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Mémoire et Vigilance n° 44 janvier-mars 2008, bulletin trimestriel de l’AFMD.
Publié le samedi 31 mai 2008, mis à jour le mardi 3 juin 2008

Cet article reproduit le n° 44 de janvier-mars 2008 de « Mémoire et Vigilance » , le bulletin trimestriel de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.


A COMPIÈGNE : UN NOUVEAU MUSÉE-MÉMORIAL

La longue patience des rescapés des camps nazis et de leurs familles est enfin récompensée. Le camp de Compiègne-Royallieu dispose désormais d’un mémorial, ce qui était attendu depuis des décennies, comme le prouve leur présence massive lors de l’inauguration de ce lieu, soixante-trois ans après le retour des camps. Le financement de ce Mémorial a été assuré par la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense, par le Conseil régional de Picardie, par le Conseil général de l’Oise ainsi que par la ville de Compiègne. Les lieux de mémoire, ce sont d’abord des vestiges, plus en moins complets, plus ou moins conservés. Mais les vestiges du passé ne deviennent pas tous lieux de mémoire : une telle mue exige en premier lieu une démarche volontariste. Ils doivent ensuite être investis par l’Histoire qui, avec une mise à distance préalable, doit incessamment mettre à jour leur identité, leur spécificité : quels faits s’y sont déroulés ? Comment les interpréter ? Faire exister un lieu de mémoire suppose donc un perpétuel va-et-vient entre mémoire et Histoire, mais aussi une rencontre durable avec un public.

Le site du camp de Compiègne qui, avec celui de Romainville, formait l’ensemble du Frontstalag 122, sous la tutelle du commandement militaire allemand, est assurément un lieu d’histoire : cinquante mille internés y séjournèrent » plus ou moins longtemps ; pour près de trente mille d’entre eux, essentiellement victimes de la répression contre la Résistance, il fut le dernier contact avec le sol français avant la déportation ; dix sept mille d’entre eux ne revinrent pas des camps nazis. L’importance du camp de Compiègne dans la déportation des résistants était connue de longue date par les principaux intéressés, mais largement ignorée du grand public. Il n’existait pas de travail historique à proprement parler sur ce camp auquel, seul, l’ancien résistant compiégnois André Poirmeur, avait consacré un premier recueil de témoignages dans les années soixante. Les archives du camp ayant été détruites par l’administration allemande, il était nécessaire d’enquêter dans les institutions d’Outre-Rhin. La Fondation pour la Mémoire de la Déportation a donc, en premier lieu, piloté le repérage d’archives, préalable nécessaire au travail historique. Ce travail fut effectué par Beate Husser qui, avec deux autres historiens, Jean-Pierre Besse et Françoise Leclerc-Rosenzweig, ont restitué l’histoire de ce camp dans le livre Frontstalag 122 : un camp d’internement allemand dans l’Oise. Ce livre, publié grâce au Conseil général et aux Archives départementales de l’Oise, avait été présenté au public à Beauvais, en présence des représentants de l’ensemble des associations concernées quelques jours avant l’inauguration. Mais n’oublions pas que le Livre-Mémorial des déportés de répression constitue le second pilier du travail d’histoire nécessaire à la compréhension du rôle du pôle Compiègne-Romainville dans la déportation des résistants, otages et raflés.

Au cours de l’inauguration et au nom de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, sa présidente devait notamment déclarer : Nous voici, Monsieur le Maire, parvenus au terme d’un long parcours commencé en 1995 par le lancement de l’idée de créer ici un lieu de mémoire, jusqu’à cette inauguration finale qui nous réunit aujourd’hui. Ce parcours a été jalonné par plusieurs étapes que je voudrais rappeler brièvement : celle d’abord des études historiques préliminaires (l’histoire de ce camp demeurait en effet largement méconnue) confiées à l’historienne Beate Hüsser qui a fait un travail de recherche tout à fait remarquable, en particulier dans les archives du procès des responsables du camp de Compiègne-Royallieu ; celle ensuite de la définition d’un concept général et d’élaboration d’un projet de préfiguration. La Fondation pour la Mémoire de la Déportation a piloté cette étape en partenariat avec le cabinet Jean Saint-Bris, dans le cadre d’un conseil scientifique créé pour la circonstance, où siégeaient nos amis Pierre Saint-Macary, qui nous a hélas quitté depuis, François Perrot, Guy Ducoloné, Charles Pelant, aux côtés des historiens Denis Peschanski et Beate Hüsser, et de la représentante de la direction de la mémoire du patrimoine et des archives, Mme Paule Renée Bazin.

Menu fictif de Noël 1941 (au verso de ce menu, note de Raymond Chevalier, déporté le 6 juillet 1942 avec plus de 1100 otages ; ce convoi sera décimé à 90%.

Au terme de cette étape, un rapport final a été remis officiellement entre vos mains en 2002, Monsieur le Maire et entre les mains du ministre de la Défense. Puis se sont enchaînées des étapes plus techniques avec la rédaction du cahier des charges confiée au cabinet « les Clés du Patrimoine » de Luc Bonnin, le lancement d’un appel d’offre, le dépouillement des propositions et le choix du maître d’œuvre, en l’occurrence l’architecte Jean-Jacques Raynaud. La structure générale du Mémorial, le projet muséographique et le parcours historique arrêtés, il restait à rédiger dans le détail les commentaires historiques, tâche ô combien difficile, confiée à l’historien Christian Delage.

La Fondation pour la Mémoire de la Déportation a été associée à presque toutes ces étapes (…). Le défi à relever n’était pas simple. Nous avions posé comme postulat de départ à notre étude de préfiguration, qu’il fallait concevoir un projet tenant compte de l’histoire spécifique de ce camp allemand en France ; de son rôle dans la politique répressive de l’occupant et de ses rapports avec le régime de collaboration de Vichy, mais qui puisse évoquer aussi le vécu des internés, pour finir, comme il se devait, par une évocation de la déportation. Tout cela en évitant de tomber dans le piège d’une simple redite avec d’autres lieux de mémoire existant déjà ailleurs en France, comme le camp de Natzweiler-Struthof, ou les musées consacrés ici et là à la Résistance et à la Déportation (…) La situation géographique de Compiègne, son passé historique, la proximité de la capitale, laissant espérer de nombreux visiteurs, le plus souvent ignorants de l’histoire de la période 1939-1945, il fallait en conséquence leur donner les clés de compréhension des événements qui se sont déroulés ici, expliquer les politiques répressives, qui ont valu à quelque cinquante mille hommes et femmes, pour la plupart arrêtés pour fait de résistance, d’être déportés. Les nombreux témoignages recueillis devaient enfin permettre aux visiteurs de mieux appréhender le drame vécu par ces hommes et ces femmes. Sommes-nous parvenus à relever ce défi ? »

C’était en effet un défi. Le parcours conçu par Christian Delage, historien spécialiste de l’audiovisuel, utilise largement l’image : écrans nourris d’archives, projections de films et de cartes, de documentaires tournés lors de la libération des sept camps nazis où furent déportés les internés de Compiègne. Le catalogue de ce parcours, complété par des mises au point de divers historiens, a plus spécialement évoqué trois convois partis vers Auschwitz. Toutefois, la majorité des grands convois partis de Compiègne avait d’autres destinations, comme le prouve la liste ci-dessous.

