Accueil du siteRéveil des Combattants
   


Le Réveil des Combattants N° 766-767 – novembre - décembre 2010.
Publié le vendredi 31 décembre 2010, mis à jour le samedi 1er janvier 2011

Sommaire :  

  •  Les nostalgiques de l’Algérie française…
  •  Budget des ACVG : Agir sur tous les fronts !
  •  À propos de fascisme
  •  RASSEMBLEMENT NATIONAL 2011 : Samedi 14 mai à Tergnier (Aisne)
  •  Névroses de guerre aux USA : Du nouveau sur Vet Centers
  •  Il y a 40 ans, De Gaulle
  •  Il y a 70 ans : Le 11 novembre 1940 : Témoignage de François Lescure
  •  Code des pensions militaires d’invalidité : Levée de la restriction maladie/blessure
  •  Tout va très bien… qu’ils disent !
  •  Revalorisation de l’AAH
  •  OPINION : La montée de I’extrême droite en Europe de I’Est
  •  Apocalypse Viêt Nam Agent orange
  •  LE CAHIER MEMOIRE : La première guerre mondiale ou l’impérialisme révélé.

     

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. a  

    Les nostalgiques de l’Algérie française…
     

    Quarante-huit ans après le 19 mars 1962, les nostalgiques de l’Algérie française continuent de bafouer l’honneur de la France et le combat du peuple algérien pour son indépendance.

    Nous publions des extraits d’articles parus dans le Télégramme de Brest qui reprend deux déclarations l’une de la directrice de l’école de Landéda et son équipe d’enseignants, l’autre de Guy Le Nair, protestant à la suite de l’intervention d’un dirigeant local de I’UNC le 11 novembre.

    Guerre d’Algérie : une autre vision

    Suite à la prise de parole de Marcel Carads, président de la section UNC, lors de la cérémonie de commémoration du 11 novembre 1918, qui a fait réagir de nombreuses personnes, et à l’exposition sur la guerre d’Algérie, au sémaphore de l’Aber Wrac’h (notre édition de lundi), Guy Le Nair, de Landéda, souhaite faire part de sa vision.

    « Le général breton Jacques de Bollardière, détenteur des titres les plus glorieux de la Résistance et officier de l’armée française le plus décoré par les Alliés, reste le seul officier supérieur à ne pas avoir été réintégré dans ses droits, après la « loi de réhabilitation » de novembre 1982. En 1957, il s’était op-posé à la pratique de la torture en Algérie. Les officiers qui se sont distingués dans la pratique de la torture en Algérie ont été décorés. Certains de ces experts ont ensuite été dépêchés comme conseillers auprès des régimes dictatoriaux, au Chili et en Argentine, pour enseigner leur art aux officiers de ces pays, afin de supprimer toute velléité de révolte dans les populations concernées. Il serait honorable, pour l’ensemble de la Nation que l’UNC, après s’être opposée à la diffusion du film Avoir vingt ans dans les Aurès, reconnaisse enfin qu’en Algérie, l’action « pacificatrice » de la France n’était (pas) d’une blancheur éblouissante. Il serait honorable pour l’ensemble de la Nation, que celui qui a sauvé l’honneur de l’armée en Algérie, comme Jean Moulin avait sauvé l’honneur du corps préfectoral, durant la Seconde Guerre mondiale, soit enfin réhabilité. La guerre n’est qu’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communauté fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde humain », conclut M. Le Nair en citant le général de Bollardière.

    La directrice de l’école de Landéla

    Le 11 novembre dernier, la directrice de l’école publique de Landéda et l’équipe enseignante ont réagi en adressant une lettre ouverte au maire. « Comme à l’accoutumée, les élèves des classes de CM ont été conviés par les enseignants à participer à la cérémonie commémorative du 11 novembre dernier. Or, les propos tenus lors de son discours par le représentant de l’UNC ont extrêmement choqué les enseignants présents. En effet, choisissant de dédier son discours à la commémoration de la guerre d’Algérie (il) a entrepris une justification des actes de torture commis par les militaires français pendant ce conflit. La torture a été présentée comme une réponse nécessaire aux actes terroristes des rebelles algériens et les écrits des historiens sur le sujet ont été remis en question pour leur exagération de ces pratiques. Le peuple algérien a été présenté comme rebelle et terroriste oubliant qu’il combattait pour son indépendance et sa liberté. Pendant cette guerre, des actes atroces ont été commis dans chacun des deux camps et en aucun cas ceux-ci ne peuvent servir de justification à ceux-là. Il me semble, de plus, regrettable qu’aucune des personnes présentes n’ait jugé bon de rectifier les propos tenus. D ’autre part, ce monsieur a commencé son allocution en remerciant les élèves de l’école privée de leur présence en omettant sciemment les élèves de l’école publique pour finir en décorant une élève de l’école privée. Enfin, nous déplorons que cette cérémonie républicaine soit systématiquement associée à une cérémonie religieuse. Ne serait-il pas possible de séparer ces deux formes de commémoration ou tout au moins leur ordre ne pourrait-il pas être inversé afin qu’à l’issue de la cérémonie républicaine, chacun puisse faire le choix d’assister ou non à la messe selon ses propres convictions. Depuis déjà quel-ques années, nous ne nous sentons pas les bienvenus à cette commémoration et si de plus nous risquons d’exposer nos élèves à de tels discours, nous hésitons à continuer à participer à cette cérémonie et nous nous interrogeons sur la possibilité de sensibiliser nos élèves à ce devoir de mémoire de façon différente et sans doute à un autre moment. Cette question fera l’objet d’une discussion avec les représentants des parents d’élèves lors du prochain conseil d’école. »

    Le Télégramme, 19 novembre 2010

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. b  

    Budget des ACVG : Agir sur tous les fronts !
     

    Comme on pouvait le craindre après le coup de force du gouvernement à l’Assemblée nationale, le budget a été adopté en l’état par le Sénat, le 26 novembre dernier, malgré les efforts et les amendements déposés par les groupes communistes et socialistes, tous rejetés.

    Il ne comporte donc qu’un seul point d’indice supplémentaire pour la retraite du combattant (44 au lieu de 43)… à compter du 1er juillet 2011, ainsi que les 360 points de plus pour les pensions de veuves de très grands invalides (au moins 12 000 points d’indice PMI) qui percevront environ 1 000 euros par mois. Elles ne sont que quarante en France et le coût annuel pour le budget ne s’élève qu’à 250 000 euros pour l’année. On le voit, l’État ne s’est pas mis sur la paille !

    Pourtant, le 10 novembre dernier, les députés avaient adopté trois amendements significatifs portant sur la retraite du combattant, l’Allocation de solidarité pour les conjoints survivants, les réfractaires au STO. Mais, le 14 novembre, le poste de secrétaire d’État aux Anciens Combattants disparaissait du nouveau gouvernement Fillon. Et, le 17 novembre, les députés de la majorité sarkosyste, obéissant docilement aux injonctions gouvernementales, se déjugeaient et reniaient leurs engagements en annulant les avancées votées quelques jours plus tôt.

    Ainsi, il n’aura pas fallu plus d’une semaine au nouveau gouvernement pour recadrer les 169 députés UMP et Nouveau Centre de sa majorité, démontrer sa démarche antidémocratique balayant les institutions républicaines, réaffirmer sa volonté d’aggraver sans cesse la situation du peuple français, ne tolérant même pas l’existence des 39 amendements votés par les députés contre l’avis du gouvernement.

    Le Bureau national de l’ARAC considère que cette situation annonce un « durcissement de la politique gouvernementale » dans le cadre de la préparation des élections 2011 et 2012. Pourtant, sous la pression des associations et d’une partie des élus, le nouveau gouvernement à été contraint à un premier recul en annonçant la nomination prochaine d’un secrétaire d’État aux Anciens Combattants, poste qu’il venait pourtant de supprimer. Ainsi l’action résolue et unanime peut porter ses fruits. Ne l’oublions pas en 2011, en matière de budget 2012, à proximité des élections à venir.

    Dans ce contexte, l’ARAC a décidé de lancer diverses initiatives parmi lesquelles l’édition d’un tract national expliquant les positions et orientations de l’ARAC, sur la base des valeurs républicaines qu’elle défend, et de lancer une campagne revendicative pour le rattrapage du retard de 43 % de la valeur du point PMI.

    Face à l’offensive gouvernementale visant à faire disparaître de la scène publique le « fait ACVG », spécificité et originalité française (loi du 31 mars 1919 - ONAC), alors qu’il y a encore quatre millions de ressortissants de l’ONAC en France, dont 3 millions d’anciens combattants, l’ARAC, plus que jamais, s’inscrira dans le front de luttes pour les acquis sociaux et les droits à réparation.

    André Fillère

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. c  

    À propos de fascisme
     

    L’excellent dossier que le Réveil des combattants a publié dans son numéro de janvier dernier invite à revenir à la définition que Georges Dimitrov, dirigeant de l’Internationale communiste, donna du fascisme (1).

    Selon lui, il s’agit de la « dictature ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier […] L’arrivée du fascisme au pouvoir, [… c’est] le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie - la démocratie bourgeoise - par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste ouverte. » Cette définition permet de rendre compte de ce qui a été dans les années vingt, trente et quarante. En dépit de leurs différences, les régimes italien, portugais, allemand, espagnol, hongrois, roumain, etc. sont fascistes, sans oublier l’empire japonais. Leur alliance coule de source. Ce que dit Dimitrov permet de com- prendre qu’un régime autoritaire n’est pas forcément fasciste. Passe encore que les réactionnaires de tous poils aient assimilé et assimilent encore au fascisme le stalinisme et ses séquelles. Cette confusion fut et demeure à la mesure de leurs enjeux. Elle est aveuglement chez les victimes des politiques menées par les bourgeoisies dominantes et rend difficile voire impossible leur prise de conscience. Cela dit, il ne suf-fisait pas de refuser cette assimilation pour être un révolutionnaire lucide. Au nom du socialisme dont ils furent les fossoyeurs, le stalinisme et ses séquelles devaient être dénoncés plus tôt et plus fort.

    Une semblable confusion a coûté cher aux progressistes français. En 1958, lorsque la guerre menée en Algérie et la décomposition de la Ir République permit à de Gaulle de réussir son coup d’État, on cria très fort au fascisme, François Mitterrand n’étant pas le dernier à donner de la voix. L’homme du i8 juin n’était certes pas un saint et, parmi ses soutiens, il ne manquait pas de nostalgiques de Vichy et de la LVF. Pour autant, il est difficile de voir en lui un partisan de la « dictature ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier ». Le croire ou le faire croire a favorisé les illusions sur « le rassemblement le plus large possible ». Partout où s’est exercée la « dictature ouverte », partout où elle s’exerce encore, on peut parler de fascisme. Ce fut le cas dans le Chili de Pinochet et, à la même époque, dans divers pays d’Amérique latine, en Indonésie, dans le Congo de Mobutu. « Le ventre reste fécond qui a engendré la bête immonde ». L’avertissement du poète demeure. Mais la définition de Dimitrov doit être mise à l’heure de la mondialisation du capitalisme, du multimédia et des propagandes sophistiquées. Dans le pays qui vit naître le fascisme, Silvio Berlusconi n’est pas un émule de Mussolini, mais les « éléments les plus réactionnaires du capital financier » peuvent estimer que tout en étant plus soft il est beaucoup plus efficace.

    Jean George

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. d  

    RASSEMBLEMENT NATIONAL 2011 : Samedi 14 mai à Tergnier (Aisne)
     

    La ville de Tergnier est au centre d’une région marquée par les effets et les conséquences des guerres de 1914-1918. Des traces toujours sensibles de l’offensive du Chemin des Dames durant la guerre 14-18 aux élèves Gay-Lussac de la ville voisine de Chauny et aux cheminots de la cité de Quessy-Cité, devenue partie prenante de Tergnier, les marques de ces guerres sur la vie locale restent très prégnantes.

