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Le Réveil des Combattants N° 764 – août-septembre 2010.
Publié le jeudi 30 septembre 2010

Sommaire :  

  •  Les cheminots et la Résistance : La bataille pour la mémoire reste un combat
  •  Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité
  •  Événements de Sétif et le film Hors la loi : Gérard Vallée témoigne
  •  Campagne double : Le décret (restrictif) a été publié
  •  Augmentation des retraites du combattant
  •  Droit à réparation : La réforme ne passe pas !
  •  Victimes des essais nucléaires : Mise en place du Comité d’indemnisation
  •  Audin, la disparition
  •  Décristallisation : Où en est le gouvernement ?
  •  Livres
  •  LE CAHIER MEMOIRE : Marie-Claude Vaillant-Couturier : Son action après 1945

     

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      N° 764 - aout-septembre 2010. a  

    Les cheminots et la Résistance : La bataille pour la mémoire reste un combat
     

    Lettre de Didier Le Reste, secrétaire général CGT Cheminots, à Jean-Christophe Chanut, journaliste à La Tribune.

    Monsieur,

    Dans l’édition du journal La Tribune, datée du 18 août 2010, vous avez commis un écrit intitulé « Séance de rattrapage - La bataille du rail ». Celui-ci a retenu notre attention et suscité de notre part les commentaires suivants.

    Sans vous prêter cette intention, force est de constater que ces dernières années, nombre de personnes s’évertuent à réécrire l’histoire en tentant de discréditer, d’affadir, de caricaturer voire de nier toutes formes de résistance qui ont remis et remettent en cause l’ordre établi. Au plan socio-économique, celles et ceux qui ont l’outrecuidance de s’opposer à la pensée unique, en refusant, par exemple, les privatisations, en défendant les acquis sociaux, en portant des propositions alternatives aux politiques imposées sont systématiquement accusés de ringardise, de conservatisme, de corporatisme, voire d’irresponsabilité. Par contre, ceux qui courbent l’échine en acceptant sans renâcler la casse des droits, qui négocient les reculs sociaux, sont adoubés et présentés comme des modernistes, des pragmatiques, des gens sérieux.

    Il y a quelques jours, un éditorialiste d’un quotidien national regrettait dans un pamphlet anti-CGT, que celle-ci ne prenne pas de vacances en vitupérant la CGT de Dunkerque qui a eu - Ô sacrilège ! - la cynique audace d’obtenir, après un an de fermeture, le redémarrage de la raffinerie Total. C’est bien connu, les forces libérales et leurs relais médiatiques ne supportent pas la contestation sociale, les empêcheurs de licencier en rond et exècrent par-dessus tout les résistances aux sacro saintes politiques de maximisation des profits.

    Cela dit, nous ne sommes pas surpris qu’à la faveur de la sortie du film de René Clément, La bataille du rail, en version remasterisée et restaurée, des voix s’élèvent pour crier à l’imposture et tenter de remettre en cause la réalité de la résistance lors de la deuxième guerre mondiale et là, singulièrement, celle des cheminots. Cette démarche est encouragée aujourd’hui par les politiques auxquelles on est confronté, faites de stigmatisation, d’opposition, de division, de haine, de peur. Les libertés sont sérieusement écornées, le droit de grève attaqué, les acquis sociaux laminés, les services publics saccagés ! On est loin des idéaux de la Résistance et du contenu du programme du Conseil national de la Résistance !

    Dans votre papier, vous empruntez une fumeuse démonstration mathématique de Raphaël Delpard, auteur d’un documentaire douteux baptisé Les convois de la honte, selon lequel il n’y a eu que« 10 % de résistants au sein de la SNCF soit41000 cheminots sur un total de 410 000 ».

    Que ça plaise ou non, les cheminots ont résisté, jouant un rôle déterminant dans la lutte contre l’occupant nazi et ils ont, pour ce faire, payé un lourd tribut à la paix, à l’indépendance et à la liberté. Je dois vous rappeler, Monsieur Chanut, que 8 938 cheminots y laissèrent leur vie, 15 977 ont été blessés pour faits de Résistance, 6 500 furent internés ou déportés dont 1 157 sont morts dans les camps d’extermination. Qu’il y ait eu, au sein de la SNCF, des collaborateurs zélés et des agents obéissants vis-à-vis du gouvernement de Vichy et des occupants allemands qui doublaient la hiérarchie dans les entreprises ferroviaires, c’est l’évidence même. Des représentants de la SNCF ont notamment participé à l’élaboration des conditions techniques (horaires, matériels) des transports de déportation. Nous sommes bien placés pour le savoir, notre Fédération ayant connu, dès 1939, la répression, l’arrestation de nos dirigeants engagés contre le fascisme et contre la guerre, puis la dissolution des syndicats, l’emprisonnement, la déportation, les assassinats de nombreux militants. Que la corporation, dans sa plus large composition, ce soit particulièrement distinguée par des actes de résistance, de désobéissance, de désorganisation et de sabotages des transports, malgré un attachement légendaire à leur statut depuis 1938, les cheminots sont porteurs d’un esprit de solidarité et de lutte, valeurs qui, dès l’occupation, structurent de manière prépondérante une conscience de résistance reconnue historiquement et politiquement. En témoignent les travaux d’historiens d’horizons divers et le fait que la SNCF fut la seule entreprise à se voir décerner la Légion d’honneur et la Croix de guerre avec palmes pour son attitude pendant la deuxième guerre mondiale et dans la libération du pays. Le déclenchement de la grève insurrectionnelle des cheminots du 10 août 1944 donnait le signal du soulèvement du peuple parisien qui fut décisif dans la libération de Paris. Cette grève insurrectionnelle est la seule grève qui est officiellement et annuellement commémorée avec les honneurs militaires, par une cérémonie à l’Arc de Triomphe. Voilà exposées les réflexions que nous inspire votre écrit qui succède à d’autres de tonalité similaire. Soyez assuré que nous continuerons avec lucidité et détermination à honorer et à défendre la mémoire des cheminots résistants, de tous les résistants et à porter haut les valeurs du programme du Conseil national de la Résistance.

    En restant à votre écoute pour tout échange que vous jugerez utiles de solliciter, dans l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux. Montreuil, le 24 août 2010

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      N° 764 - aout-septembre 2010. b  

    Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité
     

    Communiqué de 50 organisations - Publié le 4 août 2010

    Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’État, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. Le Président de la République lui-même montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.

    En quelques jours, les plus hautes autorités de l’État sont passées de l’exploitation des préjugés contre les gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.

    Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite. Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article f de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.

    Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des houes émissaires.

    Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne d’un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 14e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre, à 14hoo, Place de la République à Paris, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.

    Signataires :

    AC !, Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Euro-, pe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fonda-, tion Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches euro-péennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau éducation sans frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.

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      N° 764 - aout-septembre 2010. c  

    Événements de Sétif et le film Hors la loi : Gérard Vallée témoigne
     

    Gérard Vallée, du Var, nous a fait parvenir un texte sur les événements de Sétif du 8 mai 1945, que retrace à sa mémoire le film Hors la loi de Rachid Bouchareb, film qui n’est pas un document historique mais qui prend appui sur les événements pour dérouler son scénario. Nous en publions de larges extraits.

    « Les faits : ce jour-là, le 8 mai 1945,1a population de Sétiffête la victoire contre le nazisme et le pétainisme. Cette manifestation est autorisée par le préfet, malgré la tension régnante développée par les ultra-nationalistes. S’appuyant sur cette tension, se mettent en place les mécanismes du massacre que les journaux algériens de l’époque qualifieront « d’agression à main armée dans la région de Sétif »… En France, les événements sont masqués, passés sous silence, ignorés y compris par des membres du gouvernement.

    L’idée d’indépendance faisait toutefois son chemin… La manifestation de Sétif arborait des drapeaux algériens et français. Les colons en retrait étaient sur leur garde, ils savaient la situation explosive. Certains extrémistes envisageaient de susciter des affrontements qui entraînaient de vastes opérations de répression, acceptées par le préfet Lestrade Carbonel : ce dernier souhaitait, en vain, obtenir l’aval du ministre de l’Intérieur.