  •  Le 27 mars 1942, 1112 juifs déportés à Auschwitz dans le cadre de la politique des otages ;
  •  Le 5 juin 1942, 1000 juifs déportés Auschwitz dans le cadre de la politique des otages ;
  •  Le 6 juillet 1942, (convoi dit des 45000) : 1155 communistes, syndicalistes, déportés à Auschwitz par mesure de répression dans le cadre de la politique des otages ;
  •  Le 24 janvier 1943, 1526 hommes déportés à Sachsenhausen par mesure de répression (230 femmes extraites de Romainville déportées par le même convoi sont envoyées à Auschwitz) ;
  •  Le 16 avril 1943, 994 hommes déportés à Mauthausen par mesure de répression ;
  •  Le 20 avril 1943, 997 hommes déportés à Mauthausen par mesure de répression comme la totalité des convois suivants ;
  •  Le 28 avril 1943, au moins 918 hommes déportés à Sachsenhausen (ce convoi comporte également des raflés de Marseille, parmi lesquels des juifs) ; le même jour, 220 femmes sont déportées à Ravensbrück ;
  •  Le 8 mai 1943, au moins 944 hommes déportés à Sachsenhausen
  •  Le 25 juin 1943, 999 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 2 septembre 1943, 943 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 16 septembre 1943, 993 hommes déportés à Buchenwald ; Le 28 octobre 1943, 933 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 14 décembre 1943, 933 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 17 janvier 1944, 1943 hommes déportés à Buchenwald ; Le 22 janvier 1944, 2005 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 27 janvier 1944, 1583 hommes déportés à Buchenwald ; Le 31 janvier 1944, 959 femmes déportés à Ravensbrück ; Le 22 mars 1944, 1218 hommes déportés à Mauthausen ; Le 6 avril 1944, 1489 hommes déportés à Mauthausen ;
  •  Le 17 avril 1944, 1653 hommes déportés à Auschwitz (la quasi-totalité de ce convoi dit des tatoués, est redirigée vers Buchenwald) ; Le 12 mai 1944, 2073 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 21 mai 1944, 2004 hommes déportés à Neuengamme ; Le 4 juin 1944, 2064 hommes déportés à Neuengamme ; Le 18 juin 1944, 2139 hommes déportés à Dachau ;
  •  Le 2 juillet 1944, 2162 hommes déportés à Dachau (au cours de ce convoi dit convoi de la mort », 530 hommes meurent asphyxiés ou exécutés) ;
  •  Le 15 juillet 1944, 1528 hommes déportés à Neuengamme ;
  •  Le 28 juillet 1944, 1652 hommes déportés à Neuengamme ; Le 17 août 1944, 1249 hommes déportés à Buchenwald ;
  •  Le 26 août, 1000 internés quittent le camp vers l’Allemagne mais ce convoi est arrêté par les Alliés et la Résistance à Péronne.

    D. Baron

    Photo de l’un des convois partis de Compiègne, prise par Albert Bourdon, qui habitait en face du camp. Il pourrait s’agir du convoi du 18 juin 1944 vers Dachau.  
     


     
    Travail d’histoire et de mémoire ou injonctions de la mémoire ?

    L’histoire a toujours suscité des usages (et des mésusages) qui ont d’ailleurs contribué à cimenter la République. Depuis quelques années cependant, les injonctions faites sur le thème du « devoir de mémoire » pèsent considérablement sur la société, en particulier sur la jeunesse, soulevant des objections tant chez les historiens que chez les pédagogues (on se rappelle notamment des « lois mémorielles » sur le génocide des Arméniens, l’esclavage, la colonisation). C’est un constat : les figures et références historiques sont de plus en plus évoquées, dans un emballement médiatique, au bénéfice d’un présent immédiat et fugace, sans qu’aucun temps de mise à distance et de récit historique ne soit laissé.

    A peine investi, le nouveau Président honorait les fusillés de la Cascade du bois de Boulogne mais s’empressant d’associer Guy Môquet, exécuté ailleurs et à un autre moment : une telle démarche risque ainsi de brouiller la lecture des faits, de confondre les données chronologiques. Plus tard, il fut intimé aux enseignants, indépendamment des déroulés des programmes scolaires, de lire la lettre de Guy Môquet. Or, décontextualisée, cette lettre n’a qu’un statut purement émotionnel et ne peut rendre compte ni des engagements de son auteur, ni des raisons de sa mort. Elle ouvre même la voie à une interprétation assez discutable, celle d’un supposé sacrifice volontaire de la jeunesse sur l’autel de la patrie, alors même que les exécutions d’otages, qui furent des meurtres, s’inscrivent dans une stratégie de la terreur et que, par ailleurs, les engagements des jeunes otages furent multiformes.

    Plus récemment, la décision présidentielle de faire porter la mémoire des enfants juifs assassinés par de jeunes élèves de CM2 suscita un rejet quasi unanime, y compris chez les survivants des camps nazis et les institutions attachées à la mémoire. « La mémoire ne se greffe pas » : c’est par ces mots qu’un psychologue spécialiste des anciens enfants cachés avait réagi ; « la politique de l’émotion par la mobilisation compassionnelle d’enfants de dix ans est une faute contre l’esprit ; c’est risquer de compromettre une authentique prise de conscience », ajoutait le philosophe Henri Pena-Ruiz.

    On lira ci-dessous la déclaration de Marie-José Chombart de Lauwe, psychosociologue, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

    Jusqu’où iront ces appels de plus en plus fréquents à la mémoire ?

    Est-on persuadé qu’ils épargnent de faire le difficile travail d’acquisition des savoirs, de remise en perspective et d’acquisition des savoirs, de réflexion ?

    Nous ne le pensons pas.

    Le président de la République vient de décider de « confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un enfant victime de la Shoah » sans consulter de spécialistes de l’enfance, enseignants, pédagogues, psychologues, pédopsychiatres et, méconnaissant le travail de transmission de la mémoire qui est déjà initié dans les écoles, tout autant que les précautions qui s’imposent s’agissant de jeunes enfants. L’association d’enfants à de jeunes victimes pourra les amener à s’identifier à elles, à revivre leur drame, à être envahis par l’angoisse ou par la haine des Allemands et le désir de vengeance. Plongés dans l’horreur du génocide des juifs, seront-ils en même temps sensibles aux autres victimes du racisme et de l’exclusion survenus dans le même temps, comme celui des enfants tsiganes, ou d’autres avant, après et ailleurs : enfants soumis à l’esclavage, enfants assassinés au Rwanda ? Comment les nombreux enfants issus de l’immigration vont-ils réagir ? Le risque est grand de soulever des tensions entre communautés. En CM2, les petits écoliers n’ont aucun souvenir d’un passé dont on leur imposerait d’être des courroies de transmission. Parfois les récits de leurs grands-parents ou l’intervention d’un témoin leur apportent une part de mémoire vécue qui humanise les données historiques. Mais la mémoire de l’enfant juif qui leur est imposée comporte des images insoutenables, des récits de persécutions dans la terreur, l’arrachement à leur famille, la mort atroce dans la chambre à gaz. Certes, on les préserve ainsi du négationnisme qui nie la réalité de ces crimes « industriels », mais ne les enferme-t-on pas dans un climat de pure victimisation ? Les enfants concernés aujourd’hui seront, dix ans plus tard, à vingt ans, la base de la société du XXIe siècle. On peut espérer qu’ils s’emploieront à préserver et à faire progresser la civilisation. Ce ne sera le cas que si, au cours de leur scolarité, ils ont intégré la connaissance des crimes qui furent la honte du XXe siècle, en particulier le génocide des juifs. Encore faut-il qu’il leur soit présenté à un âge où ils sont aptes à le recevoir ! La génération nouvelle est confrontée à des massacres et génocides. Si l’univers concentrationnaire nazi est la conséquence la plus aboutie de la conception nazie de l’homme et de la société humaine, le constat de ce qui se passe aujourd’hui, de ce que d’autres hommes font subir à leurs semblables en divers points de la planète, risque de les conduire au désespoir et au découragement. Un autre message, une autre mémoire d’espoir, celle des hommes et des femmes qui ont défendu une autre conception de la personne humaine, de la liberté et de la justice, peuvent être transmis. Une tentative dans cette voie a été initiée avec la lecture de la lettre de Guy Môquet, jouant sur l’émotion sans montrer le sens de l’engagement. Proposons à nos élèves, exemples parmi d’autres, la mémoire des lycéens de Buffon, ou celle des étudiants allemands de la Rose Blanche, et montrons comment, face au mal, ils ont su choisir une autre voie, celle de défenseurs des droits de l’homme.  
     


     
    « Analyser le crime de masse : approches comparatives »

    Il s’agit de la seconde conférence-débat tenue sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

    Le travail de réflexion entrepris par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation se poursuit : comprendre les mécanismes qui rendent possible l’émergence des crimes contre l’humanité pour tenter de les prévenir. Après le thème « punir les criminels contre l’humanité », abordé par maître Badinter à l’automne dernier, la Fondation avait invité Jacques Sémelin 1. Ce chercheur, après s’être distingué notamment par ses travaux sur l’histoi-re de la Résistance civile, a élargi ses approches scientifiques par l’apport de plusieurs disciplines : psychologie sociale, science politique, psychopathologie.