    Des élèves des établissements scolaires et des associations locales aux témoins toujours vivants ou aux témoins de témoins, le Rassemblement national permettra de faire apparaître la Mémoire des effets et des conséquences de ces guerres de 14-18 et 39-45.

    Dès maintenant cette importante initiative de mémoire appelle la mise en œuvre de sa préparation à tous les niveaux.

    Chaque édition du Réveil livrera des informations sur les initiatives qui marqueront, au fur et à mesure, la préparation de ce rassemblement.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. e  

    Névroses de guerre aux USA : Du nouveau sur Vet Centers
     

    Une récente émission télévisée de CNN a révélé le grand nombre de traumatisés psychiques de retour des guerres conduites par le gouvernement des États-Unis en Orient. De "nouveaux programmes" auraient été mis au point, mais il serait difficile d’en bénéficier… Une amie de l’ARAC, Kerry Cheek, qui fut psychothérapeute dans des Vet Centers, a tenté de se renseigner sur leur situation présente. Mais elle s’est heurtée à une réticence vive ou même au silence. Certes, il y aurait encore 336 centres avec plus de 100 000 consultants chaque année. Mais leur financement a déçu et le personnel ferait défaut.

    Beaucoup de "blabla" et peu de soutien officiel ; plus de découragement que d’idées neuves ! Voici qui ressemble à ce que nous connaissons, majoré, ici aussi, de belles paroles masquant le vide ou l’inertie. Affaire à suivre…

    Bernard Sigg

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. f  

    Il y a 40 ans, De Gaulle
     

    De Gaulle colonialiste ?
    De Gaulle décolonisateur ?

    En hommage à la mémoire de de Gaulle, disparu il y a quarante ans, l’analyse de l’historien Alain Ruscio sur « De gaulle et la décolonisation ». Nous publierons, dans le numéro de janvier du Réveil une interview d’Anicet Le Pors sur « Gaullisme et Sarkozysme ».

    Alain Ruscio, dans son livre écrit en 1987, La décolonisation tragique apportait une réponse à deux questions toujours bien actuelles que la recherche historique continue de travailler.

    Il n’est jamais facile d’analyser la pensée politique du général de Gaulle. Le premier président de la cinquième République est l’un des « monuments » de l’histoire de la France au XXe siècle. Beaucoup de passions s’attachent encore à sa personne, à son œuvre. De surcroît, les rapports de de Gaulle avec le colonialisme ne sont pas faciles à analyser. Le général a-t-il été ce visionnaire, clairement conscient de la nécessité de la décolonisation, que nous décrit une certaine hagiographie ? Ou bien est-il resté, comme presque tous les hommes politiques français, attaché au colonialisme, au-delà du raisonnable ?

    Si l’on s’en tient aux déclarations publiques de l’homme, force est de constater que la légende gaulliste n’est pas fondée. Il n’est pas, avant 1959, une seule déclaration publique qui ait évoqué, de près ou de loin, une nécessaire décolonisation de l’Algérie. Au contraire. Dans le discours gaulliste, l’Algérie française paraît être entrée dans l’ère de l’éternité. On a déjà cité ici cette formule définitive de de Gaulle : « La France, quoi qu’il arrive, n’abandonnera pas l’Algérie. » On peut aussi bien se référer à un discours totalement dénué d’ambiguïté, prononcé le 12 octobre 1947 : « Toute politique qui, sous le prétexte fallacieux d’une évolution à rebours, aurait pour effet de réduire ici les droits et les devoirs de la France, ou bien de décourager les habitants d’origine métropolitaine, qui furent et demeurent le ferment de l’Algérie, ou bien, enfin, de donner à croire aux Français musulmans qu’il pourrait leur être loisible de séparer leur sort de celui de la France, ne ferait, en vérité, qu’ouvrir la porte à la décadence Les bons Français entendent que la France continue son oeuvre dans l’intérêt de tous les Algériens. »

    Enfin, il ne faut pas oublier que de Gaulle a été porté au pouvoir par un mouvement unanimement « Algérie française ». Il a même explicitement prononcé lui-même les mots magiques, la formule apothéose de ce mouvement : « Vive l’Algérie française ! » Certes, il ne l’a dit qu’une seule fois (le 7 juin 1958, à Mostaganem). Mais il l’a dit. Président du Conseil, prononçant de tels mots, il engageait la responsabilité de son gouvernement, il définissait sa politique. De telles déclarations reflétaient-elles la pensée profonde du Général ? En privé, de Gaulle a multiplié les déclarations, les confidences, les analyses prospectives. Le drame est qu’elles ont été parfaitement, savamment, serait-on tenté d’écrire, contradictoires. « L’Algérie est perdue, l’Algérie sera indépendante », dit-il dès février 1955 à Edmond Michelet ; « La seule solution s’appelle l’indépendance », renchérit-il auprès du socialiste Christian Pineau. A l’inverse, lorsqu’il s’entretient avec l’ancien gouverneur Soustelle, il dit qu’il « désire le maintien de l’Algérie française et reproche au régime de glisser vers l’abandon ». Il laisse son fidèle Michel Debré, lors des contacts préparatoires au 13 mai, interpréter ainsi sa pensée : « Comment pouvez-vous douter une seconde de la volonté du général de Gaulle de maintenir l’Algérie française ? »

    Cette ambiguïté cultivée permet d’ailleurs, dans une large mesure, d’expliquer le mouvement très profond qui a porté de Gaulle au pouvoir, avec un capital de confiance immense dans la population. A l’été 1958, près de 7o % des Français font confiance au gouvernement pour régler le problème algérien.

    Oui, mais dans quel sens ? René Andrieu écrit alors, dans un éditorial de l’Humanité : « On serait tenté de comparer les discours de M. de Gaulle à certains textes sacrés. Chacun y trouve ce qu’il désire et peut en donner les interprétations les plus divergentes. M. Defferre est satisfait, qui s’affirme pour la négociation. M. Soustelle aussi, qui est pour la guerre à outrance. L’erreur serait de croire que cette obscure clarté qui caractérise les déclarations gaullistes est le fait du hasard. A vrai dire, le président du Conseil l’a érigée en système de gouvernement. En toute connaissance de cause et non, il faut bien le dire, sans habileté. »

    Habileté, oui. Les premiers actes de de Gaulle président du Conseil dénotent un sens aigu de la manœuvre, de la ruse, cette ruse érigée en principe par le même homme, un quart de siècle plus tôt, dans le Fil de l’épée. Guy Mollet, Louis Jacquinot et, surtout, Pierre Pflimlin figurent dans le gouvernement constitué en juin 1958, ce qui laisse planer un doute, dans l’esprit des ultras, sur l’attachement véritable de de Gaulle à l’Algérie française. Par contre, l’ardent Michel Debré, l’un des principaux acteurs du 13 mai, le défenseur intransigeant de l’œuvre de la France en Algérie, le rédacteur du Courrier de la colère, est également ministre.

    Le premier acte de de Gaulle est de se rendre en Algérie. Investi le 1er juin, il est à Alger le 4. Là, il soigne son effet, annonçant à la foule émue : « Je vous ai compris ! » A Oran, il ajoute : « L’Algérie est organiquement une terre française, aujourd’hui, et pour toujours » (6 juin). Cependant, en même temps, il prend ses distances avec les plus compromis des acteurs du 13 mai. Delbecque n’est pas ministre, comme il l’avait espéré. Les autres membres du Comité de salut public sont tenus en suspicion. Les militaires, tel Massu, sont clairement invités à revenir à leur tâche unique, le métier des armes. D’autre part, pour qui sait lire entre les lignes, il y a, dans les formules employées par de Gaulle lors de ce voyage, une certaine dose, au moins, d’incertitude quant à ses desseins futurs. Le 4 juin, à Alger, il a évoqué une Algérie composée d’ « une seule catégorie d’habitants : des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs ». Phrase qui peut être entendue comme un coup de chapeau à l’intégration, mais qui peut également être comprise a posteriori comme un signe avant-coureur de la politique d’autodétermination annoncée l’année suivante.

    Une certitude, en tout cas. L’avènement de de Gaulle a signifié, sur le terrain, une accentuation de l’effort militaire français. En clair, une aggravation de la guerre d’Algérie. Les ordres du gouvernement français ont été, de ce point de vue au moins, d’une totale clarté.

    La guerre d’Algérie durait, lorsque de Gaulle parvint au pouvoir, depuis 3 ans et 7 mois. Sous son règne, elle durera encore 3 ans et 10 mois. C’est cela qu’en tout premier lieu, le peuple algérien a ressenti dans sa chair.

    De Gaulle néo-colonialiste ? De Gaulle colonialiste ? De Gaulle décolonisateur ? En réalité, cette façon de poser les problèmes est fondamentalement viciée. Dans l’esprit du Général, les choses n’étaient pas si tranchées que cela. On peut, à notre avis, distinguer trois périodes : de sa venue au pouvoir à la fin de l’année 1959, de Gaulle envisage vaguement une indépendance à long terme de l’Algérie (dans vingt-cinq ans), dit-il à Paul Delouvrier, tout nouvellement nommé délégué du gouvernement français en Algérie) ; de fin 1959 à début 1962, il conserve les mêmes conceptions, mais comprend que l’échéance arrivera plus vite, beaucoup plus vite qu’il n’avait prévu ; enfin, ce n’est qu’au cours des tout derniers temps de la guerre qu’il s’aperçoit que les « solutions » néo-coloniales laborieusement échafaudées vont s’écrouler et qu’il se résigne à l’indépendance réelle de l’Algérie. D’après les divers témoignages publiés, on peut décrire le schéma gaulliste, typiquement colonial, des années 1958-1961/1962, de la façon suivante :

  •  le premier impératif reste la destruction de la force militaire adverse ; l’armée, donc, devra avoir tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de cette tâche ;
  •  ce résultat acquis, recherche d’interlocuteurs non « extrémistes », dans la population musulmane, c’est-à-dire acceptant, d’autre part, de faire des concessions de souveraineté (Sahara, Mers-elKébir…) ; c’est ce que certains ont appelé la recherche d’une « troisième force algérienne » ;
  •  simultanément, mise en place d’un réseau dense de liaisons économiques entre les deux rives de la Méditerranée (c’est tout le sens du « plan de Constantine »).

    Extraits de La décolonisation tragique d’Alain Ruscio. 13.149 et suivantes. Mai 1987

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    Il y a 70 ans : Le 11 novembre 1940 : Témoignage de François Lescure
     

    Dès juillet 1940, à l’Université de Paris, les premiers tracts contre l’occupant nazi et le régime de Pétain sont glissés dans les livres des bibliothèques ou déposés dans les couloirs et les salles de travail. Malgré la difficulté des reprises de contact après l’exode, l’Union des étudiants et lycéens communistes de France, organisation clandestine depuis la mise dans l’illégalité du Parti communiste français et de ses organisations, a pu assez vite reprendre son activité. Le 18 juin c’est, de Londres, l’Appel du général de Gaulle. Le 10 juillet, c’est celui de Maurice Thorez et de Jacques Duclos, lancé du sol même de notre patrie, et qui exhorte les Français à la résistance, à l’union et à la lutte pour l’indépendance du pays.

    L’ambiance est lourde à la reprise des cours et des conférences à l’Université ; les étudiants discutent beaucoup. Mais l’occupant est vite persuadé que c’est l’esprit de résistance qui risque bientôt de dominer dans les facultés. Loin d’en imaginer les conséquences, il frappe alors un « grand coup ». Le 30 octobre, le professeur Paul Langevin, savant connu du monde entier et ennemi de toujours du fascisme et de l’obscurantisme nazi, est arrêté et jeté en prison par la Gestapo. Aussitôt, nous nous retrouvons à quelques-uns, 5 place Saint-Michel, au siège de l’Union nationale des étudiants de France (dont j’étais le délégué général pour la zone occupée, sans que l’on sache que j’étais communiste) et du Centre d’entre aide des étudiants mobilisés et prisonniers, étudiants de toutes opinions, décidés à manifester contre l’arrestation de Paul Langevin. Dans un tract, nous appelons étudiants et lycéens à être présents au Collège de France, à l’heure et dans l’amphi où le savant devait tenir son prochain cours, le vendredi 8 novembre.