    L’idée d’en finir avec le colonialisme est bien partie de cette date du 8 mai, mais les contestations au régime colonial étaient déjà là. Le 21 avril, il y avait eu de graves incidents à Alger faisant des victimes parmi les militants indépendantistes, comme aussi à Oran, Bougie, et Guelma. A Sétif, c’est une foule de jour de marché, qui d’abord dépose cannes et bâtons avant d’aller manifester dans la rue Georges-Clemenceau avec en tête la troupe des scouts musulmans « Kechalat el hayat » portant des bouquets de fleurs pour le monument aux morts. Suivent ensuite, dans le cortège, les dra-peaux alliés et celui de l’Algérie tenue par un jeune scout de 22 ans et beaucoup de banderoles où l’on peut lire : « Vivent les Nation unies ! A bas l’impérialisme ! Indépendance ! »

    Le préfet avait donné l’ordre de tirer sur ceux qui brandiraient le drapeau algérien : c’est le commissaire de police Lucien Olivier qui tire, avec d’autres, sur le porteur Bouzid qui est tué. Gendarmes, policiers, gardes mobiles ouvrent le feu sur la foule et divers groupes de manifestants attaquent les Européens faisant aussi des victimes parmi elles. Le lendemain 9 mai, dans un rayon de 6o à 8o kilomètres, c’est le soulèvement. Le préfet établit un « bilan » de 103 morts…

    La répression est féroce. Le consulat américain, après enquête, retiendra le chiffre de 40 000 tués…

    Le monde algérien avait basculé, le général Duval a tiré ses propres conclusions : « Je vous ai donné la paix pour dix ans, mais il ne faut pas se leurrer, tout doit changer en Algérie ! » En effet les injustices sociales, la citoyenneté aux autochtones refusée, l’idée d’indépendance refusée continueront et conduiront au soulèvement de 1954… puis vers l’indépendance en 1962.

    Des nostalgiques du colonialisme sont encore là pour affirmer des contre-vérités historiques ou manifester. Le film a révélé courageusement cette douloureuse époque. Reste à obtenir un débat dépassionné et utile pour les jeunes générations de cette version des échanges croisés entre témoins et historiens des deux parties. Du poète, Kateb Yacine, lycéen de 15 ans au moment des faits à Sétif :

    J’ai ressenti la force des idées
    Je suis parti avec les tracts
    Je les ai enterrés dans la rivière
    J’ai tracé sur le sable un plan
    Un plan de manifestation future
    Qu’on me donne cette rivière et je me battrai
    Je me battrai avec du sable et de l’eau
    De l’eau fraîche, du sable chaud, je me battrai
    J’étais décidé. Je voyais donc loin.
    Très loin…

    Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, avec Bernard Blancan, Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, etc. - Sortie le 22 septembre

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      N° 764 - aout-septembre 2010. d  

    Campagne double : Le décret (restrictif) a été publié
     

    Le Journal officiel n° 0174 du 30 juillet 2010 a publié le décret n° 2010290 (daté du 29 juillet) portant attribution du bénéfice de la campagne double aux anciens combattants en Afrique du Nord. Outre que ce décret paraît près de 42 ans après la fin de la guerre d’Algérie, son contenu semble justifier - hélas ! - les réserves qui étaient nôtres lors de la parution de la décision du Conseil d’État justement saisi par nos camarades de I’ANCAC.

    Il aura donc fallu que le gouvernement soit condamné par le Conseil d’État pour être contraint à respecter la loi ; tout comme il a fallu que le Conseil constitutionnel condamne ce même gouvernement quant à la décristallisation des pensions militaires de retraite attribuées aux anciens combattants des ex-pays coloniaux. Ces deux condamnations en disent long quant aux refus du gouvernement de faire justice aux ACVG, contrairement à ses discours d’autosatisfaction.

    Le droit à campagne double est un droit à réparation reconnu par la loi au bénéfice des AC fonctionnaires, travailleurs de l’État et assimilés. Il s’applique au nombre de leurs annuités en matière de retraite professionnelle, permettant ainsi de compenser la perte d’évolutions de carrière auxquelles leurs collègues non-mobilisés ont eu accès durant la période où eux, anciens combattants, étaient « sur le pied de guerre ». Jusqu’ici, seuls les fonctionnaires AC de la guerre en Afrique du Nord (1952-1962) en étaient exclus, leurs « anciens » de 1914-1918, 1939-1945, de Corée, d’Indochine, de Suez et de Madagascar en ayant bénéficié, ainsi que, plus récemment, ceux de la guerre du Golfe du début des années 1990.

    Des aspects restrictifs

    Le gouvernement fait payer aux AC son refus de reconnaître la guerre d’Algérie avant 1999 : le décret concerne les pensions de retraite liquidées à compter du 19 octobre 1999 (date de la reconnaissance officielle de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie) et n’ouvrent droit à aucun intérêt de retard (article 3).

    Or, les fonctionnaires, selon la qualification de leur profession, partaient en retraite à 55 ou 6o ans. Ceux qui avaient 20 ans de 1952à 1958 ont donc pu liquider leur retraite professionnelle de 1992 à 1998, y compris une partie de ceux de la classe 1959… Il pourrait donc y avoir au moins 7 à 8 classes d’âges dont les retraites, prises avant la date du 19 octobre 1999, ne seraient pas concernées par ce décret, seules les classes 1960, 1961,1962 (en partie pour celle-ci) étant en mesure de bénéficier de la campagne double, leur retraite ayant été prise à partir de l’an 200o… Encore que ceux de ces classes partis à 55 ans (conducteurs SNCF, RATP, lignards EDF…), soit en 1995, 1996, 1997, risquent aussi d’en être exclus !

    En fait, le gouvernement fait payer à ces anciens combattants sa propre faute, le propre refus de l’État de reconnaître la guerre d’Algérie durant 37 années, jusqu’en 1999, et de cela, les AC concernés ne sont pas responsables et n’ont pas à en supporter les conséquences. L’attribution de la campagne double devrait donc être automatique à toutes les retraites professionnelles des AC concernés, quelle que soit la date à laquelle ils ont bénéficié de celles-ci.

    Un mode de calcul inacceptable

    En effet, le décret accorde la campagne double « pour toute journée durant laquelle les appelés et les militaires (…) ont pris part à une action de feu ou de combat, ou ont subi le feu (… ) établie par les archives collectives de l’unité à laquelle les intéressés appartenaient ou étaient rattachés » (article 2). Un tel processus est injuste, lourd et lent. Il est fondamentalement injuste car il renvoie aux premiers critères d’attribution de la carte du combattant (actions de feu ou de combat), alors que la possession de cette carte n’est pas obligatoire pour le bénéfice de la campagne double.

    De plus, un calcul par journée selon les archives est une tâche lourde et d’autant plus lente que les services historiques de l’Armée (détenteurs des journaux de marche des unités) n’ont plus les appelés du contingent pour s’atteler à cette mission. Rappelons qu’en son temps, le ministre des AC, Jacques Floch, avait rejeté ce processus quant aux critères d’attribution de la carte du combattant, le déclarant impossible avec les moyens d’alors.

    Une exigence s’impose donc : celle d’accorder la campagne double sur les mêmes bases que celles utilisées à l’époque par le gouvernement quant à la guerre d’Indochine. A savoir : « La campagne double est attribuée à tous les militaires pour le temps de leur séjour en Algérie, en Tunisie ou au Maroc entre le 1erjanvier 1952 et le 2 juillet 1962 ». Et cette mesure doit s’appliquer à tous les AC concernés, quelle que soit la date à laquelle ils aient fait valoir leur droit à la retraite professionnelle. Voilà quelques premières réactions de l’ARAC sur lesquelles nous reviendrons plus en détail, car d’autres problèmes doivent sans doute exister qui méritent d’être soulevés.

    André Filière

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      N° 764 - aout-septembre 2010. e  

    AUGMENTATION DES RETRAITES du combattant
     

    Depuis le 1er juillet 2010, et conformément à la loi de finances adoptée par le Parlement, le nombre de points d’indice affectés au calcul de la retraite du combattant est passé de 41 à 43. Par conséquent, le nouveau montant annuel de cette retraite s’élèvera à 589,96 euros.

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      N° 764 - aout-septembre 2010. f  

    Droit à réparation : La réforme ne passe pas !
     

    Après avoir pris acte et analysé « une situation jugée sérieuse, voire grave », les présidents des huit UDAC (Union départementale des anciens combattants) de l’Ile-de-France ont ensemble rédigé un texte qui, selon l’ARAC, est « d’une extrême importance pour l’union et l’action coordonnée du mouvement combattant sur une région » (départements : 75,77, 78, 91, 92, 93, 94, 95).