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    Jacques Sémelin

    Comment situer la terreur et les crimes nazis dans l’évolution longue de l’histoire de l’humanité ? Quelles prémisses, quels mécanismes sont à l’œuvre dans ces crimes et dans ces crimes de masse ? Existe-t-il des points communs qui permettraient de repérer en amont les situations favorables au surgissement de ces crimes ? Une stratégie globale de prévention est-elle possible ?

    Jacques Sémelin met l’accent sur divers facteurs. Des processus mentaux sont à l’œuvre : ces crimes se jouent d’abord dans les têtes, lorsque « l’autre » est perçu comme dangereux, nuisible. Ces processus sont imbriqués dans les réalités économiques, sociales, des contextes de crise, voire de guerre. Autre facteur : le rôle des catégories sociales influentes sur les opinions publiques (journalistes, écrivains, intellectuels, religieux), dans les discours de stigmatisation, qui prennent une dimension de « rationalité délirante ». Peut-on tout comprendre ? Sans doute existe-t-il une zone énigmatique, celle du « passage à l’acte » : le moment où chacun engage sa propre responsabilité et peut basculer du côté des bourreaux ou du côté des victimes.

    La première arme est, insiste le chercheur, le savoir historique sur ces crimes de masse passés, qui peut permettre le repérage de signaux avant-coureurs et le décryptage des discours. Il n’existe pas d’antidote absolu car la barbarie est liée à la condition humaine ; mais il convient néanmoins de cultiver la capacité à refuser d’obéir. Jacques Sémelin refuse de se laisser enfermer dans des catégories telles que celles de génocide : non qu’il rejette celles-ci ou le travail judiciaire, mais elles sont parfois, rappelle-t-il, instrumentalisées et au centre d’enjeux mémoriels polémiques. Son ambition est vaste car ses recherches portent sur l’ensemble des violences de masse au XXe siècle. D’où l’idée d’une encyclopédie en ligne sur Internet, lancée depuis cette conférence grâce au Centre d’étude et de recherche (CERI) de Sciences-Po, qui vise à réunir le maximum de données. Le site de cette encyclopédie, www.Massviolence.org, n’est pour l’instant disponible qu’en anglais. Il ne sera pas alimenté comme Wikipédia, par les internautes, mais contrôlé par les historiens et spécialistes : s’agissant de la France occupée, on peut par exemple y découvrir une chronologie de la répression et des persécutions. La Fondation devrait publier l’intégralité des conférences de R. Badinter et de J. Sémelin.

    « L’absence de l’idée de Dieu » serait-elle à l’ori¬gine des crimes de masse du XXe siècle ? La question n’a pas été posée à Jacques Sémelin lors de cette conférence, mais l’idée avait été soulevée quelques jours auparavant, non sans susciter quelques réactions.

    1- Directeur de recherche au CERI (CNRS) et professeur à Sciences-Po, Jacques Sémelin a notamment publié : Sans armes face à Hitler (fayot) ; Purifier et détruire : les usages politiques des massacres et des génocides (Le Seuil, 2005) ; La non-violence expliquée à mes filles (Paris, Edition du Seuil, 2000).  
     


     
    Musées-mémoriaux des camps allemands : le mémorandum de la FMD

    Dans notre dernier numéro, nous faisions état d’un projet de loi émanant du délégué du gouvernement fédéral allemand à la culture, projet concernant l’avenir des mémoriaux des camps nazis. Nous expliquions comment les directeurs des mémoriaux de ces camps avaient fait part de leurs inquiétudes aux associations de rescapés quant aux risques de confusions entre le nazisme et le communisme d’une part, et à l’égard du financement de leurs propres institutions d’autre part. Nous indiquions que la Fondation pour la Mémoire de la Déportation s’était saisie du dossier. Après avoir obtenu une traduction intégrale du projet de loi dit Loi Neumann, du nom du délégué fédéral à la culture, la Fondation a réuni l’ensemble des associations de rescapés des camps et de leurs familles, qui ont adopté sur sa proposition le mémorandum qui suit, lequel a été adressé à l’ensemble des autorités concernées, allemandes et européennes.

    Préambule

    Au premier semestre de l’année 2007, les déportés ont pris connaissance d’un projet de loi, dit Loi Neumann, qui serait soumis au Bundestag au printemps 2008, relatif à la politique de mémoire développée et aidée par le gouvernement allemand. Ils ont tenu à manifester leur inquiétude et leurs réserves à l’égard de ce projet qui, malgré un préambule rassurant, revient à mettre en parallèle deux mémoires qui n’ont rien en commun que d’avoir existé mais dont la simple juxtaposition peut être source de confusion et d’amalgame : la mémoire de la dictature nazie et celle de la dictature communiste qui s’est exercée sur l’ex-Allemagne de l’Est. Ils ont en conséquence décidé l’envoi aux autorités allemandes d’un mémorandum transmis à la Chancellerie fédérale et aux principaux groupes politiques du Bundestag par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Le texte de ce mémorandum, ci-après, accompagné de la liste des organisations signataires, permettra aux lecteurs de saisir les enjeux en cours.

    Mémorandum

    Objet : projet de loi « assumer ses responsabilités, intensifier l’analyse, approfondir le travail de mémoire

    Les organisations signataires du présent Mémorandum notent avec satisfaction la volonté affichée dans le préambule du projet de loi présenté par Monsieur le délégué du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias devant le Bundestag, de respecter « l’obligation d’un traitement différencié des deux systèmes totalitaires » et « de tenir compte des différences entre les régimes de terreur national-socialiste et la dictature du SED ». Ils relèvent cependant que les dispositions présentées dans le projet de loi leur paraissent en contradiction avec ce préambule prometteur. Ils souhaitent en conséquence appeler l’attention de Madame la Chancelière fédérale, du gouvernement fédéral et des responsables politiques du Bundestag d’une part, des instances européennes, et de leurs homologues dans les différents pays européens d’autre part, sur le caractère ambigu de ce projet.

    Il apparaît en effet dans ce document que les deux dictatures font l’objet d’une approche parallèle et commune de politique mémorielle. C’est ce qui ressort de ce document qui traite de deux périodes d’histoire dont l’une a entraîné l’autre : l’occupation soviétique de l’Allemagne de l’Est est la conséquence de l’agression hitlérienne contre l’URSS en juin 1941. Les deux mémoires ne sont pas du même ordre. Elles doivent être abordées séparément et non dans un texte de loi unique afin d’éviter tout rapprochement.

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    Mémorial de Buchenwald
    Un des aspects des missions de musées mémoriaux ; ici, une des expositions consacrée à l’art concentrationnaire et post concentrationnaire.

    Le texte proposé conduit volontairement ou involontairement à établir un lien entre le communisme et l’émergence du nazisme et, par là, ouvre la voie à une justification rétroactive du nazisme « au nom de la lutte contre le communisme Il est en particulier tout à fait inacceptable, offensant, voire provocateur, dans le cadre d’une évocation des mémoires des deux dictatures sur certains sites communs, que soient mentionnés d’anciens bourreaux nazis tombés dans les filets de la répression communiste après-guerre à côté de déportés et internés qui ont été leurs victimes sous l’ère nazie.

    Les signataires rappellent que le caractère international des camps de concentration nazis est une réalité incontournable. Le pourcentage de nationaux allemands détenus dans les camps de concentration n’a cessé de diminuer jusqu’à la Libération au regard de celui des autres populations, pour devenir très minoritaire. C’est dire que le traitement de la mémoire dans ces camps ne peut être considéré comme une affaire « intérieure » allemande.

    Des représentants des populations des différents pays concernés par la répression nazie doivent être intégrés de manière institutionnalisée aux structures où s’élabore la politique des mémoriaux de la période national-socialiste. D’autant que ces mémoriaux, il convient de le rappeler, sont aussi des nécropoles et revêtent de ce point de vue un caractère sacré.