    Ce jour-là, le quartier latin est en état de siège. Mais une trentaine d’entre nous manifestent rapidement de la rue Soufflot à la place de la Sorbonne aux cris de « Libérez Langevin », « A bas Pétain et Hitler » et entonnent La Marseillaise, sous le nez de nombreux policiers S S, complètement abasourdis par notre audace. Cette journée devait profondément marquer étudiants, lycéens et professeurs, et permettre l’ampleur de la commémoration de l’Armistice de la guerre 14-18, le 11 novembre, sur les Champs-Élysées.

    Dès la nuit du 8 au 9, des tracts sont ronéotypés, 5 place Saint-Michel, par les étudiants communistes et diffusés dès le lendemain, ainsi que d’autres textes, signés par les étudiants patriotes et d’autres rédigés par des professeurs. Tous appellent à rendre un hommage patriotique au Soldat inconnu de la place de l’Étoile, ce lundi u à 171-13o. Ce mot d’ordre se répand en quelques heures dans tous les établissements d’enseignement de la région parisienne. Dans les lycées et dans les facultés, on le retrouve sur les tableaux noirs des salles de travail. Le bouche-à-oreille fonctionne partout.

    Le 11, à l’heure dite, ce sont des centaines d’étudiants et de lycéens qui arpentent la grande célèbre avenue et se regroupent en remontant vers l’Arc de Triomphe. La Marseillaise éclate, et puis des cris repris par tous : « A bas Pétain, A bas Hitler », « Libérez Langevin », « La France aux Français » ! Mais bientôt des jeeps et des voitures blindées des S S et des camions foncent sur le cortège des jeunes manifestants qui courent. Les nazis en arrêtent plusieurs dizaines, des coups de feu éclatent alors que les cris patriotiques s’élèvent toujours. C’est la première manifestation de rue sous l’occupation nazie. L’Université de Paris est fermée, le recteur Roussy limogé et, pendant un mois, les étudiants devront se faire pointer dans les commissariats de leur quartier ! Dès la réouverture des facultés, la Résistance s’élargit et s’amplifie peu à peu, groupant communistes (longtemps la seule organisation clandestine structurée), gaullistes, socialistes, chrétiens et athées, jeunes patriotes de tous horizons. La « Marche à l’Etoile » du 1i novembre des étudiants et lycéens de Paris engendrera des activités de Résistance de plus en plus ouvertes, la lutte armée aussi, jusqu’aux barricades du quartier Latin qui participèrent à la Libération de Paris, en août 1944.

    Honneur à tous ceux et celles qui tombèrent sous les coups de nos ennemis au cours de ces années, leur souvenir restera toujours en nous.

    ® François Lescure était un des responsables nationaux clandestin de l’Union des étudiants et lycéens communistes de France, en 1940-1941, délégué général de l’UNEF pour la zone occupée. Il nous a quittés le 12 avril 1992.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    Code des pensions militaires d’invalidité : Levée de la restriction maladie/blessure
     

    Un revirement de jurisprudence du Conseil d’État, enfin favorable aux bénéficiaires du code des pensions militaires d’invalidité. Depuis la promulgation de la charte du 31 mars 1919, à l’origine des droits des victimes militaires et civiles de guerre, le Conseil d’État s’enfermait dans une jurisprudence restrictive concernant la définition de blessure et de maladie.

    Pour cette jurisprudence constante, une blessure ne pouvait être considérée comme un accident de service, et non comme une maladie, que si cette infirmité avait pour cause une lésion ou un traumatisme occasionné par une action extérieure au cours d’événements de guerre ou lors d’un accident survenu en service. Toute blessure qui ne correspondait pas à ces critères était considérée comme maladie. Les demandeurs de pension étaient donc lésés, puisqu’une blessure peut être pensionnée dès qu’elle occasionne un taux d’invalidité de ro %, alors que, pour une maladie, il faut un taux d’au moins 30%.

    Malgré les tentatives de résistance des juridictions dites inférieures (tribunaux des pensions et cours régionales des pensions) le Conseil d’État conservait son interprétation restrictive de la loi. Une telle interprétation choquait également le corps médical qui considérait qu’une telle définition aboutissait à des inepties.

    En 1995, le Conseil d’État abandonnait cette interprétation restrictive pour les accidents de service des fonctionnaires, comme l’avait fait, dès les armées 1960, la cour de cassation pour les salariés. Malgré ces exemples, le Conseil d’État refusait toute évolution en matière de pension militaire d’invalidité et continuait à rejeter de nombreuses demandes.

    C’est alors que, grâce à un arrêt du 12 octobre 2009 n° 315008 confirmé par un arrêt du 2 décembre 2009 n° 309064, la section du contentieux du Conseil d’État mit fin à cette interprétation restrictive en abandonnant enfin la condition d’extériorité à laquelle était encore subordonnée la qualification de blessure.

    Désormais une infirmité doit être regardée comme résultant d’une blessure lorsqu’elle trouve son origine dans une lésion soudaine consécutive à un fait précis de service. C’est ainsi, par exemple, qu’une personne victime, après l’arrêt de 2009, d’une entorse de cheville causée par une mauvaise réception au sol 1,1rs d’un franchissement d’un obstacle au cours du parcours du combattant, pourra être reconnue comme accidentée en service et non plus victime d’une maladie en service. Les demandeurs de pension peuvent faire état de cette nouvelle jurisprudence tant devant les juridictions des pensions que devant les commissions de réforme.

    Il ne faut donc jamais se désespérer et, quoique souvent lente, l’évolution d’une jurisprudence injuste et contestable est toujours possible. Tel est bien le cas en l’espèce !

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    Tout va très bien… qu’ils disent !
     

    A l’heure où le poste de secrétaire d’État est supprimé dans le nouveau gouvernement Fi I Ion, alors que nous parvient un arrêté du 2 novembre 2010 décrétant le transfert des activités des directions in-terdépartementales des ACVG à la Défense, « tout va très bien », nous claironnent les autorités, « à peine un léger retard qui va se résorber bien vite ». Tout va très bien sauf que, le 3 novembre, un lecteur de Châtellerault nous écrit : « Je veux vous signaler qu’il est interdit au service départemental de l’ONAC de la Vienne, d’envoyer des dossiers jusqu’à nouvel ordre »… Le logiciel qui devait révolutionner la casse des structures a du mal à se mettre en place.

    « Depuis mars 201o, plus rien n’a abouti et nous sommes plusieurs à avoir demandé le TRN. C’est lamentable… Par ailleurs, j’ai eu à joindre le centre de Toulon qui traite des dossiers pour toute la France, en plus de l’Article us (maladie ou traumatisme). La personne que j’ai eu au bout du fil m’a fait part de son désarroi car, non seulement ils traitent tout au plan national, mais ils ont une personne en moins et ne peuvent faire face à l’afflux des dossiers qui s’accumulent. De plus, ils doivent reconstituer les dossiers, car ils n’ont pas le temps de contacter les anciens centres, pour moi, en l’occurrence, celui de Limoges. »

    Tout va très bien… qu’ils disent, nos officiels.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    Revalorisation de l’AAH
     

    Depuis le 1er septembre 2010, le montant mensuel de l’Allocation adulte handicapé (AAH) est de 711,95 euros (décret n° 2010-307 du 22 mars 2010). Le plan de revalorisation, initialement prévu sur 5 ans, se déroulera en fait sur 6 ans, soit 2013 pour atteindre 777 euros par mois.

    Par ailleurs, à partir du 1Ier janvier 2011, l’AAH sera cumulable avec les revenus d’une activité professionnelle. Ce cumul sera intégral durant les 6 premiers mois, puis à hauteur de 1,3 fois le SMIC (au lieu de 1,1 aujourd’hui). Une déclaration de ressources trimestrielles sera alors demandée.

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    OPINION : La montée de I’extrême droite en Europe de I’Est
     

    Frédéric Delorca, docteur en sociologie, a publié plusieurs ouvrages sur les relations internationales dont récemment Transnistrie, voyage au pays des derniers soviets aux éditions du Cygne.

    Nous publions la première partie d’une étude qu’il a entreprise et la seconde dans le numéro de janvier.

    Les échauffourées qui ont accompagné le match Italie-Serbie à Gênes, le 12 octobre au soir, deux jours seulement après les émeutes provoquées par les ultranationalistes en marge de la Gay Pride du 10 octobre à Belgrade (émeutes qui ont fait plus d’une centaine de blessés, essentiellement des policiers serbes), sont venues rappeler combien le mélange détonnant d’hooliganisme, de machisme homophobe et de nationalisme exacerbé se porte aujourd’hui bien en Europe de l’Est, sous le discours lénifiant pro-européiste de la plupart des gouvernements. Plus généralement, c’est dans l’ensemble de l’ex-Europe de l’Est que ressurgissent aujourd’hui les passions nationalistes, la xénophobie et les vieilles nostalgies des années 30q.0, un phénomène qui n’est pas complètement nouveau (on l’avait constaté déjà avec l’effondrement des régimes soviétiques dans les années 1990), et qui a trouvé un regain de vigueur sous la férule des dogmes néo-libéraux.

    Les Balkans occidentaux

    Le cas serbe est évidemment spectaculaire. Ce n’est sans doute pas dans tous les pays que l’extrême droite peut mobiliser 6 000 casseurs pour affronter 5 000 policiers et les conduire à saccager le siège de deux grands partis politiques, le Parti démocrate et le Parti socialiste (l’ancien parti de Milosevic devenu pro-européiste)…

    Sans doute la Serbie est-elle aujourd’hui le pays des Balkans où l’extrême droite est la plus puissante. Le parti radical d’extrême droite n’a jamais recueilli moins d’un tiers des voix depuis la chute de Slobodan Milosevic. Aux élections présidentielles de février 2008, son candidat, Tomislav Nikolic, a même recueilli plus de 47 % des voix au second tour (dans un scrutin disputé où la participation a dépassé les 6o %). Et rien n’indique que la récente scission au sein de sa direction doive le vouer au déclin. La Serbie paie ici les conséquences de sa diabolisation auprès des pays occidentaux. Sur le plan économique, le pays a privatisé les fleurons de son économie, et l’ancien quartier populaire, fief de la gauche dans la capitale, « Nouveau Belgrade » est le paradis des grandes banques occidentales.

    Mais la Serbie n’est pas le seul pays à l’Ouest des Balkans où l’ultranationalisme et la xénophobie prospèrent. En Bosnie-Herzégovine, les élections parlementaires et législatives du 3 octobre dernier ont confirmé chez les Serbes comme chez les Croates de ce pays, de fait administré par l’Occident, dans chacune des entités ethniques issues des accord de Dayton, la victoire des partis nationalistes et un refus de cohabiter dans une nation multiculturelle. En février 2010 est né en Bosnie un Mouvement de la fierté nationale bosniaque, d’inspiration néo-nazie. Il se réclame du souvenir de la division SS Handschar et proclame que « les Juifs, les Roms, les Tchetniks, les séparatistes croates, Josip Broz Tito, les communistes, les homosexuels et les Noirs » sont ses principaux ennemis. La nostalgie nazie (oustachi) est aussi répandue en Croatie. Au Kosovo, les violences et harcèlements contre la minorité serbe se poursuivent, le Conseil de l’Europe dénonce régulièrement le racisme antirom en Albanie et, en 2006, le ministre des Affaires étrangères albanais, Besnik Mustafaj, agitait encore la perspective de créer une grande Albanie.

    Si les causes de ces résurgences sont multiples, nul doute que l’incapacité de l’Union européenne et des États-Unis à offrir une voie de développement et de cohabitation aux peuples des Balkans après avoir joué les pompiers pyromanes dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie.

