. Vous aurez observé que notre opposition ne s’était exprimée qu’à Paris. Deux raisons à cela : la commémoration de la tragique fusillade de la rue d’Isly y était co-organisée par des associations d’anciens activistes de l’OAS et son déroulement était prévu à l’Arc de Triomphe.

    Q - En quoi cela vous apparaissait-il choquant ?

    J-F. G. - La démarche engagée par les associations d’anciens de l’OAS prétendant porter le souvenir des victimes de la manifestation du 26 mars 1962 à Alger relève de la récupération d’une mémoire douloureuse. Il s’agit également d’une démarche de provocation, à l’égard du Comité de la Flamme et du inonde combattant.

    Q - Pourriez-vous expliciter ce que vous affirmez là ?

    J-F. G. - Un élément de contexte d’abord, en ce qui concerne le 26 mars 1962 : les manifestants, présents, sans armes, rue d’Isly en début d’après-midi, s’étaient conformés à un mot d’ordre à caractère insurrectionnel de l’OAS, diffusé le matin même par voie de tracts. La population algéroise était encouragée à s’opposer « jusqu’au bout à l’op pression sanguinaire du pouvoir fasciste » !

    Les rassemblements sur la voie publique étant alors proscrits ; l’appel de l’organisation séditieuse s’analysait comme une incitation à la rébellion. Cette instrumentalisation monstrueusement lâche d’une population sans défense envoyée à l’affrontement connaît aujourd’hui un prolongement avec l’encadrement de la commémoration de ce tragique événement par deux associations d’anciens activistes : celle du Souvenir du 26 mars 1962 et l’Adimad-OAS. Les anciens factieux de l’OAS, ennemis déclarés de la République, n’ont pas leur place sur le site, sacré à nos yeux, de l’Arc de Triomphe, qui honore le poilu de la Première Guerre, le résistant de la Seconde, le soldat appelé en Algérie, mais sûrement pas des déserteurs ayant tourné contre la République les armes qu’elle leur avait confiées.

    Q - Les initiatives que vous dénoncez vous paraissent-elles s’inscrire dans un programme de réhabilitation de l’OAS ?

    J-F. G. - Dans l’esprit des auteurs de ces initiatives, cela ne fait aucun doute. Derrière l’opération du 26 mars 2008, se profile la menace de la mise en œuvre d’un engagement obtenu, dans d’obscures conditions, du candidat élu à la magistrature suprême : l’attribution de la qualité de « Mort pour la France » aux victimes de la fusillade de la rue d’Isly. Une fois cette promesse électorale satisfaite, les familles des victimes du 5 juillet 1962 à Oran ne manqueraient pas revendiquer un alignement de leur situation sur celles du 26 mars.

    Viendrait ensuite le temps de l’instruction par les pouvoirs publics du projet, soumis le 15 mars 2004 au Premier Ministre de l’époque, de mémorial « Algérie française pour la réhabilitation de ses défenseurs », spécialement dédié au général putschiste Salan.

    Q - Pour en revenir aux victimes du 26 mars 1962, de quelle marque de considération vous sembleraient-elles dignes ?

    J-F. G. - La priorité de l’action gouvernementale dans le domaine de la mémoire devrait consister à attribuer un espace public de recueillement aux familles que notre association représente : il n’en existe aucun à ce jour alors que plus d’une dizaine de monuments ont pris place dans le Midi en hommage aux « combattants » de l’Algérie française. Conférer la qualité de « Mort pour la France » aux manifestants de la rue d’Isly n’irait guère dans le sens de l’apaise ment des mémoires.

    Nous y verrions, pour notre part, un véritable casus belli, si j’ose dire. Il faut savoir que certains pieds-noirs, parmi les plus extrémistes, se déclarent plutôt favorables à une autre appellation, celle de « Mort par la France ». Pour répondre sérieusement à votre question et si les administrations concernées éprouvent quelque difficulté à gérer cette promesse du chef de l’État, je leur suggère d’envisager la création, par la loi, du titre de « Mort du fait de la guerre  : cette version dégradée éviterait la dévalorisation de la distinction de « Mort pour la France », dont les victimes de l’OAS méritent tant, quant à elles, le bénéfice.

    Q - Avez-vous un message personnel à adresser aux familles de victimes du 26 mars 1962 ?