    Les signataires soulignent l’excellence des relations nouées au cours des années passées avec les directeurs des mémoriaux, à l’action desquels ils rendent un hommage appuyé. Il en est de même avec la population allemande rencontrée sur ou autour des sites de mémoire. De nombreuses rencontres et échanges enrichissent et prolongent les voyages de mémoire. Dans le cadre de la construction européenne, ces rencontres n’ont pas de prix. Il faut les encourager auprès des jeunes générations et donc donner aux mémoriaux les moyens de les développer en toute indépendance. Rien de tel n’est envisageable dans le cas des mémoriaux de la période du SED.

    Ils demandent que la procédure de sélection des projets éligibles à un financement d’Etat, confiée en l’état actuel du projet à « une commission d’experts » en relation exclusive avec le Délégué du Gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, où ne figurent pas de représentants accrédités des pays concernés par la répression nazie, soit réexaminée. Une telle mesure constituerait en effet un repli de la mémoire allemande sur elle-même. Ils plaident avec insistance en faveur de l’instauration d’un véritable partenariat entre la partie allemande et les autres parties européennes dans toutes les instances décisionnelles chargées du choix des projets éligibles et de la politique de mémoire dans les mémoriaux de la période nazie. Le développement des mémoriaux de la période communiste ne peut évidemment pas s’inscrire en concurrence des crédits d’Etat accordés jusque-là aux mémoriaux de la période national-socialiste.

    Ils invitent les autorités allemandes et les pays européens à entreprendre les démarches ou réflexions nécessaires à la modification dans le sens souhaité du projet de loi soumis au Bundestag.

    Liste des organisations signataires du présent mémorandum

    Fondation pour la Mémoire de la Déportation et Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
    Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP)
    Union nationale des Associations de Déportés, Internés et Famille de Disparus (UNADIF)
    Fédération nationale des Déportés et Internés de la Résistance (FNDIR)
    Comité international de Buchenwald
    Comité international de Dachau
    Comité international de Ravensbrück
    Comité international d’Oranienburg-Sachsenhausen
    Amicale française des Déportés au camp de Dachau
    Amicale des anciens déportés d’Oranienburg-Sachsenhausen et Kommandos
    Amicale du camp Bergen-Belsen
    Association des Déportées et Internées de la Résistance (ADIR)
    Association française Buchenwald-Dora et Kommandos
    Commission pour la mémoire des camps de Dora-Ellrich et Kommandos
    Amicale des anciens du Bataillon d’Eysses-Dachau
    Amicale des Déportés à Neu-Stassfurt
    Souvenir de la Déportation NN
    Association française des Déportés et Familles de Disparus de Mauthausen et Kommandos
    Amicale de Neuengamme
    Amicale des Déportés de Natzweiler
    Amicale des anciens Déportés et Familles de Disparus du camp de Flossenbürg et Kommandos

     
     

     
    Échos de nos délégations territoriales

    AUBE

    « La liberté est un combat de chaque jour » : la DT et l’Office National des Anciens Combattants ont organisé le dimanche 27 avril un « Café mémoire » à l’occasion de la Journée de la Déportation. Ensuite, Lucienne Deschamps a interprété des chants de la Déportation.

    ARDENNES

    A Bulson, inauguration d’un nouveau monument à la mémoire des déportés : quarante noms, triste record du département. Journée exceptionnelle à laquelle assistaient des personnalités, MM. Bachy et Huré, Warsmann, Namer, Cluzeau, Mme Hyon-Paul ; des membres de la FNDIRP, des FFI, des Anciens Combattants de Raucourt et Sedan, d’Ardenne 40, de l’Association du Judenlager des Mazures, de l’AFMD 51, des élus locaux, des maires de communes concernées, ainsi que M. David de Rothschild, président pour la Mémoire de la Shoah. Nombreux participants dont des survivants, les représentants de neuf familles de déportés, les « écoliers de l’époque », camarades des enfants juifs déportés, les jeunes de Bulson, ainsi que deux employées de la Poste qui ont œuvré pour l’émission d’une carte-souvenir avec timbre premier jour. Nous avons retrouvé les familles et leur avons remis des brochures personnalisées, poursuivi les recherches permettant la réalisation et la présentation d’une exposition, assuré l’accueil des familles de déportés. Les projets pour l’année sont approuvés, notamment la mobilisation pour les cérémonies commémoratives ainsi que le recrutement de nouveaux adhérents. Décision est prise d’une large diffusion dans les établissements scolaires du film Charleville-Auschwitz réalisé par Pierre Coulon et C. Dollard-Leplomb, de la publication d’un document sur l’historique de la déportation des juifs de la WOL, de démarches pour la pose de plaques commémoratives aux maires des communes concernées, d’un dictionnaire illustré sur la Deuxième Guerre mondiale par Terres ardennaises, pour 2010, en partenariat avec diverses associations.

    CHARENTE MARITIME

    En mars est paru le Bulletin de liaison des Amis de la Fondation, Relais Mémoire. Il relate la tenue du 6ème Salon du Livre de Saintes en novembre 2007 sur le thème « Les guerres dans le monde et le rôle des femmes ». Etaient notamment présents Bernard Langlois et Francine Christophe, laquelle a témoigné sur sa déportation à l’âge de huit ans et demi et présenté ses différents ouvrages. Son intervention fut suivie avec beaucoup d’intérêt par une cinquantaine de personnes. En décembre, journée de formation-information : intervention de Mme Debesnet sur les « pseudo-expériences médicales » effectuées dans les camps, témoignage de Mme Génia Oboeuf qui a servi de cobaye pour les stérilisations à Auschwitz-Birkenau. Les questions : Pour quelles raisons si peu de médecins ont-ils été jugés ? Les groupes pharmaceutiques ont-ils été jugés ? Ont-ils fait part de regrets ?

    HAUTE-MARNE

    Les membres de la UT se sont réunis en assemblée générale en janvier dernier. Le président, Christian Bardin, a insisté sur la prudence que tous devaient garder au regard de l’Histoire et sur la disponibilité de l’Association auprès du grand public. Il a insisté sur la nécessité de pérenniser la mémoire de l’Histoire et pour cela, « nous pouvons intervenir dans les écoles, collèges, prêter des expositions, aller les présenter, éventuellement en préparer, nous pouvons organiser ou aider à organiser des cérémonies dans les communes environnantes, en particulier dans les villages. »

    HAUTE-SAVOIE

    Remarquable initiative prise par M. Ribière, proviseur du Lycée hôtelier Savoie-Léman, avec son conseil d’administration, pour la pose d’une plaque de mémoire acquise par souscription. « Nous restons attachés à l’histoire de la plus ancienne Ecole hôtelière de France et avons décidé de faire apposer une plaque de marbre dans notre hôtel, à l’endroit même où, en février 1944, presque deux cents jeunes résistants de Haute-Savoie ont été enfermés. » Beaucoup seront torturés avant d’être déportés, ou fusillés dans la cour même de l’Ecole. Notre DT a apporté sa contribution pour cette réalisation et nous avons remis la liste des internés, fusillés et déportés de cet établissement, qui a été lue par des élèves début avril.

    HAUTE-VIENNE

    Dans le cadre du partenariat entre le service départemental de l’ONAC, le Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane et notre DT, une journée d’études consacrée à la Mémoire de la Déportation dans les camps nazis était organisée au Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane le 17 novembre 2007.