    Plus à l’Est aussi

    Aux marches orientales de l’Union européenne aussi, le nationalisme et la xénophobie se portent bien. Le 27 juillet 2008, la ville de Lviv, ancienne Lemberg, capitale de la Galicie, organisait en partenariat avec la télévision locale une grande manifestation en l’honneur de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), le courant nationaliste ukrainien qui avait collaboré avec les nazis (avant de les combattre) et de la SS Galicia, une unité supplétive de la SS, constituée de nazis ukrainiens ayant commis des massacres de civils, notamment en ex-Yougoslavie. « Aussi surprenant que cela puisse paraître, quand la Crimée vit tout entière dans la nostalgie de l’URSS, la Galicie, naguère polonaise et intégrée aujourd’hui à l’Ukraine, très nationaliste, est quant à elle nostalgique de son allégeance à l’occupant nazi », écrivait en des termes un peu schématiques l’essayiste et romancier Michaël Prazan, le 15 septembre 2008, dans un blog lié au journal Le Monde. Le chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUM), Stepan Bandera, a des rues à son nom, des monuments et des musées à sa gloire dans plusieurs villes d’Ukraine occidentale.

    Ce néo-nazisme galicien s’oppose à des formes d’ultra-nationalisme russe qui présentent des traits similaires en ce qui concerne le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie notamment, et sont dis-séminées dans plusieurs dizaines de mouvements allant du Parti national bolchévique au mouvement Pamyat. Ces tendances, marginalisées au cours des dernières années sur l’échiquier politique par la prédominance du parti de Poutine, Russie unie, continuent à entretenir des tensions dans la société à travers divers incidents relatés dans la presse.

    L’orientation idéologique du Conseil de l’Europe, qui depuis des années place le nazisme sur un pied d’égalité avec le communisme, n’est pas pour rien dans la banalisation de l’ultra-nationalisme de ces pays. De même, la politique offensive de George W. Bush, à peine atténuée depuis peu par Barack Obama, qui, à travers des révolutions de couleur en Ukraine et en Géorgie, recherchait systématiquement l’encerclement de la Russie, a aussi joué un rôle considérable dans le renouveau des thématiques nationales.

    Frédéric Delorca

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    Apocalypse Viêt Nam Agent orange
     

    André Bouny, fondateur du Comité international de soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent orange, est l’auteur de cet ouvrage, le plus important sur ce crime contre l’humanité perpétré par les États-Unis dans la guerre menée contre le peuple vietnamien.

    Apocalypse Viet Nam agent Orange d’André Bouny - 23 euros

    En vente au Comité français du Village de l’amitié, au siège de l’ARAC

    Avec ce livre le lecteur sait absolument tout ce qu’il faut savoir sur les questions vitales pour l’avenir de l’humanité. Après avoir fait l’historique de l’usage du poison dans la chasse depuis la préhistoire et décrit le contexte de la guerre au Viêt Nam, l’auteur fait le bilan de la quantité épandue au Laos, au Cambodge, à la frontière des deux Corée, avec leurs effets sur les mangroves, les cultures, les sols, les rivières et le littoral. Il décrit ensuite le désastre humain, en établissant la liste impressionnante des maladies générées mais il aborde clairement la dévastation civilisationnelle nationale et internationale générée par ce « concentré de dioxine »

    La deuxième partie du livre dénonce toute les manœuvres judiciaires américaines pour écarter toutes les justices nationales et internationales qui devraient établir les culpabilités et les responsabilités des entreprises et des administrations US.

    Les dernières pages sont consacrées au Tribunal international d’opinions en soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent orange, constitué à Paris par l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD), animé en France par notre ami maître Roland Weyl. Ses travaux se sont déroulés les 15 et i6 mai 2009. Le président de l’ARAC et les dirigeants nationaux du Comité français pour le Village de l’amitié, solidaires de l’initiative, étaient présents et j’avais l’honneur et la responsabilité d’être cité parmi les témoins des conséquences horribles de cette tactique politique et militaire criminelle. Certes, hier, le crime a fait du Viêt Nam la victime la plus touchée. Aujourd’hui, ce sont les enfants de la troisième génération, handicapés à vie, qui souffrent dans leur corps.

    Hier ! Mais depuis les années 1970 ? Les agents chimiques ont été utilisés en Irak, les herbicides sont employés en Colombie dans la guerre contre la drogue. Mis à part au Québec, en Suisse et en Suède, les herbicides et les pesticides sont employés dans tous les pays du monde.

    Rendons hommage à André Bouny qui n’a pas limité ses analyses au seul Viêt Nam, mais conclut par cette analyse : « L’Italien Americo Mosca, lauréat du prix de chimie décerné à l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, révéla dans son livre Atoms in Agriculture, (1974) que l’utilisation annuelle aux USA de 450 000 tonnes de produits chimiques, mutagènes et cancérigènes, au début de la décennie 1970, représentait pour les générations actuelles et futures des dommages équivalents à 72 000 bombes atomiques d’Hiroshima. Ces révélations furent aussitôt classées secrètes pour 5o ans. Dans l’agriculture intensive, non seulement l’utilisation de produits chimiques perdure, mais elle se développe, envahissant la planète. De 1994 à 2003, en Argentine, la quantité d’herbicides est passée d’un modeste million de litres par an à…15o millions ! Il en va de même au Brésil (pour le soja) et en Inde (pour le coton).

    Les industriels chimistes prétendent que les herbicides, et plus largement les pesticides, accroissent la production vivrière et permettent de nourrir une population en croissance exponentielle…sans avoir à abattre de nouvelles surfaces forestières. Toutefois, l’importance de l’enjeu alimentaire vient de démontrer l’urgente nécessité d’une législation globale et planétaire qui prohiberait les pesticides et la confiscation des sols par les biocarburants, de façon à préserver l’accès à l’eau et à la nourriture pour tout individu au nom du plus élémentaire des droits : celui de l’alimentation, et à la possibilité de se nourrir sans être empoisonné, ni empoisonner sa descendance. En effet, les micro-gouttelettes de pesticides pulvérisées dérivent en suspension dans l’atmosphère et le vent déplace les poussières du sol contaminé à des distances considérables. L’évaporation depuis le sol et les plantes transfèrent la pollution en milieu rural et urbain, les particules étant inhalées ou se déposant sur la peau qui les absorbe. Enfin, les pesticides contaminent aussi les aliments, les nappes phréatiques et l’ensemble de l’environnement. Si la terre est empoisonnée, les aliments et notre organisme le deviennent. Les in-teractions entre la terre, l’air et l’eau, les interrelations entre flore et faune, diffusent une écotoxicité exposant chacun à des degrés divers.

    A ces usages intensifs doivent être ajoutés ceux des grandes entreprises, comme par exemple les chemins de fer, les collectivités territoriales ou les communes, grandes consommatrices d’herbicides pour « entretenir et préserver » la voirie. Mais n’oublions pas que l’usage privé de multiples pesticides est loin d’être négligeable. Tous ces composés chimiques atteignent inévitablement l’environnement. En fonction de leur durée, et que ce soit sous une forme percutanée, inhalée ou ingérée, ils finissent inéluctablement dans les organismes vivants. »

    André Bouny rejoint en cela les conclusions du colloque auquel l’ARAC a participé à Dijon, organisé par des professeurs et des chercheurs de l’Université, alertant sur les écocides qui mettent toute l’humanité en péril.

    Enfin, que chacun sache que ce livre, acheté à notre Comité pour le Village de l’amitié de Van Cahn, contribue à financer trois journées pour un enfant soigné à Van Cahn, André Bouny laissant ses droits d’auteur pour ce Village de l’amitié. Mieux connaître le scandale et les dangers mortels de la dioxine et être solidaire de ses victimes, deux raisons d’acheter ce livre.

    Georges Doussin

    Village de l’amitié Van Canh : Concert de solidarité

    Le 18 novembre s’est tenu, aux Invalides, le concert de solidarité avec le Village de l’amitié Van Canh au Vietnam, avec la participation de la Garde républicaine et d’une chorale vietnamienne (notre photo).

    Retour au sommaire

    ************************************************

      N° 766 - 767 - novembre-décembre 2010. g  

    LE CAHIER MEMOIRE : La première guerre mondiale ou l’impérialisme révélé.
     
    ……….
     
    EDITO : Paul Markides
     

    Notre Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre naquit de l’initiative de quatre anciens combattants de la guerre 1914-1918 : Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefebvre et Georges Bruyère. Admirateurs de l’action pacifiste de Jean Jaurès dans la période qui précéda cette guerre et ayant vécu ensuite l’expérience de ce conflit qui fut particulièrement dramatique et meurtrier, ils ont découvert douloureusement les identités des responsables de « cette guerre pour rien » : « les galonnés d’or et les brasseurs d’affaires » dénoncés dans le livre Le Feu d’Henri Barbusse qui reçoit le prix Goncourt en 1916. De là viendra leur décision de créer l’ARAC en 1917…

    Les articles de Bruno Drweski sur la guerre 1914-1918, de Charles Sylvestre sur Jaurès, les biographies des quatre fondateurs et le témoignage de Raymond Lefebvre, à partir d’un extrait de son livre L’éponge de vinaigre, nous permettent de nous remémorer ou de faire découvrir leur parcours singulier. Au-delà de ce rappel propre à la fondation de notre ARAC, nous trouvons indispensable d’honorer la mémoire d’un autre ancien combattant de la guerre 14-18, le général de Gaulle mort, il y a 40 ans, le 9 novembre 197o. Celui qui fut le chef de la Résistance, celui qui dirigea de 1944 à 1946 le gouvernement provisoire de la République française, mettant en application le programme de progrès humain élaboré par le Conseil national de la Résistance auquel l’ARAC est profondément attaché. Certes notre association n’a pas toujours été en harmonie avec le fondateur de la r République, avec certaines de ses positions ou décisions, notamment, face au colonialisme, face aux représailles sanglantes en Afrique du Nord, hautement condamnables. Nous ne pouvons pas, non plus, ne pas nous souvenir des événements de 1968 qui exprimaient le ras-le-bol d’une jeunesse exigeant plus de libertés et du monde du travail, réclamant plus de droits. Nous n’oublions pas non plus l’homme d’envergure mondiale (comme lors de son discours du r septembre 1965 à Phnom-Penh) contre la guerre du Vietnam.

    ……….
     
    La Première Guerre : mondiale ou l’impérialisme révélé
     

    BRUNO DRWESKI

    Bruno Drweski est historien, maître de conférences à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO)

    Si, pour beaucoup, la guerre qui commença à l’été 1914 fut comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, tel ne fut pas le cas pour les observateurs attentifs. Car le « long XIXe siècle » (1789 —1914) avait vu s’accumuler les contradictions à l’échelle mondiale. D’un côté, l’humanité avait découvert des possibilités, inespérées auparavant, de progrès scientifique, technique, économique, social. D’un autre côté, c’est à un rythme industriel que s’accrurent l’exploitation, la misère, les inégalités. La Première Guerre mondiale fut l’aboutissement d’un processus d’accélération de l’histoire. Comment le mé-canisme guerrier se mit-il en marche ? Comment se déroula-t-il ? Quels changements entraîna-t-il ?

    Le monde en 1914

    Un seul monde : l’expansion de la civilisation moderne

    Les « grandes découvertes » européennes ont inauguré le processus de mondialisation, en reliant toutes les régions du monde. Mais les puissances capitalistes ne sont parvenues à dominer toute la pla-nète qu’avec la seconde phase de la mondialisation, au XIXe siècle. En 1914, elles s’étaient partagées les ressources naturelles et les marchés. Ce colonialisme devint alors un « système-monde ». Les classes sociales dominantes de quelques pays avaient imposé, pour le meilleur et pour le pire, leur système social et économique, censé assurer le progrès de l’industrie, de la science et de la raison. Des territoires auparavant désolés voyaient affluer des investissements permettant aux productions agricoles, minières, industrielles d’augmenter à des rythmes inimaginables auparavant.