    Sous le titre : « A des promesses succèdent des périls… Le droit à réparation est en grave danger ! », le document décrit les « différents aspects de la dégradation » de l’exercice du droit à réparation, stig-matise « la brutalité avec laquelle la Révision générale des politiques publiques » (RGPP) lancée en 2007, promulguée par décrets les 12/12/2007, puis les 4/4 et 11/06/2007, « a été appliquée au monde combattant ! »

    Ce constat, mis en parallèle avec les engagements que Nicolas Sarkozy adressa le 2 avril 2007 à l’UFAC, alors qu’il était candidat à la Présidence de la République, a mis en évidence une inacceptable réalité… Extraits d’engagements :

    « La reconnaissance de la Nation, c’est la garantie de l’existence des droits spécifiques des anciens combattant, (… ) je n’ai pas l’intention de revenir sur l’ensemble du droit existant… La reconnaissance, c’est le devoir de solidarité nationale qui s’exprime dans l’attribution nécessaire et équitable des pensions de réparation » (inobservée depuis des décennies, la loi afférente à l’évolution de la valeur du point d’indice - rapport constant - affiche aujourd’hui un retard de 43 % ! )

    « Une de vos revendications « la bonification pour campagne double » aux anciens combattants d’Afrique du Nord est toujours à l’étude. Je veillerai à ce que l’on aboutisse à un résultat satisfaisant et équilibré » : aucun résultat à ce jour… « S’agissant de la rente mutualiste je sais que le monde combattant est attaché à atteindre l’indice 130 et vous pouvez compter sur ma détermination pour faire avancer cette revendication » : annonce non tenue !

    Le texte signé par les huit présidents note également que « la promesse de porter de 37à 48 points la retraite du combattant en 2012 avec l’attribution de deux points de Pension militaire d’invalidité (PMI) par an est observée, bien que cette majoration soit systématiquement appliquée au 1" juillet de chaque année, pénalisant ainsi les anciens combattants de 6 mois d’augmentation et instituant une pratique ambiguë de fonctionnement budgétaire permettant de commencer l’année … le 1er juillet ! ».

    « Les UDAC relèvent que, depuis des décennies, les crédits affectés au budget des AC sont systématiquement indexés à la baisse démographique des AC et non à l’application prioritaire des lois fondatrices du droit à réparation… ».

    « Les UDAC rappellent que nos aînés, combattants rescapés, veuves, orphelins, ont acquis le droit à réparation - loi du 31 mars 1919-fondatrice et imprescriptible, suivie d’autres lois qui, établissant son exercice, furent adoptées par le Législateur à la suite de la Première et Seconde Guerre mondiale ». L’ARAC, destinataire de la lettre (1), appelle ses militants et militantes à s’en saisir, à la populariser, à développer partout l’action unie, sous toutes ses formes.

    Ce n’est pas dans l’esprit équivoque de cette « réforme » que doit s’élaborer le projet de budget 2011 des Anciens Combattants mais dans le respect des lois afférentes au droit à réparation et, prioritairement, la satisfaction des engagements de Nicolas Sarkozy.

    Vigilance, oui, vigilance !

    (1) La lettre des huit présidents est disponible : écrire au Réveil.

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      N° 764 - aout-septembre 2010. g  

    Victimes des essais nucléaires : Mise en place du Comité d’indemnisation
     

    Un arrêté du 3 août 2010 a nommé pour trois ans les membres du Comité pour l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

    Ce sont, au titre du ministère de la Défense, le professeur André Aurengo et M. Roland Masse ; au titre du ministère de la Santé, les docteurs Dominique Choudat et Jean-Marc Cosset ; au titre conjoint des deux ministères précédents, le professeur Daniel Rougé, le docteur Guy Kantor et Mme Marguerite Pélier, magistrate honoraire, qui assurera la vice-présidence du Comité. Soulignons, ce que nous considérons comme inadmissible, que ce Comité d’indemnisation ne comprend aucun représentant des victimes ou de leurs associations, dont l’Association des victimes des essais nucléaires (AVEN) dont l’ARAC soutient l’action pour un véritable droit à réparation.

    Parallèlement le décret n° 2010-86o du 23 juillet 2010 a porté création, par le ministère de la Défense, d’un traitement automatisé de données à caractère personnel nommé « Indemnisation des victimes des essais nucléaires ». Il définit les catégories d’information et de données personnelles qui seront enregistrées, ainsi que les agents qui y auront accès.

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      N° 764 - aout-septembre 2010. h  

    Audin, la disparition
     

    Un documentaire de François Demerliac, diffusé sur la chaîne Public Sénat.

    L’affaire Maurice Audin, qui remonte à plus de cinquante ans, est aujourd’hui presque inconnue ; elle appartient à une période de notre histoire couverte par l’amnistie et l’amnésie.

    Maurice Audin, mathématicien et militant contre la guerre d’Algérie, arrêté par des militaires français alors qu’il n’avait que 25 ans, a disparu à Alger en 1957. Après plus de cinquante ans d’enquête, la justice française a refermé ce dossier sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Alger en revanche a commémoré cette année encore la disparition de Maurice Audin.

    Une enquête inédite, intitulée Audin la disparition, comportant des témoignages de sa veuve Josette Audin, de l’historien Pierre Vidal-Naquet, de l’ancien ministre Robert Badinter et du journaliste Henri Alleg, a été diffusée en juillet dernier sur la chaîne Public Sénat. Le documentaire est maintenant disponible en DVD.

    L’affaire Audin

    En pleine bataille d’Alger, Maurice Audin est arrêté chez lui, sur dénonciation, le Io juin 1957, par des parachutistes français chargés du maintien de l’ordre. Sa femme, Josette, et ses trois jeunes enfants ne le reverront plus jamais. Il est mort sous la torture, vraisemblablement le 21 juin 1957 ; entre les deux dates du Io et du 27 juin 1957, un des rares témoins à l’avoir rencontré est Henri Alleg, journaliste, arrêté et torturé lui aussi ; il est l’auteur d’un livre de témoignages sur la torture, La Question.

    Qui était Maurice Audin ? Un jeune mathématicien algérois, assistant de mathématiques à l’université d’Alger, militant de la cause anticolonialiste, communiste. Il luttait pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il avait entrepris, dans des conditions difficiles, la rédaction de sa thèse qu’il devait soutenir. Pour mettre au point le déroulement de la soutenance, qui ne pouvait se faire qu’à Paris, sur les conseils de son directeur de recherches, René De Possel, il était venu à Paris rencontrer Laurent Schwartz qui, après examen du travail de recherche de Maurice Audin, avait demandé quelques modifications tout en acceptant le projet de soutenance à brève échéance.

    Dès qu’elle a le pressentiment de la mort de Maurice, Josette Audin informe Laurent Schwartz de la disparition de son mari. Laurent Schwartz essaie de s’informer, mais devant le mutisme ou les mensonges des autorités politiques et militaires de l’époque, il décide avec le soutien de quelques intellectuels de lancer, au second semestre de l’année 1957, le Comité Audin dont l’un des objectifs est de connaître la vérité sur la mort de Maurice. L’un des animateurs de ce comité, Pierre Vidal-Naquet, a écrit plusieurs ouvrages sur l’affaire Audin et la torture en Algérie. Quelques informations distillées par les autorités civiles et militaires de l’époque laissent supposer que Maurice Audin se serait « évadé » au cours d’un transfert. Aujourd’hui, la thèse officielle sur la disparition de Maurice est toujours celle de l’évasion !

    Source : la section de Toulon de la Ligue des droits de l’homme

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      N° 764 - aout-septembre 2010. i  

    Décristallisation : Où en est le gouvernement ?
     

    Le 29 mai dernier, la presse par des « Unes » fracassantes, annonçait la condamnation du gouvernement, prononcée par le Conseil constitutionnel, qui lui enjoignait de payer les pensions militaires des ex-colonies françaises au même taux que celles des « métropolitaines ». Le même jour, le secrétaire d’État aux Anciens Combattants, M. Hubert Falco, publiait un communiqué vigoureux prenant acte de cette décision et déclarant qu’il « s’emploiera à rédiger de nouvelles dispositions législatives ( ) afin de faire respecter le principe d’égalité ». Que ne l’a-t-il fait auparavant, par exemple en même temps que furent « décristallisées », en 2007, les pensions et les retraites des anciens combattants des ex-pays coloniaux ? C’est sans doute qu’il n’y a pas de petits profits et que trois ans de répit… c’est toujours ça de gagné ! Mais quel gouvernement avons-nous là, qui ne se résout à rendre justice et égalité que contraint et forcé, lorsqu’il est publiquement condamné, ici par le Conseil constitutionnel, hier par le Conseil d’État pour le bénéfice de campagne double de guerre. Et encore ! Le décret publié pour l’application de la campagne double est tellement restrictif qu’il est inacceptable et rejeté par le mouvement ancien combattant.

    Quant à la « décristallisation »… Décret ? Loi ? Mutisme et secret sont à l’ordre du jour. Cela sera-t-il dans le cadre du budget pour 2011 ? Ou bien une mesure spéciale ? Pour quand ?