    Cette journée a été rythmée de plusieurs temps forts comme la visite, le matin, du village martyr en présence de deux rescapés du massacre, avec le dépôt d’une gerbe au tombeau des martyrs au nom de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Une table ronde en présence de Marie-Jo Chombart de Lauwe, présidente de la FMD, et de Dany Tétot, président de l’AFMD, sur le thème de la déportation était organisée l’après-midi avant la diffusion du film Thérèse Menot, à force de résistance, le parcours d’une déportée résistante de la région, documentaire diffusé en simultané sur France 3 Limousin Poitou-Charentes. Le film était suivi d’un débat en présence de Thérèse Menot et de la réalisatrice. Le 8 mars 2008, la DT 87 tenait son assemblée annuelle à Limoges. A la suite d’une décision de la Cour d’Appel de Bordeaux de débouter les parties civiles dans une affaire de négation de crime contre l’humanité pour vice de forme, une motion a été votée à l’unanimité et a été envoyée au président de la République, au Garde des Sceaux et au Secrétaire d’Etat chargé de Anciens Combattants. Cette motion demandait au législateur « de réfléchir à la possibilité d’une révision de la notion de prescription pour la négation de crime contre l’humanité ». D’autre part, le révisionniste Georges Theil, qui assimile le Zyklon B à un simple désinfectant et nie l’extermination de millions d’êtres humains dans les chambres à gaz, s’est sorti des mailles de la justice par une pirouette de pure forme. Toutes les parties civiles qui l’avaient poursuivi ont vu leurs espoirs de justice anéantis par la Cour d’appel de Bordeaux qui a basé son arrêt définitif sur la prescription des faits. « Qu’on ne se soit intéressé qu’à la forme et pas au fond, cela donne l’impression que la Justice fonctionne comme une compagnie d’assurances, a observé le président de la DT, Daniel Périgot, on partage la déception, l’amertume et l’inquiétude des parties civiles car cela montre que la lutte contre les falsificateurs de l’histoire n’est pas facile à mener. »

    MARNE

    La DT a tenu son assemblée départementale en février : M. Jean Constant rend d’abord hommage aux trois disparus de l’année 2007 et rappelle en quelques mots ce que furent ces hommes qui combattirent l’occupant et étaient membres de I’AFMD : René Lecomte, Fernand Eliet et Jacques Bronchard. M. Yves Ménager, ancien maître de conférence à l’Université Reims-Champagne-Ardenne, spécialiste en littérature et cinéma, intervient sur le thème « Ecrire dans les camps : un cri contre la barbarie ». Cet exposé a été complété par la lecture, par M. Gérard Thévenin, directeur du Théâtre à pattes, de poèmes et de textes. En mars dernier a été organisée à la Maison de la vie Associative à Reims, une conférence de Mme Huguette Balny, historienne, sur le thème : « Des Allemands contre Hitler. Oppositions et résistances dans l’Allemagne nazie » qui a été suivie par une assistance très intéressée. Malgré la terreur et la cruauté généralisée, des Allemands ont eu le courage de dire « non » à Hitler et c’est cette minorité qui peupla d’abord les camps d’Orianenbourg et de Dachau dès mars 1933. Qui étaient-ils ? Quelles actions étaient possibles dans l’Etat totalitaire ? Comment furent-ils accueillis à l’étranger ? En quoi cette révolte est-elle spécifique ? En quoi se distingue-t-elle de la Résistance française par exemple. En fait, comme disait l’un d’entre eux, ils n’ont fait que défendre les intérêts de l’Humanité, et force est de constater que ce sont ces hommes et ces femmes, ultra-minoritaires, qui ont sauvé l’honneur de l’Allemagne. » Participation de la DT le samedi 26 avril à 21 heures, place de la République, à la procession aux flambeaux au son des tambours jusqu’au monument de la Résistance. Et le samedi 17 mai est prévu un voyage historique au camp du Struthof, avec la visite du nouveau Musée du déporté européen, pour mieux faire connaître ce que fut le système concentrationnaire nazi

    MEURTHE-ET-MOSELLE

    Lors de sa réunion générale du 5 avril, M. Claudel a fait un compte rendu de la cérémonie rue Raugraff en souvenir des trois cents jeunes qui furent raflés les 3 et 4 mars 1943 pour avoir refusé le STO, en présence de nombreuses personnalités et d’élus du secteur. D’autre part, M. Claude Favre est à féliciter pour le méticuleux travail de recherches qu’il effectue, en particulier sur les rafles à Nancy en mars 1943 et d’autres renseignements précieux viennent toujours compléter ses recherches. Mikaël Henry, quant à lui, rapporte les recherches qu’il a pu effectuer, mandaté par les instances académiques, sur le Bicentenaire de l’Education nationale. Lors d’une sortie le 30 mars à Pexonne, Viombois, Housseras et Donon, contact a été pris avec un Luxembourgeois, Aurélien Dethiers, et a été envisagé un partenariat pour de futures actions. Partenariat également avec l’école de la Matrine à Pulnoy ; une rencontre est prévue le vendredi 9 mai. D’autre part, Mikaël Henry a préparé des manifestations avec le musée du cinéma de Saint-Nicolas-de-Port qui débuteront le 9 juin et dureront six semaines ; le président du musée, M. Mabille, nous a assuré de son aide. L’inauguration aura lieu le 13 juin avec les personnalités du secteur. La communauté de nos amis tziganes a été invitée à s’associer à ces manifestations. D’autre part, à l’invitation de la CGT, un stand AFMD sera installé place du Colonel Driant le 1er Mai.

    RHÔNE

    En mars dernier, la DT et la chaire lyonnaise des Droits de l’homme ont invité Stéphane Hessel pour une conférence sur le thème : « Résistance d’hier et d’aujourd’hui » qui s’est tenue dans les salons de l’Hôtel de ville de Lyon en présence de Jean-Louis Touraine, premier adjoint, et plus de deux cent cinquante personnes. En avril, le Comité local de Brignais propose une exposition sur la Libération ainsi qu’une projection du film La Ligne de démarcation, suivie du chanteur Yvan qui interprétera des chansons de Jean Ferrat. La DT a aussi participé, au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, à une exposition sur Mauthausen avec la présence de déportés et a présenté à Vaulx-en-Velin un montage vidéo sur les marches de la mort. Un DVD (le contexte français, le contexte nazi, le système concentrationnaire, les arrestations, l’internement, les ghettos, les Einzatzgruppen, les marches de la mort) sera distribué gratuitement aux lycées et collèges du département (plus de deux cents établissements) ainsi que dans les médiathèques.

    TARN

    Le 18 mars, les élèves tarnais ont assisté à une journée de témoignages sur le thème de la Déportation. Plus de mille jeunes collégiens et lycéens sont venus salle Gérard-Philipe à Castres, écouter des historiens et des résistants. Pierre Escande, le président de la DT, a expliqué l’importance de ces témoignages « pour rétablir certaines vérités et faire réfléchir sur le travail de mémoire ». De son côté, Jacques Fijalkow a insisté sur « l’importance du contact direct avec les jeunes, la dimension locale des témoignages leur donnant encore plus d’impact ». Après les questions des élèves, lecture d’un poème lourd d’émotion, de sens et de souvenir avec la conclusion de la lectrice : « N’oubliez jamais ce que vous avez entendu aujourd’hui. »  
     


     
    Notes de lecture

    Témoignages sur la Résistance et la Déportation Autour de Jacqueline Péry d’Alincourt, F. Berriot, éd. L’Harmattan, 2008, 310 p. (30,50 euros)

    Vous rappelez-vous du film de Maïa Wechsler programmé en 2000, Sisters in Resistance ? J. Péry d’Alincourt témoigne accompagnée de Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion et Anise Postel Vinay d’une remarquable humanité. La première partie de ce livre lui est consacrée. D’abord, ses notes personnelles écrites entre 1 943 et 1945 relatant son action résistante, son emprisonnement et sa déportation, puis ses témoignages au lendemain de sa libération du camp de Ravensbrück. Dès 1940, Jacqueline aide des tirailleurs sénégalais à franchir la ligne de démarcation. Elle ne comprend pas que Pétain demande aux Français de se soumettre à l’ennemi qui a tué son père et emprisonné son mari. Son père, en effet, mort à trente-cinq ans des suites de ses blessures de la Première Guerre mondiale, laisse sept orphelins. Son mari, prisonnier de guerre, mourra au camp de Nuremberg quelques mois après les premiers actes de résistance de sa femme qui se retrouvera veuve à vingt-deux ans. A partir de novembre 1942, sous le pseudonyme de Violaine, elle sera responsable du codage des messages radio adressés à Londres au Bureau des Opérations aériennes dépendant du BCRA. Six mois plus tard, au secrétariat de la Délégation générale (sorte d’État-major de la Résistance dépendant du BCRA, sous l’autorité de Jean Moulin), et auprès de Daniel Cordier, elle sera chargée de l’hébergement à Paris des agents de Londres parachutés en France et des pilotes anglais abattus. Arrêtée, torturée par la Gestapo en septembre 1943, elle restera six mois à la prison de Fresnes avant d’être déportée à Ravensbrück par le convoi dit des 35000. Elle partagera la paillasse avec Geneviève de Gaulle. La seconde partie présente des documents jusqu’alors inédits, en particulier, le journal de guerre et de prison de son premier mari, Joseph d’Alincourt, mort en 1940 ; des lettres de Jean Moulin, trois témoignages de déportation des compagnons de Pierre Péry, épousé au retour de Buchenwald, et un bel hommage de Geneviève de Gaulle sur Jacqueline et ses compagnes de Ravensbrück.