    Bienfaits de la colonisation ? Presque toute l’Europe y croyait et beaucoup de colonisés étaient fascinés par ces fleuves domestiqués, ces déserts qui reculaient, ces usines, ces trains, cette organisation, cette science qui dépassait la magie. Mais derrière ces progrès, combien de tragédies ! Dans les colonies et au coeur des empires. À la violence coloniale répondait la violence de classe. Les bataillons exploités de « l’armée industrielle ». Les damnés de la terre se pressaient vers les colonies ou vers les Amériques. L’Europe, c’était alors un tiers de la population mondiale. Les contradictions étaient en place pour mener au premier conflit de la mondialisation, à la guerre inter impérialiste pour les ressources naturelles et les marchés. Cette Europe croyait apporter au monde « la civilisation ». Ses États faisaient avant 1914 des guerres courtes, les victimes étant surtout militaires. Les lois de la guerre y veillaient, aucun État ne serait entré en conflit sans avoir d’abord engagé de minutieuses tentatives de règlement, d’ultimatum et finalement de déclaration de guerre à heure annoncée d’avance. La Russie, encore autocratique, avait obtenu la création du tribunal international de La Haye pour tenter de régler les différends entre États …civilisés. Les pogroms antisémites du tournant du siècle qui soulevaient l’horreur n’étaient rien en comparaison des hécatombes qu’on allait connaître après 1914 !

    L’Europe, c’était aussi les enfants travaillant dans les mines, les discours martiaux, chauvins, exter-minateurs. L’Europe du Kaiser massacrait 8o % du peuple Herrero, le roi des Belges fit régner la terreur sur le Congo, la France extermina des villages entiers en Algérie, les Britanniques réprimaient aux Indes, avec la cruauté de gentlemen croyant dépecer une hyène. L’Europe des banquiers, des industriels, des aristocrates décatis et des petits-bourgeois comptables avait exporté aux quatre coins du monde les violences séculaires qu’elle pensait avoir maîtrisé chez elle. L’autre Europe, celle de la sueur et de la misère, aspirait à la paix, comme la plupart des jeunes « coloniaux » qui se pressaient dans les rares écoles ouvertes pour eux.

    Déséquilibres et développements inégaux

    D’un côté, « le fardeau de l’homme blanc » porteur de civilisation, de progrès scientifique, technique, moral, de rationalité, de respect pour l’égalité. De l’autre, une barbarie décuplée par rapport aux vieilles féodalités. Les optimistes voulaient croire que l’impérialisme apporterait en bout de course un monde pacifié. Mais la masse des travailleurs ne pouvait y croire, aussi les bourgeois rationalistes faisaient tantôt appel à l’espérance dans un progrès « en soi », déconnecté des contradictions sociales, utilisaient tantôt le vieux reflex d’une religiosité de pacotille. Aux côtés des armées, de la police et des instituteurs mobilisés pour la « civilisation », on soutenait les missionnaires d’un christianisme vidé de son souffle prophétique. La contradiction entre rationalité revendiquée et « religiosité à papa » démontrait que la route vers les Lumières s’était arrêtée en rase campagne. Voilà une des causes de la guerre.

    Contradictions aussi entre poids du passé et implications du présent : restes de féodalisme contre poussées capitalistes ; survivances monarchiques contre exigences démocratiques ; principes aristo-cratiques contre réalisme bourgeois ; mode de vie rural contre rythmes urbains ; Occident développé contre Orient « archaïque » ; centre(s) contre périphérie(s). Contradictions entre les présents : entre impérialistes, entre nationalismes. C’est entre les libéraux perdant leurs illusions sur le progrès graduel pour tous et les socialistes incapables d’entraîner la majorité des sociétés en mutation que se forgea l’idéologie nationaliste. Il fallait « donner » aux prolétaires une patrie pour qu’ils renoncent à la révolution et dirigent leur ressentiment contre leurs semblables de l’autre côté des frontières.

    Dernière venue au club des grandes puissances, l’Allemagne reprit les conceptions racistes développées en France et en Grande-Bretagne pour les systématiser et légitimer sa course à la prééminence. Les très bonnes universités allemandes formèrent à ces conceptions ethnicistes les élites de l’Europe du centre-est. Au pangermanisme, par mimétisme, allaient répondre, le panslavisme, le pantouranisme, le nationalisme hongrois « hun », le national-catholicisme polonais, le sionisme, etc. En 1914, les contra-dictions étaient trop diverses pour être perçues et résolues d’un seul coup. Comment prôner l’égalité des êtres humains et justifier les comportements « civilisés » des armées en Europe, barbares dans les colonies ? Comment prôner la démocratie en séparant les habitants d’un même « empire » en citoyens et en sujets ? Pourquoi l’alliance de la troisième République avec le tsar autocrate ? Pourquoi celle de l’Allemagne fière de sa sécurité sociale avec l’empire ottoman aux structures archaïques ?

    Des perceptions différentes de la réalité selon les pays

    Sept puissances rivalisaient alors : Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Russie, États-Unis, Japon. La Grande-Bretagne, la France et des pays comme la Belgique avaient, en gros, terminé leur mutation vers la démocratie bourgeoise, alors que l’Allemagne restait marquée par des raideurs monarchistes. Plus à l’Est, les pouvoirs s’adaptaient mal aux règles du capitalisme. Les pays balkaniques voulaient imiter les grandes puissances, en se faisant le jouet de leurs intérêts. La Russie était une « prison des peuples », l’Autriche et l’empire ottoman recherchaient une légitimité de rechange face à la déliquescence des principes féodaux portés par les Habsbourg ou ceux d’un islam en crise portés par les sultans ottomans. De plus en plus de peuples se sentaient opprimés : Irlandais, Polonais, Arméniens en particulier. La déliquescence des vieilles puissances amenait d’autres groupes ethniques à se considérer comme des peuples à part entière : Tchèques, Slovaques, Ukrainiens, Juifs, Lituaniens, Arabes, etc. Si pour l’opinion progressiste, la guerre semblait une catastrophe évitable, pour certains « petits » peuples, elle semblait une porte vers la liberté. Les Serbes, menacés par la poussée germano-autri-chienne, eurent de fortes raisons de croire que la guerre de 1914 avait commencé pour la défense de leur liberté.

    Hormis quelques pays européens neutres, l’Amérique latine devenue « l’arrière-cour » des États-Unis et quelques États semi-coloniaux (Abyssinie, Perse, Afghanistan, Siam, Chine), le reste du monde faisait partie d’empires. Aux appelés des pays belligérants allaient s’ajouter les troupes coloniales. La Chine, sans moyens, apporta ses bataillons de main-d’œuvre pour remplacer dans la misère les ouvriers partis au front. On connaît les conditions horribles qui régnaient au front. On doit aussi rappeler la misère, la surexploitation, parfois la famine qui touchait les ouvriers, les travailleurs coloniaux, les femmes.

    Les moteurs de la guerre

    On connaît le mécanisme de déclenchement de la guerre qui commença par l’ultimatum de Vienne à Belgrade, et qui s’étendit, par le jeu des alliances, à l’ensemble des grandes puissances européennes, suivies par le Japon, l’Italie, les États-Unis et plus fictivement, par plusieurs États d’Amérique latine. Les fauteurs de guerre sont connus : les « marchands de canons », les intérêts impérialistes jouant, à l’occasion, sur les frustrations de « petits peuples ». Le jour venu, peu osèrent se rebeller contre les ordres de mobilisation ou fraterniser avec les troupes adverses. La propagande voulut démontrer l’existence d’un consensus guerrier. Les partisans de la paix furent isolés par les bureaucraties de partis, « l’aristocratie ouvrière », « le crétinisme parlementaire ». La discipline, qui fut une arme de la classe ouvrière dans ses luttes, fut retournée en son contraire. « Les démocraties ne se font pas la guerre ». Rien ne fut plus faux que cette affirmation au moment où les Parlements, élus selon les règles de la démocratie bourgeoise, votèrent les crédits militaires. Comme l’avait pressenti Karl Marx, la « rétribution » eut lieu en Europe, une barbarie rodée dans les colonies, décuplée par les techniques modernes. La Première Guerre mondiale « remit à niveau » les contradictions du capitalisme. Les dynasties, qui tentèrent de survivre par la fuite en avant dans la guerre, tombèrent : Romanov, Habsbourg, Ottomans, Hohenzollern. Les puissances plus modernes s’engagèrent sur la pente de l’affai-blissement. Seuls les États-Unis, et dans une moindre mesure le Japon, tirèrent profit du conflit. La Russie allait tenter seule, dans le feu de sa grandiose révolution, une voie alternative vers la modernité, créant le premier contrepoids anti-impérialiste de l’histoire.

    La rivalité entre Londres, qui voulait conserver sa prééminence contre Berlin, fut le moteur du conflit. La France se joignit à Londres pour préserver son rang. Ces calculs étaient chimériques. En 1913, Grande-Bretagne, Allemagne et France ne représentaient plus, ensemble, qu’un tiers de la production industrielle mondiale, contre un autre tiers pour les seuls États-Unis. Le « concert européen » faiblissant sombrait dans la cacophonie. Les élites européennes perdaient le contrôle de ce qui avait justifié leur domination.

    La Guerre

    Ce fut une guerre de masse, industrielle, longue. Le contraire des prévisions.
    Des masses d’hommes furent broyées sous des « orages d’acier »

    Ce fut une guerre de masse, industrielle, longue. Le contraire des prévisions. Des masses d’hommes furent broyées sous des « orages d’acier ». Dix millions allaient périr. Une guerre sans but précis. Certains purent croire qu’ils défendaient leur nation. Comme les Serbes. Quand l’ennemi se rapprocha du coeur de la mère patrie, Allemand aux portes de Paris, Anglais aux portes de l’Anatolie, le soldat pouvait croire à la défense de sa patrie en danger. Mais dans l’ensemble, ce ne fut pas une épopée. Les soldats belges flamingants mouraient car ils ne comprenaient pas les ordres de leurs officiers francophones, les soldats austro-hongrois, russes, allemands découvraient dans la boue des tranchées les solidarités « tribales » avec ceux qui parlaient comme eux. La Première Guerre mondiale enracina les idéaux de paix et de justice sociale chez beaucoup d’ouvriers ou parfois de paysans, elle incrusta l’égoïsme ethnique chez ceux qui, arrachés à leur terroir, découvrirent à la fois le vaste monde et ses horreurs. D’autant plus qu’ils ne furent pas « recasés » dans une société déstructurée par la guerre. Ce fut surtout le cas dans les pays vaincus, mais le phénomène des anciens combattants de droite allait traverser toute l’Europe, face aux anciens combattants pacifistes.

    Cette guerre fut horrible pour les civils, surtout ceux qui subirent l’occupation. Belges accusés d’être des francs-tireurs par l’armée allemande, Ruthènes soupçonnés de sympathie pour la Russie par les détachements hongrois, Juifs accusés de fuir le service militaire, Arabes hésitant à soutenir un empire de moins en moins musulman et de plus en plus turc, et surtout Arméniens qui par plusieurs centaines de milliers au moins payèrent de leur vie le soupçon de sympathiser avec la Russie. Ce fut surtout une guerre de position, après les premières semaines, quand les Allemands

    furent stoppés aux portes de Paris et que les Russes furent arrêtés à l’intérieur de la Prusse orientale. La retraite serbe, Verdun et Przemysl furent les symboles des combats les plus durs. D’autres noms firent la une des journaux : la Somme, Gallipoli, Caporetto, etc. Les pertes au front furent massives : 20 % des hommes en France, 13 % en Allemagne. Le conflit systématisa l’interventionnisme d’État au profit des capitalistes… La Russie révolutionnaire allait prendre cet exemple au profit des ouvriers. Il y eut des cascades d’innovations : aviation, sous-marins, gaz, blindés. La généralisation du travail féminin démontra irréversiblement la capacité des femmes à faire des travaux jusque-là jugés irréalisables par elles.

    Une guerre « pour rien »

    On doit réfléchir pour savoir pourquoi la fin de la vieille Russie déboucha, dans la douleur, sur la création d’une nouvelle entité politique multinationale, alors que l’effondrement des empires austro-hongrois, ottoman et allemand entraîna la naissance d’États nations séparés.