    L’ombre du remaniement ministériel rend muets tous nos ministres… Attendre devient leur maître mot, y compris pour que le Conseil d’État se prononce quant aux critères d’attribution de la carte du combattant aux OPEX.

    De la lassitude peut jaillir la colère, quand, ainsi que viennent de l’écrire les huit UDAC de la région parisienne, « Ça ne passe plus ! »

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      N° 764 - aout-septembre 2010. j  

    Livres
     
    Les combats et l’honneur des Forces navales françaises libres (1940-1944)

    Étienne et Alain Schlumberger - Ed. Le Cherche Midi - 24 euros

    Étienne a 91 ans… En juin 194o, il a rejoint Londres et s’est engagé dans les Forces navales françaises libres, au sein desquelles il a servi comme second du commandant, notamment sur le sous-marin « Junon ». Jugé par l’État français de Vichy et le tribunal militaire de Toulon, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité pour désertion et trahison (comme Honoré d’Estienne d’Orves).

    Figures de Résistants

    Pendant tout l’été, le journal l’Humanité a publié des portraits de résistants connus et méconnus.

    Il s’agit de documents qui prennent leur place dans la bataille de la mémoire aujourd’hui et montrent que des femmes et des hommes de toute obédience politique, syndicale, professionnelle, confessionnelle et de toutes catégories sociales se sont opposés avec courage à l’occupant et à ses sbires. L’Humanité a regroupé tous ces témoignages dans un document que vous pouvez vous procurer au siège du journal.

    Français libres

    Jean-François Murraddiole - Ed. Taillandier - 25 euros

    Ils furent 52 200 combattants, dont 16o femmes, ralliés au général de Gaulle à Londres, entre le 18 juin 194o et le 31 juillet 1943. Souvent très jeunes, catholiques, protestants, francs-maçons, juifs de métropole ou d’Afrique du Nord, Espagnols, Polonais, Belges, Allemands antifascistes sont mêlés dans l’épopée.

    Au départ, les pêcheurs de l’île de Sein et les ouvriers des arsenaux bretons ne forment pas une « population » homogène avec les « indigènes » coloniaux ralliés, parfois plus de force que de gré, selon le ralliement de telle ou telle province coloniale. Pourtant, fraternité et héroïsme vont les souder dans la dure condition des combats, pour une solde dérisoire, dans l’extrême chaleur ou le froid intense. Et les pertes humaines sont lourdes, autant chez les officiers que parmi les hommes du rang.

    Mais ce livre a aussi le grand mérite de soulever le voile trop souvent hermétique pesant sur des sujets tabous. Ainsi, les « indigènes » : à l’été 1943, les Américains refusent de rééquiper et d’armer la 2e DB de Lederc, tant que les tirailleurs sénégalais n’en auront pas été écartés. Viendra ensuite le « blanchiment » des armées FFL avec, en 1944, le renvoi de 6 000 soldats africains. Sont évoquées également les exactions commises en 1944 par des éléments du corps expéditionnaire français en Italie. De même, l’ostracisme exercé par certains officiers supérieurs (anciens pétainistes ou giraudistes) à l’égard des Français libres. Pour conclure son livre, l’auteur évoque le destin de ces FFL après la victoire. Pour certains, les colonies, pour d’autres, des postes essentiels dans l’armée, la haute fonction publique, la diplomatie, la recherche, le monde de la culture ou de l’art, si ce n’est au sein de grandes sociétés nationales tels l’énergie, les transports, le nucléaire, l’aéronautique, l’informatique en création… Pour ceux-là, « le dessus du panier » car de Gaulle, reconnaissant, les met en place en vue d’affirmer l’indépendance de la France. Pour les autres, pêcheurs retournés à la pêche, ouvriers dans les usines, agriculteurs aux champs, officiers républicains rassemblés et confinés sans commandement à Versailles, il leur est resté la mémoire de la grande aventure vécue, celle que nous ne devons pas oublier.

    Je suis le dernier juif

    Treblinka 1942-1943

    Chil Rajchman - Préface de Annette Wiervorka - Ed. Les Arènes -14,80 €

    Treblinka, en Pologne. L’un des camps de la mort nazie parmi les plus terribles. 75o 000 juifs y furent envoyés pour la « solution finale ». 57 survivants seulement échappèrent aux chambres à gaz. Chil Rajchman a 28 ans quand il est déporté à Treblinka en novembre 1942. Séparé de ses compagnons à la descente des wagons à bestiaux, il va survivre en étant tour à tour trieur des vêtements des morts, coiffeur des survivants, porteur de cadavres ou « dentiste » arrachant les dents en or des cadavres que les nazis récupèrent. Le 2 août 1943, il participe au soulèvement du camp, réprimé avec férocité, et s’évade. Après plusieurs mois d’errance dans les bois et les campagnes, un ami l’héberge clandestinement à Varsovie.

    Après l’insurrection de la ville, il passera trois mois et demi dans un bunker, jusqu’au 17 janvier 1945. « J’ai survécu et je suis libre, mais à quoi bon ? Pour raconter l’assassinat de millions de victimes inno-centes, pour témoigner d’un sang innocent versé par ces assassins, pour témoigner de ce grand abattoir : Treblinka. »

    Le texte de Chil Rajchman est publié pour la première fois et il est unique, parce qu’écrit dans l’urgence, avant même la victoire sur le nazisme. Emigré fin 1946 en Uruguay, Chil Rajchman a témoigné à plusieurs procès de S S, toujours en se référant à ce texte. Il est mort en 2004 à Montevideo en demandant à sa famille de le publier.

    Regards dans la tourmente

    Tulle 1939-1945, le Limousin sous l’occupation

    Pierrette Amal - Les Ed. de la Veytizou 24,90 euros

    L’auteur, infirmière, est affectée à la Manufacture d’armes de Tulle en septembre 1939. Elle y sera témoin des atrocités nazies et de l’apogée criminelle de juin 1944. Elle-même échappera de justesse au sort fatal que lui réservaient en juillet 1944 les miliciens français et le nazi Walter. Un poignant récit des pendaisons commises par les nazis dans les rues de Tulle, aux balcons, aux réverbères, atrocités auxquelles s’opposent le courage et la générosité anonyme de certains habitants.

    HHhH

    Laurent Binet, prix Goncourt du premier roman - Ed. Grasset - 20,90 €

    Ce n’est pas nom d’un nouveau virus… Encore que ces initiales furent fortement mortifères car elles abrègent « Himmler Hirn Heibt Heydrich », c’est-à dire « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich », comme on disait chez les SS. D’emblée, le terrible décor est dressé : Prague 1942… Deux hommes doivent en tuer un troisième. C’est l’opération « Anthropoïde », où deux parachutistes tchécoslovaques sont envoyés par Londres tuer Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale (extermination des juifs), autrement dit « le bourreau de Prague », « la tête blonde », « l’homme le plus dangereux du III’ Reich ». Tous les personnages du livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés sont authentiques.

    Mais derrière l’histoire de guerre, un autre combat se profile : celui du romancier en prise avec l’histoire et la tentation si facile de la romancer.

    Margueritte

    Christian Langeois - Ed. du Cherche Midi -18 euros

    Biographie de Marguerite Buffard-Flavien 1912-1944 : itinéraire d’une vie brisée ; celle de l’élève de l’École normale supérieure de Sèvres, devenue professeur de philosophie, combattante antifasciste dès 1934, révoquée de l’Éducation nationale en 1939 parce que communiste et qui vit le sol s’effondrer sous ses pieds. Mari prisonnier, isolée et exclue du PCF, elle est internée en 1942 au camp de femmes de Monts, près de Tours. Menant la révolte contre la mauvaise nourriture, elle est transférée à Mérignac, près de Bordeaux, dont elle s’évade en décembre 1943 pour rejoindre la Résistance à Lyon. Agent de renseignement FTPF, elle est arrêtée par la milice le 10 juin 1944. Le 13 juin, par crainte de parler sous la torture, elle se jette par la fenêtre du 3e étage du siège de la milice, rue Sainte-Hélène, et meurt le jour même sans avoir parlé. Quel souvenir nous reste-t-il ? Une simple plaque, rue Sainte-Hélène. Merci de nous avoir restitué sa mémoire.

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      N° 764 - aout-septembre 2010. k  

    LE CAHIER MEMOIRE : Marie-Claude Vaillant-Couturier : Son action après 1945
     

     

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    Edito par Paul Markidés
     

    Voici donc la seconde partie de l’interview de Marie-Claude Vaillant-Couturier réalisée par notre ami l’historien Claude Willard annoncée lors de notre édition de juin-juillet.

    Il relate la vie et l’action de Marie-Claude Vaillant-Couturier de mai 1945 à mai 1956. Là s’arrête la conversation entre l’historien et la militante. Mais l’action de cette dernière se poursuivit par la suite avec la même détermination.