    C. Breton

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    Des femmes en résistance : 1939-1945, de Marie Rameau, préface de Claire Andrieu, Editions Autrement, 135 pages (20 euros)

    L’auteur, photographe, dresse le portrait en images et en mots, de trente femmes résistantes, dont nombre furent déportées, venues de tous les horizons. Marquée par la rencontre de l’une d’entre elles, la jeune femme, photographe de métier, mène l’enquête, conduite par les fils des mots qui la mènent de l’une à l’autre, un peu comme ces chemins tracés par les réseaux clandestins d’alors. La qualité du livre, un très joli livre, tient à l’extrême sensibilité de l’auteur et à son approche humaine, pleine d’empathie à l’égard de ces témoins qu’elle « apprivoise » au fil de ses entretiens. Comme le dit la préfacière, « ces visages ont un sens ». On est sous le charme de ces portraits de femmes, forgés par des rencontres successives, dont la force de l’engagement prime sur le souci le laisser une trace héroïque. Les clichés des visages d’aujourd’hui vibrent des souvenirs égrenés devant l’objectif de l’appareil. Oui, vraiment, un très beau livre, comme il y en pas peu.

    D. Baron

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    Survivre avec les loups :

    Une trop belle histoire ! Lancée à grand renfort de publicités tapageuses, « l’incroyable histoire d’une rescapée de la Shoah » qui aurait parcouru trois mille kilomètres à pied, à l’âge de quatre ans, pour rejoindre ses parents a été publiée dans plusieurs langues et même adaptée à l’écran. Cette belle histoire était fausse, comme l’ont démontré les historiens belges… Inutile d’indiquer le nom de son éditeur français, qui confond sans doute éthique éditoriale et chiffre d’affaires. Un chiffre d’affaires que nous n’avons pas contribué, et nous nous en félicitons, à gonfler.  
     


     
    L’ACTUALITÉ EN BREF

    Pas-de-Calais

    Â nouveau, des tombes de musulmans ont été profanées dans le cimetière militaire de Notre-Dame-de- Lorette près d’Arras. Des dizaines d’entre elles ont été recouvertes d’inscriptions nazies. La bêtise raciste le disputant au sordide, une tête de porc ensanglantée a même été accrochée à l’une des sépultures. Déjà, en avril 2007, cinquante tombes musulmanes de ce cimetière avaient été vandalisées, recouvertes de croix gammées, d’inscriptions en l’honneur d’Hitler ; trois jeunes, dont un mineur, avaient été retrouvés et condamnés. Ce cimetière est l’une des plus importantes nécropoles militaires de France. De nombreux Nord-Africains ont combattu au cours des deux guerres mondiales et la dépouille de beaucoup d’entre eux repose ici. Restaurer leur dignité, c’est retrouver les coupables, punir ces actes odieux et penser aussi aux vivants, qui sont victimes des discriminations quotidiennes et des actes racistes. Le rapport annuel de la Commission nationale des Droits de l’Homme constate, pour l’année 2007, une diminution des actes racistes et antisémites (- 9% globalement, -32% pour les actes antisémites seuls), mais une inquiétante stabilité des agressions verbales ou physiques. Sur dix actes ou menaces, six frappent les personnes d’origine maghrébine. Quant à elle, la triste banderole des « supporters » du PSG serait passé inaperçue si elle n’avait pas été déployée en présence du chef de l’Etat, entraînant les réactions que l’on sait : des insultes similaires avaient été aperçues à Lyon, Marseille, Metz.

    Lyon

    La cour d’appel a confirmé la peine de trois mois de prison (avec sursis) et de cinq mille euros d’amende infligée en première instance à Bruno Gollnish pour « contestation de crimes contre l’humanité ». Ce dernier avait assuré, en octobre 2004, lors d’une conférence de presse « ne pas remettre en cause les déportations et les millions de morts » des camps nazis, mais avait exprimé ses « doutes » sur la façon dont ils avaient trouvé la mort. « Je ne nie pas les chambres à gaz homicides. Mais je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu’il faut laisser les historiens en discuter. Et cette discussion devrait être libre », avait-il ajouté, doutant ainsi de la réalité de l’extermination dans des chambres à gaz et sous-entendant que ce sujet n’était pas « librement » débattu.

    Montauban

    Des soldats du 17e régiment de génie parachutiste avaient posé, faisant le salut nazi, ceints d’une bannière portant la croix gammée. A l’un des membres du régiment qui avait signalé ces agissements, le commandement de l’armée de terre avait fait une réponse dilatoire avant de ne pas renouveler son contrat. Révélés par le Canard Enchaîné, les faits sont examinés par la DPSD qui, après enquête, a trouvé des objets dont la nature ne fait aucun doute : le disque dur de l’ordinateur de l’un d’entre eux avait comme mot de passe Hitler.

    Moscou

    Les crimes se multiplient. Ouzbeks, Tadjiks, Kirghizes, Ingouches. Vingt meurtres à caractère raciste ont été enregistrés pour les cinquante premiers jours de l’année 2008. La capitale compterait plusieurs milliers de skinheads reliés par Internet qui se réuniraient pour des soirées « de nettoyage » meurtrières.

    Grande-Bretagne

    Impliqué dans un scandale sexuel sadomasochiste aux relents nazis, le président de la fédération internationale de l’automobile Max Mosley a été filmé criant des ordres en allemand à des prostituées habillées en costume rayé. Il est le fils d’Oswald Mosley, fondateur de la British Union of Fascists (BUF), leader des « chemises noires » britanniques des années trente. Les vidéos, visibles sur Internet, ont provoqué de vives réactions de constructeurs automobile tels que BMW ou Mercedes Benz, dont les firmes n’avaient pas hésité, pendant la guerre, à utiliser la main-d’œuvre concentrationnaire.

    Italie

    Soixante-trois ans après la mort du Duce, une partie de la droite n’hésite pas à se réclamer de l’héritage mussolinien. Les marques du régime fasciste n’ont pas toutes été effacées à travers le pays, notamment à Rome, où les visiteurs des installations sportives du Foro Italico et du Stade olympique passent encore aujourd’hui devant un obélisque de marbre portant l’inscription "Mussolini Dux" ; à l’Osteria Sireno, un restaurant typique, les gourmets man¬gent sous les photos du dictateur. Au centre de la Ville éternelle, les touristes peuvent acheter calendriers "Mussolini", portraits du "Duce", livres et CD ; des viticulteurs nostalgiques ornent leurs bouteilles du portrait du "dernier des Romains", comme l’appelait son allié Hitler. L’homme d’affaires Giuseppe Ciarrapico, candidat aux sénatoriales sous l’étiquette du Peuple de la liberté, se dit « fasciste culturel » et se rend souvent en pèlerinage à la maison natale du Duce. Tout récemment, un représentant de la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, Matteo Salvinin, n’a pas hésité à lancer : « Les rats sont plus faciles à chasser que les Roms parce qu’ils sont plus petits. »  
     


     
    Germaine Tillion, une femme de l’ombre

    Si j’ai survécu, je le dois d’abord et à coup sûr au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et enfin à une coalition de l’amitié car j’avais perdu le désir de vivre », avait coutume de dire Germaine Tillion.