    J-F. G. - Je ne suis pas sûr qu’el les veuillent l’entendre : l’une de leurs représentantes, le 26 mars dernier à Paris, s’est refusé à condamner les crimes de l’OAS. Je leur dis de toute façon ma compréhension de leur douleur. J’appelle leur attention sur le fait que cette effusion de sang ayant conclu le rassemblement de la rue d’Isly avait pu être évitée en décembre 1960, à Belcourt, grâce à l’intervention de mon père, alors commissaire central adjoint d’Alger : son implication personnelle « dans les endroits où la violence des manifestations prenait la forme la plus dangereuse, afin de limiter les heurts entre les communautés » lui valut l’attribution, le 21 avril 1961, de la croix de la Valeur Militaire avec étoile d’argent.

    C’est précisément le 26 mars 1962 qu’a débuté, à Paris, le procès des participants à son assassinat.

    Q - L’acte de décès de votre propre père, tué par l’OAS le 31 mai 1961, est revêtu de cette mention « Mort pour la France » !

    J-F. G. - C’est exact. J’en ai toujours éprouvé une grande fierté. Mais si elle devait être également apposée .sur l’acte de décès des tués de la rue d’Isly, et si la validité juridique de la décision d’octroi était confirmée par les cours et tribunaux, j’introduirais immédiatement une requête, au nom de la famille, pour que soit rapportée la mesure en vertu de laquelle mon père a été reconnu « Mort pour la France ». Dans le même temps, je demanderais un rendez-vous avec le directeur général de l’ONAC, auprès duquel je me dessaisirai’ de mes cartes de pupille de la Nation et d’orphelin de guerre. J’ajoute que trop rares ont été les militaires et représentants des forces de l’ordre civiles ainsi distingués, alors même qu’ils avaient témoigné, à l’égard des institutions, d’une loyauté comparable à celle reconnue à don père.

    Que dire de ces fonctionnaires de l’Éducation nationale collectivement massacrés le 15 mars 1962 à El Biar, sur leur lieu de travail et dans l’exercice de leurs fonctions, et de tous ces agents publics, respectueux de leur devoir, que l’OAS a assassinés et auxquels on refuse la qualité de « Mort pour la France » au fallacieux prétexte que l’OAS n’aurait pas été partie belligérante au conflit ?

    Que dire sinon l’ignominie que représente, pour leurs veuves, leurs fils, leurs filles, l’idée même de la dévolution de cette qualité à des personnes ayant fait acte d’obéissance à l’égard de cette organisation terroriste.

    Q - Quel objectif l’ANPROMEVO poursuit-elle ?

    J-F. G. - Plus qu’un objectif, c’est une ambition, et elle est triple : la promotion du souvenir des victimes civiles et militaires de l’OAS, à l’égard desquelles l’État se montre aujourd’hui délibérément oublieux ; la fin du révisionnisme et le rétablissement concomitant de certaines vérités historiques relatives à la guerre d’Algérie ; la restauration de la dignité d’une République qui laisse s’éloigner ses valeurs.

    Q - Et à court terme ?

    J-F. G. - Nous appelons de nos vœux une mobilisation précoce des formations et associations républicaines, dont l’ARAC, cela va de soi, autour de la question du 5 juillet prochain. L’Amicale des anciens du lycée Lamoricière d’Oran, association présidée par un nostalgique de la présence coloniale française en Algérie et thuriféraire de l’OAS, a sollicité l’autorisation de raviver la Flamme sur la tombe du Soldat inconnu ce jour-là.

    Nous devons montrer notre détermination à ce que cette autorisation soit refusée par le comité : le nouveau secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants doit nous y aider. Il n’est pas normal que ce soit le préfet de police qui endosse la responsabilité de l’interdiction de manifestations d’hommage à l’OAS. C’est la morale républicaine qui doit prévaloir et non des considérations liées à l’ordre public. Ceci étant, si l’État est défaillant, nous devrons être là, place Charles-de-Gaulle, le samedi 5 juillet, plus nombreux encore que le 26 mars, pour clamer notre indignation.

    Q - La guerre d’Algérie n’a donc pas cessé ?

    J-F G. - Si tel est le cas, ce n’est pas le fait des familles de victimes de l’OAS, restées dans le silence jusqu’en 2005, au moment d’une double annonce : celle, d’une part, de l’indemnisation des anciens activistes civils de l’OAS, prévue par l’article 13 de la loi du 23 février 2005 et regardée comme une gratification de trop ; celle, d’autre part, de l’élévation à Marignane d’un énième cénotaphe à la gloire de l’OAS, le monument de trop !

    Q - Qu’entrevoyez-vous comme solution à ce conflit mémoriel ?