    Marie-Claude Vaillant-Couturier libérée s’engagea d’abord pour obtenir que justice soit rendue et que les criminels nazis paient leurs crimes, d’où le témoignage qu’elle présenta au procès de Nuremberg. Elle consacra aussi un temps important à la cause des femmes et devint dirigeante de l’Union des femmes françaises (UFF) et, en 1945, elle est élue secrétaire générale de la Fédération démocratique internationale des femmes (F D I F) .

    Marie-Claude Vaillant-Couturier apporte aussi son concours à la vie et à l’action du Parti communiste français dont elle est membre du Comité central et qu’elle représente d’abord à l’Assemblée constituante. Plus tard elle sera élue députée à l’Assemblée nationale. Par cela même, elle montre son souci permanent des intérêts populaires.

    Mais son investissement le plus lourd durant cette période allant de 1945 à1956, elle le portera sur l’action pour les femmes et pour la paix. Ce qui l’a conduit à parcourir toute la planète. En fait, Marie-Claude Vaillant-Couturier confirmera, dès son retour de captivité, sa volonté de consacrer sa vie au service de l’humain. Elle en fera l’objet principal de son existence.

     

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    Suite de l’interview de Marie-Claude Vaillant-Couturier réalisée par Claude Willard en 1983
     

    Claude Willard : La Libération, ensuite ?

    Marie-Claude Vaillant-Couturier : Oui, par l’Année rouge, début mai 1945. Viennent ensuite à notre aide des prisonniers de guerre français, notamment le neveu de d’Astier, le lieutenant Jean d’Astier de la Vigerie, puis le général Allard et le fils de Rémi Roure, à la recherche, le premier de sa femme, le second de sa mère ; mais l’une et l’autre sont mortes. Le fils de Rémi Roure se suicide à la grenade et, quand Rémi Roure arrive, nous devons lui apprendre la double tragédie.

    C.W. : Dans Le Monde du 16 juin, ce grand journaliste te rend un hommage vibrant : « Une femme admirable dont on ne dira jamais assez le dévouement, Mme Vaillant-Couturier n’a pas voulu revenir, après 18 mois d’Auschwitz et des mois et des mois de Ravensbrück, tant qu’il restera là-bas un de ses compatriotes. A plusieurs reprises, on l’en a priée. « Non, dit-elle, si je partais, ils se croiraient encore plus abandonnés ». Chaque jour, cette magnifique Française parcourt les blocks, relève les courages, donne de l’espoir qui n’est trop souvent que de l’illusion. Le mot de sainteté vient à l’esprit quand on voit cette grande sœur de la Charité auprès de ces hommes et de ces femmes dont plusieurs meurent chaque jour ».

    M.C.V.C. : Le rapatriement se fait assez. Je ne veux ni ne puis rentrer avant l’évacuation complète du camp, car je suis la seule Française qui sache le russe je peux servir d’interprète entre les services sanitaires de l’Armée rouge et les malades françaises.

    Le 25 juin, j’embarque à l’aéroport de Berlin et arrive au Bourget où personne n’est prévenu de mon retour. J’en suis finalement heureuse car, seule, je peux savourer pleinement la joie d’être en France, de respirer à pleins poumons l’air de France. J’en conserve un souvenir inoubliable. Émile Valley, secrétaire général de Mauthausen, qui attend des déportés, me propose de me conduire à Paris au siège du Comité central du Parti communiste débarque au 44 rue Le Pelletier, tombe sur Maurice Thorez, Jeannette et Laurent Casanova qui me font fête. Ne soupçonnant nullement que j’arrive directement du Bourget, personne ne me parle de Pierre (1). Je gamberge : est-il mort ? A-t-il refait sa vie ? C’est mon père, que Maurice Thorez a vu il y a quelques jours auparavant, qui prévient Pierre. Ni Thomas (2), ni moi ne nous reconnaissons : j’ai quitté un bambin de 4 ans et je retrouve un garçon de 8 ans. Le lendemain, 28juin, ouverture du Xe Congrès national du PCF. Encore vidée et nullement dans le bain, je nage en plein brouillard.

    C.W. : Pierre est élu au Comité central et toi, suppléante.

    M.C.V.C. : J’apprends aussi que j’ai été cooptée comme membre de l’Assemblée consultative, mais qui bientôt ne siège plus. Après une intervention chirurgicale, je pars 15 jours avec Thomas en convalescence, en Savoie, chez Françoise Leclercq, à Notre-Dame-de-Bellecombe. Je reviens en août. Outre plusieurs conférences sur les camps nazis, je suis absorbée par le Comité d’initiative pour le ter congrès international des femmes. Secrétaire générale de ce comité, Nicole de Barry et, parmi ses animatrices, Odette Dugué (3) et Simone Bertrand (4). Ce travail me passionne. Ayant appartenue au Comité international de la Résistance d’Auschwitz et de Ravensbrück, je suis particulièrement sensibilisée par cette solidarité internationale. A Ravensbrück, nous ressentions fortement la nécessité de créer, après la guerre, une organisation internationale des femmes… Dès ce moment et jusqu’à maintenant, à mes yeux le problème de la paix prime tous les autres.

    C.W : Avant le congrès international des femmes, tu es réélue député à l’Assemblée constituante, le 2i octobre 1945, dans le 4e secteur de la Seine, sur une liste que conduit Maurice Thorez.

    M.C.V.C. : Je participe activement à la campagne. Mais l’essentiel de mon temps est consacré à l’Union des Femmes Françaises (UFF) et à son congrès mondial … où je suis élue secrétaire générale.

    C.W. : Trois semaines plus tard, le 20 décembre 1945, tu es décorée de la Légion d’honneur avec la citation suivante : « Arrêtée pour fait de résistance est déportée à Auschwitz le 22 novembre 1942, puis à Ravensbrück, après avoir, pendant la captivité, soutenu ses compagnes par son exemple et l’aide qu’elle leur apportait, a fait preuve du plus beau dévouement, après la libération du camp, en y restant volontairement pour assurer les soins aux malades et leur rapatriement, jusqu’au jour où ils ont été tous évacués. »

    M.C.V.C. : Décorée à titre militaire par le général Legentilhomme, aux Invalides, sur le front des troupes.

    Obtenir justice

    C.W. : Le 26 janvier 1946, tu es appelée à témoigner au procès historique de Nüremberg.(5)

    M.C.V.C. : Oui, à la demande d’un des procureurs, Dubost, ami de Pierre.

    Dans ce royaume de l’horreur qu’était Auschwitz, dans cette machine à broyer les corps et les âmes, je me souviens avoir dit à une amie : « Si quelques-uns sortent vivants d’ici et racontent ce qu’ils ont vécu, personne ne pourra les croire. Et pourtant… ! » Je reflétais là un sentiment très général : un des mobiles de survie des déportés était la volonté que le monde sache, que tant de crimes ne restent ni inconnus ni impunis. Je me dis quej ’ai enfin l’occasion de parler au nom de toutes, notamment des mortes. Pour gagner le banc des témoins, je passe devant les principaux dignitaires nazis, en particulier Goering : je me paye le luxe de passer très lentement devant eux, regardant chacun dans le blanc des yeux, pensant : « Par mes yeux, ce sont des millions de morts qui vous accusent ! ». Le président du tribunal, le lord Justice Lawrence, qui redoute un moment que je leur crache à la figure, décide que désormais les témoins entreront directement dans le box. En m’asseyant à la barre, je me dis : « Je parle pour toutes celles qui ne sont plus là. Pourvu que je n’oublie rien. » Et j’évoque les expériences sur les cobayes humains, à Auschwitz les stérilisations, à Ravensbrück les microbes inoculés aux jeunes Polonaises que cyniquement ils baptisent « lapins ». Je rappelle les exterminations massives par chambre à gaz ou piqûres mortelles. Je décris le « jugendlâger » (6) où vieilles et malades subissent l’appel durant des heu-res, dans la neige et le froid, à moitié nues, sans nourriture, jusqu’à ce que souvent mort s’ensuive.

    Au service de la justice, des femmes et de la paix

    C.W. : Pendant plusieurs années, tu exerces les fonctions de secrétaire générale de la nouvelle Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), de membre du Comité central du PCF et de député. Quelle est ton activité de secrétaire générale de la FDIF ?