    1914 stoppa l’essor du commerce international, délégitima les prétentions des élites possédantes à représenter « la civilisation » et le progrès en soi. Les Européens s’entretuèrent plus brutalement que des « sauvages ». Les plus conservateurs se raccrochèrent aux mythes réactionnaires, surtout au racisme, pour expliquer ce drame. Les mutineries, fraternisations, grèves qui s’étaient multipliées après les révolutions russes de 1917 éveillaient chez le bourgeois la peur du « bolchevik avec son couteau entre les dents ». Plus on allait vers l’Est, plus les tentatives de créer des « États bourgeois » étaient marquées par un radicalisme, de façade au moins. Les États naissants adoptèrent au départ des constitutions démocratiques entérinant l’ingérence de l’État en faveur de lois sociales et le droit de vote pour les femmes (en France, il ne sera accordé qu’en 1945). Cette guerre n’assura aucune victoire durable, ce que la Seconde Guerre mondiale puis la décolonisation allaient démontrer. Les causes profondes du conflit persistaient : inégalités entre États, nations, classes sociales. Même si la nouvelle Russie allait tenir un discours imposant les principes de paix, de désarmement et de sécurité collective. Un peu partout, il y eut des mouvements qui s’en inspirèrent. Allemagne, Hongrie, Pologne, Cuba, Espagne, Chine, etc. eurent leurs soviets, les révolutions mexicaine et chinoise se radicalisèrent, le mouvement musulman indonésien se bolchévisa, etc.

    L’ordre versaillais se forma aussi contre le camp politique qui avait prôné « la guerre à la guerre ». Partout les révolutionnaires qui n’avaient aucune responsabilité dans la tuerie de 1914 furent combattus, pourchassés, assassinés. Les puissances s’accordèrent pour créer un « cordon sanitaire » autour de la Russie, dès que leurs interventions échouèrent à assurer le retour au pouvoir des contre-révolutionnaires. L’idée en principe généreuse de Société des nations proposée par les États-Unis était viciée dès le départ. On doit réfléchir pour savoir pourquoi la fin de la vieille Russie déboucha, dans la douleur, sur la création d’une nouvelle entité politique multinationale, alors que l’effondrement des empires austro-hongrois, ottoman et allemand entraîna la naissance d’États nations séparés. Les États décadents avaient laissé se développer des nationalismes ethniques concurrents pour prolonger leur agonie. Les frontières dessinées à Versailles furent le résultat de rapports de force entre les grandes puissances au profit de leurs « États clients » respectifs. C’est ainsi que naquit « la petite Entente » qui « régla ses comptes » à la Hongrie vaincue mais surtout tentant une Révolution. La Pologne dut se contenter de compromis défavorables à l’Ouest (la « ville libre » de Dantzig), car elle était vue de Londres comme une protégée de Paris au moment où, fidèle à son traditionnel jeu de bascule, l’impérialisme britannique voulait que la puissance allemande soit maintenue comme contrepoids face à la France. Cette même Pologne bénéficia en revanche des appuis occidentaux à l’Est où elle refoula le bolchevisme. Les Arabes ne furent pas libérés, mais partagés entre les deux puissances « mandataires » du Moyen-Orient, tandis que, dans la foulée du nationalisme colonial européen, Londres promettait aux sionistes d’ouvrir la Palestine à la colonisation de Juifs venus d’Europe où ils constituaient une masse pauvre et potentiellement rebelle. L’ordre versaillais visait à retourner certains peuples anciennement opprimés en agents des grandes puissances contre d’autres peuples « dangereux ». On imposa aux nouveaux États (mais pas à l’Allemagne pourtant vaincue, et moins encore aux puissances victorieuses) un traité des minorités qui tuait dans l’œuf les tentatives de créer des nations politiques non ethniques, mais qui permettait de justifier les ingérences dans leurs affaires intérieures. L’Allemagne fut humiliée autrement. Jugée seule responsable de la guerre, elle dut payer des réparations et les industries rhé-nanes furent soumises aux vainqueurs. Alors qu’on tolérait les corps francs allemands, auteurs de meurtres massifs contre les populations rebelles et creuset des futurs militants nazis, on imposa la démilitarisation unilatérale du Reich. Les guerres civiles ou ethniques se prolongèrent à l’Est après 1918. Dans la foulée eurent lieu les premiers déplacements de populations qui touchèrent environ 5 millions de personnes. Seuls les États-Unis virent leur position renforcée par la ruine de leurs concurrents endettés. Le capitalisme peina à se relever. En 1948 seulement, les échanges internationaux rattrapèrent leur niveau de 1913, encore qu’il faille tenir compte de l’augmentation de la population mondiale et de la multiplication des frontières qui rendaient « internationaux » des échanges qui n’auraient pas été comptabilisés comme tels en 1913. On peut donc estimer que la mondialisation s’est arrêtée en 1914, pour ne reprendre qu’à la fin du XXe siècle.

    ……….
     
    Jaurès, le 31 juillet 1914 : « Je vous dénoncerai ministres à la tête légère »
     

    Le 31 juillet 1914, dans l’après-midi, Jaurès, à la tête d’une délégation, est au ministère des Affaires étrangères pour presser le gouvernement français de tout faire encore pour éviter la guerre. Il est reçu par Abel Ferry, le neveu de Jules Ferry, qui occupe le poste de secrétaire d’État. Abel Ferry qui, on le saura plus tard, tiendra un journal tout au long de la guerre.

    CHARLES SILVESTRE

    Dans un livre présenté par l’historien Nicolas Offenstadt, intitulé Carnets secrets 1914-1918 (page 52) on lit cette observation d’Abel Ferry à la date de ce 3i juillet 1914 : « Ce même vendredi à 9 heures du soir, on fit passer un papier à Poincaré disant que Jaurès venait d’être assassiné. » Et l’auteur de la note poursuit : « Il était venu me voir trois heures auparavant, et voici les notes que j’ai prises pendant qu’il parlait : vous êtes victimes d’Iswolsky(I) et d’une intrigue russe. Nous allons vous dénoncer ministres à la tête légère, dussions-nous être fusillés. » Ce témoignage concorde avec d’autres, que l’historienne Madeleine Rébérioux avait recoupés. Jaurès, envisageant ce même et fatidique jour son éditorial du lendemain 1er août, l’article qui ne paraîtra jamais, et pour cause, se promettait, selon ses proches, de « mettre le parti hors de cause ». Cet hors de cause signifiant que le Parti socialiste dénoncerait la guerre au moment même où elle allait éclater, la déclaration intervenant1er 2 août. Personne ne peut jurer que Jaurès, une fois la guerre engagée, aurait refusé de « défendre son pays », mais il était clair qu’il n’aurait pas légitimé cette guerre dont il avait parfaitement anticipé la monstruosité et les tragiques conséquences. La fameuse « Union sacrée » au nom de laquelle il fallait, tous et avec enthousiasme, partir au massacre contre le « boche », n’était pas « au programme » pour Jaurès, et surtout pas avec les boutefeux qu’il ne cessa de dénoncer et qui le lui firent cher payer en armant de leur vindicte le bras de son assassin nommé Raoul Villain. A cet égard, il n’est pas abusif d’affirmer que Jaurès est un père du mouvement de dénonciation de la guerre dans lequel Henri Barbusse, l’auteur du Feu, écrit et publié dès 1916, lauréat du prix Goncourt, Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefebvre, Georges Bruyère se sont illustrés jusqu’à fonder en 1918 l’Association républicaine des anciens combattants dont la marque de fabrique est de joindre à la défense des victimes la mise en accusation de la guerre et de ses responsables. D’ailleurs, on retrouve dans l’histoire de l’Humanité de Jaurès, Barbusse et plus tard Paul Vaillant-Couturier à sa rédaction en chef.

    Mais pourquoi Jaurès s’est-il dressé aussi puissamment, aussi durablement et si tôt contre la guerre ? Pour des raisons qui touchent au philosophe, à l’historien, au défenseur du peuple, au citoyen bienveillant, au gourmand de beauté, au lutteur républicain et socialiste qu’il a été, Jaurès a tout compris de la guerre. Il l’a vue venir de loin d’abord, à son approche ensuite, et dans ses conséquences enfin. Il y a chez lui quelque chose d’un voyant, pas un devin, mais un « voyant raisonneur », fondant son extra lucidité sur l’analyse des faits et rien que des faits.

    C’est pour cela que le journaliste chez lui est si important. Dans l’Humanité qu’il a fondé le 18 avril 1904, il écrit dès le 15 octobre de cette même année un article intitulé « La guerre russo-japonaise ». A sa mise en garde, il a littéralement collé un télégramme envoyé de Petersburg dans lequel « les soldats marchaient à la baïonnette, et chaque pouce de terrain était arrosé de sang ». On se croirait au Chemin des Dames. Il saisit déjà que cet acharnement, à l’échelle européenne, sera épouvantable.

    Il voit la mécanique infernale se mettre en place, même quand elle paraît éloignée du futur théâtre des opérations. Le 2 avril 1908, dans son Barbarie stérile, lui qui, au départ, simple républicain, n’était pas anticolonialiste, stigmatise l’engrenage de la guerre coloniale, ses « crimes » au Maroc. Ce qui lui fera dire un jour, dans son discours de Vaise, le 25 juillet 1914,à six jours de sa mort : « Alors notre ministre des Affaires étrangères Delcassé dit à l’Autriche : nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc ». On sait à quel point la boucherie de 14-18 a été une guerre de convoitise, suivie dans le Traité de Versailles du partage des dépouilles entre les empires…

    « Quelle horreur que la vie ! » : cette conclusion de l’article du 3 décembre 1912 dans l’Humanité de la part de Jaurès fait sursauter. Mais elle vient au terme de « La guerre des Balkans », monument du journalisme de pertinence où l’auteur décèle « la rivalité haineuse au centre de l’Europe » et ajoute cet avertissement : « Tous les gouvernements répètent : cette guerre serait une folie et un crime. Et les mêmes gouvernements diront peut-être dans quelques semaines à des millions d’hommes : c’est votre devoir d’entrer dans ce crime et cette folie »…

    L’année suivante, le 12 juin 1913, dans « Sinistres leçons », il écrit ces mots que l’on devrait faire apprendre par cœur dans les établissements scolaires : « Si chauvins de France et d’Allemagne réussissaient à jeter les deux nations l’une contre l’autre…la guerre remuerait tous les bas-fonds de l’âme humaine et une vase sanglante monterait dans les cœurs et dans les yeux. » Cette vase sanglante ne sera pas pour rien dans l’ascension du fascisme et l’apparition d’un homme de boue, Adolf Hitler.

    Jaurès, bien sur, va plus loin dans l’analyse des causes profondes de la guerre. Le 7 mars 1895, dans un discours à la chambre des députés, il attribue les conflits à cet état de fait : « Tant que, dans chaque na-tion, une classe restreinte d’hommes possédera les grandes moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et le pouvoir… », il y aura des germes de guerre. Idée qu’on retrouvera dans une formule célèbre : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. »

    Le fondateur de l’Humanité voit encore plus loin. Le Io juillet 1913, encore prémonitoire, il écrit : « La guerre porte un coup sévère à la classe qui revendique, qui essaie de monter vers plus de justice sociale, parce qu’elle détourne vers d’autres objets les passions et les soucis de tous. » A bien le lire, Jaurès avait une idée en tête : le socialisme tel qu’il l’imaginait, un socialisme de construction sociale, démocratique, de liberté, de « conscience », comptait alors ses forces essentielles en France et en Allemagne. La guerre tue les hommes, mais aussi, les idées. Pour un temps…

    (I) Ambassadeur de Russie à Paris.

    ……….
     