    Le discours de Pétain, juste après la défaite, l’a fait vomir. En juin 1940, elle a trente-trois ans et déjà derrière elle, une formation d’ethnologue, acquise auprès de Marcel Mauss, père de cette disciple et ami de Jean Jaurès. Elle se lance dès lors dans l’action, d’abord en aidant des prisonniers coloniaux à survivre, à se cacher, à avoir des faux papiers et à passer en zone sud. Le réseau avec lequel elle agit a été fondé par Boris Vildé, linguiste, lui-même prisonnier, évadé, Yvonne Odon, bibliothécaire, et Anatole Lewitsky, anthropologue. Il édite un bulletin clandestin, qui est écrit dans l’appartement des Martin-Chauffier. Après guerre, le réseau recevra le nom du Musée de l’Homme, du nom de cette institution crée en 1937. En 1941, le groupe commence à être touché par la répression : sept animateurs sont fusillés au Mont-Valérien, les femmes étant déportées. Elle prend la relève, est arrêtée en août 1942 et internée à Fresnes où ses amies Geneviève de Gaulle, Anise Postel-Vinay et Denise Jacob la surnomment Kouri.

    Le 21 octobre 1943, avec vingt-et-une autres résistantes de divers réseaux et mouvements, elle se retrouve, Gare du Nord, à bord d’un wagon de voyageurs : toutes ces femmes transitent par la prison d’Aix-la-Chapelle avant d’arriver au camp de Ravensbrück et sont des « NN ». Germaine Tillion reçoit le matricule 24588. Deux mois plus tard, un convoi de neuf-cent-cinquante-neuf femmes arrive au camp : parmi ces femmes, qui ont transité plus ou moins longtemps à Compiègne, sa mère : elle aura la douleur de la perdre en avril 1945. Observatrice expérimentée grâce à sa formation et ses missions d’avant-guerre dans les Aurès, elle décrypte, pour elle-même et pour ses compagnes, le système qui conditionne leur existence concentrationnaire. Elle mobilise les acquis de sa discipline, note, grave en elle ce qu’elle saisit du fonctionnement de ce camp : ces matériaux lui serviront plus tard à écrire la première monographie sur Ravensbrück. Elle écrit même une opérette caustique, teintée d’humour noir, destinée à remonter le moral de ses compagnes. Elle est libérée par la Croix- Rouge quelques jours avant l’arrivée des troupes soviétiques à Ravensbrück.

    Dès 1947, elle publie sa première version de Ravensbrück. En 1951, elle enquête sur les camps en URSS. Elle condamne les crimes de Franco, les prisons en Algérie. Elle retourne en Algérie, y constate la progression de la misère et créé des centres sociaux. Alors que ce qu’on a mis des années à appeler « la guerre d’Algérie » éclate, elle tente de nouer le dialogue. L’OAS assassine six directeurs de ses centres sociaux. Elle rentre en France et dénonce aussitôt la torture et les exécutions sommaires. Elle participe à de nombreuses missions de l’ONU et de l’OMS sur la situation des femmes (« l’immense monde féminin est une colonie », disait-elle) et combat pour l’éducation des femmes. Elle s’engage contre la peine de mort, organise l’enseignement dans les prisons. Femme de paix, elle rêve que Jérusalem, capitale des trois religions du Livre, devienne siège de l’ONU et centre de la « 4ème religion, celle du bon sens ». Elle prend position contre la guerre en Irak et en faveur des sans papiers en France. La montée du terrorisme et des réactions violentes qu’il provoquait l’inquiétait.

    Elle proclamait : « Je suis très sévère pour l’espèce humaine c’est une espèce à surveiller », façon de dire que la vigilance devait être un exercice quotidien.

    Décédée à cent un ans, Germaine Tillion n’a pas vu, c’est heureux, Femmes de l’ombre. Pauvres résistantes ! Sa sortie avait été précédée de quelques articles alléchants sur les itinéraires de certaines résistantes et même, d’une surprenante apparition télévisuelle (il est vrai tardive), de l’une d’entre elles, déportée ensuite en forteresse, à Ravensbrück et Mauthausen et adhérente de nos Amis ! Las ! Ce film, présenté comme un polar historique, déçoit grandement. On y voit une prostituée recrutée dans les rangs de la Résistance à force de chantage, une autre manipulée, une dernière parfaite menteuse, etc. ! Bref, le contraire des motivations des vraies femmes de l’ombre. Beaucoup de bruit, immérité, pour un film qui ne fera pas date et fait injure à des femmes telles que Germaine Tillion.

    D.B  
     


     
    Au sujet de la mention « mort en déportation »

    Nous avons reçu au Courrier des lecteurs une longue lettre de Mme Eve Line Blum qui revient à juste titre sur la question des mentions « Mort en déportation », accompagnée de plusieurs de ses interventions.

    Créée en 1985 à l’initiative des associations de rescapés des camps, et portée au Parlement par Guy Ducoloné, déporté résistant à Buchenwald, la loi 85-528 permet l’attribution de la mention « Mort en déportation » à tout déporté disparu dans les camps nazis. Or, près de vingt-trois ans après sa publication, et malgré les interventions répétées des associations, un constat s’impose : moins de la moitié des noms des personnes effectivement mortes en déportation ont été publiés au Journal Officiel comme la loi de 1985 le prescrivait. Faut-il rappeler que cette loi était avant tout, dans l’esprit de ses initiateurs, une loi de mémoire destinée à rappeler l’existence de celles et ceux qui ont été victimes du nazisme ? Saisi à de multiples reprises, le gouvernement avait, par la voix du Garde des Sceaux, donné en avril 2007 des instructions aux procureurs afin qu’ils accélèrent les procédures afin de régulariser les actes de décès des déportés dont les services du bureau des archives du monde combattant basé à Caen avaient trace. Mille huit cents « mentions » ont été publiées au Journal Officiel en 2007. Pour le début 2008, quatre-cent-dix noms ont d’ores et déjà été publiés, une liste de deux-cent-dix noms étant annoncée. Faut-il pour autant se satisfaire de cette situation ?

    Mme Blum a parfaitement raison de s’insurger contre les lenteurs inadmissibles qui font que, soixante-trois ans après la Libération des camps, ceux qui n’eurent aucune sépulture restent aussi largement inconnus de l’Etat et des services de l’état-civil quant aux circonstances de leur disparition. A l’heure où, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques et des mesures d’économies, les structures dédiées aux Anciens Combattants, notamment la DPRS, sont menacées, on est en droit de se demander si les victimes du nazisme comptent encore aux yeux des pouvoirs publics. Voudrait-on laisser libre cours aux négationnistes que l’on ne s’y pendrait pas autrement.  
     


     
    Archives

    L’Association du service public des Archives nationales (Auspan), suivie d’historiens, s’alarme du texte sur les archives adopté en première lecture au le Sénat. Selon ces nouvelles dispositions, le délai de communicabilité des archives « mettant en cause la vie privée » serait porté à soixante-quinze ans. Par ailleurs, certains dossiers seraient sous embargo pour cent ans. Enfin, l’Assemblée nationale et le Sénat pourraient ne pas être soumis à l’obligation de dépôt, « disposition paradoxale quand on sait que l’origine des Archives nationales se trouve dans celles de l’Assemblée nationale », ajoute l’Association des Archivistes Français. Une pétition visant à dénoncer le projet de loi a recueilli, en trois jours, cinq cents signatures : historiens et chercheurs, généalogistes ou simples usagers français et étrangers affirment que ce projet « renoue avec le culte du secret » et « va à l’encontre des recommandations du Conseil de l’Europe et des pratiques et législations en vigueur dans les grandes démocraties occidentales ». Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) dénonce aussi un projet qui « aggrave les conditions actuelles d’accès aux archives et porte atteinte aux droits des citoyens ». A l’origine, le projet visait pourtant à libéraliser la loi du 3 janvier 1979 : le délai de trente ans, jusqu’ici préalable à toute consultation d’archive publique, était remplacé par le principe de la « libre communicabilité ». Quant aux cinq régimes d’exception, qui s’échelonnaient de soixante à cent cinquante ans, suivant qu’ils mettaient en cause la vie privée, la sûreté de l’Etat, les affaires judiciaires, les données médicales ou patrimoniales, ils n’étaient plus que trois : vingt-cinq, cinquante et cent ans. Dans toutes les catégories, les délais se trouvaient raccourcis mais une nouvelle catégorie d’archives « incommunicables » était créée, portant sur les armes de destruction massive et la protection des agents secrets. Or, le Sénat a transformé le texte de façon très significative en réduisant la portée de certaines mesures et en durcissant quelques aspects du régime existant. Ainsi, au nom de l’allongement de l’espérance de vie, le texte fait passer de soixante à soixante-quinze ans le délai de consultation pour les documents dont la communication porte atteinte à la « vie privée », dont l’utilisation abusive avait été dénoncée en 1996 par le rapport de Guy Braibant. Nombreux sont les historiens qui considèrent le texte du Sénat comme une immense régression : « On ne peut pas nous faire la leçon sur le devoir de mémoire et empêcher le citoyen d’avoir accès aux archives », déplore Denis Peschanski, spécialiste de la répression et de l’internement.  
     