    M.C.V.C. : Nous essayons de développer et de coordonner les campagnes sur les grands thèmes qu’a dégagés le congrès constitutif A ce congrès, nous avions fait le serment de lutter pour anéantir complètement le fascisme, créer une paix juste et durable, pour garantir le bonheur de nos enfants et de nos familles… Au nom de la FDIF, je fais, en septembre 1946, un long périple en Amérique latine…

    La F D I F se développe à son 2e congrès à Budapest (1er au 6 décembre 1948), congrès marqué à la fois par une volonté d’élargissement et par le sceau du sectarisme. Élargissement de notre audience à de nombreux pays, mais mise à l’index des Yougoslaves, à la suite de la condamnation du "titisme" par le Kominform (7) : les déléguées yougoslaves avaient distribué du matériel de propagande et, à l’instigation de Jeannette, nous sommes allées le leur rapporter avec une certaine rudesse. Manichéisme enfin, reflétant, dans notre style, le rapport Jdanov sur les deux camps (8).

    C.W. : Que penses-tu sur le coup de l’exclusion des Yougoslaves ?

    M.C.V.C. : J’avais connu des Yougoslaves dans les camps et elles s’étaient conduites comme nous. Certes, j’éprouvais le sentiment que la rupture avec la Yougoslavie de Tito portait préjudice au mouvement communiste international. Mais ma réflexion s’arrêtait là. Je n’avais nul élément qui me permette de douter du bien-fondé de la position et du Kominform et du PCF.

    Quel que soit ce sectarisme, la FDIF œuvre efficacement pour les droits des femmes, le bonheur des enfants, pour la paix, avec la tendance, légitime à mes yeux, de privilégier la lutte contre les dangers de la guerre. Car la démocratie, y compris l’extension des droits de la femme, la possibilité pour chaque enfant d’un développement harmonieux, passe par la paix. Ceci dit, je comprends fort bien qu’il y ait des femmes qui s’intéressent plus que moi, et de façon prioritaire, aux droits de la femme et aux problèmes de l’enfance.

    La cause des femmes

    C.W. : Tu ne te sens alors nullement « féministe » ?

    M.C.V.C. : Ceci s’explique en grande partie par ma vie elle-même. J’ai toujours pu ou su garder une grande indépendance. Par exemple, lorsque je vivais avec Vaillant-Couturier, je ne voulais pas prendre son nom et, même mariée, s’il avait vécu, j’aurais conservé mon nom de jeune fille. J’ai fait un métier d’homme, travaillant avec des hommes.

    Certes,j’ai pris conscience d’une certaine discrimination lorsque la Fédération syndicale du Livre, en 1938, regimba contre mon emploi de reporter-photographe. Mais je ne discerne pas clairement, et ce jusqu’à une date relativement récente, que les femmes sont victimes d’exploitations spécifiques variées. Pour moi, je me répète, la paix constitue le problème décisif.

    C.W. : Certains historiens mettent l’accent sur le rôle modeste des femmes dans la direction du PCF.

    M.C.V.C. : Je ne le ressens absolument pas à l’époque. D’ailleurs, la place des femmes est plus importante dans notre parti que dans les autres … Comme membre du Comité central, je suis plusieurs fédérations. D’abord, la Haute-Savoie : là se pose crûment le problème des armes. Quand j’explique à certains camarades qu’il n’est plus question de jouer à la guerre et qu’entreposer des armes prête à toutes les provocations, j’ai le sentiment de prêcher dans le désert. Je suis ensuite envoyée, parce queje sais l’allemand, en Moselle et en Alsace. Là, des problèmes singulièrement délicats, celui des Malgré-Nous (9) et la très forte animosité entre ceux qui ont participé à la Résistance et les autres. Il ne faut pas tout casser…

    Députée au contact des populations

    C.W. : Ton activité comme députée ?

    M.C.V.C. : Nous étions alors 180 députés communistes et j’étais plus souvent à la FDIF qu’à l’Assemblée nationale. Je ne suis devenue pleinement parlementaire qu’après mon retour de Berlin : mon principal centre d’intérêt, comme député, est le contact humain avec les populations de la banlieue sud que je représente. J’essaye de défendre leurs revendications. Je me penche donc sur les problèmes sociaux. Par ailleurs, toujours préoccupée par les problèmes de la paix, je siège aux commissions de la Défense nationale et des Affaires étrangères…

    C.W. : Te souviens-tu de tes réactions à l’éviction, en 1947, des ministres communistes ?

    M.C.V.C. : Une réaction première dominée parle soulagement de nous voir enfin dégagés du bourbier de la guerre d’Indochine.

    C.W. : Et quelle est ton action et celle de la FDIF contre cette nouvelle guerre coloniale ?

    M.C.V.C. : Au Parlement, j’interviens à deux reprises, insistant surtout sur le drame de ces femmes dont le fils ou le mari combat pour une mauvaise cause. Je participe à plusieurs manifestations, dont certaines violemment réprimées. Et je suis citée comme témoin du procès de Raymonde Dien (10). Le comité exécutif de la FDIF, réuni à Moscou du 15 au 19 novembre 1949, parmi les principaux points à l’ordre du jour, organise la riposte internationale des femmes à la guerre du Vietnam.

    Militante globe-trotter

    C.W. : Le gouvernement Pleven expulse la FDIF en janvier 1951.

    M.C.V.C. : Nous discutons de notre point de chute. Berlin-Est propose de nous accueillir. Je soutiens avec vigueur cette offre : au milieu des rui-nes de Berlin, ne sommes-nous pas au cceur des problèmes de la paix et de la guerre ?

    Jacques Duclos, qui préside le groupe parlementaire communiste, est d’accord pour que je m’installe à Berlin, à la condition que je séjourne une semaine par mois à Paris. Condition qui, sur le moment, m’agrée fort ; je peux faire un travail qui me passionne, vivre à quart temps avec Pierre et Thomas, enfin ne pas être coupée des réalités de la vie française. Avec le recul du temps, je le regrette car, sans cette condition posée par Jacques, je n’aurais pas été à Berlin. Il faut vraiment être de la délicatesse de Pierre, avec son si profond respect de la vie de l’autre, pour accepter qu’une telle situation se prolonge quatre ans. Et ceci de ma faute : si Eugénie Cotton et Nina Popova insistent beaucoup, personne ne m’impose d’aller et encore moins de rester à Berlin. Et, s’il est une chose de ma vie que je ne referais pas, c’est bien celle-là : car, pour Thomas, qui a 13 ans, il n’est ni sain ni normal d’avoir un père député de l’Allier souvent dans sa circonscription et une mère vivant trois semaines par mois à Berlin. Il en a souffert.

    C.W. : Comment trouves-tu Berlin en 1951 ?

    M.C.V.C. : Une vision apocalyptique ! Un champ de décombres. Les équipes de « volontaires » plus ou moins obligatoires, après le travail, déblayent les ruines. Comme les autres organisations ayant leur siège ici, le personnel de la FDIF participe à cette mesure de première urgence. Un soir d’hiver, dans le froid et la neige, resurgit avec force un souvenir enfoui : passant des briques, brusquement, au contact de mes doigts, je me retrouve à Auschwitz lorsque, à la lumière des miradors, les S S me forcent à transporter des briques. Et je mesure le chemin parcouru. Si, en 1943, on m’avait dit que, volontairement, je participerais, si modestement que ce soit, à la reconstruction de Berlin, j’aurais été abasourdie. Nos conditions de vie sont relativement favorables. Le siège de la FDIF est Unter den Linden et nous résidons dans un quartier résidentiel de Berlin-Est, où sont vacants des logements dont les propriétaires ont fui à l’Ouest.

    C.W. : Es-tu là, le 17 juin 1953, lorsque grèves et manifestations sont durement réprimées ?

    M.C.V.C. : Non, je suis à Paris. Mais je ne suis nullement surprise par ces événements. Les conditions dramatiques de vie, surtout de logement, mais aussi les bas salaires, le rationnement, accumulent un stock explosif de mécontentement. Sur lequel se greffe le ressentiment d’être « occupé » : parlant des Soviétiques, les dirigeants disent « nos amis » mais les chauffeurs « les troupes d’occupation ».

    En 1953, je trouve que ma double vie a suffisamment duré. J’obtiens d’être remplacée après le congrès de Copenhague par l’Italienne Carmen Zanti, avec qui j’ai travaillé en pleine harmonie tant à Paris qu’à Berlin. Mais à la dernière minute, Carmen sent comme moi qu’elle ne peut plus vivre ainsi et décide de rentrer en Italie. Je fais donc une rallonge de six mois, le temps d’initier une nouvelle secrétaire générale, l’Italienne Zangela Minelli. En 1954, j’abandonne la fonction de secrétaire générale pour celle, bien moins absorbante, de vice-présidente.

    C.W. : Comme secrétaire générale, puis comme vice-présidente de la FDIF, tu effectues de nombreux voyages.