    Quand Jaurès dénonçait la guerre…
     
    Les Balkans en feu : L’Humanité le 3 décembre 1912

    Hélas ! La rivalité haineuse des peuples balkaniques a depuis une génération fait un mal infini. Si les Grecs, les Serbes, les Bulgares, au lieu de se jalouser et de s’égorger pendant trente ans, s’étaient unis pour exiger des réformes comme ils se sont unis pour assaillir la Turquie, l’évolution de l’Orient aurait pu s’accomplir sans les violences et les souffrances de la guerre. Maintenant Bulgares et Grecs, à demi brouillés par Salonique, la pomme d’or et de discorde, ne s’entendent pas sur l’armistice. Les Bulgares, épuisés par leurs victoires mêmes, le désirent. Les Serbes et les Grecs auxquels l’effort bulgare a épargné bien des pertes, aimeraient mieux continuer les hostilités pour accroître leur part de butin. Si le désaccord persiste, si l’armistice échoue, si la guerre recommence, bien des complications et des intrigues sont à redouter. Ne sortirons-nous jamais de ce cercle maudit ?

    Ô hiver, ô sombre et bienfaisant hiver, hâte-toi, accumule sur la tête des hommes insensés tes nuées lourdes de neige, et oppose bientôt à leurs agitations, à leurs velléités belliqueuses, tes blanches épaisseurs ! Dresse sur les frontières austro-russes tes murailles de glace !

    Ô hiver, redoutable et bon, ton heure est venue. La diplomatie a échoué, le choléra a échoué. C’est à toi de sévir maintenant pour donner aux hommes délirants le temps de se reprendre un peu ! […]

    Mais quelle chose extraordinaire ! Tous les gouvernements de l’Europe répètent : cette guerre serait un crime et une folie. Et les mêmes gouvernements diront peut-être dans quelques semaines à des millions d’hommes : c’est votre devoir d’entrer dans ce crime et dans cette folie. Et si ces hommes protestent, s’ils essaient d’un bout à l’autre de l’Europe de briser cette chaîne horrible, on les appellera des scélérats et des traîtres et on aiguisera contre eux tous les châtiments.

    Quelle horreur que la vie !

    La mort du tsarisme : L’Humanité, le 23 janvier 1905

    Les dépêches arrivées hier signalent un redoublement de menaces et de violence contre les Arméniens. Quand donc finira le martyre de ce peuple ? Et faut-il que même l’avènement de la liberté en Turquie ne suffise point à la protéger contre un fanatisme meurtrier.

    Nous ne ferons pas aux jeunes turcs l’injure de supposer qu’ils peuvent rester une minute indifférents à ces tueries. Nous sommes sûrs, au contraire, qu’à travers toutes les difficultés qui les assaillent, ils auront comme premier souci d’empêcher le retour des abominables massacres qui ont déshonoré l’ancien régime.

    Nous faisons des vœux ardents pour que leur action soit efficace et prompte. Ce serait vraiment une triste chose si le plus horrible lambeau du régime ancien se prolongeait dans le régime nouveau pour le souiller et pour le corrompre.

    Massacres arméniens : L’Humanité, le 7 mai 1909

    Entre le tsar et « son peuple » il y a désormais un fleuve de sang. Et, du coup qu’il a porté aux ouvriers russes, le tsarisme s’est frappé lui-même mortellement. Même si le peuple de Saint-Pétersbourg ne réussit pas cette fois à vaincre la fidélité routinière et aveugle des soldats, même s’il ne parvient pas à s’emparer du palais d’Hiver et à y proclamer révolutionnairement la liberté de la nation, même si le tsar, tapi à vingt kilomètres de sa capitale en son château de Tsarskéo-Sélo et protégé par les neiges, se dérobe pour quelques jours aux sommations du peuple soulevé, même alors le tsarisme est condamné (Extrait).

    Sinistres leçons : L’Humanité, le 12 juin 1913

    L’Europe comprendra-t-elle enfin l’avertissement qui lui vient des Balkans ? Partout, du Maroc à la Bosnie-Herzégovine, de Tripolitaine à Constantinople, de Macédoine à l’Asie Mineure, elle a pratiqué une politique de convoitise aveugle, d’égoïsme et d’imprévoyance. La Turquie n’a été réformée à temps ni par les Turcs ni par les puissances, qui ont pris ombrage d’un effort de régénération. Les Grecs, les Serbes, les Bulgares ont, pendant des générations, usé toutes leurs forces à se jalouser, à se meurtrir les uns et les autres. Quand enfin ils se sont unis, c’est pour une politique équivoque, où à de hautes pensées de libération se mêlaient les plus basses convoitises et le plus misérable orgueil.

    Maintenant, entre la Turquie et les alliés, la paix n’est qu’ébauchée et bien des échardes peuvent provoquer encore une inflammation. Dans la pauvre Turquie vaincue se succèdent les meurtres politiques les plus stériles. Les alliés balkaniques sont sur le point d’en venir aux mains pour le partage des dépouilles.

    On apprend le même jour que le grand vizir a été assassiné à Constantinople et que Serbes et Bulgares sont si près de se battre que le tsar de Russie a dû leur adresser un suprême télégramme. Ou ils se déchireront, ou ils ne feront la paix que sous la menace du « grand frère » du Nord. Armé du knout. Partout, dans une atmosphère trouble, la barbarie se déchaîne, la violence ne peut porter aujourd’hui des fruits de civilisation. Dans l’Occident européen, les mêmes forces cruelles et basses se développent. En France même, le mouvement de la loi de trois ans suscite dans les âmes nationalistes des haines ignobles. Quiconque n’accepte pas sans discussion la loi funeste est dénoncé comme traître vendu à l’ennemi. Au nom de la patrie, on répand la calomnie et l’ordure. Si le conflit naissait de ces manœuvres, si chauvins de France et chauvins d’Allemagne réussissaient à jeter les deux nations l’une contre l’autre, la guerre s’accompagnerait partout de violences sauvages, qui souilleraient pour des générations le regard et la mémoire des hommes. Elle remuerait tous les bas-fonds de l’âme humaine et une vase sanglante monterait dans les cœurs et dans les yeux.

    Cloche d’alarme : L’Humanité, le 26 février 1909

    (… ) Voilà où en est l’Europe, voilà où l’a conduite la politique de défiance et de convoitise pratiquée depuis des années et dont notre politique marocaine a été un élément détestable. Je ne veux pas dis-cuter en ce moment ces hypothèses monstrueuses. J’y reviendrai demain. Je me borne aujourd’hui à les dénoncer. Plus que jamais nous crions aux prolétaires de France : Prenez garde ! Plus que jamais, le socialisme international doit avertir tous les prolétaires d’Europe. Laisserons-nous les bandits de la diplomatie poursuivre le jeu insensé d’où la guerre peut sortir ? Les prolétaires accepteront-ils, suivant le mot de Shakespeare, d’être la paille que les puissants jettent au feu de leur gloire pour le fairejaillir plus haut ? (Extrait)

    La guerre russo-japonaise : L’Humanité, le 15 octobre 1904

    ( ) Combien de temps encore d’inconscients boutefeux contribueront-ils à pousser la Russie dans une voie de folie et de désastre et à prolonger une guerre atroce qui ferait crier de douleur et d’horreur toute l’humanité civilisée, si celle-ci n’était encore à moitié sauvage ? Acharnement réciproque. On télégraphie de Pétersbourg, le 14, que les dernières dépêches des correspondants ne rapportent rien sur la marche générale des combats des 12 et 13 octobre relatés par le général Kouropatkine. Ils se bornent à en constater le terrible acharnement. Ils signalent entre autres qu’une position ci été quatre fois perdue et reprise par les Russes dans la même journée, et que les attaques et contre-attaques russes et japonaises alternent avec une véritable furie.

    La lutte a été beaucoup plus meurtrière encore que pendant la bataille de Liao-Yang, avec un déploiement de bravoure extraordinaire de part et d’autre, chaque pouce de terrain cédé ayant été arrosé de sang.

    Les officiers n’avaient pas besoin d’entraîner les soldats, qui couraient à l’ennemi avec une ardeur irrésistible, sous une grêle de balles et de boulets. Les soldats marchaient à la baïonnette et lançaient également des grenades à la main. Les médecins militaires ont également agi avec héroïsme. Le nom-bre des blessés est considérable. Des rangs entiers de soldats ont été comme fauchés par l’artillerie. Une compagnie russe ayant presque exterminé une partie d’un bataillon japonais a été ensuite fortement décimée par le feu de l’ennemi.

    Deux bataillons russes, attaqués de flan et par derrière par plusieurs escadrons japonais, les ont anéantis à coup de fusil (Extrait).

    ……….
     
    Les quatre fondateurs de l’ARAC
     

    Lyon, le 6 septembre 1919 : les délégués du premier congrès de l’ARAC avec ses quatre fondateurs (assis au premier rang, au centre).

    Paul Vaillant-Couturier (1892-1937)

    Après de brillantes études secondaires à Paris, il devint avocat et obtint une licence d’histoire. A peine avait-il reçu ces titres qu’éclate la guerre 1914-1918. Il devient rapidement un officier de valeur. Plu-sieurs fois blessé, gazé, titulaire de nombreuses citations.

    Marie-Claude et Paul Vaillant-Couturier dans les Pyrénées, dans les années 1930.

    Il est difficile de séparer le souvenir de Paul de celui de Raymond Lefebvre, car leur enfance, comme leur jeunesse, avaient été communes et l’un disait de l’autre qu’il était « l’autre moitié de lui-même ». Ils s’étaient liés d’amitié profonde au lycée Janson-de-Sailly où ils firent leurs premières

    Pour son action en faveur de la paix, Paul fut cinq fois condamné et trois fois emprisonné. Élu une première fois député en 1919, il agira inlassablement avec l’ARAC pour la défense des droits des ACVG, tout en menant le combat contre la guerre.

    Il avait tous les dons : poète, orateur, écrivain, journaliste. C’était un artiste-né, d’une sensibilité, d’une finesse de littérateur accompli. Il était aussi peintre et musicien. A sa mort soudaine à Paris, le Io octobre 1937, près d’un million de Parisiens l’accompagnèrent au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis, devant le mur des Fédérés. Défenseur ardent de l’Espagne républicaine, dénonçant sans relâche les menaces du fascisme et de la guerre, il écrivait : « La paix ne se conçoit pas sans liberté… Elle porte en soi l’attrait et le prestige du plus haut idéal de l’homme… »

    Ses livres les plus connus : Nous ferons se lever le jour et Vers des lendemains qui chantent, phrase reprise par Gabriel Péri avant de mourir devant le peloton d’exécution nazi.

    Henri Barbusse (1873-1935)

    Henri Barbusse, blessé après22 mois de tranchées.

    Grand homme de lettres, né à Asnières, Henri Barbusse avait, dès avant 1914, publié plusieurs livres qui lui ouvrirent les portes de la célébrité, dont Pleureuses, Les Suppliants et surtout L’Enfer. Il était aussi journaliste et critique littéraire. Quand éclate la Première Guerre mondiale, malgré ses 41 ans, il s’engage comme deuxième classe le 4 août 1914, au 231e Régiment de ligne. Il reste vingt-deux mois dans la boue des tranchées avant d’être réformé. Deux fois cité pour son courage, la dure expérience du soldat combattant lui fera écrire : « Quand on commence à ouvrir les yeux, on ne s’arrête plus de voir ce qu’on ne voyait pas jadis… »

    Il écrit alors Le Feu, journal d’une escouade, qui parait en feuilleton dans le journal L’OEuvre. Lors de la publication du Feu, le 15 déceL’Œuvre16, Barbusse reçoit le prix Goncourt. Si Le Feu est critiqué dès sa parution par la droite et une certaine partie de l’arrière, les combattants de tous les fronts, les vrais, y reconnaîtront l’authentique visage de leurs misères et souffrances, celui de la mort qui frappe. Ce sera ensuite la rencontre de Barbusse avec Bruyère, Lefebvre et Vaillant-Couturier en 1917. Ce dernier écrivit à ce sujet : « Revêtus de nos capotes raidies de boue et de sang… Barbusse venait d’écrire Le Feu… il délivrait nos consciences de combattants. L’esprit des tranchées s’exprimait en lui. De notre rencontre, dans un entracte du meurtre, est née l’ARAC. » Par la suite, Barbusse, soldat du feu, va engager toutes ses forces, son talent et son prestige au service des idées de paix et de progrès humain en France et dans le monde : premier congrès de l’Internationale des anciens combattants à Genève (19 2 0), Mouvement Amsterdam-Pleyel contre le fascisme et la guerre (1933), Congrès international de la jeunesse, etc. Il meurt à Moscou le 3o août 1935. Après des funérailles grandioses, son corps reposera au cimetière du Père-Lachaise.