     
    Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire de la Résistance et de la Déportation

    Palmarès 2006-2007

    Créé en 1998, ce prix vise à valoriser les photographies de lieux de mémoire prises par nombre de candidats au Concours national de la Résistance et de la Déportation. Il est décerné par les Fondations de la Résistance, pour la Mémoire de la Déportation, et Charles de Gaulle.

    Le premier prix
    Le premier prix a été décerné à Camille Vialon, élève de troisième au collège Jeanne de la Treilhe d’Aurillac (Cantal), pour sa photographie, prise dans les ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane. Cette candidate l’avait accompagnée d’un texte traduisant son émotion : « liens une barrière fermée mais pour qui ? Qui habite ici ? Pourquoi fermer la barrière puisque personne ne vit dans cette maison ? Une maison éventrée, sans toit, ni fenêtre. Une maison où pourtant respiraient la joie de vivre, les rires des enfants et le bonheur partagé. Un ventre, à présent hurlant de douleur et de pitié : jamais, plus jamais ça. »

     

    Le deuxième prix a été attribué à Fabien Crinon, élève de terminale économique et sociale au Lycée Jean Calvin à Noyon (Oise), pour son cliché « Le quai des déportés de la Gare de Compiègne » prise à Margny-lès-Compiègne (Oise).
    Le deuxième prix

     

    Le troisième prix
    Le troisième prix est revenu à Emelyne Payet, élève de troisième du collège des Prunais à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), pour son cliché réalisé au camp de Drancy.

     

    Une mention spéciale du jury a été décernée à Cloé Lemoine, élève de troisième du collège Michel de l’Hospital de Riom (Puy-de-Dôme) pour une photographie intitulée « Dachau, le jeudi 2 novembre 2006, il faisait 2°C ».
    La mention spéciale du jury

     

     



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    5. Message de l’UFAC du 11 novembre 2011 pour les cérémonies patriotiques du 93ème anniversaire de la victoire.
      21 octobre 2011

    6. « Le Dora-lien » N° 10 de janvier 2011 de la Commission Dora Ellrich de la FMD.
      7 février 2011

    7. Message de l’UFAC pour les cérémonies patriotiques du 11 novembre 2008.
      6 novembre 2008

    8. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2008-2009.
      21 novembre 2008

    9. Décès de René Riffaud l’un des derniers poilus
      17 janvier 2007

    10. Les « Justes » au Panthéon : de "Chambon-sur-Lignon" à "Lidice" par "Chabra et Chatila"
      20 janvier 2007

    11. Jeanne-Andrée PATÉ, notre Camarade, ancienne déportée à Ravensbrück et Holleischen.
      27 mars 2006

    12. Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944.
      8 avril 2006

    13. Le 92ème anniversaire de la bataille de la Marne commémoré à Mondement
      4 septembre 2006

    14. Fernande Servagnat, grande résistante, n’est plus
      26 décembre 2006

    15. Marcher sur les traces des poilus : une leçon d’histoire
      1er février 2007

    16. Guy Môquet : Une vie volée.
      6 juin 2007

    17. Promenade des bleuets et pèlerinage contre l’oubli sur le Chemin des Dames
      1er juillet 2007

    18. Heinz Barth, l’assassin d’Oradour-sur-Glane, est mort dans son lit à 86 ans.
      14 août 2007

    19. La lettre de Guy Môquet : « le fait du prince » pour les profs.
      30 août 2007

    20. Message de l’UFAC pour les cérémonies patriotiques du 11 novembre 2007
      16 octobre 2007

    21. Notre Camarade Jeanne-Andrée Paté lit la lettre d’un jeune Résistant assassiné par les nazis comme Guy Môquet.
      21 octobre 2007

    22. Dossier Guy Môquet du journal "l’Union" du 22 octobre 2007
      22 octobre 2007

    23. Dossier spécial « Guy Môquet » du journal « l’Humanité » du 22 octobre 2007
      23 octobre 2007

    24. Conférence « QUI ÉTAIENT-ILS ? » de Madame Jacqueline Husson le 28 novembre 2007 sur les Résistants Marnais.
      17 novembre 2007

    25. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : partie 1/4
      2 février 2008

    26. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : Sommaire et introduction.
      2 février 2008

    27. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : partie 2/4
      2 février 2008

    28. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2007-2008
      13 janvier 2008

    29. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : partie 3/4
      2 février 2008

    30. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : partie 4/4
      2 février 2008

    31. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation : Aide et conclusion.
      2 février 2008

    32. Lazare Ponticelli, le der des der de la « der des der », est mort
      13 mars 2008

    33. BUCHENWALD : où est passée la Mémoire Communiste ?
      2 avril 2008

    34. Mémoire et Vigilance n° 44 janvier-mars 2008, bulletin trimestriel de l’AFMD.
      31 mai 2008

    35. Livres et films sur la guerre 1914-1918.
      26 juillet 2008

    36. Mémoire et Vigilance n° 45 d’avril-juin 2008, bulletin trimestriel de l’AFMD.
      10 août 2008

    37. Message de l’UFAC pour le 8 mai 2011, 66 ème anniversaire de la victoire sur le nazisme.
      4 mai 2011

    38. Participez au rallye de la mémoire « sur les traces des fronts de Champagne et d’Argonne – 1914/1918 » du 21 mai 2011.
      5 mai 2011

    39. Le dernier "poilu" de la Première Guerre mondiale est mort.
      7 mai 2011

    40. Musée de la Résistance et de la Déportation de Forges-les-Eaux
      10 avril 2009

    41. Odyssée du Drapeau du 306ème Régiment d’Infanterie en 1940.
      16 avril 2009

    42. Jeanne-Andrée Paté, matricule 35 265 à Ravensbrück, craint la montée du fascisme.
      25 avril 2009

    43. Dossier du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2009-2010.
      26 décembre 2009

    44. Message de l’UFAC pour les cérémonies patriotiques du 8 mai 2010.
      4 mai 2010

    45. Message du 11 novembre 2010 du Secrétaire d’Etat chargé des anciens combattants.
      9 novembre 2010

    46. Message de l’UFAC pour les cérémonies patriotiques du 11 novembre 2010.
      18 novembre 2010

    47. LIVRE : Traits résistants : La Résistance dans la bande dessinée de 1944 à nos jours.
      18 avril 2011

    48. Recherche de personnes figurant sur des photos et des films.
      18 avril 2011

    49. Message du Ministre de la défense et des anciens combattants pour le 8 mai 2011.
      11 mai 2011

    50. Brochure pedagogique du Concours national de la Resistance et de la deportation - annee 2010-2011.
      18 mai 2011

    51. Les fusillés pour l’exemple : Rencontre organisée par l’association " Bretagne - Chavagne, Mémoire et Patrimoine ".
      18 juin 2011

    52. « Le Dora-lien » N° 11 de juin 2011 de la Commission Dora Ellrich de la FMD.
      8 août 2011

    53. Message du Président de la République pour la cérémonie d’hommage aux soldats morts pour la France, le 11 novembre 2011.
      11 novembre 2011

    54. Message de l’UFAC pour les cérémonies du 8 mai 2012 célébrant la victoire sur l’Allemagne nazie.
      26 avril 2012

    55. 22 Octobre : Commémoration du souvenur de Guy Môquet et de ses 26 compagnons fusillés ; les textes officiels
      29 octobre 2007

    56. 160 lycéens champardennais à Auschwitz
      10 février 2007