    M.C.V.C. : A travers le monde entier. En décembre 1949, pendant un mois, mon voyage en Chine populaire, juste au lendemain de sa révolution victorieuse. A Shangai, libérée depuis peu, je vois encore dans les squares des plaques, conservées volontairement comme témoignages : « interdit aux chiens et aux Chinois… ». Dans les usines, les enfants de 8 ou 9 ans travaillent. J’interroge un ouvrier, sans âge, sur ce qu’il a pu gagner avec le nouveau régime : une augmentation de salaire ? Non. Une journée de travail moins longue ? Non. Alors, la Révolution ne vous a rien apporté ? Son visage alors s’illumine : « Oh, si ! la possibilité d’être un homme ». Je suis profondément marquée.

    Je m’entretiens longuement avec Chou En Lai, qui me décrit et m’explique les types de problèmes que doit affronter la Révolution. Par exemple, lorsque l’armée populaire libère un village, la terre est partagée entre les paysans. Fort bien. Mais quand l’armée populaire emporte une ville, les soldats veulent partager l’usine entre les ouvriers. Et ils disent aux conducteurs de pousse-pousse : à partir d’aujourd’hui, vous vous assiérez dans les pousse-pousse et vos clients tireront vos voitures. Mais, le lendemain, ni clients ni travail ni riz ! Ce spontanéisme, cette vision utopiste doivent être rapidement corrigés. Je l’interroge sur le travail des jeunes enfants dans les usines : « Il est, me répond Chou En Lai, impossible de supprimer cette survivance barbare du jour au lendemain, car le travail de ses gosses est un appoint nécessaire aux ressources familiales. Il faut d’abord réorganiser la production ». Autre dif-ficulté de taille, le pourcentage très élevé d’analphabètes, avec une langue écrite si difficile à apprendre. Avec nous, il y a une jeune Vietnamienne. Elle me confie qu’il leur est difficile, de par leur passé (une occupation séculaire de l’Indochine par la Chine) de fraterniser avec les Chinois. Les Chinois eux-mêmes me paraissent, dans les conversations privées, manifester à l’égard de l’URSS, un certain nationalisme. Première révélation des problèmes et limites de l’internationalisme prolétarien.

    Aux États-Unis, la FDIF ayant obtenu un statut consultatif à l’ONU, je me rends à la session de son Conseil économique et social. Mais mon visa, comme communiste, m’interdit de sortir de New York.

    J’assiste au Congrès des femmes américaines, fédération adhérente à la FDIF. Je suis encore frappée par des interventions commençant par « moi, comme polonaise américaine… » ou « moi, comme noire américaine… ». Les racines des différentes immigrations affleurent encore. Peu après, le Congrès des femmes américaines doit se dissoudre, car le maccarthisme veut le contraindre à déclarer ses membres comme agents d’une puissance étrangère.

    Mon deuxième séjour en Chine, encore un mois, se déroule en septembre-octobre 1959, à l’occasion du Xe anniversaire de la Révolution chinoise. Là, je mesure les progrès spectaculaires effectués en une décennie : élévation prodigieuse du niveau de vie, lois sociales bouleversant l’existence. Nous nous attachons surtout à ce qui est réalisé pour la libération des femmes - à travail égal salaire égal - des œuvres sociales telles que crèches, jardins d’enfants, cantines, libérant partiellement la femme de son esclavage domestique ne lui permettant pas de s’épanouir. Nous sommes émues par la sollicitude dont sont entourés enfants et jeunes, favorisant leur développement harmonieux, physique, intellectuel, moral. Un exemple pour nombre de pays. A commencer par ce grand pays qu’est l’Inde que je visite aussi à dix ans d’intervalle. Les deux fois, la même misère s’étalant dans les rues avec ces nuées de mômes nous assaillant pour mendier de quoi manger, ces hommes et ces femmes mourant de faim dans les ruisseaux…

    C.W. : A plusieurs reprises tu as rencontré Hô Chi Minh.

    M.C.V.C. : La première fois, en 1946, lors des accords de Fontainebleau, lors d’un dîner avec les membres du Bureau politique. Hô Chi Minh avait insisté pour que Mathilde Péri et moi soyons invitées en raison des liens qui l’unissaient avant-guerre avec Péri et Vaillant-Couturier. En 1959, Hô Chi Minh dirige la délégation du Vietnam aux festivités du Xe anniversaire de la Révolution chinoise. Je reçois une invitation à dîner de Hô Chi Minh. Il m’a, je pense, conviée en même temps que la délégation du PCF. A sa résidence, tout en blanc, il m’accueille avec Giap. Après quelques moments de discussion, il me prie de passer à table. Comme je m’étonne d’être la seule Française, il me répond : « Nous avons invité la délégation du PCF un autre soir… J’ai voulu te voir pour que nous évoquions la figure de mon vieil ami, Paul Vaillant-Couturier ». Et Hô Chi Minh me raconte comment ils se sont connus, comment Paul lui avait fait connaître et apprécier le prolétariat parisien et comment lui, en retour, avait éclairé Paul sur certaines facettes des problèmes coloniaux… Je suis à la fois stupéfiée et bouleversée. Que Hô Chi Minh, alors que le Vietnam est en pleine guerre contre le géant américain, consacre une soirée à parler d’un ami mort depuis 22 ans me paraît décrire l’homme. Sans aucun doute celui qui, de mon existence, m’a le plus impressionnée et séduite…

    1 - Pierre Villon, mari de Marie-Claude Vaillant-Couturier.

    2 - Fils de Pierre et de Marie-Claude.

    3 - Elle sera plus tard maire adjointe d’Ivry.

    4- Simone Bertrand travaillera à la FDIF, à Paris puis à Berlin. Auteur de Mille visages, un seul combat.

    5- Tribunal militaire international ouvert le 20 novembre 1945, il juge les grands criminels de guerre nazis. Le procureur général français était Auguste Champetier de Ribes.

    6 - Jugendlâger : littéralement camp de jeunes. Ancien pénitencier destiné aux jeunes délinquantes allemandes transformé par les SS en centre d’élimination par empoisonnement.

    7- Kominform : Bureau d’information des partis communistes, instance de coordination et d’échanges d’expériences créé du 22 au 27 septembre 1947, entre 9 Partis communistes, soviétique, yougoslave, polonais, italien, français, bulgare, roumain, hongrois et tchécoslovaque.

    8 - Ce rapport entérinait le partage du monde en deux camps, partage vu du côté du camp socialiste.

    9- Les « malgré-nous » : appellation collective donnée aux Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans l’armée allemande.

    10- Raymonde Dien : militante pacifiste qui sera arrêtée et internée en mars 1951 pour s’être couchée sur les rails en gare de Saint-Pierre-des-Corps pour arrêter un train de munitions destinées à l’Indochine.

     

    ……….
     
    Une vie au service de l’humain
     
    Retour de la déportation : députée et militante (1945-1973)

    Marie-Claude Vaillant-Couturier est rentrée des camps de la mort le 25juin1945. Dès le lendemain, 26 juin, elle est désignée comme suppléante au Comité central du Parti communiste français, dont elle deviendra par la suite membre titulaire et qu’elle ne quittera que lors du XXVe’ congrès en 1985. Devenue une figure emblématique de la Résistance et de la Déportation, Marie-Claude est d’abord cooptée à l’Assemblée consultative. Le 21 octobre 1945, les Français élisent une Assemblée constituante, à la représentation proportionnelle. Marie-Claude présentée par le Parti communiste français, est élue, dans le 4e secteur de la Seine-Sud. Dès lors s’ouvre devant elle une carrière parlementaire quasi ininterrompue jusqu’en 1973, date à laquelle elle se retirera pour permettre l’élection de Georges Marchais à l’Assemblée nationale.

    Son activité en tant que parlementaire sera tendue tout au long de sa carrière par les enseignements ti-rés de ses expériences antérieures, on pourrait dire de ses vies antérieures. En particulier le poids de ce qu’elle a vécu et souffert pendant sa déportation ne la quittera jamais. Aussi nous paraît-il important de souligner d’emblée ce qui relève directement de ces années de Résistance.

    Figure emblématique : cet aspect sera mis en relief par deux événements : d’abord, l’attribution de la Légion d’honneur à titre militaire (décret du 19 décembre 1945) ; la croix lui fut remise le 22 janvier 1946 par le général Le Gentilhomme au cours d’une prise d’armes sur l’esplanade des Invalides. Par la suite, elle sera faite officier avant d’être nommée commandeur en 1995. Et puis aussi, et cela aura un retentissement universel, il y aura, en 1946, son témoignage au procès de Nuremberg, dur, précis, poignant, son face à face avec Goering, enregistré comme un des sommets de ce procès (on peut lire les 12 pages du compte rendu de ce témoignage sur Internet, au site de la FNDIRP).