    J-F G. - Nous n’exigeons pas la contrition de la part de terroristes sur le retour, dont le seul dessein est d’entretenir la nostalgie de l’Algérie française et d’attiser, moyennant un discours revanchard, la haine à l’égard de la République d’hier et d’aujourd’hui. Par contre, toute solution passe par une condition préalable : les victimes que la guerre d’Algérie a causées au sein du monde rapatrié doivent couper le cordon ombilical avec l’OAS et regarder la vérité en face dans une perspective d’apaisement mémoriel. Pour prendre l’exemple des familles des victimes de la fusillade de la rue d’Isly, je ne parviens pas à m’expliquer que, quarante six ans après, elles n’aient pas encore compris de qui ces malheureux avaient été les otages. Il n’existe pas de justification à ce que ces mêmes familles, porteuses d’une douleur en soi respectable, s’abandonnent dans les bras des anciens criminels de l’OAS plutôt que d’en exiger le pardon et même la repentance, si légitime ! L’accueil qu’elles ont réservé, le 26 mars 2008, aux abords de l’Arc de Triomphe, à Armand Belvisi, figure emblématique de l’organisation, co-auteur de deux attentats manqués contre le général de Gaulle, donne la mesure du chemin restant à parcourir dans la voie de la « réconciliation sincère des mémoires ».

    Cette expression, tirée du contenu de la mission assignée à la future Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, pourrait bien relever de l’incantation.

    Retour au sommaire

    ************************************************


  • Articles de cette rubrique
    1. Le Réveil des Combattants N° 735-736 – octobre - novembre 2007
      10 décembre 2007

    2. Le Réveil des Combattants N° 768-769 - janvier-février 2011.
      24 février 2011

    3. Ne pas demeurer l’arme au pied
      14 septembre 2006

    4. Campagne double : Vigilance et urgence
      14 septembre 2006

    5. En suivant la retraite du combattant
      14 septembre 2006

    6. Carte du combattant, proposition de loi 1939-1945
      14 septembre 2006

    7. L’Arac reçue par le ministre des Anciens Combattants
      14 septembre 2006

    8. Agent orange, dioxine et leurs conséquences
      14 septembre 2006

    9. Alerte ! Les anciens de l’OAS relèvent la tête
      14 septembre 2006

    10. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’août-septembre 2006.
      14 septembre 2006

    11. ARAC-Cuba solidarité
      15 septembre 2006

    12. Papon : un nouveau scandale
      15 septembre 2006

    13. Veuves d’anciens combattants : Groupe de travail sur leur situation financière
      15 septembre 2006

    14. Cérémonies du souvenir organisées par l ’ARAC
      15 septembre 2006

    15. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’avril-mai 2006.
      20 mai 2006

    16. Trois questions à Claude Delevacq, secrétaire général de L’ARAC
      20 mai 2006

    17. Loi de finances 2006 : Les dispositions définitives.
      21 mai 2006

    18. Yzeure (Allier) : L’agent orange fait toujours des victimes au Vietnam
      21 mai 2006

    19. Yvonne Hagnauer : résistante, pédagogue et Juste parmi les Nations
      21 mai 2006

    20. Le cri des enfants de harkis
      21 mai 2006

    21. Le 19 mars est un combat
      21 mai 2006

    22. Dans l’union, les cinq mutuelles AC en action
      21 mai 2006

    23. Psychotraumatismes de guerre : Un colloque en préparation
      21 mai 2006

    24. Les articles de notre journal : "Réveil des Combattants".
      21 mai 2006

    25. Campagne double : Scandaleuse attitude du ministre des Anciens Combattants.
      5 juillet 2006

    26. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de juin-juillet 2006.
      5 juillet 2006

    27. Colloque sur les psychotraumatismes de guerre
      5 juillet 2006

    28. Services départementaux de l’ONAC : Quel recrutement dans les cinq ans ?
      5 juillet 2006

    29. Croix de guerre Algérie-Tunisie-Maroc - Médaille des évadés
      5 juillet 2006

    30. L’ARAC représentée au CA national de l’ONAC.
      5 juillet 2006

    31. Des anticolonialistes en assemblée générale.
      5 juillet 2006

    32. L’ARAC au Tréport : Succès du rassemblement national.
      5 juillet 2006

    33. Le génocide arménien : Un crime imprescriptible oublié
      6 juillet 2006

    34. Anciens d’Algérie , appel à témoignage
      6 juillet 2006

    35. Guantanamo : A propos des emprisonnés
      6 juillet 2006

    36. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’octobre-novembre 2006
      21 novembre 2006

