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Jeanne-Andrée Paté, matricule 35 265 à Ravensbrück, craint la montée du fascisme.
Publié le samedi 25 avril 2009

Nous reproduisons l’article que le journal "l’union" a consacré à notre Camarade Jeanne-Andrée Paté, le 25 avril 2009, à l’occasion du 64 ème anniversaire de la libération des camps et de la journée de la déportation.


Union090425 - Marne

Matricule 35 265 à Ravensbrück

Jeanne-Andrée Paté craint la « montée du fascisme »

 

A 95 ans, jeanne-Andrée Paté sera ce soir aux cérémonies commémoratives de la libération des camps de concentration.

Pour dire non au fascisme.

A 95 ans, Jeanne-Andrée Paté ne manquerait pour rien au monde les cérémonies ce soir.

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« Il y en a qui veulent nier l’existence des camps de concentration. Que voulez-vous qu’on y fasse... Dès qu’on est sorti des camps en 1945, il y en a déjà qui pensaient qu’on serait rayés de l’Histoire... À notre retour, l e gouvernement n’avait rien prévu pour le retour des déportés. Nous avons dû payer nos soins, chercher du travail, nous battre pour faire valoir nos droits, pour améliorer notre ordinaire. I I y avait les résistants qui avaient leurs titres, les soins gratuits et des pensions correctes et les déportés politiques qui touchaient une misère. À Reims, le maire communiste. Sicre n’a rien fait non plus. C’était pas un cadeau... »

Peur pour l’avenir

Alors, les. Dieudonné et les Faurisson qui nient ou minimisent la déportation, elle ne comprend pas. Elle n’a surtout rien à leur dire. La voix ferme, énergique, et le mot juste, jeanne-Andrée Paté, matricule 35.265, rescapée du camp de Ravensbrück où elle a été envoyée en avril 1944 comme déportée politique (lire par ailleurs), la communiste ajoute, un peu lasse : « Que voulez-vous qu’on fasse à notre âge, on n’est plus assez nombreux. On ne peut que continuer à témoigner auprès des jeunes et je peux vous dire que si, au début, ils ne sont pas attentifs, leur petite figure change vite au bout de quelques minutes. C’est tout le travail que l’on peut faire. Si, trop fatiguée, je ne vais plus dans les écoles, en juin, j’irai à l’IUFM témoigner C’est important pour moi d’aller raconter tout cela devant ceux qui seront chargés demain d’éduquer les enfants. »

Un regard sur sa veste rayée de déportée qu’elle a conservée, preuve, s’il en fallait, de son internement de trois mois à Ravensbrück, Jeanne-Andrée sourit. « Vous savez, ce samedi soir, je serai au monument et je serai heureuse et fière de voir mon petit-fils Jean-Bernard porter le drapeau de la FNDIRP. »

Si, en vieillissant, Jeanne-Andrée connaît déplus en plus de nuits blanches, il n’y a pas que le passé qui lui remonte à la mémoire. « Quand je vois aujourd’hui les boîtes qui ferment et qu’on met en garde à vue des ouvriers qui défendent leur emploi, j’ai peur et je ne suis pas rassurée. Sarkozy me fait peur. Ça me rappelle la période de 1933 à 1939 et j’ai l’impression qu’on y va tout doucement. Le fascisme s’est nourri de la crise économique. »

Baignée toute petite dans le communisme avec ses grands et petits idéaux, Jeanne-Andrée n’a jamais rien regretté, mais craint une chose : que les valeurs d’entraide et de solidarité soient aujourd’hui moins fortes qu’hier.

Alain MOYAT

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De la rue Jeanne-d’Arc â Ravensbrück

 

Son papa, qui refusait de faire la guerre, avait été emprisonné durant la Première guerre. Son père s’était fait licencier du textile pour cause de grève. Son oncle voisin militait activement au Parti communiste.

Normal donc que, très jeune, la Nivernaise Jeanne-Andrée Paté (née Gandon), arrivée à Reims en 1923, s’engage dans les Jeunesses communistes, s’investisse dès 1934 auprès des travailleurs et rencontre son futur mari René, en 1936 lors d’une réunion du parti. Pour le meilleur et pour le pire, qui allait arriver avec la guerre. « Mon mari communiste mis en prison trois ans à Melun dès 1941 a ensuite passé quinze mois à Bukenwald. Ma sœur Armande, engagée chez les Francs tireurs partisans dans l’Aube, a été envoyée à la forteresse de Breslau. » « Moi », raconte Jeanne-Andrée, « j’ai été arrêtée la veille de Pâques, en avril 1943. J’ai été dénoncée par une voisine, elle-même victime de sa fille cavaleuse de 14 ans. » Son crime : avoir distribué des stencils pour faire des tracts pour la Résistance. « Un voisin a gardé ma fille Maryse, qui a ensuite été récupérée par mon oncle réfugié à Saint-Imoges. »

Rue Jeanne-d’Arc, là où est aujourd’hui le square des Victimes de la Gestapo, Jeanne-Andrée (Antoinette pour la résistance) est interrogée et passée à tabac cinq semaines plus tard. Fidèle à la consigne « Surtout, ne rien dire », elle est envoyée à la prison de Laon, puis à Compiègne et Romainville avant de faire partie d’un convoi de femmes, destination Ravensbrück, en avril 1944.

Plusieurs jours et nuits dans un wagon à bestiaux avec une tinette en guise de WC, Arrivées à 2 km du camp, « on nous a déshabillées. Celles qui avaient des beaux cheveux étaient rasées. Ils prenaient les bijoux aux bourgeoises comme Mme Michelin, et on nous a distribué une chemise, un pantalon, une gamelle, une cuillère et des claquettes à lanière avant de nous mettre en quarantaine dans un bloc sans chaise, ni lit.

Je portais le triangle rouge des déportés politiques. Ensuite, réparties en commandos, on était dans des blocs lits à neuf places. Il y en a qui participait à faire les gros travaux sur des routes.

Après trois mois, j’ai été affectée au commando de Holleischein dans une usine de munitions en Tchécoslovaquie. Après un appel qui durait parfois deux heures, on travaillait douze heures à faire des obus de DCA, nourries avec un bol de soupe à midi, une tartine de pain le soir et, une fois par semaine, une rondelle de saucisson. »

Finalement, grâce à la solidarité du groupe, Jeanne-Andrée, 32 kg, a survécu à ce traitement. Libérée par les partisans, polonais le 5 mai 1945, elle est revenue à Reims et a retrouvé son mari, rescapé lui aussi de l’enfer.

Deux ans plus tard, elle donnait un petit frère (Yves) à sa fille Maryse. La vie l’emportait sur l’horreur.

A.M.



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