    Raymond Lefebvre (1891-1920)

    Né à Vire, dans le Calvados, Raymond Lefebvre était lui aussi poète et écrivain. Réformé en 1914, il est volontaire pour le front et demande à être affecté à un corps de brancardiers pour pouvoir se consacrer à sauver des vies humaines. Blessé, il est évacué deux fois puis, en 1916, au cours d’un bombardement, il est enseveli dans la boue, contusionné, paralysé. Après de longs mois d’hôpital, il en sort rongé par la tuberculose. A Paris, il retrouve Paul Vaillant-Couturier avec lequel il n’a cessé de correspondre et d’échanger idées et réflexions. Ensemble, ils font la connaissance de Georges Bruyère. Leur point de rencontre est dans la rue Olivier-de-Serres (Paris XVe), la rue de Bruyère. « Nous remontions la rue par un soir de début d’été », relate Paul Vaillant-Couturier. « L’odeur des feuilles de jardin et cette fraîche saveur vivante de l’air à Paris passaient sur nous. Les enfants de l’école voisine noyaient la rue de cris et de remous clairs. Mais en nous claquait l’écho des fusillades et des canonnades… Raymond et moi avions été tout de suite conquis par le regard droit de Bruyère. Ouvrier de Paris, il avait donné à notre haine de la guerre sa base prolétarienne précise… » Et ce fut, avec Henri Barbusse, la création de l’ARAC.

    Ensemble, Raymond et Paul écriront La Guerre des soldats qui, comme Le Feu paraîtra en feuilleton dans L’Œuvre avant d’être édité en librairie en 1919. Raymond Lefebvre publiera encore L’Éponge de vinaigre puis Le Sacrifice d’Abraham (où s’expriment avec force les aspirations des rescapés des tranchées), et surtout de nombreux articles sur l’ARAC. Dans l’un deux se trouve cette phrase prophétique : « Dans la prochaine guerre, il y aura des croix de guerre pour les berceaux. » En 192o, au retour d’une mission en Russie, Raymond Lefebvre périt dans un naufrage, en océan Arctique.

    Georges Bruyère (1893-1923)

    Son père était ajusteur, à Paris, dans le XVe arrondissement. Obligé de renoncer aux études, Georges Bruyère exerça le même métier. Très jeune, il lutte pour la défense du droit à la vie et contre la guerre.

    1914, la guerre éclate. Lui qui la haïssait tant sera pourtant un soldat courageux. Blessé à la tête lors d’un bombardement dans la tranchée des Arabes, à Ablain-Saint-Nazaire en Artois, il est soigné puis reformé. Reprenant son métier, il n’a plus qu’une volonté, rassembler, unir les rescapés de cette tuerie qu’il a connue et, avec eux, lutter pour ne jamais revoir ça. Il rencontre alors Raymond Lefebvre et Paul Vaillant-Couturier. Écoutons ce dernier : « En 1917, nous avions fondé l’ARAC. C’est Bruyère qui le premier en eut l’idée : il faut faire quelque chose… absolument… disait Lefebvre. Tous les partis se sont déshonorés… Oui, quelque chose de neuf dit Bruyère, et qui puisse agir. Fondons une société de mutilés et d’anciens combattants pour combattre la guerre. Nous avons rédigé une lettre à Barbusse et un projet de manifeste au milieu des exclamations enthousiastes de Raymond… »

    Georges Bruyère se dépensera sans compter pour créer l’ARAC dans le XVe, son arrondissement, puis dans Paris. « Il savait agir et tous ses actes étaient un enseignement », disait Henri Barbusse. Quant à Paul Vaillant-Couturier, il le considérait comme « sa conscience prolétarienne ».

    (I) Hommage écrit de Paul Vaillant-Couturier à Georges Bruyère, alors que son ami venait de mourir des suites de ses blessures le 3 janvier 1923, à l’âge de 3o ans.



  • Articles de cette rubrique
    1. Le Réveil des Combattants N° 735-736 – octobre - novembre 2007
      10 décembre 2007

    2. Le Réveil des Combattants N° 768-769 - janvier-février 2011.
      24 février 2011

    3. Ne pas demeurer l’arme au pied
      14 septembre 2006

    4. Campagne double : Vigilance et urgence
      14 septembre 2006

    5. En suivant la retraite du combattant
      14 septembre 2006

    6. Carte du combattant, proposition de loi 1939-1945
      14 septembre 2006

    7. L’Arac reçue par le ministre des Anciens Combattants
      14 septembre 2006

    8. Agent orange, dioxine et leurs conséquences
      14 septembre 2006

    9. Alerte ! Les anciens de l’OAS relèvent la tête
      14 septembre 2006

    10. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’août-septembre 2006.
      14 septembre 2006

    11. ARAC-Cuba solidarité
      15 septembre 2006

    12. Papon : un nouveau scandale
      15 septembre 2006

    13. Veuves d’anciens combattants : Groupe de travail sur leur situation financière
      15 septembre 2006

    14. Cérémonies du souvenir organisées par l ’ARAC
      15 septembre 2006

    15. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’avril-mai 2006.
      20 mai 2006

    16. Trois questions à Claude Delevacq, secrétaire général de L’ARAC
      20 mai 2006

    17. Loi de finances 2006 : Les dispositions définitives.
      21 mai 2006

    18. Yzeure (Allier) : L’agent orange fait toujours des victimes au Vietnam
      21 mai 2006

    19. Yvonne Hagnauer : résistante, pédagogue et Juste parmi les Nations
      21 mai 2006

    20. Le cri des enfants de harkis
      21 mai 2006

    21. Le 19 mars est un combat
      21 mai 2006

    22. Dans l’union, les cinq mutuelles AC en action
      21 mai 2006

    23. Psychotraumatismes de guerre : Un colloque en préparation
      21 mai 2006

    24. Les articles de notre journal : "Réveil des Combattants".
      21 mai 2006

    25. Campagne double : Scandaleuse attitude du ministre des Anciens Combattants.
      5 juillet 2006

    26. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de juin-juillet 2006.
      5 juillet 2006

    27. Colloque sur les psychotraumatismes de guerre
      5 juillet 2006

    28. Services départementaux de l’ONAC : Quel recrutement dans les cinq ans ?
      5 juillet 2006

    29. Croix de guerre Algérie-Tunisie-Maroc - Médaille des évadés
      5 juillet 2006

    30. L’ARAC représentée au CA national de l’ONAC.
      5 juillet 2006

    31. Des anticolonialistes en assemblée générale.
      5 juillet 2006

    32. L’ARAC au Tréport : Succès du rassemblement national.
      5 juillet 2006

    33. Le génocide arménien : Un crime imprescriptible oublié
      6 juillet 2006

    34. Anciens d’Algérie , appel à témoignage
      6 juillet 2006

    35. Guantanamo : A propos des emprisonnés
      6 juillet 2006

    36. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", d’octobre-novembre 2006
      21 novembre 2006

    37. Legs aux associations
      21 novembre 2006

    38. Jeunes porte-drapeaux à l’honneur
      21 novembre 2006

    39. Avec le Comité Vietnam : « Les enfants et le buffle »
      21 novembre 2006

    40. Mutisme et "silence radio" sur la campagne double
      21 novembre 2006

    41. Cuba élu au Conseil des droits de l’homme à Genève
      21 novembre 2006

    42. Cuba : Solidarité, liberté et justice
      21 novembre 2006

    43. Cuba : Mieux se connaître pour mieux coopérer
      21 novembre 2006

    44. Aide cubaine à la santé et à l’éducation en Bolivie
      21 novembre 2006

    45. Professionnalisation des armées : Réserve opérationnelle et réserve citoyenne
      21 novembre 2006

    46. Le 14 Juillet aux Ulis
      21 novembre 2006

    47. Assemblée générale de l’UFAC : Des revendications réaffirmées clairement
      21 novembre 2006

    48. Carnet de santé et aménagements des automobiles
      21 novembre 2006

    49. Les 90es anniversaires du feu d’Henri Barbusse et de l’ONAC sont bien engagés
      21 novembre 2006

    50. Veuves d’anciens combattants : Une allocation pour les plus démunies
      27 janvier 2007

    51. ONAC : Une carte de la France interactive
      27 janvier 2007

    52. Rente mutualiste : Le plafond porté à 1 649 € au 1er-01-2007
      27 janvier 2007

    53. Anciens harkis et supplétifs : Revalorisation de l’allocation de reconnaissance
      27 janvier 2007

    54. La décristallisation : "Une indemnité de rupture"
      27 janvier 2007

    55. Frais des bénévoles et réduction d’impôts
      27 janvier 2007

    56. Cébazat (63) : Exposition cour la mémoire
      27 janvier 2007

    57. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de décembre 2006 - janvier 2007
      27 janvier 2007

    58. Les Ulis (91) : Un débat d’actualité
      27 janvier 2007

    59. Le Réveil des Combattants N° 727-728 – février-mars 2007
      8 avril 2007

    60. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants", de février - mars 2007
      8 avril 2007

    61. Le Réveil des Combattants N° 729-730 – avril-mai 2007
      27 mai 2007

    62. A lire dans notre journal, "Le Réveil des Combattants" d’avril-mai 2007
      27 mai 2007

    63. Le Réveil des Combattants N° 731-732 – juin-juillet 2007
      9 juillet 2007

    64. Le Réveil des Combattants N° 733-734 – août-septembre 2007
      23 septembre 2007

    65. Le Réveil des Combattants N° 737-738 – décembre 2007 - janvier 2008.
      19 janvier 2008

    66. Le Réveil des Combattants N° 739-740 – février - mars 2008
      24 mars 2008

    67. Le Réveil des Combattants N° 741-742 – avril-mai 2008
      5 mai 2008

    68. Le Réveil des Combattants N° 772 - mai 2011.
      14 juin 2011

    69. Le Réveil des Combattants N° 743-744 – juin-juillet 2008
      3 juillet 2008

    70. Le Réveil des Combattants N° 745-746 – août-septembre 2008
      27 septembre 2008

    71. Le Réveil des Combattants N° 747-748 – octobre-novembre 2008
      30 novembre 2008

    72. Le Réveil des Combattants N° 759 – février 2010
      2 mars 2010

    73. Le Réveil des Combattants N° 764 – août-septembre 2010.
      30 septembre 2010

    74. Le Réveil des Combattants N° 766-767 – novembre - décembre 2010.
      31 décembre 2010

    75. Le Réveil des Combattants N° 770-771 - mars-avril 2011.
      12 avril 2011

    76. Le Réveil des Combattants N° 771 - avril 2011.
      18 mai 2011

    77. Le Réveil des Combattants N° 777 - octobre 2011.
      1er janvier 2012

    78. Le Réveil des Combattants N° 776 - septembre 2011.
      1er janvier 2012

    79. Le Réveil des Combattants N° 773 - juin 2011.
      31 décembre 2011

    80. Le Réveil des Combattants N° 774-775 - juillet-août 2011.
      31 décembre 2011

    81. Le Réveil des Combattants N° 778 - novembre 2011.
      1er janvier 2012

    82. Le Réveil des Combattants n°789 de décembre 2012 - janvier 2013.
      23 janvier 2013

    83. 8 mai 2006 : Message de l’UFAC
      20 mai 2006

    84. 8 mars 1962 : Charonne : La mémoire des crimes
      27 janvier 2007

    85. 90e anniversaire de la création de l’ONAC
      5 juillet 2006

    86. 90e anniversaire de l’ARAC : Le combat d’un siècle pour la paix, pour la vie
      27 janvier 2007

    87. 1936 : Solidarité avec l’Espagne républicaine berceau de la Résistance française.
      5 juillet 2006