    37. Legs aux associations
      21 novembre 2006

    38. Jeunes porte-drapeaux à l’honneur
      21 novembre 2006

    39. Avec le Comité Vietnam : « Les enfants et le buffle »
      21 novembre 2006

    40. Mutisme et "silence radio" sur la campagne double
      21 novembre 2006

    41. Cuba élu au Conseil des droits de l’homme à Genève
      21 novembre 2006

    42. Cuba : Solidarité, liberté et justice
      21 novembre 2006

    43. Cuba : Mieux se connaître pour mieux coopérer
      21 novembre 2006

    44. Aide cubaine à la santé et à l’éducation en Bolivie
      21 novembre 2006

    45. Professionnalisation des armées : Réserve opérationnelle et réserve citoyenne
      21 novembre 2006

    46. Le 14 Juillet aux Ulis
      21 novembre 2006

    47. Assemblée générale de l’UFAC : Des revendications réaffirmées clairement
      21 novembre 2006

    48. Carnet de santé et aménagements des automobiles
      21 novembre 2006

    49. Les 90es anniversaires du feu d’Henri Barbusse et de l’ONAC sont bien engagés
      21 novembre 2006

    50. Veuves d’anciens combattants : Une allocation pour les plus démunies
      27 janvier 2007

    51. ONAC : Une carte de la France interactive
      27 janvier 2007

    52. Rente mutualiste : Le plafond porté à 1 649 € au 1er-01-2007
      27 janvier 2007

    53. Anciens harkis et supplétifs : Revalorisation de l’allocation de reconnaissance
      27 janvier 2007

    54. La décristallisation : "Une indemnité de rupture"
      27 janvier 2007

    55. Frais des bénévoles et réduction d’impôts
      27 janvier 2007

    56. Cébazat (63) : Exposition cour la mémoire
      27 janvier 2007

    57. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de décembre 2006 - janvier 2007
      27 janvier 2007

    58. Les Ulis (91) : Un débat d’actualité
      27 janvier 2007

    59. Le Réveil des Combattants N° 727-728 – février-mars 2007
      8 avril 2007

    60. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de février - mars 2007
      8 avril 2007

    61. Le Réveil des Combattants N° 729-730 – avril-mai 2007
      27 mai 2007

    62. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants" d’avril-mai 2007
      27 mai 2007

    63. Le Réveil des Combattants N° 731-732 – juin-juillet 2007
      9 juillet 2007

    64. Le Réveil des Combattants N° 733-734 – août-septembre 2007
      23 septembre 2007

    65. Le Réveil des Combattants N° 737-738 – décembre 2007 - janvier 2008.
      19 janvier 2008

    66. Le Réveil des Combattants N° 739-740 – février - mars 2008
      24 mars 2008

    67. Le Réveil des Combattants N° 741-742 – avril-mai 2008
      5 mai 2008

    68. Le Réveil des Combattants N° 772 - mai 2011.
      14 juin 2011

    69. Le Réveil des Combattants N° 743-744 – juin-juillet 2008
      3 juillet 2008

    70. Le Réveil des Combattants N° 745-746 – août-septembre 2008
      27 septembre 2008

    71. Le Réveil des Combattants N° 747-748 – octobre-novembre 2008
      30 novembre 2008

    72. Le Réveil des Combattants N° 759 – février 2010
      2 mars 2010

    73. Le Réveil des Combattants N° 764 – août-septembre 2010.
      30 septembre 2010

    74. Le Réveil des Combattants N° 766-767 – novembre - décembre 2010.
      31 décembre 2010

    75. Le Réveil des Combattants N° 770-771 - mars-avril 2011.
      12 avril 2011

    76. Le Réveil des Combattants N° 771 - avril 2011.
      18 mai 2011

    77. Le Réveil des Combattants N° 777 - octobre 2011.
      1er janvier 2012

    78. Le Réveil des Combattants N° 776 - septembre 2011.
      1er janvier 2012

    79. Le Réveil des Combattants N° 773 - juin 2011.
      31 décembre 2011

    80. Le Réveil des Combattants N° 774-775 - juillet-août 2011.
      31 décembre 2011

    81. Le Réveil des Combattants N° 778 - novembre 2011.
      1er janvier 2012

    82. Le Réveil des Combattants n°789 de décembre 2012 - janvier 2013.
      23 janvier 2013

    83. 8 mai 2006 : Message de l’UFAC
      20 mai 2006

    84. 8 mars 1962 : Charonne : La mémoire des crimes
      27 janvier 2007

    85. 90e anniversaire de la création de l’ONAC
      5 juillet 2006

    86. 90e anniversaire de l’ARAC : Le combat d’un siècle pour la paix, pour la vie
      27 janvier 2007

    87. 1936 : Solidarité avec l’Espagne républicaine berceau de la Résistance française.
      5 juillet 2006