    Une obligation s’impose dès lors pour la défense de tous ceux qui ont combattu le nazisme et leur permettre de peser sur la vie politique du pays, afin que ce combat qu’ils ont mené parfois jusqu’à la mort ne soit pas banalisé et oublié : ce sera la création de la FNDIRP, la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes. Marie-Claude sera membre de sa présidence collective et ne cessera d’animer son action pratiquement jusqu’à sa mort. Elle participera aussi aux activités de l’Union des femmes françaises dont elle assumera la vice-présidence durant de longues années. Et, durant les premières années d’après-guerre, elle sera très accaparée par sa fonction de secrétaire générale de la Fédération démocratique internationale des femmes, dont le siège est à Berlin.

    La défense de la paix et le devoir de mémoire (1973-1996)

    En 1973, Marie-Claude ne se représente pas aux élections législatives, et soutient la candidature de Georges Marchais dans sa circonscription de Villejuif. Dès lors, sans se départir de son travail de militante, sans s’interdire aucun terrain, elle peut concentrer son activité sur les questions fonda-mentales de la défense de la paix et le devoir de mémoire. Sa ligne de conduite ne dévie pas, mais elle se veut plus que jamais ouverte à tout ce qui va dans le sens de la justice sociale et des libertés. A Frédéric Mitterrand qui l’interroge sur Antenne 2 le 19 janvier 1989 et lui demande si elle serait contente de parler à l’abbé Pierre ou à mère Teresa, ne répond-elle pas : « Même si nous ne sommes pas d’accord sur tous les points, je suis heureuse de discuter avec tous ceux qui dénoncent les injustices. Qu’il puisse y avoir des gens qui ont faim, des gens qui cherchent du travail dans un pays comme la France, me paraît inacceptable et c’est une des raisons pour lesquelles je reste fidèle à l’engagement de ma jeunesse » ?

    C’est l’engagement de sa jeunesse qui lui fait multiplier ses interventions en particulier devant les jeunes (et nous l’avons vue au lycée Darius-Milhaud, au Kremlin-Bicêtre, tenir une salle de près de cent élèves une après-midi durant), dans les journaux et quelques rares fois à la télévision.

    C’est l’engagement de sa jeunesse qui, le Io juin 1987, la fait témoigner au procès de Barbie, tortionnaire de Jean Moulin et organisateur de la déportation des enfants juifs d’Izieu, et accepter la présidence de la Fondation pour la mémoire de la déportation, créée en 199o. En 1994, elle accorde un entretien à France-Soir au cours duquel elle rappelle cet engagement de sa jeunesse : « … Aujourd’hui, j’ai 81 ans, je suis présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Je pense que la tâche essentielle de ma génération est de témoigner pour mettre en garde ceux qui n’ont pas connu cette période. Le racisme, la xénophobie et la volonté d’exclusion trouvent facilement un terrain favorable, surtout en période de crise économique. Les droits de l’homme, de la femme et des peuples sont à défendre en permanence. L’histoire prouve qu’aucun peuple n’est à l’abri d’un régime totalitaire. » Et comme la journaliste lui demande quelles impressions elle garde de ses années de guerre et de déportation. Elle lui répond : « Des sentiments contradictoires. A la fois d’avoir connu l’horreur absolue : l’extermination des Juifs et des Tziganes (du bébé au vieillard) dans les chambres à gaz. D’autre part d’avoir rencontré des hommes et des femmes qui ont su, en toutes circonstances, au péril de leur vie, résister à cette entreprise de dégradation qu’était le nazisme et rester des êtres humains dans l’acception la plus noble du terme. » Et elle conclut, nous sommes en 1994, deux ans donc avant son décès : « C’est pourquoi je crois en l’avenir. » C’est sur ces paroles d’une grande lucidité que nous arrêtons cette évocation de la vie de Marie-Claude Vaillant-Couturier, une vie qui s’est éteinte le ii décembre 1996, à l’issue d’un parcours exemplaire et unique par sa rectitude, sa cohérence et sa plénitude.

    Carlos ESCODA

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  • Articles de cette rubrique
    1. Le Réveil des Combattants N° 735-736 – octobre - novembre 2007
      10 décembre 2007

    2. Le Réveil des Combattants N° 768-769 - janvier-février 2011.
      24 février 2011

    3. Ne pas demeurer l’arme au pied
      14 septembre 2006

    4. Campagne double : Vigilance et urgence
      14 septembre 2006

    5. En suivant la retraite du combattant
      14 septembre 2006

    6. Carte du combattant, proposition de loi 1939-1945
      14 septembre 2006

    7. L’Arac reçue par le ministre des Anciens Combattants
      14 septembre 2006

    8. Agent orange, dioxine et leurs conséquences
      14 septembre 2006

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      14 septembre 2006

    10. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’août-septembre 2006.
      14 septembre 2006

    11. ARAC-Cuba solidarité
      15 septembre 2006

    12. Papon : un nouveau scandale
      15 septembre 2006

    13. Veuves d’anciens combattants : Groupe de travail sur leur situation financière
      15 septembre 2006

    14. Cérémonies du souvenir organisées par l ’ARAC
      15 septembre 2006

    15. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’avril-mai 2006.
      20 mai 2006

    16. Trois questions à Claude Delevacq, secrétaire général de L’ARAC
      20 mai 2006

    17. Loi de finances 2006 : Les dispositions définitives.
      21 mai 2006

    18. Yzeure (Allier) : L’agent orange fait toujours des victimes au Vietnam
      21 mai 2006

    19. Yvonne Hagnauer : résistante, pédagogue et Juste parmi les Nations
      21 mai 2006

    20. Le cri des enfants de harkis
      21 mai 2006

    21. Le 19 mars est un combat
      21 mai 2006

    22. Dans l’union, les cinq mutuelles AC en action
      21 mai 2006

    23. Psychotraumatismes de guerre : Un colloque en préparation
      21 mai 2006

    24. Les articles de notre journal : "Réveil des Combattants".
      21 mai 2006

    25. Campagne double : Scandaleuse attitude du ministre des Anciens Combattants.
      5 juillet 2006

    26. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de juin-juillet 2006.
      5 juillet 2006

    27. Colloque sur les psychotraumatismes de guerre
      5 juillet 2006

    28. Services départementaux de l’ONAC : Quel recrutement dans les cinq ans ?
      5 juillet 2006

    29. Croix de guerre Algérie-Tunisie-Maroc - Médaille des évadés
      5 juillet 2006

    30. L’ARAC représentée au CA national de l’ONAC.
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    31. Des anticolonialistes en assemblée générale.
      5 juillet 2006

    32. L’ARAC au Tréport : Succès du rassemblement national.
      5 juillet 2006

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    34. Anciens d’Algérie , appel à témoignage
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      6 juillet 2006

    36. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’octobre-novembre 2006
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      21 novembre 2006

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      27 janvier 2007

    59. Le Réveil des Combattants N° 727-728 – février-mars 2007
      8 avril 2007

    60. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de février - mars 2007
      8 avril 2007

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      27 mai 2007

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      27 mai 2007

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    65. Le Réveil des Combattants N° 737-738 – décembre 2007 - janvier 2008.
      19 janvier 2008

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      24 mars 2008

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      5 mai 2008

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      14 juin 2011

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      3 juillet 2008

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      27 septembre 2008

    71. Le Réveil des Combattants N° 747-748 – octobre-novembre 2008
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      2 mars 2010

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      30 septembre 2010

    74. Le Réveil des Combattants N° 766-767 – novembre - décembre 2010.
      31 décembre 2010

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      12 avril 2011

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      18 mai 2011

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      1er janvier 2012

    78. Le Réveil des Combattants N° 776 - septembre 2011.
      1er janvier 2012

    79. Le Réveil des Combattants N° 773 - juin 2011.
      31 décembre 2011

    80. Le Réveil des Combattants N° 774-775 - juillet-août 2011.
      31 décembre 2011

    81. Le Réveil des Combattants N° 778 - novembre 2011.
      1er janvier 2012

    82. Le Réveil des Combattants n°789 de décembre 2012 - janvier 2013.
      23 janvier 2013

    83. 8 mai 2006 : Message de l’UFAC
      20 mai 2006

    84. 8 mars 1962 : Charonne : La mémoire des crimes
      27 janvier 2007

    85. 90e anniversaire de la création de l’ONAC
      5 juillet 2006

    86. 90e anniversaire de l’ARAC : Le combat d’un siècle pour la paix, pour la vie
      27 janvier 2007

    87. 1936 : Solidarité avec l’Espagne républicaine berceau de la Résistance française.
      5 juillet 2006